CHAPITRE IV Le diocèse de Saint-McuHin
Ooramo l'expliquaient les chanoines du xviii® siècle, lors de leur procès avec l'archevêque de Tours, cette expressioti de a diocèse particulier » ne signifiait rien autre chose qu'un territoire exempt de la juridiction ordinaire de l'évêque diocésain, sans qu'elle indiquât la présence d'un évéque propre jouissant de la juridiction sur ce territoire. De fait, comme nous l'avons vu dans un des chapitres précédents, l'évèqUe de Saint-Martin ne fut guère, au point de vue administratif, qu'un simple prêtre, pourvu de pouvoirs d'ordre plus étendus, ne pouvant cependant ni conférer les ordres, ni confectionner le Saint-Chrême. L'exemption, dans la première période de notre histoire, se réduisait donc à ceci : que Tévêque diocésain ne pouvait pas intervenir dans le règlement intérieur de la communauté et des églises qui en dépendaient directement.
Entre la Collégiale de Saint-Martin et les archevêques de Tours les relations furent amicales jusqu'à la fin du X* siècle, comme nous l'avons déjà fait remarquer. La situation se modifie avec Tépoque que nous abordons maintenant. La Collégiale de Saint-Martin suit l'évolution générale de tous les corps particuliers d'alors : chacun cherche à être le plus possible maître de son domaine ; c'est certainement au xi'' siècle que l'émiettement féodal est le plus complet. Ce besoin d'individualisme se retrouve partout, les institutions religieuses en sont animées comme tous les autres corps. Elles l'éprouvent même plus que d'autres à cause d'une évolution toute contraire qui se produit on même temps dans l'Eglise.
A ce moment ont paru les Fausses décrétâtes, qui favorisent si singulièrement la papauté ; c'est le moment aussi où la papauté, sortie des hontes et dos misères du x« siècle, va reprendre son rôle dans la direction de TEgliso et, animée d'une nouvelle vigueur, cherchera à rendre plus étroite la liaison entre ellemême et cliacun des corps ecclésiastiques. Ce résultat ne peut s'obtenir que par l'amoindrissement des pouvoirs intcrmédaires, c'est-à-dire des pouvoirs des évéques. De leur côté, les communautés ecclésiastiques préfèrent de beaucoup être rattachées plus étroitement au Saint-Siège, puissance éltSignée, et être plus indépendantes del'évêque^ puissance très rapprochée et très exposée, par conséquent, à devenir envahissante. L'exemption entre donc dans une nouvelle phase^ et aussi les relations entre évêques et communautés ecclésiastiques. C'est alors que commencent ces innombrables procès de juridiction qui tiennent une si grande place dans l'histoire ecclésiastique du moyen-âge.
Nous allons suivre cette transformation à Saint- Martin et assister à l'extension dans l'espace et dans la compétence de la juridiction du chapitre.
Cette seconde période de l'histoire de notre Collégiale s'ouvre par un conflit avec l'archevêque de Tours, Archambauld. Les chanoines refusèrent de recevoir solennellement leur archevêque qui venait prier à la basilique (1). Pour venger son honneur et
(1) Du moins nous supposons que c'était là le sujet de la difficulté, appuyé sur ces paroles de Gerberl : Clerus.... beali Martini benedictionem veslram renuit... Pour cette aiTalre nous n'avons que la lettre de Gerbert, celle d'Âbbon et le décret du concile de Saint-Denis. Elle reste donc assez obscure. Monsnyer, Celeberrimœ^ p. 203, n'hésite pas à dire que l'origine de la difRcullé était qu'Arcbambauid «'était opposé à l'élection de i'évéque particulier. Pure supposition qui ne repose sur aucun document. Cf. aussi Jura prcpugnatOf p. 108. D'ailieurs Monsnyer se trompe en attribuant la leUre de Gerbert à Tannée 1002; Gerbert était pape alors ; ce qui modiHe singulièrement
maintenir les droits de son autorité méconnue, il les excommunia sans doute. Les chanoines ne se soumirent point davantage. L'archevêque porta son affaire devant une assemblée d'évéques réunis alors à Saint- Denis.
Entre clergé régulier et clergé séculier les rapports étaient loins d'être cordiaux. Précisément se débattait alors au concile de Saint-Denis une grave contestation entre Tévéque d'Orléans et les moines de Fleuri. La Collégiale de Saint Martin était encore dans une situation un peu intermédiaire entre les deux clergés; en tout cas, elle jouissait de privilèges qu'elle prétendait faire valoir contre les droits de son évoque. Il était donc sûr qu'elle aurait contre elle les évêques assemblés à Saint-Denis. Gerbert. alors farouche défenseur des droits de l'épiscopat, écrivait à Archambauld : « Ce n'est pas sans une fraternelle compassion que nous avons appris votre difficulté ; aussi nous ne différons pas de vous adresser nos conseils et notre appui. Le clergé de Saint-Martin, dites-vous, a refusé votre bénédiction, qu'il lui soit fait comme il est écrit : il n!a pas voulu de la bénédiction, elle sera éloignée de lui. Pour répondre à l'injure qu'ils vous ont faite en vous rejetant, secouez contre eux la poussière de vos chaussures (1). »
Gerbert ne se contenta pas de ce conseil de dédain, et comme c'est lui qui dirigeait l'assemblée, c'est lui sans doute qui inspira la décision envoyée aux chanoines. Ils étaient sommés de rentrer en grâce avec leur archevêque ou bien de venir rendre raison de leur conduite, le 9 mai, au plaid de Chelles (2).
De leur côté, les chanoines cherchaient à se défendre;
la situation. Pour la date de la lettre de Gerbert et de la décision du concile nous avons accepté l'opinon de M. Lot, FAtides iur U règne de Hugues Capet, Paris, 1903, p. 109, n» 4.
(1) Cat. n« 159.
(2) Cat. n* 160.
ils recouraient à Rome par Tintermédiaire d'Abbon, moine de Fleuri. Ils ne lui avaient sans doute pas donné l'indication bien nette de leur difficulté et des documents sur lesquels ils s'appuyaient, car Abbon s'en plaint (1). Mais celui-ci était bien décidé & faire échec aux prétentions de l'archevêque de Tours. C'est un fervent de l'autorité romaine : « Celui qui contredit à l'Eglise romaine, écrit-il aux chanoines, que faitil autre chose que cesser d'être un membre de cette Kglise et de devenir un adversaire du Christ? Certes, ce grand et inviolable concile de Nicée ordonne à chaque église de conserver ses privilèges. Que celui-ci ( Archambauld) sache qu'il n'a pas plus de pouvoir dans votre monastère que ses prédécesseurs... Examinez les mérites des évêques de Tours et des évêques de Rome dont les uns ont formulé un décret et les autres l'ont souscrit et, après, vous pourrez juger si l'habileté des contradicteurs peut l'emporter (2). »
Quelle fut l'issue de cette affaire ? Une réconciliation probablement, car, dix ans plus tard, c'était le successeur d'Archambauld qui consacrait la basilique de Saint-Martin nouvellement reconstruite (3),
Quoi qu'il en soit de l'issue de ce procès, c'était la première affirmation d'indépendance de la part de la Collégiale ; position était prise qui ne serait pas facilement abandonnée désormais.
Pendant près d'un siècle il n'y eut point de nouvelles difficultés; les rapports entre l'archevêque et le chapitre furent plutôt bons. Mais à la fin du xi® siècle un dissentiment fort grave survint. A la question des
(1) C'est du moins comme cela que nous interprôlons le début de cette lettre : «Plus aequo distulistis miitere indiculuni vestrœ legaUonis; ac idcirco vobis parère mihl fuit impossibiie....Verum cum cbaritative ad expeditura iter monuissetis, haec adeo demiror, cur causam promotionis in vestris litteris non signiflcastis, etc.. »
(2) Cat. n* 161. Toute cette histoire se passe en 997.
(3) Brevis Mstoria iancti JuUani Turonensis, p. 229.
droits du chapitre se mêlèrent, en effet, d'autres questions plus générales qui ne firent qu'empirer la situation.
Le siège archiépiscopal de Tours était alors occupé par Raoul de Langeais. Ce prélat n'avait pas été accepté par tout le monde. Ou lui reprochait de n'avoir été ni légitimement ni canoniquement installé; on racontait qu'un prodige de mauvais augure s'était passé le jour même de son intronisation. Au moment où il se tenait à la porte de l'église et que du dedans l'archidiacre lui posait cette question : « Apportezvous la paix ? » une grosse pierre tomba du mur sur un de ceux qui étaient avec lui et le tua. De graves reproches pesaient sur lui. Un jour, paraît-il, il s'emporta jusqu'à traiter de porc Eusèbe, évêque d'Angers. Sous le coup de l'insulte, Eusèbe, « qui était d'une simplicité de colombe », se laissa gagner parla colère et s'écria : « Tu m'appelles porc, je t'appellerai bouc avec plus de raison, toi qui n'épargnes personne, pas même ta sœur, à ce qu'on dit. Homme que l'avarice rend aveugle, serpent furieux, tu es comme Simon, tu as acheté ta dignité à prix d'argent, donc je tiens compte de ton anathème comme de fumier. »
Cet homme cependant qui avait si mauvaise réputation était partisan de la réforme grégorienne. « Il aidait, dit le chroniqueur, Amatus et Hugues de Die, légats de l'Eglise romaine, à enlever au roi de France les archevêchés de son pays. » Comme d'autre part les chanoines de Saint- Martin se plaignaient beaucoup de lui, poussé par eux et surtout par Philippe P' de France, le comte d'Anjou, Foulques le Réchin, quoiqu'il fût son oncle, le chassa de son siège.
Foulques fut excommunié par l'archevêque qui envoya au pape le seul de ses clercs qui lui fût resté fidèle, Renaud de Courcelles, pour demander à Grégoire Vil d'excommunier le clergé de Saint-Martin et
le comte d'Anjou. Il semble bien que le pape ait pris très nettement la cause de Raoul, car on a de lui deux lettres sur cette affaire. Dans Tune, il enjoint aux habitants de la Touraine et de TAnjou de s'abstenir de tout rapport avec le comte d'Anjou excommunié par l'archevêque et les exhorte à soutenir celui-ci (1). Dans l'autre, il commande aux chanoines de Saint-Martin de faire réinstaller l'archevêque de Tours, dont ils ont machiné l'expulsion (2).
Les chanoines de Saint-Martin avaient un récit à eux de cette affaire. Renaud de Courcelles, l'envoyé de Raoul, eut un entretien avec Grégoire le jour des saints Pierre et Paul et lui exposa le but de sa mission. A l'entretien assistait un certain Gratianus Palatinus, laïc, que le pape aimait beaucoup à cause des qualités remarquables de son esprit et qui se conduisait très familièrement avec lui. « J'ai été très souvent, dit celuici, dans l'église de Saint-Martin ; jamais, à vrai dire, je n'y ai vu de clercs convenables, jamais je n'y ai vu de chanoines s'acquittant décemment des ofÂces canoniaux. ï> A cela le pape répondit : a Beaucoup de mes prédécesseurs, Grégoire, Serge, Etienne, Adéodat, Léon^ ont établi qu'à cause de l'illustration du saint confesseur Martin, cette église ne devait aucun droit à son évêque^ et qu'elle serait la seule dans ce cas en France avec celle de Saint-Denis. Et puisque de si grands hommes ont établi cette église dans un si haut degré d'honneur, de quelle autorité quelqu'un oserait-il l'en faire déchoir ? » Puis regardant leclercquelui avait envoyé l'archevêque : «D'après ce que j ai entendu dire et d'après ce que tu me racontes, ton évêque qui t'a envoyé manque de modération et, pour parler plus clairement, il est trop violent. Il me réclame des choses folles et mérite d'être
(1) Cal. n* 181.
(2) Gat no 182.
hal de tous. Ce n'est pas parce que le clergé de Saint- Martin n'a pas consenti à ce qu'il demandait, ni parce qu'il n'a pas reçu mon légat processionnellement qu'il doit être excommunié. Quels honneurs seraient donc réservés au pontife romain dans une église de cette dignité si mes légats en recevaient de tels?... Je me souviens que du temps du pape Victor j'ai fait quelque séjour à Tours, alors que Barthélémy était archevêque de cette ville. J'ai été reçu convenablement par les clercs de Saint-Martin, chaque fois que je l'ai voulu, mais je ne leur ai pas demandé de procession; tous les honneurs qu'ils m'ont rendus, ils l'ont fait par charité, non parce qu'ils mêles devaient. Etienne, du temps de Nicolas II, légat du Saint-Siège dans ce pays, n'a pas, non plus lui, réclamé une procession que les chanoines auraient pu lui refuser à bon droit puisqu'ils ne la font que pour les papes et pour les rois de France ; tant qu'il fut là, ils se montrèrent parfaitement convenables et d'une très grande charité à son égard. Il en fut de même pour Giraut, évêque d'Ostie, que j'ai envoyé en France. Je me rappelle ce qu'a répondu Léon IX, notre prédécesseur, au prévôt de Chartres, qui dans le synode romain se plaignait que le clergé de Saint-Martin seul n'avait pas cessé ses offices, comme le faisaient les églises voisines^ quand Gervais, évêque du Mans, fut pris par Geoffroy Martel et réclamait qu'on l'excommuni&t. Il demanda trois jours de réflexion ; le troisième jour, devant le conseil assemblé, il déclara qu'il avait été averti en songe de ne point accorder ce qu'on lui demandait et dit au prévôt de Chartres : « Frère, je ne veux pas inquiéter saint Martin », et toute l'assemblée fut de son avis. Quand j'ai envoyé Amatus comme légat en Aquitaine je lui ai recommandé de ne pas causer de troubles à l'église du saint confesseur, lui rappelant l'exemple de notre prédécesseur Léon et la charité et l'obéissance
que cette église avait montrées au légat de l'Eglise romaine, et je lui ai dit : « Mon frère Amatus, passons auprès de relise de Saint-Martin comme si nous ne la voyions pas. »
C'est ainsi que parla le pape Grégoire aux accusateurs de Saint-Martin, un clerc appelé Normand et beaucoup de pèlerins laïcs l'entendirent.
La notice à laquelle est emprunté ce récit fut rédigée quelque temps après les événements, elle est écrite d'un style très violent et prend les allures d'un véritable pamphlet. C'est d'elle que nous avons tiré les reproches adressés à Raoul qu'elle traite d'ennemi de Dieu et d'autres appellations peu flatteuses (1).
Le chapitre de Saint-Martin ne se soumit pas à l'excommunication lancée par l'archevêque et le légat pontifical. Comme de coutume, il célébra la messe le premier jour des Rogations à Saint-Julien, le second jour à Beaumont et toutes les autres stations comme c'était l'usage. Aux excommunications de l'archevêque il répondit, lui aussi, par des excommunications.
Les chanoines de Saint- Maurice, des fils de prêtres, dit la notice, prirent parti pour l'archevêque et, dès lors, le bon accord fut rompu entre les deux chapitres, ils ne vinrent plus l'un chez l'autre en procession, comme c'était la coutume ancienne.
Dans toute cette affaire, tous les prieurs n'avaient pas fait leur devoir de la même façon. Le trésorier Renauld. qui plus tard devint archevêque de Reims, se conduisit mollement. <( Il fut utile aux affaires de l'Eglise, dit la notice, comme l'ombre d'un moulin à ceux qui travaillent dedans. » Mais au contraire, deux chanoines, Robert de Archiaco et Pierre Tition, sont
(1) « nie execrabilis homo, fsx furoriB, fomentum facinoris, adversarius Juslitiœ, filius superbi» virus suœ invidis in nos effudit. » — Amatus n'est pas mieux traité: « Ecclesis nostrœ adversariutn, veritatis inlmicum, pecunise servuro, arrogantise filium. »
loués de s'être employés à soutenir les droits de leur chapitre de toutes les forces du corps et de toutes les ressources de leur esprit et d'avoir montré une résistance énergique (1).
Dix ans après, la situation n'était pas encore réglée, quand Urbain II vint à Tours. Excommuniés par Amatus au concile d'Issoudun, les chanoines de Saint- Martin refusaient toujours de se soumettre. Le pape leur en fit de vifs reproches, mais ils lui montrèrent leurs anciens privilèges qui constataient leur exemption. Il les confirma et les augmenta même en déclarant la Collégiale directement soumise à la juridiction du Saint-Siège.
Dès lors s'introduisit dans les bulles pontificales une formule attestant cette relation (2). On éprouva plus tard le besoin de la justifier d'une façon plus complète: on considéra Tévêque de Rome comme substitué à Tévêque particulier de Saint-Martin, sans s'apercevoir que l'on donnait à cet évéque une importance qu'il n'avait jamais eue et que son existence ne justifiait nullement la constitution d'un diocèse propre. C'est probablement alors que fut modifiée la bulle d'Urbain II du 14 mars 1096. Celle-ci, en effet, proclame nettement la confusion qui s'est établie dans l'esprit des chanoines : « Denique quoniam inquibusdam ecclesiœ privilegiis proprium eis habere episcopum concessum est, ejus vice nos romano eos
(1) Pour la notice cf. Gat. no 183. Cette notice fut écrite très peu de temps après tes événements puisqu'il n'y est pas question de Tintervention d*Urbain II, c'est-à-dire entre 1081 et 1096.
La Grande Chromqtie de Tours raconte les mêmes événements d'une façon plus sommaire, p. 127. Monsnyer, Celeberrimœ, p. 209.
(2)Galixte 11,1119 : « ad Jus romans cognoscitur ecclesiae pertinere. » — Honoriu» II, 1129: « qus proprie Juris beati Pétri est. • — Innocent II, 1131 : « ad Jus et proprietatem sancts romanae ecclesiae specialiter noscitur pertinere.» ^ Les mômes formules se retrouvent dans les autres bulles ponliflcales qui suivent. La formule c ad romanam ecclesiam nuUo medio pertinens», ne parait, croyons-nous, qu'avec Innocent IV.
sancimus specialiter adhœrere ponti/îci, et graviores eorum causas ejus pendere judicio (1). »
Cette bulle dans sa teneur modifiée précisait aussi le point qui avait suscité déjà deux conflits. Le pape déclarait qu'il avait trouvé dans les anciens privilèges delà Collégiale qu'elle n'était tenue à recevoir procèssionnellement que le roi de France et l'archevêque de Tours, une fois seulement dans sa vie. De cela il n'y a pas trace dans les anciens diplômes que nous avons actuellement; mais ce fut désormais un point établi, comme nous le verrons par l'histoire d'autres conflits (2).
Malgré cette immédîateté, l'église de Saint-Martin prétendait n'être pas rangée parmi les églises qui devaient un cens à l'Eglise romaine, le cens étant pourtant l'attestation d'une sujétion particulière. On la voit figurer dans une liste des abbayes et églises de chanoines sur lesquelles l'Eglise de Saint-Pierre a un droit particulier, liste dressée vers la première moitié du xa« siècle. La liste d'Albinus la signale également
(1) Cat. n» 198. Paulot, Urbain II, Paris, 1902, commet ia môme erreur que les chanoines de Saint-MarUn, mais il est moins excusable : « Par un privilège unique, dit-il, p. 380, cette cité martinienne avait son évéque propre, en sorte qu'elle était un diocèse dans un autre diocèse. Mais comme il arrive fréquemment, les différends naissent des privilèges. Les conflits devaient être inévitables entre les métropolitains de Tours et les évêques de Saint-Martin. Urbain II devait sacrifier ceux-ci pour le bien commun. Mais en supprimant la dignité épiscopaie, il eut Tbabileté de soumettre à la Juridiction du Saint- Siège la collégiale des chanoines. II faut le dire à l'honneur du pape : la sentence fut acceptée sans la moindre contradiction. Un ancien monument nous a conservé là-dessus un détail curieux qull n'est pas sans intérêt de signaler :
« ï)n mémoire de cette décision et comme signe de l'union étroite qui unissait désormais la basilique au Pontife romain et à la chaire de Saint-Pierre, le pape Urbain II ât réunir par quatre chaînes de fer les quatre principales colonnes de cette église (Huinart, Vit.Vrb,, CCLl).»
Autre erreur du même auteur, p. 197 : pariant d'un privilège du pape Urbain II pour Marmoutier, il met en note Saint-Martin de Tours.
(%) C'était déjà cependant une tradition dans le chapitre ; car la notice prête au pape Grégoire YIJ une réQexion analo^e.
comme devant une once d'or (1). Mais on a, du commencement du XIV® siècle, une lettre de Pierre de Spoiète, collecteur des cens de l'Eglise romaine, au doyen et au chapitre de Saint-Martin, reconnaissant que c'est par erreur qu'ils ont été priés d'acquitter cette once d'or et que c'est le monastère de Marmoutier qui la doit (2).
Les bulles pontificales qui se succédèrent pendant le XII* et le xiii® siècle pour confirmer les privilèges de Saint-Martin restent toutes dans le vague (3). Il est toujours expressément mentionné que les chanoines doivent s'adresser à leur archevêque pour recevoir les ordinations des ordres sacrés et le Saint- Chrême, à moins que celui-ci ne soit pas en communion avec le Saint-Siège^ auquel cas ils pourront s'adresser à n'importe quel évêque catholique. Il est même spécifié pour les églises qui dépendent delà juridiction de Saint-Martin dans les autres diocèses que la justice de l'évêque diocésain doit être sauve (4).
Mais, à la fin du xiii® siècle^ la Collégiale recevait du pape Nicolas IV un privilège d'une singulière importance * et qui la rendait bien définitivement exempte de l'archevêque de Tours. Le chapitre pou-
(1) Liber censuum, éd. Fabre, t. I, p. 246. C'est à tort quil renvoie à Jaffé, no 2105, car ce n« ne se rapporte pas à Saint-Martin. Liste d'Albinut, t. Il, p. 119. — La liste de Ceocius, t. I, p. 197, avait seulement « ecclesia Sancti Martini que vocatur Majus Monaslerium I. unclam auri ».
(2) Reverentis vestr» presentibus intlmamus quod pro una uncla auri persolvenda in quo anois slngulis romans ecclesiœjuxtacensuale ipsius eccleslx ratlone censusvos tonerl credebamus, vos cltavimus. Vobis tamen postmodum aiiegantibus non vos sed Majus Monasterium beat! MarUni Turonensis ad hœc teneri, comperimusper confessionem procuratoris dlcti monasterii, etc. Baluze, t. LXXVI, p «32, 1311, 10 fôv.
(3) Gallxte II, 1119. Gat. n» 211. Monsnyer, CeUberrimœ, p. 219. — Honorius II, 19 décembre 1129. Gat. n* 221. — Innocent II, 28 octobre 1181. Gat. 224. — Lucius II, Vèfeme, p. 17. — Alexandre III, 1177, 13 août, Défeme, p. 19. — Lucius III, 5 mai 1184. Monsnyer, Celéberrimœ, XC. — Grégoire IX, 16 août 1234, Défense, p. 29 et 47.
(4) Bulle d'Alexandre III.
vait présenter à n'importe quel évêque ses chanoines, chapelains, vicaireset autres clercs de l'église pour recevoir les ordres mineurs et les ordres sacrés (1). Comme à la même époque le chapitre recevait du môme pape le pouvoir de déléguer des prêtres pour entendre les confessions (2), on voit que son indépendance à l'égard de l'ordinaire faisait un très grand progrès
Un certain nombre de lettres pontificales et autres fixent la portée de l'exemption. Les chanoines relevaient directement du pape, c'étaît bien, mais n'était-il pas à craindre que si le pape déléguait l'archevêque pour juger une affaire de laCollégiale, celui-ci n'en profitât pour s'attribuer sur elle ensuite une juridiction ordinaire? Le pape Lucius III les autorise à repousser tout ce qui pourrait être fait par l'archevêque contre leur liberté (3). Innocent IV leur accorda aussi la même chose (4).
Les chanoines ne se croyaient pas non plus suffisamment garantis par leur exemption contre les excommunications et interdits, alors si multipliés. Ils obtiennent plusieurs bulles déclarant que 'ni l'archevêque, ni les dignitaires du diocèse de Tours, ni les légats du Saint-Siège ne pouvaient prononcer contre eux excommunication, suspense ou interdit, à moins qu'il n'ait été fait mention expresse d'eux dans la délé-
(1) Nicolas IV, 1291, 22 avril, Défense, p. 44, Monsnyer, Celeberrimœ, p. 250. Baluze, t. LXXVI, p 350.
(2) Voir plus haut, p. 226.
(3) 1181-1185,21 mai, Défense^ip. 24. Brequigny, l. IV, p. 42. Monsnyer, XG. En 1278, Tarchevôque de Tours ayant prétendu que les chanoines de Saint-Martin avaient occupé des revenus que Ton appelle coutume ou fenestragium dans ses âefs, les menaça de sentence d'interdit. Mais ceux-ci firent valoir leurs exemptions et en appelèrent au pape. L'archevêque lança Tlnterdit sur Ligueil, Vençay, Joué, Oé, et sur les églises du diocèse qui dépendaient de Saint-Martin. Le pape Nicolas III confia à des délégués le soin d'examiner l'affaire. Défense, p. 39.
(4) 1247, 5 juillet. Monsnyer, Celeberrimœ, XGV.
gatioii (1 ). Un chanoine de Saint-Martin, qui était aussi chanoine d'une des églises relevant de Tarchevèque, ne pouvait plus être excommunié par celui-ci, s'il résignait ce dernier bénéfice (2).
En 1252, larchevèque de Tours se plaignit au pape Innocent IV que des ecclésiastiques de sa ville et de son diocèse, prétendant s'appuyer sur des privilèges apostoliques, entendaient les confessions de gens non exempts, leur administraient les sacrements, refusaient de recevoir de lui l'huile bénite et le Saint- Chrême. Le pape à sa demande excommunia tous les coupables. Mais le chapitre de Saint-Martin s'inquiéta, il craignit que son exemption ne fût menacée, il s'adressa au pape, qui déclarait par une bulle que les peines prononcées par la bulle précédente ne devaient point les atteindre (3).
S'il ne pouvait être excommunié, le chapitre obtenait de pouvoir excommunier tous ceux, de quelque dignité qu'ils fussent, qui envahiraient ses biens ou contreviendraient à ses privilèges (4). L'afchevèque de Tours, Bouchard, fut une des victimes de ce pouvoir.
Il s'était permis de traverser le cloître des chanoines
(1) L'interdit que le pape Innocent III Jeta sur le royaume de France en 120O vers la mi-janvier ne fut point observé par le chapitre de Saint-Martin. Le pape en fut offensé ; aussi en 1203 les chanoines s'entendirent- ils avec Thibaud, leur doyen, qui devait aller à Rome, pour qu'il fasse la paix avec le Souverain PonUfe, mais ils spécifient que ledit doyen ne voyagera point à leurs frais. D. Rousseau, n*» 2180, 2181 6w, 2181 ter.
(2) Innocent IV, 1243. Monsnyer, XCIV, CeUberrimœ. — Le même, 1251, l*' avril. Monsnyer, CeùberrirncBy p. 243. Péfeme, p. 34. — Urbain IV, 1264, 12 avril. Défense, p. 38. Baluze, t. LXXVI, p. 294. — Marlin IV, 1281, 5 mars. Défense, p. 40. Monsnyer,. p. 248, 1285, (la même), Monsnyer, td., CL Baluze, t. LXXVI, p. 340.
(3) Innocent IV, 1252. Défense, p. 35.
(4) Lettre de Martin IV, 1308, contenue dans une lettre de Renaud, archevêque de Bourges, qui la confirme. Car une constitution synodale ayant défendu d'obéir à tout porteur de lettres apostoliques sans qu'elles soient confirmées, ses diocésains refusaient d*obéir au chapitre de Saint-Martin. Défense, p. 42.
la croix levée en bénissant le peuple. Aussitôt ils le prévinrent qu'il eût à réparer l'injure qu'il leur avait faite, qu'autrement ils le frapperaient d'interdiî, de suspense et d'excommunication. L'arôhevéque leur fit remarquer que leur privilège ne s'appliquait qu'aux envahisseurs des biens de l'église, à ceux qui leur causeraient du tort et qu'ils ne pouvaient pas en user contre l'archevêque ou tout autre revêtu d'une dignité quelconque. Il refusait donc de se rendre à leur injonction. Le chapitre ne voulant pas admettre ses raisons, il en appela à Rome. Malgré cela le chapitre l'excommunia publiquement. Il alla même plus loin. Il avertit le chapitre de la cathédrale que dans les trois jours il eût à cesser toute communication avec l'archevêque, autren^ent il serait frappé d excommunication et d'interdit. Le chapitre de la cathédrale observa que l'archevêque en avait appelé et que par conséquent la cause était pendante. Rien n'y fit, comme l'archevêque les chanoines furent excommuniés. Ils en appelèrent à Rome. On ne sait malheureusement pas comment se termina cette affaire (1).
Enfin, il était accordé aux chanoines de Saint- Martin de ne pouvoir être cités au-delà de deux journées de marche du diocèse de Tours, même en vertu de lettres obtenues du Saint-Siège, à moins que ces lettres ne fissent pleine et entière mention de leur privilège (2).
Il importe maintenant de voir quelle était l'étendue de ce diocèse propre de Saint-Martin. Les bulles pontificales contiennent des énuméra tiens d'églises qui permettent de la préciser.
A Châteauneuf, il comprend, au temps de Calixte II, toute l'étendue du cloi tre j usqu'aux murailles ; une bulle
(1) Reg, Nicolas IV, n- 2165 et 2166.
(2) Grégoire IX, 1228, 12 octobre. Monsnyer, CeUherrimœ, XGII. Alexandre IV, 1257, 18 juillet, Défen''e, p. 36.
pontificale parle même du terrain qui s'étend jusqu'à la Loire (1); les églises de Saint- Venant et de Saint -Pierre-du-Chardonnet; le bourg de Saint-Pierre-le-Puellier. Avec AlexandrelII, on voit apparaître l'église de Saint- Michel-du-Bourg ; puis avec LuciusIII, Saint-Simple et Saint-Clément.
En dehors de la ville le chapitre étendait sa juridiction sur les abbayes de Beaumont et de Cormery, le prieuré de Saint-Cosme, les collégiales de Chablis. deLéré, de Saint- Yrieix, de Saint-Martin-de-Roseille, les prieurés de Saint-Michel-de-la-Guerche et de Saint- Jacques de rOrme-Robert, puis sur un très grand nombre de territoires : — Dans le diocèse de Tours : Ligueil, Courçai, Sublaines, Vençay, Joué, Charentillé, Oé,Martigy, Berthenay,Saint-Mars-la-Pile, Marignan, Saint- Épain, Les Pruniers, Quartes. — Dans le diocèse du Mans : Vouvray-sur-Loir, Mayet.— i)an.s le diocèse d'Angers : Chenu, Bruyères, Bray, Noyant, Genneteil, Precigné, Parce, Restigné. — Dans le diocèse de Poitiers : Antogné, Saint-Martin de Mâcon, Ternay, Courçay, Chaumont, Braum (?), Blaslay, Varennes, Doussay. — Dans le diocèsed'Agen : Mons abscisus (?) Alemannus. — Dans le diocèse de Choj^res : Médomna, Valières, Suèvres, Ville- de-Saint-Denis, Dissay, Villers. — Dans le diocèse d'Orléans : Chatilion.
— Dans le diocèse de Bourges : Léré, Bannay, Aubigny-sur-Nère. — Dans le diocèse de Langres : Chablis, Viviers, Ivérius (?), Bern (?), Flatius{l), Commissey.
— Dans le diocèse de Châlons : Mellecey. — Dans le diocèse de Sens : Donnemarie, Chalautre, Saudoy, Nogent. — Dans le diocèse de Soissons : Mesium (?).
— Dans le diocèse d'Asti: Solero. — Dans le diocèse de Pavie : la Terre Brûlée et les possessions auprès de Peschiera et de Sirmione.
Nous allons étudier maintenant les rapports de (1) Bulle d'Alexandre m déjà citée.
dépendance de ces différentes églises à Tégard de Saint-Martin.
Saint- Venant. — L'église de Saint -Venant, collégiale depuis 851, comptait dix chanoines. Ils étaient entièrement sous la juridiction spirituelle et temporelle de Saint-Martin. Ils n'avaient pas d'autre sceau que celui de Saint-Martin et leurs actes n'étaient valables que confirmés par ce sceau. Pour les ordinations ils étaient présentés au titre de la Collégiale-mère. Ils devaient assister à toutes ses processions sans y porter leur croix ; venir à la sépulture de tous les chanoines martiniens comme ceux-ci de leur côté devaient aller à la leur et à celle de leur curé.
Depuis quand l'église de Saint- Venant était-elle une paroisse ? Il est difficile de le déterminer. On la trouve certainement dans cet état au commencement du XII® siècle (1) ; le prêtre dont il est question dans la bulle de Calixte II que nous avons déjà citée à propos des privilèges est certainement celui qui était chargé du soin des âmes, auquel on donnait le nom de chapelain.
C'étaient les chanoines de Saint- Venant qui élisaient leur chapelain et qui le présentaient aux chanoines de Saint-Martin: ceux-ci l'investissaient de la charge dosâmes après qu'il avait juré fidélité pour sa chapellenie et ses dépendances et affermé sous serment qu'il n'y avait pas de simonie dans son élection. Les chanoines de Saint- Venant observaient l'interdit prononcé par le chapitre de Saint-Martin, partageaient avec lui les dépenses des réceptions des papes, cardinaux, légats. Tout procès entre eux, qui ne pouvait être terminé dans leur chapitre, était porté devant le
(1) Nobilieau, La Collégiale de Saint- Mai tin de Tours, p. 96, n'hésite pas à affirmer qu'elle fui érigée en paroisse en 1112. li s'appuie sans doule sur Tautorité de Monsnyer. Celui-ci se contente de déduire qu'elle existait plus de cinq cents avant lui, CtUbtrrimœ, p. 50^ s'appuyant sur le texte de la buile de Calixte II.
chapitre de Saint-Martin; si quelqu'un avait à se plaindre d'eux, c'était devant le même chapitre que la cause était plaidée. Ils avaient à Saint-Martin une prébende en blé, en vin et en argent. Ils ne pouvaient entrer dans la Basilique sans leur costume de chœur.
La juridiction des chanoines de Saint-Martin sur Saint-Venant ainsi que sur Beaumont, Saint-Cosme, Saint-Pierre- du-Chardonnet, leur fut contestée au commencement du xni« siècle par l'archevêque de Tours, Jean de Faye. Le procès dura longtemps et fut porté successivement devant les juges d'Orléans, de Bourges et de Chartres. L'archevêque revint à de meilleurs sentiments et se désista de ses prétentions en reconnaissant à la Collégiale le droit paroissial et toute juridiction sur ces églises (1).
Un fait montre bien quelle était au xiii* siècle l'étroite sujétion dans laquelle les chanoines de Saint- Martin tenaient leurs collègues de Saint- Venant. Ceux-ci s'étaient permis de faire et de jurer un règlement pour leur église sans consulter le chapitre de Saint-Martin. Ils furent cités à comparaître devant celui-ci, qui leur demanda une réparation. Les chanoines de Saint- Venant refusèrent ; ils furent frappés d'interdit et privés de leur bénéfice. Devant cette peine, les coupables se rendirent. Le lendemain, jour de l'octave de Saint-Laurent, ils comparurent de nouveau à Saint-Martin, firent la réparation qu'on exigeait d'eux et demandèrent l'absolution. L'un deux, Mathieu, jura au nom des autres sur le Saint Evangile que lui-même et ses confrères obéiraient aux ordres du chapitre. Le sous-doyen donna l'absolution et leva l'interdit (2).
Saint-Pierre-le-Puellter, — Cette petite collégiale
(1) Gr. Chron., p. 151. L'acte de Jean de Faye est de novembre 1212. Monsnyer, Celeberrimce, p. 60.
(2) Baluze, t. LXXVII, p. 423, 1214, 16 août.
devint propriété de Saint-Martin en 1119 ; elle fut donnée au chapitre par Louis VI ainsi que le bourg qui était adjacent (1). L'archevêque de Tours abandonnait en même temps ses droits sur cette église, comme l'atteste une bulle du pape Calixte II de cette même année (2). Une autre bulle du même pape et de la même année reconnaît que le chapitre doit posséder en toute liberté le bourg de Saint-Pierre-le-Puellier (3). Cependant Joscius, oublieux sans doute des concessions de son prédécesseur, réclama la juridiction spirituelle sur cette paroisse. Il fut mal accueilli par les chanoines. Aussi se tourna-t-il vers le roi avec lequel il semble avoir été en relations très intimes (4). Il demanda au roi d'exposer son affaire à ses amis le pape et les cardinaux et de leur bien indiquer qu'il n'a pu rien accorder aux chanoines au point de vue spirituel. Il n'est question dans cette lettre que de la donation royale ; larchevêque dit même que les chanoines n'ont pu prouver leurs prétentions d'aucune manière. Ce qui est évidemment faux.
Alexandre III donna cependant raison à l'archevêque. Mais quand celui-ci voulut se présenter à l'église, il trouva les portes fermées devant lui. Il s'en plaignit au roi en termes très vifs (5) : « Ce qu'est notre douleur, ce qu'est l'amertume de notre âme. ce qu est l'injure qui nous a été faite, le trouble de notre esprit ne nous permet pas de le redire. » Il
(1) Monsnyer, Celeberrmœ, p. 215. En 1166, 15 février, Alexandre III réduisit h 10 les prébendes de Saint-Pierre-le Puellier et défendit qu'il y ait plus de 10 chanoines qui ne devaient pas toucher leur prébende en cas d'absence. Id,, p. 218. — En 1169, le même pape confirmait la précédente ordonnance et écrivait aux chanoines de ne tenir aucun compte de ses prières ou ordres Jusqu'à ce qu'une prébende soit racante. Id,
(2) Cat. n* 209.
(3) Cat. n* 210.
(4) H. F., XVI, p. 49.
envoyait un chanoine de son église pour le mettre au courant des faits.
Les chanoines durent se soumettre, car le Rituel de Gàtineau note qu'au commencement du xiii® siècle le chapitre de Saint-Martin n'avait pas la charge paroissiale à SaintPierre-le-Puellier (1). Ce n'est qu'en 1239 que la juridiction spirituelle sur cette paroisse fut reconnue àla Collégiale par le pape Grégoire IX (2). Le nombre des chanoines de Saint-Pierre fut fixé à 10 par le pape Alexandre IIL Ils étaient soumis aux mêmes obligations que ceux de Saint-Venant.
Saint-Pierre-du-Ckardonnet: — La juridiction spirituelle de Saint-Martin sur Saint-Pierre-du-Chardonnet est nettement affirmée dans tous les actes pontificaux qui se succèdent depuis la bulle de Calixte II en 1129. Elle ne fut contestée, comme nous l'avons vu, que par l'archevêque Jean de Faye en 1212, lequel reconnut les droits du chapitre (3).
Cormery. — Comme il aété racontédans le livre précédent (4), Cormery dès sa fondation avait été établi dans une sujétion étroite à l'égard de la Collégiale. Les comtes d'Anjou favorisèrent beaucoup l'abbaye de Cormery et l'aidèrent à s'émanciper ; les moines en vinrent àélire leur abbé sans s'occuper aucunement du chapitre de Saint-Martin, dont le consentement cependant était requis. Quand le pape Urbain II vint à Tours, le conflit entre le monastère et le chapitre lui fut soumis. Il se prononça en faveur du chapitre. L'abbé de Cormery, Gui, rendit aux chanoines de Saint-Martin le bâton pastoral qu'il possédait indûment. On le posa sur le tombeau de saint Martin, puis à la prière des moines le chapitre le rendit au même Gui, dont la
(1) « Iq ecclesia Sancti Pétri Puellaris babemas nieut in ecclesia sancUVenantii excepta cura aniroarura parochise. • Rituel, fol. 59 r*.
(2) Monsnyer, Celeberrimce^ p. 219.
(3) Voir plus haut, p. 261. (V) Voir plus haut, p. 150.
conduite par ailleurs était irréprochable. Il fut dès lors décidé qu'à la mort de chaque abbé le bâton pastoral serait immédiatement rapporté à Saint-Martin et qu'il ne serait remis à l'abbé nouvellement élu que ôur Tordre du chapitre (1). L'acte d'Urbain II qui réglait ainsi les choses réservait les droits de l'archevêque ; de nouveaux conflits devaient sortir de là.
En 1174 l'évéque de Clermont terminait une contestation qui avait dû se prolonger assez longtemps entre l'archevêque de Tours et le chapitre de Saint- Martin au sujet de la juridiction de Cormery. En cas de culpabilité de l'abbé, l'archevêque pouvait le suspendre de ses fonctions abbatiales, tout en lui laissant ses pouvoirs de prêtre. Si, au bout de quarante jours, l'abbé n avait pas offert satisfaction à l'archevêque, le chapitre de Saint- Martin, auquel notification de la sentence avait dû être faite, le privait de toute participation au chœur et du revenu de sa prébende. L'archevêque le privait alors de ses pouvoirs sacerdotaux. Puis on restait dans le statu quo de nouveau pendant dix jours. Alors les chanoines lui enlevaient tous les droits temporels et régaliens qu'il pouvait tenir d'eux, et l'archevêque l'excommuniait. On était ainsi au bout des peines dont on pouvait frapper le coupable ; si, parvenu à cette extrémité, l'abbé offrait satisfaction, l'archevêque l'absolvait de son excommunication, sa suspense durant encore pendant quinze jours, à moins qu'il n'offrît aussi satisfaction au chapitre. Dans ce cas, l'archevêque l'absolvait complètement et le rétablissait dans sa dignité première ; autrement la suspense durait jusqu'à ce que les chanoines aient obtenu satisfaction (2).
Cet arrangement s'efforce de ménager les droits des uns et des autres ; les bulles pontificales qui se succè-
(1) Cal. n* 200, 30 mars 1096.
(2) Monsnyer, Celeberrimœ, p. 121. D. Housseau, n» 1174.
dent pendant le xii® siècle, tout en mentionnant Cormery parmi les églises soumises à Saint-Martin, le faisaient en termes trop vagues pour rien trancher (1). On ne trouve plus, jusqu'à la fin de la période qui nou;? occupe actuellement, aucun acte concernant les droits de l'archevêque sur Cormery.
L'état des relations entre le monastère et la Collégiale nous est donné par le Rituel de Péan GAtineau. Au sujet du bâton pastoral, il mentionne ce qui a été réglé par Urbain IL Les moines doivent demander au chapitre la permission de faire Télection ; s'ils s'entendent sur la personne, ils présentent l'élu au chapitrée au<)uel il jôonvient de l'accepter ou de le refuser. Quand il est accepté, il fait serment au chapitre (S|, puis le doyen le conduit à l'autel de Saint-Martin et l'investit de la dignité abbatiale en hii remettant le b&ton pastoral. Les chanoines n'avaient cependant aticunement le droit d'empêcher les moines de Cormery de procéder à l'élection (3).
Quand il y avait contestation au sujet de l'élection, c'était auK chanoines qu'il appartenait de juger (4). Il
(t) m Ecelcsla SaAcU Pauli Gormariceosis ei ce^ra onri^ia
draia yohis ve^trlaqiM suçcessoribus ei jlUJ9a4a serve^Uir ».
(2j Ego N, Saacti Pauli CormariceDsjs abbas iDslituendus supier Uqc sanctam evangelium promiUo etjuro obedientiam, subjecUonem et r««erfittUain hule ocAlèsise beatissimi Marlioi Turonensis at eapilulo ejuadana et quod fl4eU8 ero huic ecclesis de abbaUa eormariceQsi ejusque perliaenliis nec JuslUis slare in lioc capitulo quolies fuero raquiaitu8 aeoiuuluiii coasuttudinem hujus «cctosie recusabo, nequo eoasiliaiuijtts capituli revelabo uode damiuim vai de4eGU8 ipsi eeclesiœ vel persoDS ejusdem posait provenire et qood pro honore islo nicfail dedi vel promisi, nec alius pro me me scieiile,et si promlssum fuie se recogaoflcam, auUalenus raddam. Sic me Deus adjuvet et bae saocla verba.
(8) BéeH 4'iiae éiection d'abbé de Cormery on 1275. Baiu«e, tLXX VI,p. 103. 1212, janvier. Cbarte de Hugues, abbé 4eU Coar-Oieu, i'AioMTie» maille d*éeole d'Orléans, M 4e M., cbanoine de Troyes, qai déclarent par une sentence rendue dans ie chapitre de Sainl-Martbi de Tours que ledit chapitre n'a pas ie droU d'empêcher les religieux 4e 0>rakary 4e choisir et d'élire leur abbé. D. Housseau, n* 2348.
(4) 1211, août. Lettre de Tabbé de Cormery reconnaissant que les
en était de inème pour les difficultés qui surgissaient entre les moines et leurs hommes (1). Si Tabbé et ses moines étaient cités devant le chapitre et n'y paraissaient pas, le chapitre pouvait procéder à la saisie de Tabbaye et de toutes leurs maisons, parce que, dît le Rituel, tout ce qu'ils possèdent, ils le tiennent de nous (2).
Ils recevaient processionnellement le doyen de Saint-Martin quand il venait à l'abbaye pour la première fois et quand il revenait de Rome. Quand l'abbé venait à une procession à Saint-Martin, il prenait place au milieu des chanoines. Il était d'ailleurs hebdomadier, c'est-à-dire obligé à faire sa semaine de cérémonies (3), avait sa place au chœur auprès du trésorier et touchait une prébende en blé, en vin et en argent.
Beaumont. — Ce monastère de religieuses doit sa fondation au bienheureux Hervé, trésorier de Saint- Martin. Auprès de l'église de Notre-Dame-de-l'Ecrignole, une petite communauté de femmes s'était formée pour recevoir les pèlerins pauvres et desservir la matricule de Saint-Martin. Hervé trouva que ces religieuses étaient mal installées ; d'autre part, dit le chroniqueur, la campagne de Tours n'avait point de monastère de femmes. Il transporta donc à Beaumont la petite communauté de Notre-Dame-de-l'Ecrignole et l'enrichit de biens considérables qui lui apparte-
molnes doivent comparaître devant le chapitre de Saint-Martin quand il y a contestation au sujet de Tôlection de Tabbô. Monsnyer, Celébrirrimœj p. 124. D. Housseau, n** 2309 et 2310.
(1) Cf. même lettre.
(2) 1217, 24 février. Lettre de Robert de Loges, sénéchal de Touralne, confirmant la saisie de l'abbaye de Cormery, de tous les prieurés et possessions de cette abbaye prononcée par le chapitre de Saint-Martin parce que Tabbé n'avait pas voulu se soumettre à une citation, ni comparaître devant le chapitre. Monsnyer, CeUberrimŒy p. 125. D. Housseau, n* 2444.
(3)1194. Philippe, abbé de Ck)rmery, ayant négligé de faire sa semaine, reconnaît qu*il a eu tort. Monsnyer, op, cit. y p. 123. Brequlgny, t. IV, p. 177.
naient. Cette nouvelle abbaye était soumise à la Collégiale et devait lui payer une rente de vingt sols en reconnaissance de cette sujétion (1). La juridiction spirituelle de Beaumont devait soulever de très nombreux conflits entre l'archevêque et le chapitre. Toutes les bulles pontificales du xii* siècle sont a l'égard de Beaumont aussi vagues que pour Cormery. Le Rituel de Péan Gàtineau déclare que le chapitre de Saint-Martin possède toute juridiction spirituelle et temporelle sur l'abbaye de Beaumont. Pourtant, au moment où il était rédigé, la question était encore pendante entre l'archevêque et le chapitre.
Les droits paroissiaux sur l'église Saint-Jean de Beaumont furent abandonnés par le chapitre en 1211, après une controverse. L'abbesse devait présenter à l'archevêque le prêtre ou les prêtres adonnés au ministère des âmes dans cette église (2). Par contre la juridiction sur le monastère lui-même était reconnue par le pape Innocent III au chapitre (3). L'archevêque cependant continuait à la contester. Après avoir été longtemps agitée devant divers juges (4), la cause fut
(1) 1002. Acte de fondation, Monsnyer, op. eU.^ p. 205.
(2) Lettre du chapitre et de Fabbaye de Beaumont. — Baluze, t LXXVI, p. 213. LeUr&de TarcheTôque Jean. Id., p. 214.
(3) Bulle du 12 février 1212, ainsi analysée dans Monsnyer, Celeherrimaf XCII : Innocentlus adjudicat possessorium juristidictionis monasteril Belllmontis capitulo Beati Martini causa proprietatis archiepiscopi reservata. Reperitur etiam bulla exequtorlalis ejusdem bullse, siNit ellam cum ipsa duab Utters per Joannem Turonen»em archiepiscopiuD et capltulum ecclesi» Turonensls hoc tempore dats capitulo Beat! Martini super lege dlocesana et ecclesiis ad ecclesiam Sancti MarUni spectantibus quarum una lex dlocesana dicitur, in alia yero, ecclesla sancti Johannis prope Bellummontem cum sacerdotibus et parrochianiff ad jus archiepiscopi Turonensls pertinere dicltar. •— La lettre appelée Ici lex diocesana est celle que nous avons déjà citée à propos de Saint- Venant
(4) Un certain nombre d'actes concernent cette affaire : Une lettre d'Innocent IV du 12 janvier 1213, défendant à l'archevêque et au chapitre de la cathédrale de troubler le chapitre de Salnt-Marlin dans la possession de l'église de Beaumont, la question de propriété
enfin terminée en 1238 par une sentence de l'archevêque de Bourges et de Guillaume, cellerier de Saint- Martin {1).
La juridiction spirituelle sur l'abbaye de Beaumont était reconnue au chapitre, mais les droits paroissiaux étaient réservés à l'archevêque ; de plus, le chapitre de Saint-Martin devait offrir une compensation pécuniaire à l'archovêque et au chapitre de la cathédrale. Les chanoines présentaient à l'archevêque l'abbesse élue, mais celui-ci devait la bénir, sans faire aucune enquête sur l'élection, ni sur les mérites de l'élue. Dans le cas où l'archevêque refuserait, elle pourrait se faire bénir par n'importe quel autre évèque. Cette composition était ratifiée en 1344 par Innocent IV (2),
Les religieuses de Beaiimojit devaient avant de procéder à l'élection de leur abbesse en obtenir la permission du chapitre (3), qui envojrait un chanoine afin que, l'élection faite, il installât l'abbesse. Celle-ci
étant réservée. JafTé, n» 4673. Même sens à Manassé, évéque d'Orléans, à Tabbé de la Cour-Dieu et au doyen de Saint- A4gnaii, JafTé. no4674.— A Tabbé de la Cour-Dieu, à A., archidiacre d'Orléans, les ctiarge d'hislruire à fond la question pendante au sujet de Beaumont et de l'envoyer au Souverain Pontife pour ia Juger. Id , n* 4916. 1214, 25 avril. Cette bulle doit être la môme que celle qui est analysée dans Monsnyer, XCII, op, cit., et datée du 25 avril 1215 : Innocentius III commitUt causam proprietatis super Jurisdicttone monaslerif BellimonUs abbati de Curla Dei instruendam, ut negotium instnintum remittat ad summum pontiflcem deflniendam inter capiiuluro BeaU Martini et archiepiscopura Turonen»em — et que celle donnée en entier, Défen*e, p 48, datée aussi du 25 avril 1215, » BuHe d'fionorius m, 1217. 30 avril, commettant cette cause aux abbés Saint-Père et de Josaphat et au chancelier de Chartres. Monsnyer, op. cit., XCIII, une autre bulle du même pape, même sens, 1225. Reg. SonoriuË lit, n" 5392 et 5327.
(1) Monsnyer, Celeherrimœ, p. 242, et XCIV. ùéftmêe, p. 49, S« et 5t.
(2) Monsnyer, Ceieberrimar, XCIV, 1244. — 1252, septembre. Acte de Pierre, archevêque de Tours, reconnaissant que to chapitre de Saint-Martin ne lui doit plus rien sur la composition faite entre eux au sujet de Beaumont. Baluze, t LXXVI, p. 190.
(3) 1306, 1*' mai. Lettre des religieuses de Beaumont au chapitre pour demander Taulorisation de faire une élection. Baluze, t. LXXVI, p. 197.
venait ensuite faire son serment de fidélité au chapitre et recevoir la charge d'âmes. Toutes les causes étaient portées en appel devant le chapitre, qui se prononçait aussi sur les élections controversées.
Les religieuses allaient toutes à l'enterrement des chanoines ; les chanoines à l'enterrement de l'abbesse seulement. Elles se rendaient aussi en procession à Saint-Martin aux fêtes de saint Hervé, de saint Marc l'Evàngéliste, et la veille de l'Ascension ; les chanoines allaient à Beaumontle lendemain de Pâques et le lundi des Rogations. Elles observaient l'interdit de la Collégiale, pouvaient être frappées d'excommunication par elle (11, prenaient part aux dépenses nécessitées par la réception du pape, des cardinaux et des légats.
L'abbaye de Beaumont jouissait à Saint-Martin d'une prébendç de blé, de vin et d'argent.
Saint'Cosme. — C'est au bienheureux Hervé que Saint-Cosme doit sa fondation. Il fit bâtir dans cet endroit, alors solitaire, une église dédiée aux saints Cosme et Damien, et se retira auprès avec quelques compagnons. Il n'abandonna cet ermitage que pour céder aux instances des chanoines de Saint-Martin qui voulaient l'avoir auprès d'eux (2). L'île de Saint- Cosme fut cédée par le chapitre aux moines de Marmoutier qui désiraient y envoyer leurs malades, moyennant un cens annuel, en 1022. Comme ils voulaient avoir la justice de ce lieu, le chapitre le leur enleva (3). A la fin du siècle, quelques chanoines, épris de vie plus parfaite, « laissant leurs honneurs et leurs prébendes, se retirèrent, la veille de Noél, à l'île de Saint Cosme pour servir Dieu sous la règle
(1) Daas la même feuflle que la lettre ci-dessus, et sans date, se trouve une autre lettre de Tabbesse de Beaumont au chapitre pour Tavertir que les religieuses frappées d'excommuuication par lui pour leurs fautes se repentent et demandent à être absoutes.
(2) Voir plus haut, p. 228.
(3) Gr. Cfiron., p. 120.
canoniale », c est-à-dire pour y constituer une communauté de chanoines réguliers. L'acte de fondation (1) précise bien, en eflEet, la nature de la communauté qui s'installait à Saint-Cosme. Il y est dit que les chanoines de Saint-Martin auxquels est attribué le droit de correction sur la nouvelle communauté ne pourront remplacer le genre de vie qui y est en vigueur, ni par la vie monastique nipar la vie canoniale ordinaire (2).
Ces saintes gens étaient Letard, chanoine, qui est appelé secrétaire ; Rainard, sous-chantre ; Umbert, sacerdos matutinalis ; 3 ohert, un jeune homme très instruit dans la science des lettres, et Hugo, un physicien (3). Il n'y avait alors que la petite église construite par Hervé. Ils mirent en commun tout ce qu'ils avaient et se construisirent des demeures: Le chapitre ne réclamait d'eux aucun cens ; ils devaient seulement se reconnaître sous son autorité. S'ils devenaient assez nombreux pour se constituer en communauté régulière, celui qu'ils auraient choisi pour prieur serait présenté au chapitre qui ne pourrait le refuser. Cet article de la fondation fut modifié dans la suite, car le Rituel de Péan Gâtineau dit que, pour élire leur prieur, ils doivent en demander l'autorisation au chapitre, et qu'une fois l'élection faite, ils lui présentent l'élu qu'il *peut approuver ou refuser (4). Quand l'élection est confirmée, le nouveau prieur fait serment dans le chapitre et reçoit la charge d'àmes.
Il était prévu dans l'acte de fondation que, quand les chanoines de Saint-Cosme seraient au nombre de
(1) Acte de fondation, 1092. Défeme, p. 11.
(2) «Nunc statutam religionem non in monachicam, non in communem canonicatum subrogare ». 1273. Réforme du prieuré de Saint-Cosme opérée par Pierre, doyen de Saint-Martin. Monsnyer, Celeberrimœ, p. 246. Baluze, 1. LXXVI, p. 165.
(3) Gr, Chron.^ p. 128.
(4) Rituel, fol. 59 v«.
douze, ils devraient assister aux Rogations à Saint- Martin. Ce nombre était atteint au xiii® sièclej car le Rituel fait mention de leur présence à cette cérémonie. Ils devaient aller à Tenterrement de tous les chanoines, ceux-ci n'allaient qu'à l'enterrement du prieur. Ils étaient ordonnés au titre de la Collégiale, pouvaient entrer dans le chœur en habits de chœur et prenaient une part des dépenses nécessitées par les réceptions du pape, des cardinaux et des légats. Toutes leurs contestations devaient être terminées en appel devant le chapitre de Saint-Martin.
A partir de 1197, quand un chanoine de Saint- Martin se retirait à Sainl-Cosme, il continuait à toucher une prébende de blé et de vin, et recevait quotidiennement six deniers. « Il faut cela, disait l'acte qui établissait ce règlement, pour qu'un homme âgé, ou souffrant, ou habitué k être délicatement nourri, puisse avoir de quoi soutenir la nature et vaquer plus librement à la pénitence (1). »
Les droits paroissiaux de Saint-Martin surSMnt- Cosme ne furent contestés qu'une fois, au commencement du xin* siècle, par l'archevêque de Tours qui finit par les reconnaître (2). Le prieuré de Saint- Cosme ne semble pas avoir été prospère. En 1160, le chapitre le délivra d'un droit à payer, parce que la Loire rongeait l'île (3). En 1279, comme par suite des aliénations le prieuré se trouvait très appauvri, le chapitre régla qu'on ne recevrait plus un chanoine, qu'il ne s'engageât à ne faire aucune aliénation (4).
Saint-Yrieix, — La Collégiale de Saint-Yrieix était sous la dépendance de la Collégiale de Tours depuis sa fondation. En 1185 intervint un règlement
(1) D. Houseeau, n* 2099. Baluze, t. LXXVI, p. 166.
(2) Monsnyer, CeUherrimœ, p. 231. D. Housseau, n« ?302. Défense^ p. 107. Baluze, t. LXXVI, p. 241.
(3) Baluze, t. LXXVI, p. 107.
entre les deux chapitres pour régler leurs rapports mutuels (1). Ce qui fut établi alors dura pendant toute la période qui ùous occupe actuellement. Le chapitre de Saint- Yrieix devait avoir autorisation de Celui de Saint^Màrtin pour élire son doyen. Oette élection était approuvée sans difficulté. Dans Tannée qui suivait son élection, le doyen de Saint- Yrieix venait à Saint-Martin (2), se faisait présenter par des chanoines de son église, et après avoir prêté le serment était investi de la juridiction de cette église par la remise du bâton du chantre. Si les chanoineô de Saint-Yrîeix ne pouvaient élire leur doyen parmi eux, ils devaient le prendre parmi les chanoines de Saint-Martin. Quand le doyen ou le trésorier de Saint-Martin iraient à Saint- Yrieix, ils y seraient reçus en procession, prendraient place sur le siège le plus digne et seraient traités honorablement suivant les revenus de Téglise. Ils pourraient avec le conseil du doyen et du chapitre du lieu procéder à la correction de ce qui serait défectueux. Il en était de même pour les quatre prieurs de Saint-Martin qui cependant n'avaient pas droit à la procession. Les chanoines de Saint-Martin avaient droit à une prébende quand ils
(1) Monsnyer, Celeherrimœ, p. 63. Baluze, t. LXXVI, p. 216.
(2) Lcllred du chapitre de Saint- Yrieix au chapitre do Tours dans Batuze; t LXXVII, p. 235, sans date. 1* Hs lui annocent quMfs ont élu Guillaume dit le Pellerin, flisdu vicomte de Limoges, du consentement unanime; le nouveau doyen irales voir à la Pentecôte. — 2*ns font part de rôtcclion de Gui de Clauzei, archidiacre de Limoges. - 3* Ils racontent que malgré cette élection trois des leurs sont alléâ trouver le pape qui leur a imposé Pierre Briolo ; Ils supplient le chapitre de Saint- Martin de ne pas le recevoir — - k9 Annonce d'une nouvelle élection du même Gui, après des troubles qui obt duré deux ans ; dans Monsnyer, ep. cit., p. 64, datée de 1217. Au même endroit, une leUre du chapitre, novembre 1221, autorisant Gui à porter le Lâton en signe i\e juridiction. — 1227, 13 mai. Annonce de réîeclion de maître B. Baluze,t.LXXVII, p. 272. Monsnyer, toc. dt. — 1249, 30 septembre. Lettre du chapitre de Saint-Yriei.x priant celui de Saint-Martin de bien vouloir recevoir Gerald do Javortha que le pape leur u donné comme doyen.
séjoarnaient à Sêûiit-Yriei^, il dn étskit de même pour ceux de Saint-Yrieîx quand ils séjournaient à Sftint' Martîti (1).
MoUtier-Roseille. — Cette église, qui avait été donnée à Saînt^Martin un peu après celle de Saint- Yriéli, fut détruite par les Normands et rétablie ft la fin du xï^ siècle ; mais dans toute la période qui noUê occupe on ne voit aucune trace de ses relations avec lA Collégiale de Tours.
Lété. ^ A Léré s'était constituée une Collégiale de chanoines. Uéglise de Saint-Martin y avait toute juri* diction spirituelle et temporelle ; le prévôt de Léré devait y être chanoine. Les chanoines nouvellement nomtoés étaient présentés aux prieurs du chapitre de Tours et leur faisaient serment (2). Après cela, quand ils étaient tonsurés. On les conduisait au chœur ; quand ils ne Tétaient pas, Thebdomadier leur donnait la tonsure avant qu'ils soient installés. Puis on leur remettait une lettre du chapitre de Saint-Martin au chapitre de Léré priant ce dernier de recevoir les nouveaux chanoines. Les chanoines de Léré prenaient place au chœur dans la basilique de Tours, lisaient et chantaient comme les chanoines de Saint-Martin. Le
(1) Les doyens de Sainl-Yrieix ajoulaieul au serment des chanoines la formule suivante : Ilero juro quod amodo fldells e^0 htito ecclostie et vobis de ecclesia 8. Aredii Acllianensis ao dedànai« ejusdem» eorumque perUnentlis et quod eoclesiam 8. Aredll noque me a subjeclioue vestrœ ecclesi» nec a vestra sublraham aut subtrahi patiar; sed quantum potero in ndelitate sUbJecUone et obedlenila vestra eonserrabo et tuebor et quod liberlatemjura et posseseion«6 eeclesi» 8. Aredii minui non patiar neque alienari alienataque si que sink ad jus proprielalem ejusdem pro posse reducam et reduci procurabo. Monsnye^ Celeberrimce, p. 71.
12) Ego N. canonicus ecclesis Liriaceosis instituendus super hoc sanctum evangelium Juro quod de cstero fldelis ero huic ecdesi» de onnibus terris nemoribus aquis prepositurœ Liriacensis et de cflslro Liriacensi et omnibus ad eamdem preposituram perttnenltbus et quod Juslitis stare in hoc capilulo non recusabo quoclens fuero requisitus secundun consuetudlnem ejusdem capiluli et quod pro prsbenda ista nihil dedi, etc.
chapitre de Léré ne pouvait avoir d'autre sceau que celui de Saint-Martin.
Toutes les prébendes étaient conférées par le prévôt, le doyen de Saint- Martin donnait la chantrerie, mais à quelqu'un qui devait être déjà chanoine ; le trésorier donnait la cheveoerie dans les mêmes conditions. Si relise de Saint-Martin manquait de petits clercs, et que le chapitre de Léré eût des chanoines qui le fussent, ceux-ci pouvaient venir à Saint-Martin, servir aux offices, et toucher quand même en entier leur prébende à Léré (1).
En 1253 une sous-chantrerie fut créée à Léré, mais elle le fut avec le consentement du chapitre de Saint-Martin (2). On voit également en 1291 Guillaume de Chambray, prévôt de Varenne, et Gui de lîeaulph, prévôt de S^int-Epain, exercer le droit de visite sur la collégiale de Léré (3).
, Chablis. ^- A Chablis, comme à Léré, s'était constîti^e une collégiale, qui se trouvait dans les mômes conditions que celle de Léré, à une exception près, c'est que le doyen et le trésorier de Saint-Martin n'y avaient aucun droit de collation (4).
Le chapitre de Saint-Martin eut quelques démêlés avecl'évêque de Langres, au sujet de la présentation des chanoines de Chablis. On voit bien, en 1313, un évoque de Langres qui écrit au chapitre pour lui recommander un chanoine que le pape vient de nommer à Chablis, déclarer que quoique son nom soit dans ces lettres, il n'entend pas acquérir un droit nouveau dans cette église (5). Mais un peu plus tard le chapitre en appelait à Rome contre l'évêque du
(1) Rituel, fol. 61 r».
(2) Monsnyer, CeUberrimœ, p. 79.
(4) Rituel^ fol. 61 V.
(5) 1313. Baluze, t. LXXVI, J). 24.
même siège, qui voulait conférer une prébende à Chablis (1).
Une autre communauté à Chablis dépendait aussi de la Collégiale de Saint-Martin, c'était le prieuré de Saint-Cosme. Monsnyer (2) suppose qu'il fut fondé avec les biens du prieuré de Saint-Cosme près Tours, en 1120, par les chanoines réguliers de ce prieuré qui y vinrent chercher un refuge, et qu'il fut dès lors soumis à Saint-Martin. Une visite de 1290, faite par Guillaume de Chambray, prévôt de Varenne, et Gui de Neaulph, prévôt de Saint-Epain, a pour objet les deux communautés, la collégiale et le prieuré (3).
Cette même année voyait tranché par Thierry, chantre do Langres, un litige entre les chanoines de Chablis et l'archevêque de Lyon. Celui-ci prétendant avoir droit de procuration sur la collégiale, avait fait saisir des biens parce que la procuration no lui avait pas été payée. Aux instances des deux prévôts oidessus mentionnés, il les rendit en reconnaissant les privilèges du chapitre de Saint-Martin (4^.
Saint'Jacques-de-l Orme- Robert. — C'est à une époque indéterminée qu'un ancien oratoire de Saint- Eloi passa sous la juridiction de Saint-Florent de Saumur, et devint prieuré de cette abbaye sous le nom de Saint-Jacques-de-l'Orme-Robert (5). Vers
(1) 1316. Archires de VYonne, G. 2299. Acl© d'appel du chaplire contre révêque de Langres.
(2) Monsnyer, Celeherrimœ, p. 90.
(4) W., et p. 250.
(5) Monsnyer, op. cit., p. 94, dit qu'il a lu dans un nécrologe de Saint-Florent cette mention : Quarto kalendas MarUi anniversarium Pétri Vitalls. Hoc anniversarium faciet dominos abbas eo quod obedientiam Sancti Jacobi Turonis nobis contullt. Il en conclut très légitimement que ce fut ce Pierre Vital qui soumit son oratoire à la Juridiction de Saint-Florent, mais 11 nn donne pas la date de ce nécrologe et nous ne Tavons pas retrouvé. Nous ne savons où Nobilleau a pris que la Collégiale donna cet oratoire à Henri II Plantagenet en 1155 et que c'est celui-ci qui le donna à Saint-Florent- Nobilleau. La Collégiale, etc., p. 100.
1117, Saint-Florent y avait deux moines, et y touchait quarante sous de cens. Le chapitre de Saint-Martin cependant n'abandonnait pas ses droits sur cette partie de son territoire. Les moines de Saint-Florent devaient payer chaque année à la Collégiale, le jour de la Saint- Brice, douze deniers en reconnaissance de la sujétion du prieuré. Les moines de TOrme-Robert pouvaient venir aux processions du chapitre et le jour de là Saint^Martin le prieur avait le droit de prentjre place au chœur (1).
Saint-Michel de la Guerche. — C'est également à une époque indéterminée que le sanctuaire de Saint- Michel de la Guerche était devenu un prieuré de rOrdre de Cluny, dépendant du prieuré de la Charité-sur Loire. Au XII® siècle, une association de prières fut contractée entre le chapitre de Saint- Martin et les religieux de la Charité, à la suite de donations faites par le chapitre aux religieux de Saint-Michel de la Guerche (2). Chaque année à la Pentecôte, les moines de Saint-Michel devaient payer au chapitre une redevance de onze sous, huit deniers; ils viendraient à Tenterrement de chaque chanoine défunt et célébreraient pendant trois jours la messe et les vigiles ; ils devaient assister aux processions des chanoines chaque fois qu'ils en seraient priés. Les reli-
(1) RUufl, fol. 58 r.
(2) Acle du chapitre. Monsnyer, Celeberrimœ, p. 182. Marlène, TliesauruB anecdotorum, 1. 1, col. 555. Le.s termes employés montrent évidemment que l'existence du prieuré est antérieure à cet acte : Notum flerivolumus quod adpreces et petitiones Radulptiipriorit et toliu« coiiventus de charilale concessimus de feodo beati Martini ad sdiflcandum dombs seu ofliclnas fralrum suoniro commorantium Turoni apud ecclesiam Sancti Michaelis de Guerchia. Nobilleao, op, cit., p. 101, se trompe donc en affirmant que le ctiapitre céda ses droits à Tabbaye de Cluny en 1171. L'acte du prieur de la Charité (Monsnyer, p. 182j semble même indiquer que c'est à une donation
du oliapitre que son couvent doit le prieuré de Saint-Michel : Ut
vestra Charitas in cœpti beneflcii circa ecclesiam nos tram incremenio in perpetuum nesciat pœnitere.
gieux de la Charité s'engageaient, eux, à célébrer le iendemain du premier dimanche de Carême un service pour les chanoines défunts et à commencer ce jour-là uti trentin comme ils le faisaient pour leurs frères (1).
Saint-PerpH de So/ero. — Il est question pour la première fois de cette église en 1011 ; les chanoines donnent les prébendes qui lui sont attachées aux chanoines réguliers de Saint-Cosme pour les posséder, estil dit dans l'acte, comme les possédaient leurs prédécesseurs séculiers. Ce qui semble indiquer que ce sont les chanoines mêmes qui quittèrent Saint-Martin pour se retirer à Saint-Cosme qui avaient leurs prébendes à Solero. Cette église restait quand même sous la domination du chapitre auquel devait être payée chaque année à la Saint-Martin d'hiver une redevance de treize sous poitevins. Les religieux de Saint-Cosme qui devaient être envoyés en Italie étaient choisis par leur communauté et soumis à l'approbation du chapitre de Saint-Martin Une fois rendus là-bas, s'ils ne donnaient pas satisfaction par leur conduite, ils seraient changés. Ils devaient prêter aide et assistance au chapitre pour l'administration des biens qu'il possédait en Italie (2).
Eglises paroissiales. — Nous avons donné plus haut la liste des territoires qui relevaient de Saint-Martin. Pour beaucoup d*entre eux il n'y a rien à dire, soit qu'en effet il ne se soit rien passé à leur sujet, soit que les actes qui les concernent ne nous soient pas parvenus (3). Nous allons examiner les renseigni)ments que nous avons recueillis sur deux églises paroissiales.
(1) Il est à noter que le Hituel ue parle pas de 8ainl-Mtchel de la Groerohe ni de rassociaUon de prières avec le prieuré de la Charité.
(2) Baiuze, t. LXXVI, p. 16.
(3) Pour un certain nombre d'églises, on trouvera quelques renseignements dans le chapitre des PossessioM.
Satnt'Simple. — Non loin du prieuré de TOruie- IMbdrt a'était bâtie une église dédiée ii saint Simple ou Sulpîee. Au commencement du xii® siècle elle rdevait du doyen. EudoB s'étant trouvé malade et ayant été guéri par un médecin,, moine à Saint-Nicolas d'Angers, en reconnaissance de ce bienfait donna à ce monastère Téglise de Sain t-Sulpîce, le bourg et tous les droits qu'il avait en cet endroit (1), Comment l'église et le bourg de Saint-Simple sortîreot-ils de la dépendance du monastère de Saint-Nicolas? Nous n'en savons rien. Mais à la fin du xii® siècle ils relevaient du patronage des préchantres de Saint-Martin. En 1184, le préchantre Guillaume donnait l'église et le droit de patronage qui lui revenait à l'abaye de Saint- Florent de Saumur, le droit était personnel et devait passer, après le décès de Guillaume, à Philippe, doyen, et au frère de celui-ci Hamelin, maître de l'école. L'un et l'autre firent abandon de leurs droits (2).
Cette donation semblait bien réguh'ère, cependant une contestation s'éleva presque aussitôt entre le chapitre et l'abbaye. La cause fut portée devant le pape Lucius III, qui nomma des juges; mais les deux parties finirent par conclure un accord, l'année suivante (1185). Le curé sera élu par le chapitre, présenté à l'abbé et au monastère de Saint-Florent de Saumur, qui devront l'accepter et le présentera leur tour à l'archevêque. Si le candidat du chapitre est refusé, les moines n'auront pas le droit d en choisir un à leur gré, mais devront de nouveau recevoir celui que le chapitre leur présentera, et cela, deux, trois et quatre fois, jusqu'à ce que le candidat du chapitre soit accepté. Cela, parce que cette église a toujours été dépendante du chapitre et qu'elle lui appartient (3).
(1) Salraon, Saint-Martin, t. VI (ms. de Tours n* 1286), p. 184, d'après le Cartulaire de Sainl-Nicolas.
(2) D. Houssean, n»' 1%7 et 1984.
(3) D. Housseau, n* 1985.
Saint-Denis, — L'église Saint-Denis de Châteauneuf relevait du patronage de Vabbé de Pontlevoy, mais restait soumise au chapitre. Aucune réparation ou construction ne pouvait s'y faire sans son consentement. L'abbé Renaud l'oublia ; il dut reconnaître sa faute et offrir réparation, moyennant quoi le chapitre permit que la voûte et la toiture restassent comme il les avait mises (1).
Parmi les bénéfices qui étaientà lacollation du chapitre, un certain nombre étaient à la collation des dignitaires, d'autres étaient à la collation du chapitre tout entier. A l'égard de ces derniers, il n'y eut point de règle bien établie jusqu'à la fin du xni* siècle. Peut-être désignait-on à r.^lection la personne à laquelle devait être confié le bénéfice. Il y avait là matière à difficultés comme l'atteste un acte capitulaire du 12 novembre 1295 (2). Aussi fut-il réglé, ce jour là même, que chaque chanoine aurait à tour de rôle sa semaine pendant laquelle il pourrait conférer tous les bénéfices qui viendraient alors à vaquer. Personne pas même le doyen n'aurait droit à plus d'une semaine. Ce règlement devait commencer à être appliqué le dimanche suivant au premier coup de matines (3).
La juridiction du chapitre de Saint-Martin, son dio-
(1) Monsnyer, CeUherrimœ, p. 226 D. Housseau, d» 2044, 1190.
(2) AtUffldentes quanta ex beneflciis ad collationem nostram speclanUa diu vacant siogulorum cordibus in diversa diversis oriri possinl pericula et rancoris materia suscUarl. Cf. Ma. de la Bibliothèque de Tours n» 1509, fol. 00. Monsnyer, Celeberrima?, p. 251.
(3) Voici la formule de serment que devaient prêter les curés et vicaires perpétuels du patronage île Saint-Martin : Ego N. rector parochialis eccleslse N. juro isti eccleslœ et huic capltulo Beali Martini Turonensis obedientiam, subjeclionem et reverentiam et quod in isto capltulo non recusabo staro Juri quoties fuero requisitus, bonaque et reditus ecclesiœ meae non alienabo, sed ea pro posso defendam, alienataque pro posse revocabo et faciam revocari, et quod infra annum presbyter ero Sic me Deus adjuvet et hec sancia verba. Monsnyer, Celeherrimœy p. 80.
cèfte, était donc À la fin du xm* siècle fort éteadue. Il avait réussi malgré de aombreuftes luttes à la maiatonir intacte et même h T^gmenter. Le xiW^ siècle est certainement l'époque à laquelle le chapitre ast le plus puiissant dans le domaine spirituel; les archevêques de Tours n'ont encore rien pu contre lui. Cela ne durera pas longtemps désormais; ces exemptions qui tenaient par trop au droit féodal, ces dépendanees d'église qui ne se justifiaient que par une sorte de seigneurie spirituelle étaient une anomalie dans la hiérarchie ecclésiastique; elles devaient dispanetitre. Mais elles x^ disparaîtront qu'avec beaucoup d'autres choses dans la grande ruine qui emportera tout le système social dont elles sont une partie.
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