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avait donc été mis au niveau des caricatures de ces petits journaux qui, au contraire, se montraient toiijours hostiles à ce qui était, en art, original et grand! M. Rouart fut avec le comte Doria, celui qui (sauf Corot) comprit le mietix Daumier de son temps et l'ainia le ])lus sincèrement. Il y avait, de leur part, un surplus de mérite à porter une appréciation aussi juste, car ils n'ignoraient pas que le vieux maître était fort loin de leurs idées. Mais ce qui rend estimable entre toutes cette race de grands amateurs de naguère, c'est que malgré leurs personnelles et très arrêtées convictions, dans des hommes de camps opposés comme Courbet et Daumier, ils voyaient et comprenaient seulement l'ai-lisle, et dans l'artiste le génie.
Les (l'uvres de Manet, dont vous savez déjà les titres et rimjiortance, sont peut-èti'c, en (juehpie sorti-, la pierre de loiiclie de la coUeelioii Koiiarl. Avec un homme comme celui (|iM' nous Nciioiis (rcliidici' cuscmldc. <»ii iic [icut [>a-> |i;iilcr tl<' <( coiiiMge », |)uis([u"il iictail pas de ces collectionneur-' qui se ei'oicnl très braves ([uand ils ont liscpic (jucl(|nes liillitde banque sui- des oMivres ([u'aut'une médaille ni aucuiu- |io|milarité ne ccililiciil. .le crois mcme <ju"cii le l'ilicil;inl d;i\oiicl(' lies cour'ai;cu\ |ioiii- aciiclci' des Mancl, ou lui cùl fjiil uu eouq)limeul (|u"il aurait médiocrement goùlc, car si »)n adrcssail des l'clicil;il ious analogues à uu luunuic 1res épris, cela lui |i;uail rail siuL;ulicreuienl moins llallcur ([uc de lui liiii' qu il élai! loul naliin-l (|irnn Ici In'sor lui crliùl. M. Hou;iil elail
aussi éloigné de mettre dans ses clioix de la provoeation que de la A-anité ; mais il n'en demeure pas moins qu'aimer le talent de Manet en toute simplicité, à l'époque où il acheta la Leçon de musique, le buste de femme, et la scène de plage, était (le ces actes qui rétrospectivement classent un amateur au premier rang de ceux qui voient juste. Si l'on peut admettre à la rigueur qu'un Zola qui défend Manet avec le plus d'éclat possible y trouve son compte tout en satisfaisant à une passion de rendre justice, un Rouart qui achète de ses œuvres et ne se préoccupe pas plus des effarements de son monde que des félicitations des professionnels de l'indépendance, représente avec beaucoup de solidité et d'honneur la partie du public sans laquelle les plus grandes originalités en art seraient condamnées à la mort.
A ce qui concerne Manet, nous ajoutons ici le nom de sa charmante et si originale belle-sœur, Madame Berthe Morisot. Une délicieuse étude animée de figures au bord de la mer représente seule, mais très finement, cette artiste de plus en plus appréciée.
Avec M. Degas s'ouvre de la façon la plus magistrale le deuxième chapitre de cette grande Histoire de l'Art au xix^ siècle, le premier étant constitué, nous venons de le voir, par les romantiques et par les naturalistes de i83o et ceux qui se rattachent à eux.
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M. Degas, cela n'est pas la pi'emière l'ois (jifuii le lait ressortir, est à la lois le diseiple des maîtres et le maître des innovateurs. Poussé et cultivé en terre classique, il a produit des fruits essentiellement nouveaux. Ses admirables vertus ont engendré beaucoup de vices qui ont attiré nos jeunes écoles. Il cherche dans sa jeunesse des leçons auprès d'Ingres et des enseignements auprès de Poussin, vous en avez vu la preuve avec sa fougueuse et pourtant docile copie de VlCn/ixcmcnt (h'H Sabines. Dans sou Age mûr ses dessins [)rcniitiit nue liberté et une audace que rien désormais ne pourra déi>asser, et dont toutes les prétendues audaces que nous avons viu-s se réclamer de lui n'ont aucun droit de le l'aire, car ce sont des imitations airaii)lics. cl ([ui ne reposent pas, comme ses plus saisissantes trouvailles, sur le plus étendu des savoiix d sur les calculs les plus justes et les plus ingénieux. Hien (luil eût acquis une science uuicpie de saisii- les nu)uvcments cl de maiiici' la couleur en n uc di' la puissance dans le modelé comme le |)lus vigoureux slaluaiic manie la tcrie on la cire, M. Degas ne s'est jamais repose sui- sa sci«'iicc cl. :iii eonli;iiic, esl (h-mcurc loulc sa vie un inlaligahlc invciilcui. (.Ii;i( une «le ses (eii\ l'cs ollVe ralliaiicc (rime eoiiccpl ion lonte pei-onneile. à la l'ois (lcli<-alc cl ii'onicpie. cl d'un mi'lier l;inl<M empoile. tantôt picciciix, mais loujouis inlinimcnl (Mplivanl.
De ce mailrc uni(|nc en smi temps, cl unitpn- «laii- I ail liançais. M. Uonarl . pour les iai>ons (|ue noii'- axons dites, possédait des (cuvr'cs en nomlii'c relat i\ cmcnl icsluinl. niai>i
suflîsant, toutelbis, pour qu'aucun des principaux aspects de son talent ne fût absent de la collection, et chacun se trouvait représenté par des types d'une véritable excellence. Le pastel des Modistes, d'une harmonie très soutenue et d'un dessin énergique et vivant, est un exemple du plaisir que l'artiste moderne a éprouvé à dépeindre les détails de la vie, le fouillis familier, la conviction du geste dans les occupations de la vie coiu'ante, toutes choses où l'esprit de notre temps a apporté une acuité d'analyse toute sj)éciale. Réussir à retenir les regards et à captiver la pensée avec ces objets, prouve sans doute que l'intérêt intellectuel d'une œuvre d'art ne repose pas forcément moins dans l'interprétation de l'artiste que dans le sujet luimôme. C'est le dernier affranchissement que pouvait souhaiter l'art. Certainement il demeure de beaux sujets, poétiques, philosophiques ou historiques, qui font jiartie du trésor, et même sans cesse enrichi, de l'humanité; seulement, on accepte désormais que sur un objet qui eût jadis été réputé vulgaire ou indigne, un grand artiste piojette son intelligence ou sa sensibilité. Mais il faut, bien entendu, que l'homme, sinon le thème, en vaille la peine. C'est ce que prouve l'exemple de Degas, mais c'est aussi ce qui condamne les médiocres qui osent se couvrir de cet exemple.
Les Danseuses à la bari'e, tableau délicat, fin comme la perle, aussi clair que le précédent est renforcé de ton, sont certainement une des oeuvres d'art les plus rares de la galerie. Les mouvements y sont surpris et fixés a^ec une
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souplesse et poiu'lanl une rcrineté dont les mots lu- peuvent donner une idée et rien ne peut exprimer non plus la subtile caresse pour le regard de ces gris rehaussés de rose et de citron pâle. Les diverses Répétitions et Exercices de danse sont égalcmcul des mieux choisis qui se puissent voir. Quant aux éludes de types et de physionomies (juc nous offrent divers pastels et dessins, il iaudrait tout un travail pour les analyser. La Chanteuse de cajé-coneerl. nia>sive et (piasi bestiale ; V Actrice, un peu mai"(iuéc déjà, ([ui au contraire souligne ses linesses de diseuse ; hi danseuse ruminante qui tient son éventail comme un morne sceptre, reine factice du soir ; celle qui, vue de haut, sort »h' sa loge en faisant bouffer sa jupe verte pailletée ; — autant (Toloervations vives, narquoises, vigoureuses, autant de riches notatituis de couleur. Un tableau est très à part dans cet eusembh-, c'est une scène sur la plage, peinte d'une manière laige it simplifiée ({ni send^le avoir été inspiiée à >L De-as. |iai le désir d'étudier les procédés dv syntiièse de Manel . -an-- |«..nr eehi cesser d'être Ini-niènie.
Ainsi ([uc nous avons i'a|i|)i(ielié du iicin de Maint relui de Madame IJerlIie Moiisol. nous placefoii^ iei celui de Mi--> Mary Cassait, (|ui enlli\a giàee aux let.oii'^ de Dega^ sa luillaule el déeidée peisonnalité. Am'c une Muliinili' d'une \i\e couleur, el le tableau dw l'hr ([ui «'sl un de ses plus aeconiplis, elle occu|>e nue place tlès à paît el eepeiidaiil très en vue à ('(Mé de son niait re.
/^o LA COLLECTION HENRI ROUART
Un mot cucoir on te qui concerne M. Degas. Nous avons h l'instant, ponr essayer de le définir, emprunté une comparaison à la sculpture. Nous aurions aimé à développer cette considération , et à montrer comment le jeune admirateur d'Ingres, après s'être dans ses premiers dessins rendu maître de la ligne, fut de plus en plus porté à modeler par le relief.
Aussi, le rapprochement serait des plus intéressants à faire, dans la collection Rouart, entre ces trois grands peintres sculpturaux : Millet, Daumier, Degas. Le fait de les avoir rapprochés dans ses prédilections est encore un des témoignages de l'unité de vues propre au collectionneur.
S'il s'était arrêté au point où nous en sommes arrivés, nous trouverions complète et digne d'admiration sa carrière, et ses recherches se bornant à cette période de l'histoire artistique, auraient formé un cycle absolu, normal, pouvant justifier le repos après tin tel travail accomj^li.
Mais au moment où M. Rouart parfaisait sa collection, une nouvelle école avait surgi, de nouvelles luttes s'étaient engagées dont tout de suite il comprit l'intérêt et l'importance. L'amateur qui aurait pu séparer son ami M. Degas des nouveaux venants avec lesquels il exposait sans précisément prendre part à leurs recherches, fut sensible à la passion pour la lumière, j)our la vibration de la couleur, qui animait
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LA COLLECTION HENRI ROUART 4i
Claude Monet, Renoir, Pissarro, Sisley. Il ne crut pas qu'il y aurait un criant contraste à accrocher leurs claires peintures à côté des richesses assombries de ses Millet, de ses Daumier, ni à côté des vaporeuses iéeries ilc Clorol. (pii él;iil d'ailleurs leur nuiître de prédilection.
C'est pourquoi, che/ M. Rouart, prirent encore place le grand tableau de jeunesse de Monet, le Pfn'é de Cliaill)-. tpii justement montre la transition de riidluence de Corot à liiiipressionnisme commençant; puis du même artiste, trois un quatre autres très bonnes toiles, entre autres îles bateaux dans la bi-ume et un superbe elTet de neige ; de Pissai-ro, quelques grandes et saines peintures rustiques : «le Hennir enfin les (ka^aliern et la Dajxe en hleii dont n«)us avoU'- déjà parlé.
Lorsqu'on icpasse la e(>lle<li<»ii d'un seul euup d'nil. uu étonnant rapprochement s'établit i-ntre deux précieux jaliiii-^ d'iuie év(tlution ailisllipie chez uu ;uualeur (|iii deineur.iil fidèle à ses aduiiialious anciennes, tout eu él;mt <ni\eil à d»-s admirations uou\flles. Il n'a pas éti' iuiilé. en i el;i. |i;u' certains collectionneurs modernes «pii. inipalieiiK de nouv lante--, «pielle que soit leur \;ilenr. ne eroieiil pinuxi r l;i sagaeile tle leur goût (|u*en se déjugeaul.
I*(»ur moi, je \«)is «lans la pré-^ence >inudlanee. dan> le voisinage pi(pianl <l liarninnieux de la Ihiiiic hieue de Cori'l v\ de la Danie hicue de Kenoir. nn >\inl>«dr iVappanl de touilla eolleetion et de re^|ii'li (jui l'anime.