Mémoires, éd. de Boislisle, VII, p. 294-295 et les notes
4. Ibid., VII, p. 297 et 298 et la note 2 de la p. 297. — Cette contradiction singulière a déjà été relevée par M. Chéruel, Saint-Simon, historien de Louis XIV, p. 629.
5. Je serais tenté d'interpréter ainsi le passage des Mémoires (XVII, p. 329) où Saint-Simon écrit : « Jusqu'à sa mort, nous avons vécu, Torcy et moi, depuis 1721, dans la plus grande intimité, comme on peut le voir par la communication qu'il me tit de ses Mémoires, qu'il ne fit que bien longtemps après la mort du duc d'Orléans, et dont j'ai enrichi les miens. »
LA COLLABORATION DE SAINT-SIMON ET DE TORCr. 9
si Saint-Simon ne l'employait pas, était précieux à invoquer auprès des contemporains et delà postérité; il dissimulait, d'autre part, les emprunts souvent textuels que l'auteur avait faits à d'autres sources, notamment à Dangeau, pour les Affaires étrangères1. N'était-ce pas un excellent moyen « de prouver au lecteur mon mépris pour les plagiaires et de lui donner la confiance la plus entière dans ce que je rapporte des Affaires étrangères, en lui expliquant d'où je l'ai pris pour suivre fidèlement la règle que
je me suis imposée de ne rien exposer dans ces Mémoires qui
ne soit tiré des sources les plus certaines que je nomme en exprimant de quelle manière je les y ai puisées ? » Nous avons le regret de constater que, pour la diplomatie du règne de Louis XIV du moins, Saint-Simon a surtout employé le Journal de Dangeau, sans le citer, et qu'il a fréquemment invoqué le témoignage de Torcy, dont il n'a point usé.
Pour la Régence, la question se présente tout autrement, et nous y distinguerons, comme fait Saint-Simon lui-même, deux périodes : 1° de la mort de Louis XIV à l'année 1718; 2° les sept premiers mois de 1718.
Relativement aux Affaires étrangères, dans cette première période, l'auteur des Mémoires précise également sa source et l'usage qu'il en fit. Ce fut un autre manuscrit de Torcy, dont il avait eu communication et fait prendre copie, aujourd'hui conservé avec ses autres papiers aux archives du quai d'Orsay. Après la mort de Louis XIV qui, dans son testament, l'avait désigné pour siéger au Conseil de Régence, le ministre, en qui le vieux Roi avait mis sa confiance, avait perdu, avec le duc d'Orléans, la direction réelle des Affaires étrangères. Saint-Simon même, qui le jugeait trop bourgeois et trop favorable aux prétentions, dangereuses pour le Régent, du roi d'Espagne à la couronne de France, eût souhaité que le duc l'exclût de tous ses emplois. Sa secrétairerie d'Etat, remboursée un bon prix, fut seule supprimée'2 et, quand on la rétablit plus tard, en 1718, ce fut en faveur de l'abbé Dubois qui, depuis 1716, en secret, fit avec
1. Les éditeurs de Dangeau (t. XVIII, p. 488) et M. de Boislisle (I, p. xxxm) sont d'accord pour dire que Saint-Simon a soigneusement déguisé le secours qu'il tirait de Dangeau.