CHAPITRE VI
Possessions et dépendances du chapitre
Ce chapitre se divise tout natarellement en deux parties: dans la première nous étudierons l'administration temporelle et financière du chapitre, dans la seconde nous tâcherons de faire le tableau de ses propriétés, des différents droits et rentes qu'il pouvait percevoir.
Les biens du chapitre étaient, pour une partie, administrés directement par lui-même ; pour une autre partie, affermés àdes chanoines, prévôts ou autres qui payaient une rente, laquelle rente était soit divisée entre les chanoines, soit employée aux dépenses générales de Téglise. A plusieurs reprises des règlements ont été faits au sujet de ces fermes.
Dès qu'un fermage se trouvait vaquant, celui auquel revenait cet office le faisait publier solennellement en plein chapitre. Si le chapitre le jugeait à propos, il pouvait reprendre les biens devenus ainsi libres. Autrement, au bout de quarante jours, il devait les affermer à celui qui en offrait le plus ; pourvu toutefois que celui-ci présentât des garanties de solvabilité (1) ; exception était faite pour les fermages qui vaquaient à la Saint-Jean-Baptiste, parce qu'alors, à cause de la moisson, on n'attendait que dix jours avant de louer (2). En 1262, il fut établi que tous ceux qui tiendraient, du chapitre, des prévôtés ou des fermes devaient prendre soigneusement par écrit les cens, services, hommages, revenus du chapitre, en les dis-
{\)muel, fol. 63 V.
(2) Bulle d'Alexandre III du 29 avril, Défense, p. 22
tinguant nettement des possessions de leur prévôté, et donner cette liste au chapitre qui la déposerait dans le trésor ; elle devait être faite tous les deux ans, à cause des différences qu'introduisaient les successions ou les changements de propriétaires (1).
Celui qui sans la permission du chapitre abandonnait une ferme ne pouvait plus être admis à en recevoir de nouvelle à partir de la Saint-Martin d'hiver suivante, jusqu'à ce que soit arrivé le terme de son fermage (2). Il était défendu aux fermiers d'aliéner quoi que ce soit de leur ferme, ou de l'affermer à d'autres, car en cela il y avait une espèce de commerce, disait le règlement de 1262, et surtout beaucoup d'inconvénients pourraient résulter de ce fait que les choses de l'église fussent confiées à la garde de personnes étrangères. Les causes qui concernaient les biens affermés devaient être soutenues aux frais des fermiers, à moins que le chapitre ne jugeât à pro-r pos de leur attribuer un secours convenable (3). Celui qui ne payait pas sa ferme au terme convenu perdait par le fait même ses droits. Tout le temps qu'il tardait de payer, il demeurait hors du chœur et était privé de son bénéfice ; peine qui se prolongeait, quand il avait payé, aussi longtemps qu'avait duré son retard (4).
C'était au fermier que revenait la charge d'entretenir les maisons de sa ferme et, si besoin en était, de les remettre en état à ses frais. Cependant les granges et maisons du chapitre, qui servaient à la répartition des prébendes, devaient être entretenues aux frais du chapitre, qui pouvait avoir recours contre ceux qui étaient coupables du mauvais état des choses (5).
(1) 4« Réfof-me.
(2) 1'" h/forme
(3) V Réforme.
(4) 4» Réforme,
(5) k* Réforme,
Ces fermages ne pouvaient être faits qu'à des membres du chapitre ; cela se conclut des peines qu'on édicté contre les fermiers qui ne payaient pas régulièrement leur fermage. Eux seuls pouvaient d'ailleurs acheter ce que le chapitre tenait à cens ou en fief ; ils devaient en payer le prix qu'en paierait un acheteur ordinaire (1). Ces règlements n'avaient pas toujours été observés : des dîmes avaient été inféodées à des laïcs, des terres leur avaient été vendues. Plusieurs bulles pontificales accordent aux chanoines la faculté de racheter les dîmes inféodées (2), de faire rentrer par les censures les biens appartenant au chapitre qui auraient été aliénés illicitement (3). Malgré cela, au commencement du xiv* siècle, les chanoines se plaignaient encore au Saint-Siège que leurs prédécesseurs avaient vendu des biens et des revenus de leur église à des clercs et à des laïcs dont certains avaient obtenu des lettres de confirmation du pape. Une bulle
(1) Bulle d*AlAxandre III, 1159-1184, 29 avril, Défende, p. 22.
(2) Bulle d'Alexandre III, 1159-1181. 4 Juillet, Défense.p. 22 ; d'Innocent IV, 1246, 25 avril, W., p. 32 ; d'Alexandre V,1259,10août,Monsnyer, XGVIII; de Nicolas IV, 1290. 20 février, Défen$9,p. 43. Ces questions de dîmes inféodées tiennent, comme on pt,ut le voir, une grande pUce dans les bulles pontlflcales adressées au chapitre. Gitons-en encore une d'Alexandre IV, 1257, 29 novembre, qui a trait au même sujet. Des laYcs débiteurs du chapitre lui ont oflei t en gage des dîmes qu*ils avaient reçues de lui en flef ; le pape autorise à les recevoir, il les gardera jusqu'à complet payement et percevra les fruits qui ne viendront pas en déduction de la dette, mais les laïcs ne lui rendront plus les services auxquels ils sont tenus de par leurs dîmes ; Défense, p. 47. Par contre, une exception est faite en faveur de Saint-Martin, concédant à d'autres églises le rachat des dimes. Dans une lettre de Nicolas IV accordant cette faculté, il est dit: HujusmoUiindulgentia non valet ad ecclesias qus ecclesi» sancti Martini Turonensis ad romanam ecclesiam nullo modo pertinent! immédiate subjiciuntur ; Heg. Ntcol'mlVy n* 435, 1288, 22 octobre. Même exception dans une lettre sur le môme sujet accordée aux recteurs d'église; td , n* 436, môme date.
(3) Bulle d'Innocent IV, 1276, 13 avril, Monsyner, XGIX; de Nicolas III, 1278, 11 mars, Défense, p. 39 ; de Boniface VIII, 1299, 25 septembre, id,, p. 45.
deClémentV chargeait labbé de Saint-Julîen de remettre toute chose en état (1).
Tout cela semble indiquer que dans le courant du xiii* siècle les finances du chapitre ne furent pas toujours très prospères. On sait aussi d'ailleurs qu'il dut faire des emprunts onéreux. Deux bulles dlnnocent IV l'autorisent à faire valoir les exceptions légitimes contre les créanciers usuraires (2).
Les prévôts étant, comme nous l'avons dit précédemment, de véritables fermiers du chapitre, étaient tenus aux obligations générales des fermiers. Ils ne devaient pas affermer leur prévôté à des étrangers ; ils pouvaient être contraints par le chapitre à maintenir en bon état les constructions qui s'y trouvaient (3). Des règlements particuliers étaient faits pour les bois du chapitre qui étaient confiés à leur garde : ils ne devaient pas les vendre, et étaient obligés de laisser à ceux qui en étaient spécialement chargés, de juger des bois qu'il fallait couper et mettre en culture. Us ne pouvaient pas non plus s'opposer à ce que les terres de leurs prévôtés fussent mesurées par ceux auxquels cela revenait (4). Quand un prévôt achetait quelque chose dans sa prévôté, s'il ne le donnait pas avant sa mort, cela restait au prévôt son successeur. C'était aux prévôts qu'il appartenait de faire le partage des prébendes de prés que touchait chaque chanoine, comme nous allons le voir. Ils donnaient au
(1) Bulle de Clément V, 1312, 20 février, nèfense, p. 52.
(2) 1243, 28 novembre, Monsnyer, XCIV. Ul contra creditores usurarlos excopdones légitimas sivo do mutuo contracto in casibus non concessis sivo de pecunla recepta in utilitatem eccleslœ non conversa, 8ive alias quascuroque compétentes a Jare caplluluro opponere pos- 8it| si in Judicio convenire contigerlt. C'est à peu près le même sens qu'a une autre bulle imprimée, Nfente, p. 33, 1247, 12 août : Ul non teneamini ad solvenda débita que creditores, In ecclesis vestr» nomiue deposcunt a vobis, nisi probentur in ejus utilitatem fuisse concessa, vobis auctoritate presentium Indulgemus.
sous-doyen la liste des chanoines qui en aYsient; dans l'octave de la Pentecôte. S'ils ne le faisaient p«», ils perdaient leurs droits qui revenaient au plus offrant (1).
Pour administrer les terres de leur prévôté, ils avaient sous leurs ordres des maires et des sergents. Nous en verrons quelques-uns par la suite en énumérant les propriétés du chapitre. Ces officiers partageaient avec eux le soin de faire rentrer les récoltes, de percevoir les tailles et autres droits utiles, et aussi de garder les propriétés et de rendre la justice. Ils faisaient serment de fidélité au chapitre en présence des petits clercs et des jeunes chanoines, c'est-à-dire en présence de tout le chapitre (2).
Les sergenteries des terres du chapitre n'étaient pas toujours données par le chapitre lui-même. Guérin, évéque de Senlis, écrit aux chanoines pour leur demander de vouloir bien laisser un certain Guillaume Coquo en possession d'une sergenterie qu'il vient de lui donner, quoique, dit-il, l'usage de leur église soit que personne ne soit considéré con)mo leur serviteur ou leur sergent, si, dans l'année qu'il a reçu son office, il ne leur a prêté serment de fidélité (3).
Les comptes du chapitre se faisaient deux fois par an, à l'octave de saint André apôtre et à l'octave de Pâques. A la première date le sous-doyen recevait la moitié des fermes de Suèvres, de Vallières, de Courçay, de Varenne, de Saint-Epain, de Blaslay, de Restigné, de Noyant, de Mayet, d'Oé, de Morignan et de Châtillon; il ne recevait rien deLombardie, deMellecey, de Chablis, de Donnemarie, de Chalautre, de Léré, de Flandre ni A'Area Bacchi, Le lendemain le
(1) V Réforme.
(2) Rituely fol. 63. Debent esse jurati capitule de terris capltuli, et hominibus et aquis, et aliis ad ballivas suas perlinentibus et quod slare Juri ia capitulo non recusabunt quotiens secundum consuetudinemecclesiae fuerint requistti.
(3) Baluze, t. LXXVI, p. 144, 1222, avril.
compte était fait. Le sous-doyen établissait celui des recettes ; deux caissiers du chapitre apportaient l'état des dépenses faites avec l'argent reçu en espèces par le chapitre , le chanoine chargé du bref, celui des dépenses faites au dehors. Quand tout était compté, le sous-doyen, le grangier et le sénéchal recherchaient dans les actes les revenus de l'église pour établir le contrôle, puis faisaient une distribution d'argent. Après cela, le chanoine chargé du bref examinait ce que le chapitre devait et ce qu'on lui devait. Dans l'octave de Pâques se payaient les fermes entières de Lombardie, de Mellecey, de Chablis, de Donnemarie, de Chalautre, de Léré et la moitié des autres. Cette fois c'était le sénéchal qui recevait. Les comptes se faisaient d'ailleurs comme le lendemain de l'octave de la Saint- André (1).
En dehors de leurs distributions d'argent et de leur prébende principale dont nous avons expliqué ailleurs la répartition, les chanoines avaient droit à une prébende de blé, une prébende de vin, une prébende de pré, une distribution de lamproies et de poules. C'était le grangier qui recevait le blé des prévôtés et le répartissait entre les chanoines, divisant entre tous le blé des prébendes vacantes. C'était le cellerier qui faisait la répartition des vignes, il devait le faire dan& les trois mois, autrement il était remplacé pai; le chapitre ; chaque chanoine était tenu à l'entretien de la clôture de sa vigne (2).
Quant aux prébendes de pré, la division ne s'en faisait pas toujours très régulièrement; les réformateurs de 1262 constatent que certains chanoines en ont plusieurs et que d'autres n'en ont pas. Ils décident que les choses se passeront plus régulièrement à l'avenir; chaque chanoine doit avoir sa prébende de
{\) Rituel, fol. 11 ¥«6127 r«.
(2) 4- Réforme,
pré ; ne peuvent en avoir plusieurs que ceux qui'ont plusieurs prébendes personnelles. Ce qui restera de pré après cette distribution sera donné en ferme ou exploité au profit de la communauté (1).
Le sénéchal devait acheter des lamproies pour les chanoines, le dimanche des Rameaux; ceux qui n'avaient pas reçu de lamproie recevaient, le mardi de la Quasimodo huit deniers. La veille de Noél, le même personnage distribuait à chaque chanoine deux poules ou plus s'il se pouvait, celui qui n'en avait pas recevait également, le mardi de la Quasimodo, deux deniers. Ces poules étaient fournies par Ligueil, Courçay et Saint-Epain (2).
Deux fois par an, le lendemain de la Saint- Jean- Baptiste et le lendemain du premier de l'an, le trésor de l'église était visité par tous le» chanoines qui étaient présents et qui le désiraient. On inscrivait à mesure qu'on les voyait tous les objets qui y étaient contenus. Le lendemain de la Saint-Jean-Baptiste, des chanoines, spécialement choisis pour cela par le chapitre, examinaient les livres, les privilèges et les chartes.
En 1262, il fut réglé que dans le premier chapitre général deux ou trois chanoines seraient choisis par toute l'assemblée, ou, si elle ne pouvait s'accorder, par les douze correcteurs établis par les réformateurs de 1204, pour visiter toutes les constructions du chapitre, des prévôtés et des fermes, veiller à ce qu'elles soient remises en état. Cette visite serait faite, à l'avenir, au moins tous les deux ans. D'autres visiteurs devaient être aussi choisis de la même façon pour examiner les fondations de la basilique et prendre soin de leur faire toutes les réparations nécessaires.
Quand le sous-doyen avait reçu le revenu des fer- Ci) k* Réforme.
(2) RUuelJo\. 21r«>el 13 r.
nies, il devait enlever l'argent du trésor dé l'église où il ne semblait pas assez en sûreté et le mettre dans un coflro dont il aurait la clef. On devait veiller aussi et né plus laisser, comme cela s'était fait sans doute auparavant, la garde des reliques de saint Martin, des autres châsses et des ornements à des personnes peu recommandables, mais se montrer plus exigeant et payer un prix convenable (1).
Toutes ces mesures, très sages, prises pour la bonne administration des biens du chapitre ne suflfî* saient cependant pas ; car le chapitre avait à lutter contre des ennemis extérieurs. Un certain nombre de bulles pontificales ont pour objet de venir au secours des chanoines dans la défense de leurs propriétés. Alexandre III écrit aux archevêques de Bourges, Sens et Tours et à leurs suflfragants, aux évoques de Langrès et de Poitiers, pour les charger de prendre en main la protection des biens du chapitre. Toutes les fois que celui- ci se plaindrait à eox de dommages commis par leurs diocésains, ils contraindraient ceux* ci à les réparer, au moyen des censurés ecclésiastiques (2) ; une autre lettre,aux mémes,leur ordonne d'user de moyens semblables pour contraindre ceux qui se montreraient récalcitrants à payer au chapitreles dimes et autres droits qui lui étaient dus (3); même chose pour ceux qui se seraient emparés d'un bien de Saint-Martin (4). Ces lettres sont de la fin du xiV siècle ; dans le courant du xni® siècle, les mêmes maux exigeaient les mêmes remèdes. Grégoire IX mande à l'archidiacre de Sens de défendre Saint- Martin contré ceux qui cherchent à lui faire du tort (5). Nicolas IV
. {\)k* Réforme.
(î) il5S-lt«l, l*r mal. Défense, p. 22. —1181.1185, 27 juin. Monsnv^r, LXXXIX. — Martin IV, 1281, 4 mal. Oéfeme, p. 40.
(3) 1158-1181, 3 août.//f., p. 23.
' (4) 111^8-1181, 12 avril. W.; p. 23.
{^}Grégoi'^e IX, Hêj, n* 1274» 1238, 23 avril.
« 30fl -•
chai^êait; ^officiai de Bourges .de venir au ^woiars de gaitit^Martm contre tous ceux<iui retiendraient dîmes; t^ens» etc., en les frappant, d'une excommunication générale (1).. Mêtoe chose encore au commencement du- XIV® siècle (2). :
Dans les chapitres précédents^ en; décrivant les relations de la CoJlégialo de Saint-Martin avec les rois de France, les comtes d'Anjou et les bourgeois de Ch&teaunéuf, nous avons précisé quels étaient ses droits de justice sur la ville de Châteauneuf; il nous reste à voir quelles y étaient ses propriétés. . Le cloître, qui, comme nous l'avons démontré ailleurs, comprenait toute la partie renfermée de murailles au X® siècle, n'appartenait pas tout entier au chapitre. Il y avait des maisons et des vignes qui appartenaient à des particuliers. Un certain nombre d'actes nous sont restés concernant des ventes et des donations qui établissent ce point d'une façon in-^ discutable (3).
~ (1) 1291, 10 mars. Défemê, p. 43.
{2) 1303, 7 décembro, Bulle de Benoît XI, Reg. d* ^i29; 1308,7 mare, CUment V, Monsnyer, p. 224,CIII. — 28 mai, Défense, p. 52. Mopsnyer, CIV.
' (3) 1177. ConflrmaUon par Guillaiiroe, ôvèque du Mans, de la dona^ Uùn faite à Saint-Marlln par son oncle Guillaume de Saintes, aa4:len cellerier du chapitre, de maisons et d'un verger dans le cloître. Àrr chives (i*indre'et'Laire,G. 3114; Baluze, t. LXXVI, p. 167. 1198, sentence donnée pài^ Barthélémy, archevêque de ^ Tours, en faveur du Chapitre de Saint-Martin, contre Barthélémy de Pocé, sur la propriété d'une maison sise au cloître dudit chapitre et dans laquelle avait demeure Philippe Chotel, oncle du susdit Barthélémy. Archives d*Indre et' Loir«, G. 364. D» Housseau, a« 8716 xiii* siècle, Charte de Guillaumd Borellus donnant au chapitre de Saint-Martin tous ses droits sur les maisons de Bernard Silvestre, son oncle, situées devant Taumône, Zd., G. 368. 1205, mai/ Charte du chapitre de Saint-Martin par laquelle G. de Semblancay» chanoine et ch^vecier de cette église, ayan| reb&ti a ses frais et tout entière une maison q[ui avjalt été brûlée dans rincendle général de Tours pendant la guerre des rois, laquelle maison est située près la dhapelle Saint-Pierrre du trésor,, la: oht-
" Le seigneur dé Preuîlly avait un fief qui s'étendait* aussi dans le cloitré(l). Il est difficile dêsavoir ce qui, dans Chàteauneuf, était du fief du chapitre; les terriers qui ont été dressés sont d'une date très postérieure. Nous pouvons ^ signaler deux fiefs importants qui deviennent propriété du chapitre à l'époque que nous étudions ; le fief de Puy-Châtel, acheté par le ciiapitre en septembre 1249 (2) et le fief de Sainte- Maure, donné en 1324 par Charles le Bel (3).
D'après le terrier, le fief de Puy-Châtel s'étendait entre la rue des Récollets, le faubourg Saint-Eloi et la rue Claude. Le fief de Sainte-Maure était beaucoup plus grand : il portait aussi le nom de fief des Barbiers. Il vallait sept livres au moment de sa donation (4). Diiâs 1à ville de Tours, la Collégiale possédait le fief dé la Basoche dont nous avons raconté l'origine ailleurs (5).
Les groupes les plus considérables dé propriétés étaient constitués en prévôtés. Elles étaient, au xiii' siècle, au nombre de quinze : La Varenne, Oé, Courçay, Vallières, Saint-Epain, Restigné, Chalautre,
pitre la lui abandonne sa vie durant et au clerc qu'il voudra après lui moyennant^he redevance <le 6 deniers payables à chaque chanoine qui assistera aux matines et à la messe le jourdelaPentecôle. D. Housseau, n»' 2203, 2204. Id.y G. 381, môme aoto daté del215.1240(?), Regnaud de Héniieville et'Martlie^sa femme, vendent au chapitre de Saint-Marlin une maison de pierre sise dans leur cloître, deux arpents et demi de vignes avec un pressoir sis au Chardonnet. N« 8714 bit.
(l)r 1210, 2 novembre. Barthélémy, Ms de Payen, chevalier, vend au chapitre de Saint-Martin pour la somme de 150 livres tournois la maison qu'il possède dans le cloître et qui était du fief du seigneur de Prëuiliy. Leltre du seigneur de Preuiily à ce sujet. D. Housseau, n- 2296, 2297,8689.
. (2) 1249, septembre. Uonsuyer.Ctleberrimœ, p. 242.
(3) 1323, décembre. /<i., p. 529; Baluze, t. ^LXXVI, p. 260. En 1264, décembre, on trouve une acquisition faite par le chapitre dans le fief de Sainte-Maure.
(4) Archioet d'Indre-et-Loire, G. 366. Autre acte concernant le môme fief, G. 381.
(5) Voir Livre I, chap. m.
Suôvres, Aûjou", Antogaé, Mayet, L,évé. Blaslay, Mejle- Q$y, Cha^bilis. Ayx prévôtés od. peut joindre leô trois prestimonies qui étaient comme de petites prévôtés : Lombardie, Morignan, Châtillon.
: Préoôté de La Varenne. — On trouve rattachés àeette prévôté Martigny près Fondettes (1), la Guerche qçi s'étoAdait dans les communes de Joué, et de Ballan (2), Vençay ($aint-A venin) (3), des terres ^ Joué, Ba|lan; La Riche, Berthenay, Savonnières (4). Gomment étaient divisés les droits de justice de cette prévôté et à quelles obligations étaient soumis les hommes/ nous Tavons déjà vu dans le chapitre où qous avons étudié les relations entre la ÇoU^iale et le% comtes d'Anjou (5).
; Préoôté d'Oé. — De cette prévôté relevaient des terres à Vouvray (6), un autre fief de. Quarte (7), la Grenouillère près Neuillé-Pont-Pierre (8), Sanglouse, sur l^s paroisses de Chanceaux ^t d'Oê (9). Par un acte on sait que les terres dépendant de la prévôté d'Oé s^'étendaient sur les paroisses de Vouvray, Cerelles, Nouzilly, CMûUsson,, Chanceaux (10).
Les droits de justice dans cette prévôté furent menacés par le bailli de Touraine, Robert de Crespy, qMi fit arrêter quelques hommes accusés de meurtre et en fit même pendre un avec sa mère. Le prévôt Philippe
(t) 1218. Aichwe% d*lndi€-et'loire, G. 449.
(2) 1233. Monsnyer, CeUbtrnmœ, p. 240. Lat. 18392, p. 487.
(3) 1284. ArchioB» alntlre-et-Loire^ G. 461,
(4) Un acte de 1236 concerne Joué. D. Housseau, n« 8692. Un droit de fouage sur ces terres est abandonné au chapitre de la cathédrale moyennant une redevance. 1232, Salmon, Sainl- Warttn (ros. de Tours; û- 1287), t. VII. p. 284. D. Housseau, n" 2746, 2751.
(b) Cf. ci dessus p. 173.
(6) 1211, janvier. Salmon, d'après un original qui lui fut communiqué, Saint'ilattin (ras. de Tours, nM287), t. VII, p. 140.
(7) D. Housseau, n»« 2784, 1235, 22 Juin. {S) 1296, Archivée (CIndreet-Loirey G. 466.
"(9) 1241. (Um, G. 469.
(10) 1270, avril. D. Housseau, n* 2321.
d'Orgepean réclama, les droits du chapitre furent reconnus et les prisonniers rendus (1). Quelque temps plus tard le seigneur de Rochecorbon, Robert de Brenne, reconnaissait aussi que les droits de viguerie et de haute justice dans la prévôté d'Oé appartenaient au chapitre (2'.
Prévôté de Coarçay. — Nous n'avons sur cette prévôté que très peu do renseignements. Un nommé Sades Trossebois, qui était prévôt de Courçay à la fin du xni« siècle, fait, du mois de mai 1284 au mois de novembre 1296, des achats de terre dont la somme s'élève à ;W3 livres (3).
Prévôté de Vallières. — Nous n'avons rien à noter d'intéressant sur cette prévôté.
Prévôté de Saint-Epain (4). — Le chapitre eut fort à faire pour défendre ses droits sur les terres qui dépendaient de cette prévôté. En 1087, Hugues, seigneur de Sainte-Maure, avait arbitrairement taxé les hommes de Saint-Epain. Il fut excommunié par Raoul, archevêque de Tours ; l'excommunication porta ses fruits, Hugues vint reconnaître sa faute en présence de Geoffroy, doyen, et de tous les chanoines et promit de ne plus recommencer (5 . Ses successeurs ne devaient pas respecter ses engagements. Près d'un, siècle après, un autre Hugues de Sainte-Maure, se conduisait aussi d'une façon très injuste à l'égard de Saint-Martin: levant des tailles qu'on ne lui devait pas, commettant toutes sortes d'exactions. Le chapitre recourut aux grands moyens : le crucifix et les saintes reliques furent déposées à terre, les portes fermées
(1) 1214. D. Housseau, n«' 2377, 8731. l'analyse de Mabille esl fausse. ' (2) 1219. Idem, n« 2485 Le 22 Jain 1235. Philippe d'Orgepean se faisait reconnaître la haute jusUce sur la terre de Quarte, qui lui revenait à titre de prévôt d'Oé. D. Housseau, n» 2784.
(3) Arehwen d'Indre-et-Loire, G. 594.
(4) C'est cette terre qui est désignée sous le nom de Briguell dans^ les énumératlons de villas que nous avons mentionnées.
(6) Cal. m 191,
{)ar des épioes, Toffice divin cessa et chaque jqqi^ devant rEucharistie, se faisaient en tepdre lesrevendir cations contre l'oppresseur. Ce déploiement; funèbre eut assez vite raison d'Hugues de Saiate-Maure. Il se repentit, vint lui aussi en plein chapitre demi^ndeir pardon et offrir satisfaction de ses crimes. Il promit de renoncer à toutes les mauvaises coutumes dont il avait prétendu charger les hommes de Saint-Martin^ de ne point les emprisonner et de ne point les soutenir, contre les chanoines. Il abandonna même certaines redevances que lui payait le chapitre. Ces promesses faites, il s'avança auprès du tombeau de saint Martin^ y déposa la charte dans laquelle étaient contenus tous ses engagements avec un couteau et s'y fit fouetter; $es enfs^nts souscrivirent à tout ; s'ils venaient à pianquerà leur parole et s'ils ne s amendaient pas ^près avoir été avertis» au bout de quinze jours le chapitre aurait pleine justice sur leurs hommes et ^pr leurs terres (1). ^ ;-
Malgré ces solennelles promesses, d'autros querelles suiîvinrent. Unnommé Lambert, deSaint-Epain, s étant rendu ôoupable de meurtre, ses biens furent confisqués par le prévôt. Guillaume de Précigné, seigneur de Saîûte-Maure, les réclama et prétendit avoir juridiction pour les crimes de meurtre, vol et rapt. L'abbé, le prieur et le sacristain- de Saint-Julien délégués pour examiner cette affaire adjugèrent au prévôt les biens confisqués sans se prononcer sur la question de, droit (2). Des prétentjions analogues étaient encore soutenues par Josbert de Sainte-Maure^ qui s'était emparé contre tout droit des hommes de Saint-Martin. Une transaction fut conclue entre lui et les chanoines ; moyennant la somme de 3.000 sous et 10 livres tour-
(1) Imprimé dans Lecoy de la Marche, Saint-MarHn^p, 694 ; Baluze, t. LXXVII. p. 212, 234; D. Housseau, n*« 1174, 1176 ; /ircAtws d'Indreet-Loire, G. 493.. ,
(2)1213. D. Housseau, n»' 2359, 2365, 8f 13. .\ ♦. ..
liôis-que lui payèrent des derniers) il fit droit si toutes leurs réclammations (1). Plus tard c'était Barthélémy de rile-Boucbard que le bailli de Touraine, Haimeri de Gaiis, contraignait à payer 6 livres au chapitre en réparation dé ses tortis (2).
* Le chapitre eut à se défendre aussi contre le roi. Quelque temps après la conquête de la Touraine par Philippe- Auguste, il fut reconnu par Thierry de Galardon, sénéchal de Touraine et de Poitou, que les hommes de Saint-Martin, àSaint-Epain, ne devaient de procuration au comte d'Anjou qu'une seule fois en sa vie et qu'il en était de même par conséquent pour le roi de France (3).
L'existence d'un maire à Saint-Epain nous est attestée par un acte par lequel il renonce à tous ses droits sur les bois de Saint-Epain (4).
Préoôlé de Suècres. — La prévôté de Suèvres relevait féodalement du comte de Blois. A la fin du XII® siècle, Thibaud, en reconnaissance des bienfaits que les chanoines lui avaient accordés pendant la croi-' sade, concédait au chapitre Texemptiou du service militaire pour tous les habitants de la prévôté do Suèvres (5). Le même reconnaissait qu'il n'avait pas de droits sur les hommes (carnagtum) dans l'étendue
(1) D. Housseau, n* 2585.
(2) Salmon, Saint-ïtartin (ms. de Tours, n* 1288), t. VIII, p. 5, 1252, mai. Comme texte lutôressant sur les droits du chapitre à Saint-Epain citons une cliarte par laquelle Tofflclal de Poitiers certifie que Pierre de la Rajace, valet, a confirmé en sa présence la vente faite au chapitre de Saint-Martin par Jean do Gourçay, chevalier, et par Philippe de Brasiou'sa femme, de leur droit appelé chemagtum sur Saint-Epain, et de tout ce qu'ils possédaient en terres, droits, etc., dans les paroisses de Saint-Epain, Avon, Crouzilles, Saint-Gilles de risle-Bouchard,. pour la somme de 55 livres tournois et demie, 1256^ i*r septembre. D. Housseau, n«' 3068. 3078.
(3) 1219, mars. Baluze, t. LXXVI, p. 255 ; LXXVII, p. 234 ; D. Hous-' seau, n« 2484.
(4) Salmon, Saint-Martin {ms. ^e , Tours^ nM291), t; X,. p. 1.
(5) Archivei de Loir-et-Cher, G. Inventaire de la prévôléde Siidyres.
de cette prévôté (1). De son côté, le chapitre se, montrait généreux envers les comtes de Blois ; Louis, en 1201, reconnaissait que les chanoines lui accordaient la dime sur les hommes de la prévôté de Suèvres, en. Thonneur de la croix qu'il venait de prendre. Cette dime est simplement un secours pour son voyage et ses héritiers n'y auront aucun droit (2).
Cette terre relevait aussi des seigneurs de Beaugency . Deux d'entre eux eurent maille à partir avec le chapitre. Le premier, Simon, avait reconnu à son lit de mort avoir levé de mauvaises coutumes sur les hommes de Suèvres. Son frère et successeur Hamelin n'en continua pas moins d'agir delà même façon. Excommunié par Tévèque d'Orléans, puis par le pape Eugène III, il revint à de meilleurs sentiments. Il renonçait au droit de gîte, de service militaire et de justice, à moins que le prévôt,ne se montrât négligent à rendre la justice. En retour, le chapitre augmentait certains droits de censive que le seigneur de Beaugency percevait k Suèvres (3).
Deux seigneuries relevaient de la prévôté, celle de la Ferté-Hubert, au sujet de laquelle eurent lieu de longs procès (4), et celle de Mathefelon (5).
La prévôté de Suèvres eut un illustre titulaire, Jean Colonn^, cardinal de Sainte-Praxède, qui dut soutenir une longue lutte contre le chapitre. Elle lui avait été concédée directement par le pape contre le gré du chapitre. Celui-ci, pour se venger, chercha à en diminuer la valeur, au risque de travailler contre luimême et de détruire ses propres droits. En ellet, les
(1) 1193. Baluze, t. LXXVI. p. 24«.
(2) 1301, décembre. W., t. LXXVII, p. 223. En 1220, Thibault, comte de BlolB, ^Uesle qu'il a reçu un secours des hommeé de Suèvres. /d., p. 233.
(3) 1153. Baluze, t. LXXVI, p. 198.
('i) Inventaire de la prévôté de Suèvres, Archivée de Loir-et'Chcr, O. Inventaire cité et Baluze, t. LXXVI, p. 283 et 287. (5) W.
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chuncMQds recoururent auxt)aillis royaux «tfirept ^n sorte que les hommes de la prévôté abandonnassent^ la justice du prévôt pour recourir à celle des baillis^ Ils retinrent pour eux des maisons, des vignes, dm terres, im vivier, un pigeonnier qui devaient appartenir au cardinal en raison de sa prévôté et s'en approprièrent les revenus. Ils voulurent cependant entrer en compo-; sition et offrirent au Ciirdinal de lui payer pour cç qu'ils retenaient dix livres tournoiade rentes annuelles* Le cardinal refusa, craignant de compromettre ainsi la situation de ses successeurs. Aussi la prévôté, qui auparavant valait deux cents livres parisis, ne rapportait-elle plus au cardinal que quarante livres.
Pour comble de malheur, il arriva au cardinal d'être fait prisonnier en Italie. Alors les chanoines ne se gênèrent plus du tout ; ils allèrent jusqu'à donner la prévôté à un autre. Aussi pendant deux ans lea hommes de la prévôté ne voulurent-ils plus obéir au procureur du cardinal. Celui-ci en fit emprisonner plusieurs, mais les chanoines s'employèrent tant qu'ils purent à leur mise en liberté. Trois maires cependant étaient restés fidèles au prévôt, celui de Croy, celui de Fontaineet celui de A//arf/o(?) ; tous les trois l'expièrenl^ rudement : le premier fut tué et mis en morceaux ; le second fut pris et retenu en prison pendant plus d'un an, il n'en sortit que pour entrer en religion ; le troisième fut également arrêté avec son frère et fort mal traité. Jamais le chapitre ne fit une démarche en leur faveur, alors qu'il favorisait ouvertement ceux qui refusaient d obéir au cardinal. En raison de sa prévôté, le cardinal avait la distribution de douze prébendes appelées prébendes du foin ; les chanoines en disposèrent de six à leur gré. Les dépenses et les dommages subis par le cardinal s'élevaient à trois mille livres parisis. Il les réclama au chapitre et demanda de pouvoir rentrer en possession de ce qui lui revenait (1).
(1) Baluze, t. LXXVI, p. 293, sans date.
Le pape délégua pour examiner cette affaîreîe doyen et le chancelier du chapitre de Paris. Ceux-ci fîreht une enquête sur les droits du prévôt. Ils s'adressèrent h Pierre, évéque de Rennes, qui avait eu autrefois cette prévôté; ce dernier attesta que tous les biens en litige appartenaient directement au chapitre et qu'il les avait tenus en ferme (1). Le cardinal semble avoir voulu abandonner la lutte et ce procès se termina par un arrangement ; il laissait au chapitre sa prévôté moyennant une pension de soixante marcs, à condition toutefois que, dans un procès qui était pendant entre lui et le seigneur de la Ferté-Hubertau sujet de certaips biens dépendant de la prévôté, ni lui ni le chapitre ne puissent rien régler pans un consentement réciproq^ie (2). .
A la mort du cardinal de Saint-Praxède, la prévôté de Suèvres était conférée par Innocent FVà un autre cardinal, cehii de Saiat*Eustache. Comibe il craignait de nouvelles difficulté^, le pape lui garantissait la possession de tout ce qu'avait tenu son prédécesseur et qu'il occupait déjà (8).
On trouve encore tine nouvelle contestation au sujet des droits réciproques du chapitre et du prévôt sur les biens de la prévôté. C^était alors Drocon de Bourbon qui était prévôt. L'affaire fut remise à la sentence de Pierre, sous-doyen de Saint-Martin. Il adjugea au doyfen et au chapitre les biens contestés, c'est-à-dire un manoir appelé La Motte; un vivier auprès de Fleury , des y}gne8, une maison appelée Obedientia, les terres de Croy, dont le prévôt devait payer ferme (4).
On a déjà vu paraître trois maires dans l'affaire du cardinal de Saint-Praxède; on en trouve un qua-
(1) B«luz6,. t. LXXVII. p. 200, sans date.
(2) 1233, 23 avrtl. id., p. 290.
. (3) 1246, 4, novprojiïre. |d , p. 294.
(4) 1268, 14 aoi^t. MoDsnyer, CeUherrimar, p. 245. Baluze, t. LXXVII, p. 224. '
Irîètoe, ^ui de Villegenikol. Cette prévôté dwaitîétt€? une dés pliis imptfrteûtes et des plus riches de la GoHégiale. ' -^ ? ' - '- ^
^'Précôtéjie RestignéV — La vigueriede Restigné fut diéputée entre le prévôt d'une part, Ôlivler-de Langeais' et André de Serennes, chevaliers, de'raU*rê. Thierryde Galardon, sénéchal de •'toUraine et clé Poitou, mit la saisie' dessus et se prononça contre. le chapitre (1). Puis un accord se' 6% entre les contestants; le chapitre de Sàint*Martin acheta \^ viguerie pour la somme de cetat marcs, et Aimery de Blou abandonna tous les droits qu'il pouvait avoir sur cette viguerie, en qualité de seigneur fèôdàl (8). En 1270, le chapitre . obtint d'Hugues de^ Bellay, dans l'étendue de la prévôté de Réstîgné; tôus^ ses diH)its de garenne et de sé^ grôage (â): ^' ' :
• Prévôté d^ Anjou. — Cette prévôté? porte alors le nom de Koyant. A cette prévôté étaient rattachées lea te^»^ès de Chenu, de Noyant> de Brèche (4), de Malvoisine (5), de Genneteil (è), de Précignô (7), de Parce (8). Le chapitre percevait dès dîmes à JSavigné, à Noyant, à Castîllé près de Lude, à Parce et à Précigné (9). Il y. avait deâmaîres à Genneteil et à Parce (10). Le curé de Genneteil gohissait du privilège d'efitorrer tous les hommes de l^int-Martin, même ceux qui mouraient
!(1) 1224, Juillet. D. Hous^eau, r«27'68. . '
(2) 1239. Idepi, n*» 2759, 276a; Baluze, t. LXXVI, p. ^tWi
^(3) O; H6u8deau,n<» 3235i / 'mi'
{^) Archives de Mairie ftrLoire, G. 1605, p. 57 el sulv. ^ , , '^) Archives de ilaine-et'Loire^ iteniy p. k9, ^
^'(6)^Mem. i.. .
•(7)/flteiti!,'p.67. -: • ; . • ".:
(9) Ideniy p. JB3, 95, l2i; 135. îï avait des moulins à Grbsleaii, à Èatb'an, A-Tôluet.
(10) Poar çc^lul'de I^rcé, voir plus loin au sujet de \k mairie de^ Genneteil ^lyi. concordat e^t p^ssé eptre Joubert de Chenu et ses énfanlsVledit jotibefrt vendaùt'sa mafrie à Saint-MarUn, Archices de MatM'el- Loiret G. 1236^ 26 décembre. ^
$ar la paroisse de Savigny. Un curé de cette dernière paroisse voulut aller cQntre cet usage, il fut cité dçvi^t Tabbé de Marmoutier ; comme il ne comparut paft, il fut excommunié par contumace et son église fut mise en interdit. Il se décida à coo^paraitre et reconnut ses torts, il fut en outre condamné à rendre les corps qu'il aya^t indûment enterrés (1).
A Précigné, après une contestation entre le chapitre et Robert de Sablé, il fut reconnu que la juridiction du chapitre était supérieure pour les contestations et appels; ce qu'affirme Robert en déposant un couteau sur l'autel de Saint-Martin. Une sentence arbitrale de Michel, évèque d'Angers, régla ainsi cette question de juridiction. En plus de ce qui avait été r^lé précédemment, on établissait un certain nombre de points: l^^le seigneur de Sablé aura la haute justice sur les terres dé Saint-Martin, excepté l'hébergement du chapitre, le four, le cellier et la cohue sur lesquels il n'exercera aucune justice ni haute ni basse et ne lèvera aucun droit ni coutume; 2^ la basse justice appartiendra à Féglise de Saint-Martin, savoir la prise et la saisie, le fouet, les proclamations de dettes, l'opposition des bornes, larpentage des terres, la garde de la perche à mesurer et tout autre justice dépendant de la basse voirie ; 3® la moyenne justice, c'est-à-dire le vol, le. meurtre, le sang, le duel, les essaims d'abeilles^ etc., sera commune au seigneur de Sablé et au chapitre qui y auront un droit égal. Les droits de charriage et de fenestrage ne subsisteront plus ; en sorte qu'il sera permis d'ouvrir ses fenêtres sans embarrasser la voie publique. La garenne appartiendra aux héritiers de Sablé, mais les prébendiers de Précigné, quand ils viendront sur les lieux, pourront par eux-mêmes ou parleurs hommes chasser sans engins ni furets. Les hommes de Saint-Martin feront deux jours de corvée
(1) 1187, Archives de ètaineet-LoUr^t G. W05, p. 7,
quand les autres sujets du téi*ritoire y serotft appelés. Us iront à> la guerre et Ton ne pourra pour ce motil l^ur extorquer aucun argent à moins qu'il n'y * aitdéfaut (1);
, Les terres de Parce soulevèrent aussi des contestations. Au commencement du xm* siècle Geoffroy de Clairveaux reconnaît que c'était injustement qu'il avait levé de mauvaises coutumes, vulgairement appelées tailles, sur les sujetn de Saint- Martin dans le territoire dé Parcéet remet, easatisfaotion dès exactions commises par lui, cinq livres entre les mains d'EUdes, doyen de Saint-Martin (g). En 1220, lé sénéchal d'Anjou termine un procès entre le prévôt et Raoul de Torigné. La nomination du maire reste au prévôt; les cens et dîmes sont partagés entre les deux contestants (3).
Une contestation entre le chapitre de Saint-MartÎBi et celui de Saint-Maurice d'Angers, au sujet des églises: Saint-Pierre et Saint-Martin de Parce; avait été réglée de la façon suivante :-la présentation appartiendrait aii prévôt de Noyant seul et l'institution à l'évêque d'Angers; les bénéficiaires paieraient une redevance de quatre livres au chapitre de Saint- Maurice (4). Cet arrangement fut maintenu en 1220.
La cure de Méon était & la nomination du chapitre sur la présentation du prévôt (5) ; i) en était de même d'une chapelle de Saint-Christophe dans l'église de Noyant (6). Les églises de Chenu et de la Bruère étaient à la présentation du chapitre et à la collation, de l'évêque d'Angers (7).
(1) Balmon, SaitU-Martin (ms. de Tours, n» 12S4), p. 191. V (2) Salmoo, Idem, p. 1^.
(8) /d., p. 167 ; D. Houf seau, n* 3666.
(4) SalmoQ, St-Jrar(tn(ma.deTour8, n* 1284',p.l56, 150, 16o; 1186-1187.
($) Archivée ékMaine-tt'Lùire.'QA^if p. 1 y présentaUoii faite en 1301.
(6) M, 13at, 15 juin. Coofirmation par le chapitre de la faodatloi^ de ladite chapelle. ^
(7) C'est du moins ce qui se faisait en 1417 ; mais peut-dUre ces (teux églises ont-elles été soumises au même régime que celle d^ Méon
• E^ 1327, une transaction! fut passée entre le cha-" pitre et Chs^rles de Valois au siqet des droite de justice de la prévôté de Noyant. Le çonvte pré-^ tendait se l'attribuer tout entière. Il fnt réglé que dans les territoires de Chenu et de la Bruère, de Breil-Robert et dir Couldré, la haute justice appartenait au comte. Pour les autres terres de Noyant en dehors.de Breil-Robert et du Couldré, comme il était constaté que le comte aussi bien que le prévôt y avaient exercé la haute justice, il était décidé qu'ils continueraient à la rendre l'un et l'autre. Dans le territoire de Genneteil, & Mal voisine, à la Message, aux granges et aiix pressoirs de Genneteil, elle était dévolue au prévôt; à Parrigné, au comte.- A Parce où elle appartenait aU chapitre aussi bien qu'à Précigné, Où elle appartenait au comte, le comte par une conces- Étion du chapitre pouvait l'exercer sur les gens du chapitre (1).
Préoôté d'Antàgné. -^ A cette prévôté se rattachaient les seigneuries de Brou et la mairie du tnême
qui en 1403 était à la présentation du . chapitre et A rinstitution de révêque d'Angers, /d.» p. 9'et 11.
Les deux actes sulvants^ nous semblent intéressants à citer parce quMls montrent bieu comment se distinguent les droits des prévôts et ceux du ctiapitre : 1176. Transactions entre le chapitre et Robert do Chenu au sujet de la garde de la maison et du bois de BraJ, de la justice dudit lieu et des habitants, par làqUfBlle est convenu que; lort de la mort ou de la démission du clerc du chapitre qui jouira dudit Brai, le prévôt s'en rendra possesseur Jusqu'à ce que te chapitre lui ait payé là somme de 100 1. qui sera solvable à la volonté du chapitre, dans les huit Jours, au plus tard dans los 10 jours, et le chapitre rentrera en possession du Jour qu'il aura payé.
1251. Accord entre le chapitre et lé couvent de Château-rHermitage. au sujet de la justice et du droit de vente êur certaines vignes appelées de paredUs, Il est convenu que les religieux tiendront toutes ces choses du chapitre en payant tous les ans à la Saint-Brice 2 I. de cens quand même elles sortiraient de leurs mains. Quant aux ventes et à la justice, ils la tiendront du prévôt à 12 deniers de service avec foy et hommage.
Archives de Maine-et-Loire, G. 1605, p. 31. ' (1)' Archives de Uàint-et-Loire, G. 1606.
lieu, de NoUay et de Chaumon, les paroisses de Saint^ Ju8tTSur-Dive et Méron (1). Uévêque de Poitiers avait abandonné au chapitre au ^V siècle ses droits sur l^s églises d'Antogné^ de Blaslay, deDoussay, de Ternay, de Curçay (2).
Prévôté de Mayet. — Nous n'avons absolument rien trouvé d'intéressant sur cette prévôté. - Prévôté de Blasiay. — Il en est de même de celleci (3) et de l^préoôté de Mellecey*
Prévôté de Chalautre. — On voit dépendre de cette prévôté les terres de Cursai et de Lusiaeo que le prévôt Raoul afferme à l'évêque de Soissons moyennant un cens annuel de <^ent sous (4).. Au xiii® siècle, elle comprenait deux mairies, celle de Chalautre et celle de Saudoy. En 1203, un accord intervient entre le chapitre et le prévôt au sujet de cette prévôté, les revenus devaient être partagés par moitié entre eux. La justice, la nomination aux églises et aux mairies^ les droits sur les héritages revenaient au prévôt seul (5).
Dand cette prévôté le chapitre avait eu à souffrir des empiétements des officiers royaux. Charles le Bel en 1326 lui faisait rendre le gruage des bois que ceuxci avaient occupés au nom de la reine (6).
Prévôté de Léré. — A la prévôté de Léré était rattachée la ville d'Aubigny. En 1178^ le roi prenait ^ette ville sous sa protection à la condition d'un cer* tain nombre de redevances. Quant à la justice qui
(1) 1263, 15 juin. Salmon (ms. de Tours, n* 12S4), p. 89 ; ArcAtOfs d$ Maine-rt'Lmre, G. 1642, p. 2.
(2) Une leUre d'Honorius II confirme le jugement de G., évéque d'Angoulôroe, qui donne au chapitre l'église de Doudsay. 19 novembre, 1021 ou 1022. Cat. n» 169.
(3) Partage d'une dîme relevant de cette prévôté entre le chapitre et les religieux de Saint-Cyprien, 1142, Baluze, t. LXXVII, p. 272.
(4) Cat. n« 225..
(5) 1203, juillet. Baluze, t. LXXVI, p. 106.
(6) Mondnyer, Celeberrimœ, p. 260, CLV» 1326, décembre.
jusqu'alors avait appartenu au prévôt seul, elle devait désormais ^ét 1*6 commune au prévôt et au roi (1). Cet arrangement ne plut pas aux chanoines, et au moment de partir pour la croisade, Philippe- Auguste sur la demande du prévôt consentit à diminuer les redevances promises (2). Puis, en 1189, il rétint Aubigny en sa possession et céda au chapitre la villa de Rebréchien (3) . Les possessions deLéré eurent aussi à souffrir de la part du seigneur du lieu. On voit lei^ chanoines en ll65 se plaindre de deux personnages célèbres par leurs exactions sur les biens ecclésiastiques : Etienne de ISancerre pour Léré et Hervé de Donzi pour Chablis (4). L'affaire se termina pour Léré par tin arrangement que confirma Alexandre IILLe comte Etienne de Sancerre renonçait à la taille qu'il levait injustement sur les hommes de Léré et dans les deux baillrvies dé Garnierenhe et de Thibaud-Aimery. Comme il était en contestation avec le chapitre au sujet des aubains, il fut convenu que si ceux-ci, un an après leur arrivée, ne s'étaient pas mis sous l'autorité du chapitré, ils dépendraient du comte qui cependant ne pourrait pas lever de tailles sur eux (5). De nouveaux arrangements étaient encore conclus en 1255 (6).
Le chapitre avait à Léré le droit de patronage sur l'église de la sainte Vierge, le prévôt Texerçait non en tant que prévôt, mais en tant qu! obédiencier du chapitre (7).
(1) Baluze, t XXXVIH, p. 4, LXXVII, p. 239, dale, 1176. Monsnyer, op. cit., p. 22,donn6 la dale de Ud9Luchsi\re, Actes de Louis F//,n* 7S^. 1178-1179.
(2) Après 1180. Baluze, t. LXXVn. p. 240.
(3) 1189. Bréquigny, l. IV, p. 116. Ordonnances, t. VII, p. 780-783 — Baluze, l. LXXVII, p. 237.
(4)1165. H. F., XVI.,p. 742.
(5) 1171, 4 Juillel. Baluze, l. LXXVII, p. 204. — LeUre de Guillaume, archevêque de Sens, sur ce sujet. /(/., p. 205. Lettres d'Etienne de Sancerre. M., p. 207. Lettré de son flls Guillaume. Id , p. 209.
(6) 1255, janvier. Baluze, t. LXXVII, p. 203 à 206.
(7) Monsnyer, Celeherrimcej p. 237.
Préûôié de Chabtisx — Le chapitre semble >aVôir toujours entretenu les meilleurs rapports avec le sei-^ gneur de oe lieu, le comte de Champagne. Celui-ci en avait la garde et c'est à lui que devaient être payées les redevances qui ressortissaient à cette charge. En 1150, le comte Henri de Troyes déclarait que dans ce qu'il avait inféodé à Anseric de Royau*» mont ne rentraient pas la garde de la ville de Chablis et la fidélité due par ses habitants (1). Le comte de Champagne n'avait pas le droit dé lever des subsides sur eux. On a des reconnaissances de trois de oeé comtes attestant que s'ils ont reçu de l'argent desba-**^ bitants de Chablis, ceux-ci n'y étaient pas obligés {2). Ce fut le roi de France qui au commencement du xiir siècle prit la ville de Chablis soUs sa protection^ mais en déclarant que cela n'infirmait en rien les droits du comte de Champagne (3).
Le chapitre avait des voisins fort dangereux. Dès que le comte de Nevers, Hervé de Donzi, voyait un homme riche, il prétendait qu'il lui appartenait, parce qu'il savait qu'il était difficile et coûteux pour le chapitre de faire valoir-ses droits. Celui-ci implora le sQCours de Louis Vil qui le convoqua pour se détendre devant lui des attaques d'Hervé de Donzi et d'Etienne de Sancerre, le 15 septembre (4). Anseric de Royaumont ne se conduisait pas mieux. Il s'achar^ nait tellement après un vassal du chapitre que celuici n'osait plus rester à Chablis ; cité devapt le chapitre. Anseric n'y comparut pas. Les chanoines s'adressèrent au roi en le priant de juger cette affaire
(1) Archivée de C Yonne, G. 2297. Bréqulgny,l. III, p. 192.
(2) Archives de rYonne, G. 2311. —1190. Gbarte d'Henri, cpiBle de Trayes, pour lu somme de 300 livres ; — 1223, de Tblbiiud, comte de Cbampagoe. pour la sonftoe de &00 livres (Baluze, t. LXXVII« p.2427l222, février) ;— 1239, de Thibaud, comte de Giiampagiieei roi d^ Navarre^ pour la somme de 300 livres. .
(4) H. F., XVI, p. 742.
aôii dans sa cour, soit dans celle du chapitre, de prendre sous sa protection le vassal menacé et d'écrire au comte Henri, protecteur de Chablis, d'en faire autant (1).
Tous les habitants de la ville de Chablis, clercs, chevaliers ou autres, devaient serment dé fidélité au prévôt. Celui-ci avait le droit de haute justice (2) ; le ban de vin que lui avait cédé A. de Conlours, commandeur du Temple (3) ; le droit de pêche était partagé entre le prévôt et le chapitre (4). En 1257 les habitants de Chablis s'étaient affranchis du droit de mainmorte en payant 1200 livres au prévôt et au chapitre (5). La nomination du maire était au prévôt ainsi que celle des curés de Chablis, Eprouère, Viviers, Carisey et Bero (6). '
On peut savoir ce que valait au commencement du XIV* siècle la ferme de la prévôté de Chablis par le texte suivant : m C'est iar valeur de la ferme de Chablis de Tan 1320: pour la boucherie 17 livres 13 sous; pour le vin des vignes de l'obédienciaire et pour le ban, savoir pour le muys de vin 114 livres 5 sous ; pour là dtme du vin des vignes de Chablis 110 livres 15 sous, somme totale de recettes 476 livres 17 sous. ))0n avait vendu 23 mesurés de vin, chacune au prix de quarante sous. En 1322, sans doute parce que la récolte de vin avait été bien meilleure, la valeur de la ferme était de 704 livres (7).
(2) Archivée <U PYonM, G. 2297. Quantin, Cartulaire de f ïonne, jan 433 et 444.
• {Z)Id.' (4)W.
■ isy-mr
(0) Id. CTest de Chablis que devail dépendre la mairie de fun^ €iaeo' à laquelle renoDce un certain AUbert en 1157. Lettre de révâque de Soiffsons à ce sujet.' Baluze, t. LXXVI, p. 107. L'évéque de Langres abandonna au commencement du xii* siècle tous ses droits sur les églises de Chablis et de Viviers. {Archives de fYonne^ G. 2229, 1127.) • •
Prévôté de tigmeiL — La prévôté de Liguer! était, le fief du doyen, cep«ftâ9ût dans Tétendue de cette prévôté des terres appartenaient au chapitre (1). C'est ainsi qu'on voit un doyen rendre au chapitre la maison de Chanteloup qu'il avait îtidûment possédée. Au commencement du xiii® siècle, la conduite des blés récoltés par le chapitre sur ses terres de Ligueil était confiée à Geoffroy Bolon. Il n'avait d'autre obligation que de rendre au chapitre autant de blé à la mesure de Tours qu'on lui en avait confié à la mesure de Ligueil. On était suffisamment content de ses services pour lui dunner une récompense ^2).
Les maires de Ligueit semblent avoir été, quoique évidemment sous la dépendance du doyen, des personnages assez considérables. En 1002, Sulpice, puis en 1035. Achard abandonnent un certain nombre de coutumes que ce dernier prétendait avoir été possédées par son père en raison de sa mairie (3). C'est en 1017 qu'on voit disparaître la coutume assez curieuse^ par laquelle un garçon ne pouvait épouser une fille dans tout le territoire de Ligueil, que Tun et l'autre n'eussent auparavant averti le maire qui, pour droit, recevait un cochon (4). Un acte important nous permet de nous rendre compte des droits des maires de^ Ligueil jusqu'au xiii® siècle, c'est l'abandon fait par Barthélémy Payen au doyen Eudes Clément de tous les droits qui relevaient de sa mairie ; les principaux étaient les deux suivants: il pouvait tenir les plaid» du doyen en son absence, et avait le ban du vin pendant quinze jours (5). A son tour le doyen cédait
(1) 1193, septembre. Monsnyer, Celeberrimœy p. 227. .. (2) UnrouEd de blé de reate annuelle, savoir : six seUers de froment et six setiers d'orge que le chapitre percevait sur le moulin de Chargé. D.Housseau, n* 2293.
' (3) CaU n« 164. Baluze, t. LXXVI, p. 251. Cat. n« 187.
(4) Cat. n« 190. 20 février 1087.
(5) Arehivii d* Indre-et-Loire, G. 415, p. 7, 1213. D. Housseau, n« 861^.' Monsnyer, Celeberrimœ, p. 232.
aussi de ses droits sur les terres de Ligueil au chapitre (1). Le même avait déjà fait abandon au chapitre, au moment de partir pour la croisade,, de la dtme qu'il possédait sur les jardins et sur les hommes de la prévôté de Ligueil (2).
^ Le chapitre eut à soutenir ses droits contre les prétentions de Dreux de Mello. Une sentence de Guillaume d' Azay , bailli de Touraine, et de Guillaume Mainier attribuait aux chanoines les droits de haute et basse justice; refusait à Dreux le droit de garde et tous autres droits (3).
Prévôté de Donnemarie. — Cette dernière prévôté était au trésorier. Nous avons pour ce fief une charte d'accord entre le chapitre et Pierre de Châtillon au sujet du fourrage que celui-ci réclamait aux hommes de Donnemarie (4). De Donnemarie dépendait la mairie de Montois (5).
Biens d'Italie. — Un autre groupe important de biens appartenant au chapitre se trouvait en Italie. Au commencement de cette seconde période de son histoire, la Collégiale possède encore en Italie tout ce que lui avait donné Charlemagne, comme l'atteste une confirmation d'Othon III (6), en 998. Cependant cette confirmation laisse supposer que la possession tranquille de ces biens était disputée aux chanoines. Une partie de la ville de Solero leur avait été enlevée par des seigneurs italiens. L'un d'eux, le marquis Hugues, vint en ambassade auprès
(1)1213, 20 juillet. Archives d'Indre-et-Loire, G. 415, p. 12.
t2) 1211, juillet. D. Housseau, n^ 2308 et 2324.
(3) 1215. D. Housseau, n^ 2401 et 2404. . (4)1234, mal. D.Housseau. n* 2710.
(5)1153. Lettre d'Henri de Troyes, comte palatin, attestant que, sur les réclamations du trésorier de Saint-Martin, il reconnaît n'avoir pas le droit de past sur les hommes de Saint-Martin de Montois. — > 1177. Lettre du même au chapitre faisant savoir que Geoffroy de Boy et Engenulf et Etienne, ses frères, ont renoncé à la mairie de Montois. Baluze, t. LXXVII, p. 236.
(6} Cat. ïi* 102.
de Robert, roi de France et fit en passant son pèlerinage à Saint-Martin. Il s'arrêta deux jours â Tours. Quand il vint dans la basilique, il assista aux plaintes que les chanoines faisaient entendre contre les détenteurs de leurs biens, fut touché de repentir et fit restitution. D'autres seigneurs firent de même et leurs noms furent réunis dans le même acte (1) ; Boniface, Albert, Azzon, Othon et le marquis Hugues.
Cependant Solero fut encore repris aux chanoines par Az/.on, le fils sans doute de celui qui est nommé dans l'acte précédent. Fait prisonnier dans une des multiples guerres féodales qui avaient lieu alors, il fut tenu longtemps en Ciiptivité. Son fils Hugues jugea que son père ne pouvait recouvrer la liberté tant qu'il n'aurait pas offert satisfaction.
De lui-même, il vint à Tours, se présenta en plein chapitre et déclara liore la terre que détenait son père, en ajoutant à ses paroles le serment sur les Evangiles. Il s'engagea à exciter son père à faire restitution; s'il y consentait pendant qu'il était en prison, lui, le marquis Hugues, la déclarerait libre aussitôt ; mais si son père, après avoir été mis en liberté, voulait retenir la terre, il ne pourrait faire que le prier de ne pas agir ainsi, et, dès que son père serait mort, il ta rendrait (2).
Un prévôt était chargé au xii® siècle de l'administration des biens appartenant à la Collégiale en Italie. Il est désigné tantôt sous le nom de prévôt, tantôt sous celui de recteur, gouverneur et syndic. La ville de Solero et ses dépendances étaient partagées entre le chapitre et le marquis de Mont ferrât. Un accord fut conclu en 1131, entre un certain Brunon, prévôt de Saint-Martin, et Aubert Brosson, marquis de Montferrat, d'après lequel la moitié des revenus de Solero
(1) Cat n« 165.
(2) CaL DM94,1091.
devait appartenir au prévôt et l'autre moitié au mart]uis qui la recevait en fief. Mais les églises appartenaient tout entières aux chanoines (1).
A la fin du même siècle, on voit Boniface, marquis de Montferrat, faire le serment de fidélité entre les mains de Robert de Gennes, chanoine de Saint-Mar- •tin et gouverneur de toutes les propriétés d'Italie (2).
Des confiscations furent sans doute opérées dans le courant du xiii® siècle, aux dépens de la Collégiale, car les chanoines, en 1239 (3), accordent à Tun deux, prévôt en Italie, maître André de Saint-Georges, tous droits et tous pouvoirs pour recouvrer les biens et possessions de Saint-Martin à Peschiera, à Vérone, à Bergame, à Breschia, dans le val deCome, à Pavie et à Alexandrie.
Le prévôt d'Italie ne devait pas y séjourner; il y venait de temps en temps pour recevoir les hommages et percevoir les rentes dues au chapitre. C'est du moins ce qu'on peut conclure d'un terme employé dans les actes de fidélité dont nous venons de parler et dans lesquels le prévôt de Saint-Martin est aussi appelé missus ; Péan Gàtineau \ient confirmer cette opinion. Dans son poème sur Saint-Martin, il raconte l'histoire (4) d'un clerc de Touraine appartenant à l'église du saint et qui
prist la peine sur soi d'aller en Lombardie.
Il ignore son nom, car jamais il ne l'a entendu nom-
(1) 19 novembre Cal. n« 226 el Baluze, l. LXXVII, p. 15.
(2) Eq 1199, le 2 mars. Mabille, cat. n» 226, met le serment en 1131 ; l'erreur viont de ce que la notice du serment de Doniface contient l'accord dont nous avons parlé précédemment, elle se termine de cette façon : Actum est in suprascripto loco iernu arsae milleslroo c. nonagesimo nono, indlctione secunda (ce qui ne peut être exact). D'ailleurs il dit avoir reçu ce flef de Guillaume de PalotU Or,enll3i, c'était Aubert Brosson qui le possédait.
(3) Cf. Bréquigny, t. IV, 279. Mabillon, Ann. BénéJ., t. IV, p. 691.
(4) Septembre. Baluze, t. LXXVI,p.l9.
mer. Il fut fort bien accueilli' par' les gens du pays :
La rente qui estoit deue Reçut 11 clers delivfement- '
El les bornages ensemeut Et du marquis et des vassaux Des riches fers qui bien et saus L'église au saint dont ils les tiennent Car ils deffendent et maintiennent .
Ses rentes et sa droiture.
Malgré ce bon accueil, le clerc ne s'attarda pas longtemps en Italie.
Au retour, il s'arrêta dans une auberge où il fut volé. Le saint cependant vengea son clerc, l'aubergiste et sa famille furent punis :
N'onques puis si com j'oî dire Il ne si lignage ne crurent Ëinz apovrirentsi qu'il furent Pain querant par celé contrée.
Gâtineau nous parle aussi d'une autre redevance que payaient les Italiens à Saint-Martin. Les gens des environs de Suse furent éprouvés, à une époque qu'il ne précise pas, par de tels mauvais temps et de^ telles gelées que toutes leurs récoltas étaient perdues.
De ce qu'ils en^ recueillaient •
Ne valoit pas uns pleins guerniers.
Ils demandaient conseil partout, sans qu'on pût leur en donner. Ils vinrent en France, à Tours. Suivant ce que leur fut dit là, ils formèrent une confrérie et, chaque année, ceux qui la composaient devaient donner, par arpent de terre qu'ils possédaient, quatre deniers. Avec cet argent ils achetaient un âne blanc qu'ils chargeaient de farine et envoyaient au saint.- Ils furent alors délivrés de leurs fléaux.
Et Des par son saint solement . . Dou tempeir les délivra
Et Unt vin et blé lor livra Qa*a aute genz prou en vendirent.
Mais ils manquèrent h leurs engagements et leur récolte fut nulle. Aussi s'empressèrent-ils de reprendre leur pieux usage.
De nouveau Tâne blanc fut envoyé à Tours, Gâtinèau Ta vu :
Et l'an me peut segurement De ce sol a garant tenir Que je vis l'asne à Tors venir Trosse de travers de l'eschine D'un grand sac et bon de farine Qu'estoit blanche comme neis Gel ot nom Renaus de Meuers Qui l'amena de Lombard ie Encore est la rente establie Et paie sang atendre Si come el fut primes rendue.
' Saint Martin gardait donc toxijours des dévots dans cette contrée.
En 1274, un certain Albert Tetavache fait don à la Collégiale d'une maison à Pavie (1).
Biens divers. — On ne peut qu'énumérer un certain nombre d'autres terres qui paraissent dans les actes: Groison (8), CharentîUé (3), Moiseron (4), le bois de Bréchenay (5), le bois de Plante (6), des vignes à Saint-Eloi (7), une vigne appelée Falsaria auprès du pont Sainte- Anne (8), le ruau Saint-Mar-
-<1) Monsnyer, Celeberrimœ, p. 246.
(2) Acte de 1207. Archives d'Indre-et-Loire, G. 364.
(3) Acte de 1290. D. Housseau, n« 8119.
(4) Aetes de 1229. D. Housseau, n* 2669; de 1230. Id , n* 2691.
(5) Actes de 1212. Baluze, t.LXXVII.p. 246. Monsnyer, CeleberriwuB, p. 232; 1276, D. Housseau, n* 3285 ; 1286, il mars, /d., n* 3849.
(6) Gat. n* 213. Inventaire, p. 21. —Acte de 1226.Balaze, t. LXXVI, p. 259.
(7) Acte de 1228. ArchwtidP Indre-et-Loire, G. 381. (8)/d. • . ^
tîn ^1), la terre de Brou (2), le fief de Saint-Pierreen-Val (3), des dimes à Saint-Mars-la-Pile (4), à Saint-Flovier (5). L'église de Chàtillon-sur-Cher, disputée au chapitre par le monastère de Selles-sur- Cher, lui fut attribuée en 1223 (6).
On trouve encore mention de quelques propr:iétés dans l'Artois (7), dans le Dunois (8), mais il n'est plus question des biens d'Allemagne; vendus ou confisqués, ils ne paraissent plus dans les actes de la Collégiale.
Droits divers . — En dehors des revenus de ses propriétés, le chapitre avait un certain nombre de ressources produites par l'exercice de divers droits.
En cas d'inondation et lorsque le pont Aimery avait été détruit par les eaux, le chapitre percevait un droit sur le passage de la Loire. Ce droit lui fut contesté par le bailli de Touraine. Le procès fut porté devant le parlement. La sentence réglait qu'en cas de rupture du pont le chapitré devait présenter au bailli un receveur qui lui faisait serment de fidélité ; une moitié des sommes payées était consacrée aux réparations du pont, l'autre, défalcation faite des frais, était attribuée au chapitre (9).
Le chapitre continue jusqu'à la fin de cette période à jouir du droit de frapper monnaie, après une interruption cependant ; on voit, en effet, un acte de saint Louis, d'août i233, d'après lequel ce souverain aurait
(1) Aclo8 de 1155, 1247. Salmon, Saine- J/arein (ms. de Tours, n« 1284), p. 90.
(i) Acte de 1130. /</.
(3) Acte de 1140. Baluze, t. LXXVI. p. 264, de 1278-85; D. Housseao, D* 2255.
(4) Actes de 1178, dell95,de 1200. Baluze, t.LXX VII, p. 245; D Hous« seau, n* 1929.
(5) Acte de 1225. D. Housseau, n* 2614.
(6) Monsnyer, CeUherrimœ, p. 240.
(8) 996. Défenèe, p. 136.
(9) 1310, Sentence du Parlement. MoUsnyer, Celehetrima, p. 255 et CLUI, dans ce dernier endroit(1313).
permis « à l'église et au chapitre de Saint- Martin de laire battre monnaie par Pierre de Chablis à la charge que la moitié du revenu appartiendrait au seigneur roi, la permission étant volontaire en tant qu'il plaira à celui seigneur (1) ». Le chapitre ne dut pas user longtemps ni largement de cette autorisation. En 1242, en effet, le seigneur de Preuilly, avoué du chapitre, se plaignit à saint Louis de ce que la suppression du monnayage de la Collégiale lui avait fait perdre une partie de ses revenus (2). Cette autorisation était renouvelée par Philippe le Bel en 1311, par Louis X en 1316. C'est de cette époque que datent les deux gros tournois à 13 fleurs de lis et à la légende de saint Martin (3). .
Les espèce? frappéfes par le chapitre sont très rares pour cette époque, et il paraît probable que le droit de battre monnaie reste plutôt à l'état théorique depuis la fin du x« siècle.
Il semble que les chanoines aient eu aussi une sorte de monopole de la fabrication des objets d'argent. C'est du moins ce que laisse supposer un acte de Philippe III commandant à soa bailli de Touraine d empêcher que les orfèvres de Châteauneuf mettent la marque du chapitre sur les objets qu'ils fabri" quaient:(4):
Pendant toute l'année, les pêcheurs devaient pour chaque saumon, lamproie, alose et autres poissons une redevance de quatre deniers. L'esturgeon qui était péché entre Cinq-Mars et Rochecorbon appartenait au chapitre, le pêcheur était quitte de toute coutume
(1) Gf* Caron, Monnaies féodaUi, p. 67. C*est lui qui cite cet acle d'après Duby. 1\ est aujourd'hui perdu.
(2) Id,
(3) 1311.Cliarte de Philippe le Bel. Archivei d^Indre-ft- Loire, G. 381, liasse A, n* 10; de Louis X, 1316, 12 mal. Monsnyer, Ceieberri'naf, 32, CLIV. ÀrehiWÊ d' Indre-et-Loire, G. 421, p. 2 (datée de 1315, 22 février).
(4) 1275, samedi après la Nativité. Monsnyer, Ce(e6#rrtnur, p. -32.
pour sa vie ; il rpcevàit des/chajioine3. cinq sous* et une bouteille* de yîn; ^!t deux jtjeijiers. pour son; pain. I^e cel^erijsr e.t 1q[ sénéQbal diN^isaient Tanimal égale* ment entre tous les chanoines. Puis les. petits clercs étaient batttis afitide gardef le souvenir 4e cet événement. '
Les^ bouchers payaient un denier par porç,:et autant par bœuf qu'ils tuaient, huit jours avant la Sainte Martin d'hiver et huit jours après ; de même pour la Saint-Martin d'été, le premier dimanche de Carême et les deux jours qui suivaient, et depuis la vigile de Pâques jusqu'à la Quasimodo ; et pour tous les moutonjs qu'ils tuaient pendant la sepiaine, ils payaient une obole (1).. Ces droits sur; la vente de la.viande, remontaient en principe à Louis VI qui avait également accordé des droits sur la vente du pain (2^:
II. faut ajouter à ces droits la moitié de la taxe sur les J.uifs, la moitié du droit de tonlieu sur les n^ar- (çhandises arrivant par terre ou par eau (3), la moitié des droits sur le port de Saint-Cyr (4).
Pour se cendre compte de la fortune de la Collégiale, il faudrait avoir ses livres de compte. D en reste bien quelques débris de la fin de l'époque que nous étudions, mais ils sont en si mauvais état qu'ils sont à peu près inutilisables. Nous avons cependant à ce sujet une source d'informations assez précise dans dès extraits des comptes royaux concernant la levée des dîmes. En 1269, les dîmes levées sur Saint-Martin et les églises sujettes s'élevaient à 1136 livres, 10 sous, 7 deniers, autrement 2242 livres, 3 sous, 1 denier tournois. En 1289 commence une dîme triennale ; la première année, Saint-Martin et les églises sujettes
(1) Rituel de Pénn GàUneau.
(2) Cat. n* 43; acle confirmé par Philippe- Auguste; Inventaire, p. 21.
(3) Cal. n* 213.
(4) Cat. n« 213 ; Inventaire, p. 21, Louis VII, en 1143. Monsnyer, p. 216 ; D. Rousseau, n* 1700 ; Baluze, t. LXXVI, p. 263.
paient 949 livres, 6 sous, 9 deniers ; la seconde année» 956 livres, 19 sous, 11 deniers ; la troisième année, 961 livres, 3 sous, 8 deniers, en tout 2867 livres, 9 sous, 4 deniers (1).
Comme on peut le voir, l'administration temporelle du chapitre de Saint-Martin n'était pas moins considérable que son administration spirituelle ; les deux se confondaient souvent d'ailleurs, les églises sujettes à la juridiction spirituelle étant aussi astreintes à des redevances matérielles. Puissante seigneurie, la Collégialeavait à ses ordres tout un personnel d'officiers sulbatemes, conservait dans ses chartriers de longues listes des droits de tout genre qu'elle pouvait lever sur un vaste territoire. Malgré des plaintes recueillies par ci par là, il semble bien que la Collégiale jusqu'à la fin du xra* siècle ait conservé intacte sa seigneurie et que cette époque soit vraiment celle de son apogée. A Châteauneuf, comme dans toutes ses terres, elle arrive à maintenir ses droits et même à les reprendre lorsqu'elle les a perdus pour un temps. Au moment de subir les épreuves de la guerre de Cent ans sa richesse matérielle et sa puissance féodale sont donc vraiment très grandes.
(1) H. F., XXI, p. 543 et 550.