LA COLLECTION HENRI ROUARÏ
tion, furent peut-être le déjeuner frugal du philosophe protégé par le peintre, mais, en tout les cas, elles étaient un régal auquel nous revenions souvent dans nos causeries et dans nos comparaisons entre les peintures du petit salon.
Daumier, vous le savez, était, de ce petit salon, un des maîtres qui nous retenaient aussi le plus souvent. Nous qui, tout de même, comprenions pas mal de choses en peinture, nous n'arrivions pas à comprendre comment on n'avait vu en lui de son vivant qu'un faiseur de charges et un polémiste politique, d'ailleurs assez mal pensant. Nous nous demandions comment, en 1878, l'exposition de ses œuvres, qui a^ait de bien peu précédé sa mort, avait été absolument négligée, n'avait pas rapporté un sou au pauvre ai^tiste et n'avait guère été appréciée à sa juste valeur que par un nomljre infime d'écrivains, parmi lesquels, surtout, le plus compréhensif avait été Camille Pelletan. Quoi ! ces Spectateurs absorbés par la scène capitale ; ce Liseur et son complaisant auditeur, si bien à leur tâche tous les deux, si puissamment modelés ; cette scène de révolution avec sa foule empoi'tée dans un mouvement furieux ; ces Avocats, s'entretenant avec une bonne humeur qui vous donne le frisson ; ce magnifique Ci'ispin confiant à un Scapin qui n'a pas l'air d'y croire, un secret auquel sans aucun doute il ne croit pas lui-même, puissante scène qui égale en force et en verve, par des moyens de peintre, les dialogues qui nous subjuguent, chez Molière, par les plus beaux moyens de poète ; — tout cela avait donc passé inaperçu ! Tout cela
K RI- Nom