LA COLLECTION HENRI ROUAKÏ
quelqu'un ou coiilrc (juelciue chose. Aux amours sincères peu importe l'opinion dél'avoraljle ou hostile de l'univers entier.
Ces quelques esquisses ou études de Delacroix sont d'un format réduit, sauf une grande esquisse d'un portrait de hiimême, mais elles le montrent de la lac^'on la plus expressive, et une de Caçon très inattendue. Une première idée du Saint Sebastien de Nantua est d'une couleur riche et soml)re et d'un jet de composition et d'imagination très élo([uent. lue petite esquisse de la Mort de Sénèque vient rappeler son o-uvre capitale et trop peu célèbre même de notre temps, la décoration de la HiI)liothèque à la Chambre des Députés, (hjut c'est un des épisodes. Une tète de Merge toute convulsée de douleur, penchée vers les clous de la Passion dans un muii- A'^ement désespéré, est un exemple des plus saisissants du pathétique de Delacroix. Enfin, hi note inquévue est une étude d'un ('oin (rate/ier, avec un vieux petit poêle, uik- |>eintuie (|ni a toutes les qualités de fini et de puissance dini in;iitre hollandais. Ajoutons à cela (h's Iinliiiis liiilhinmieiit iiott's à ra(|narelle, sans compter les dessins dont nous icdiidii-- nn mol, et nous [)ourrons convenir (|ue le gi-and arti--lc (|iii di \ait a\(>ii' sa |)lace dans cette galerie, la <ligne de lui.
Mt, avant de passer à een\ (|ui -^olll plus près de iioii-, il nous faut reparler nn peu de Prud'lion. parre ipie sa présence, avec res([uisse de V Ahiniihinre et le beau |)orliail de la /'rinresHt'
Bnecinrhi, est Ih significative. Prnd'hon a ete • des grandes,
nue des [)i'oi'on(les originalili's de la peinture an deluit du
XIX' sit'clt*, originalité dans le charme alors qne le charme était proscrit, originalité dans l'harmonie alors qne la «conleur» était snspecte, Ne snffit-il pas de citer le mot indigné de David : « Prnd'hon est le AVatteaii de son temps ! » pour comprendre la raison qui a fait rechercher à M. Ronart an moins quelques spécimens de cet adorable rél'ractaire ? Peut-être devons-nous attribuer en partie à Prnd'hon la charmante petite première pensée du /^cVe de honhein- de Mademoiselle Constance Mayer, que le collectionneur eut la bonne fortune de réunir aux (euvres mêmes du maître. Collalioration discrète sans doute et laissant à l'élève toute la charmante illusion que cette petite peinture est d'elle; mais toujours est-il qu'elle a plus de force et de A^aporeux à la fois que le grand tableau du Louvre. Quoi qu'il en soit Prnd'hon nous réapparaîtra tout à l'heure, aux dessins, non moins bellement représenté.
Nous reprenons maintenant les artistes qui touchent à notre propre époque, et tout d'abord, après Millet, nous en trouvons deux, des plus grands et aussi de ceux qui furent le moins appréciés de leur vivant. D'ailleurs, c'est en somme la règle, pour ainsi dire, de la maison, et nous tâcherons de ne pas répéter la formule pour ceux dont il nous restera à parler. Mais comment ne pas rappeler que Courbet, malgré l'admiration de quelques très rares amateui's, et l'enthousiasme ainsi que la qualité de quelques-uns de ses élèves (mais eux-mêmes eurent à soutenir les mêmes luttes), fut généralement considéré sous l'Empire comme un assez lourd excentrique, puis, après
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la guerre eomnie un < riiniiiel envers sa pairie ; — et (jut' Daumier, toute sa vie, aceepté comme caricaturiste, (•oiiiniianiascii/-, ne i'ut même pas discuté comme peintre, car sauf une ou deux douzaines d'amis, au maximum, personne ne le soupçonna tel? Mainiciiant Courbet a été réliabilité eoiimic il convenait, et Ton s'expli({ue sans peine l'estime e.\eei)liiiiiiielit en laquelle Corot tenait le peintre Daumiei-.
Courbet, paysagiste, n'a jamais l'ait moyi-n tableau |>lii-roiuiste et (riiiic plus belle pâte (pie celle Fcriitc ilc Jaiix ilaii^ le Jura, où sous une échelle réduite se sent pouihinl tinilc la graiuleur de cette contrée. Courbet, peintre île ligures cl « penseur », est raconté d'une façon amusante et pitloi-esipic |)ar le petit ])ortrail en pied du l'Iiilosaplif 'J'/-ti/)nt/(iii.\, assi> dans un logis pluhU modeste et riuillclanl un album. De rv a pliilcsoplie » il ne nous reste pas une (b)ctrine, car il n'eut pas de disciples, ni une (iMivre, car il n'écrivit pas. Il logeait. |»aiaît-il. dans uiu' armoii'c, à cause de sa taille giganlcxpic n\i\iiiit |hi s»' pi'ocurer, ;i la Diogène, un lonucan ^ulli'-anl. Mais, à dilant du lonncaii, il élail lauiilier a\ ce les boultilics. |';iiil lu - 1 .almii-. visitant un joui' la colleclion de M. Udiiail, ridrnlilia au [>rcmiri' coup d'dil : « Si je l'ctounais I ia|)ad()n\ ! s'éciia-l-il. l'n soir C.oiii'hfl uic le laissa sur les l)ra>-, aliominaMeiuent ivre, ci je dus, moi (|ui aimais n»e eoueliei' ile Imime heure, le [)i«)uicner une grande |>arlie de la nuit! » l.e-' tleu\ magnill(pies l'éludes (le pn/zi/ins. \eiiueilles, sueeidt-nles , émaillécs |)ar le leuips. «pii repr('-^entinl eneoic (nurbet dan- l.i eidlec