‹ La Collection Du Teil Chaix d'Est-AngeChapitre 5 sur 66 · LS AXE · texte numérisé non relu

LS AXE

Le Nord avait fourni plus d’un document à ce grand ami de la patrie française; mais c'est dans sa famille même qu'il allait trouver le sujet qui tient la place capitale en ses écrits sur l’art.

Déjà, dans les Arts (n° de Juillet 1907), le baron du Teil avait consacré d’excellentes pages à cette superbe collection formée par l'avocat Chaix d'Est-Ange en son hôtel de la rue Saint-Georges, à l’âge d'or du collectionneur qui pouvait encore acquérir pour quelques milliers de francs de véritables chefs-d'œuvre, depuis un triptyque attribué à Memlinc jusqu'à cette variante, si curieusement inachevée, de /a Justice poursuivant le Crime, de Prud’hon !

Mais entre tant de maîtres de France et de Flandre, d'Espagne et d'Italie, une figure attire comme le nom qu'elle porte :

c'est un portrait de Michel-Ange, dont l'auteur ne saurait être que Michel-Ange lui-même.

Ainsi pensaient des autorités telles que le peintre lillois J.-B. Wicar et Ingres, dans sa lettre enthousiaste du 10 Janvier

1852 à son vieil ami Varcollier'. Cependant une pareille consécration n'apportait pas une preuve définitive ; et la belle occasion pour un érudit comme Joseph du Teil, de rechercher cette preuve dans une étude approfondie de toute l’iconographie michelangesque, à l’aide des procédés les plus rigoureux de la méthode historique | Il savait mieux que personne que la science contemporaine exige autre chose que des approximations brillantes et des gloses admiratives : ce quil souhaitait d'entreprendre et ce qu'il devait réaliser, c'était une démonstration en règle, mais après combien d'enquêtes préalables et de comparaisons patientes, éclairées par le sens critique le plus fin, que ne montrent pas toujours ceux qui font profession d'aborder l'histoire de l’art.

Vasari lui fournissait, dans sa biogra-

phie de Michel-Ange, un signalement de

1. Reproduite dans la Revue de l'Art, t. XXXVII (1920), p: 61. Ce tableau n'a pas été attribué à M la Baronne du Teil, dans les partages de succession et ne figure pas, malheureusement, parmi ceux dont elle a fait don au Musée de Saint-Omer.

l'homme, mais oubliait de citer les fresques où l'image du plus puissant artiste des temps modernes apparaît ; et cependant, à part les fresques, la provenance d'aucun portrait ne paraissait encore établie d'une indiscutable façon. Il s'agissait donc de répartir d’abord les différents portraits de chevalet en trois groupes : 1° les portraits à turban, 2° les portraits à chapeau, 3° les portraits avec main; d'étayer une discussion précise sur une suite de reproductions en belles planches synoptiques d'une exécution parfaite, et d'arriver enfin au prototype dont les portraits connus dans les musées de Florence, de Rome ou de Grenoble ne sont que des copies et qui ne serait autre que le panneau magistral de la collection Chaix d'Est-Ange. Dans ce panneau, dont le fond laisse entrevoir l'ébauche délaissée d’une Sainte Famille, seules la tête et la main gauche sont poussées Jusqu'à l'achèvement par le pinceau d'un maître.

Donc, ce qui n’était qu'intuition pour le regard d'artistes comme Wicar et

comme Ingres prenait dans le travail du baron du Teil la valeur d’une démonstration : l'authenticité d'un chef-d'œuvre et les péripéties de sa longue histoire à travers les siècles, dorénavant protégées par un sérieux faisceau de preuves, composaient l'Æwsat sur quelques portraits peints de Michel-Ange Buonarotti, publié dans les Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, en 1912, et qui restera comme le plus sûr garant des dons de l'érudit.

Ce dernier essai précéda de peu la grande guerre ; et quelle mélancolie profonde, mais quelle réconfortante beauté dans ce labeur savant qu'un noble serviteur de l’âme française ne devait interrompre que pour s’aller battre, comme ses glorieux ancêtres, et succomber à l'aurore de la victoire, sans une plainte, victime de son dévouement et de son patriotisme.

AE

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