Saint-Simon, XII
l'Angleterre les affaires du Régent, sinon celles de la France. Mais Torcy avait d'autres charges qu'il garda, notamment la surintendance des postes et relais, donnée à son beau-père en 1697 et qui lui était revenue en 1699 par la mort de celui-ci. Cette charge, qui lui rapportait soixante mille livres et lui donnait toute la direction, l'autorité et la confiance, fournit au ministre, réduit à une demi-retraite, le moyen de composer en trois gros volumes un recueil de nouvelles de l'étranger qui, sous le titre de Mémoires de 1715 à 1716, 1717 et 1718, est venu d'une petite fille du général Le Veneur, héritière de Torcy, à la Bibliothèque nationale vers 1860 (mss. fr. 10670 à 10672). Ce manuscrit, établi par des copistes, contient des passages entiers de la main de Torcy, et sa provenance, comme sa nature, ne laisse point de doute qu'il ne soit le manuscrit original, le modèle sur lequel Saint-Simon forma, à l'aide de ses copistes, un autre manuscrit en trois volumes pour son usage (Aff. étr., Mém. et doc, France 464 à 468).
Ce fut en 1746 que Saint-Simon se mit à composer et à écrire les Mémoires de la Régence. Il nous l'apprend lui-même à propos de Torcy en mars 1746 i. Comme ce ministre eut, un mois après, au début de mai 1746, l'attaque de paralysie dont il devait mourir dans l'année, il est certain que la communication de ses manuscrits à Saint-Simon, avec le temps nécessaire à la copie d'une œuvre étendue, était antérieure d'une ou de deux années, peut-être plus. Pour écrire le récit des Affaires étrangères à partir de 1715, Saint-Simon avait donc à sa disposition les documents réunis par son ami au complet. Lorsqu'à la fin du chapitre xvi il déclarait « qu'il était temps de parler des Affaires étrangères, » lorsqu'au début du chapitre xvn il commençait par les plaintes de Stairs, adressées au milieu d'octobre 1715 au Régent sur une conspiration dont s'alarmait le roi d'Angleterre, son point de départ fut exactement celui du manuscrit de Torcy . En voici en effet les premières lignes : « Extraits de quelques avis du 10 et 14 octobre 1715 ; conspiration contre le roi d'Angleterre2 ».
Depuis ce moment, manifestement heureux d'avoir mis la main sur des annales autrement précieuses pour la connaissance du