CHAPITRE II Liturgie et Usages particuliers
La célébration des offices était la principale obligation des chanoines et à vrai dire leur seule raison d'être. On ne considérait point, comme aujourd'hui, que le ministère pastoral ou Tétudedes sciences sacrées dussent être au premier rang des préoccupations des ecclésiastiques La prière publique était regardée alors comme un emploi suffisant d^e Tactivité humaine; les grosses prébendes et les riches fondations n'avaient pas d'autre but que d'en assurer la solennité. De longues et nombreuses cérémonies, minutieusement réglées, remplissaient les journées de tous ces clercs qui se groupaient autour des sanctuaires importants. Étudier la liturgie d'un de ces sanctuaires, c'est donc étudier la principale occupation de ceux qui le desservaient. Il est évident, cependant*, que cette étude ne doit point s'arrêter à ce qui se pratiquait dans toutes les églises, cela c'est l'objet d'un travail d'ensemble sur la liturgie. Ce qui mérite d'être signalé, ce sont les usages particuliers, les pratiques et cérémonies spéciales qui constituent l'originalité du sanctuaire auquel on s'est attaché.
Or, la communauté martinienne eut, dès le début, un certain nombre d'usages spéciaux au point de vue liturgique. Même quand elle ne fut plus qu'un collège de chanoines, elle eut encore sa liturgie à part. On ne peut malheureusement étudier cette liturgie dans le détail à partir de ses origines , on a seulement sur ce sujet quelques renseignements épars jusqu'au xiii* siècle, date de la rédaction du Rituel de Péan Gàtineau. Mais dans les cérémonies que celui-ci décrit avec tant de détails on peut voir d'anciens usages soigneusement conservés.
La plus ancienne particularité liturgique de Saint- Martin est la psalmodie ininterrompue, la lausperennis (1). Cette pratique était déjà usitée à Saint-Maurice d'Agaune. A l'imitation de cette église et de celle de Saint-Martin, elle fut introduite par Gontran dans les monastères de Saint-Benigne de Dijon et de Saint- Marcel de Châlons en 584 12) et par Dagobert à Saint- Denis en 634 (3). A quelle époque a-t-elle commencé à Saint-Martin ? C'est ce qu'il est impossible de préciser. Monsnyer en attribue l'institution à saint Perpet, mais sans donner de preuves de son assertion. Tout ce qu'on peut dire, c'est que, étant donnés les faits que nous venons de citer, elle est antérieure à la fin du VI® siècle. A Agaune, elle fut inaugurée le jour de la fête de saint Maurice, le 22 février de l'année 522, probablement en présence de l'archevêque de Vienne, saint Avit (4). Peut-être faut-il placer vers le même temps l'introduction de cet usage à Saint-Martin (5).
La laitë perennîs ne modifiait pas le cursus officii ; elle respectait la constitution de la psalmodie existante avec ses lectures, mais elle supprimait toute interruption entre les heures canoniales. Les moines se succédaient par bandes ou chœurs jour et nuit afin que la prière ne fût pas interrompue.
Cette psalmodie perpétuelle cessa-t-elle au moment de la transformation des moines en chanoines? C'est du moins ce que pensaient^ au xn* siècle, les chaïuoines
(1) Saint Perpet établit que les veilles solennelles des fôtes de la .Nativité de S. Jean-BapUste, de la Résurrection. de rAscensioo, etc. ,
secélôbreraientdans la basilique de Saint Martin. G. de T., /7. F.,X,31.
(2) H. F , II, p. 106, 255, 294,300, 303.
(3) Id , I, p. 589, 593 ; II, 134.
(4) Cf. Dictionnaire a* Archéologie et de Liturgie^ Lotouzey, Paris, en cours de publication, à Tarticle Agaune. Saint-Martin n'est pas mentionné parmi les monastères où se pratiquait la /au<per«miif.
(5) G*est à tort qu'on a écrit dans l'édition des lettres d'Alcuin des M. G., p. 414, note : Alcuinus psallentium assiduum in monasterium S. M. fortasse introduxlt.
eux-mêmes qui d'ailleurs la jugeaient ennuyeuse et fatigante (1).
Il est probable cependant qu'elle subsista encore quelque temps. Un acte de 818 nous montre les chanoines chantant les psaumes par décanies (2) et Charles le Chauve en 849 établit qu'ils seront deux cents divisés en dix bandes de vingt (3). Cette division, comme nous Tavons déjà fait remarquer, devait bien avoir, elle aussi, trait à la psalmodie.
L'usage de Saint-Martin pour la célébration des heures canoniales nous est ainsi décrit par un concile de Tours, réuni dans la basilique en 612 (4) : « En été, à matines, on chante six antiennes, précédant chacunedeux psaumes. Pendant tout le mois d'août,à cause des nombreuses fêtes, on est obligé de se lever matin. En septembre, on chante sept antiennes, précédant chacune deux psaumes ; en octobre, huitavec trois psaumes; en janvier et en février, on fait ce qu'on peut; cependant, on fait en sorte de ne jamais dire moins de douze psaumes dans l'office de nuit ; à la sixième heure, on chante six psaumes avec Alleluya,k\2^ douzième, douze également avecAlleluya, »
Du passage à Tours de l'éminent liturgiste que fut Alcuin, on ne peut signaler aucune trace dans les usages de la basilique. Tout ce qu'on est en droit d'affirmer, c'est qu'il fit quelques emprunts aux vieux livres liturgiques de son monastère. Dans une lettre aux religieux de Saint-Waast, il leur dit qu'il a
(1) Ils écrivent à leurs confrères de Cologne : « Et ad temperandum laborem illum fa^tidiosum et intolerabilem, Juges ilis et interroinabiles psallenlium allernaliones ad certas et discretas sicut in aiiis fit ecclesiis boras distincte sunt... >• Les chanoines qui ont écrit cela ne semblent pas s*étre fait une idée bien Juste de ce qu'était la lauB permnis.
(2) Cal. n« 36.
(3) Cat. no 61.
(4) Concilior, Ga/to.Maassen. H G y p. 127. Le même texte est donné par Aimoin, moine de Fleuri. Cité par Monsnyer, Celeberrimoft p. U.
extrait du Missel de Saint-Martin quelques messes usitées pour les offices quotidiens de cette église : une messe de la Sainte-Trinité, une pour demander la protection des saints et une autre pour demander le secours des saints anges (1^ Ceci nous indique donc qu'à Saint-Martin il y avait déjà, avant Alcuin, des messes votives destinées à être dites les jours qui n'avaient pas d'offices particuliers (2).
Dans ]a même lettre, Alcuin dit qu'il a également emprunté un certain nombre de prières aux usages de son monastère, des oraisons pour ceux qui font l'aumône et d'autres pour demander le pardon de ses péchés (3).
Au IX* siècle, on ne sait pourquoi, la communauté de Saint-Martin semble s'être lassée d'avoir une liturgie particulière. Une bulle du pape Marin (4) concède aux chanoines de suivre le rit romain. Il
(1) Migne, t. G, ep. 51, col. 215. « Missas quoque aliquas de nostro tuli missale ad quolidiana et ecclesiasUcœ consuetudiDls officia. Primo in lionore sumroae Trinilatis, deinde ad sanciorum inlercessiones deprecandas etiam et angelorumsuffragia postulanda, qusB multum necessaria sunt in iiac peregrinatjone laboranlibus. » Les autres messes dont parle Alcuin dans la suite de cette lettre n'ont pas été tirées du missel de Saint-Martin. Nous pensons qu'il faut reconnaître les trois messes énumérées dans ce texte dans les trois suivantes : messe de la Sainte-Trinité, Liber iacramentorum^ Migne, t. CI, col. 445 ; messe pour demander le secours des anges, Id,, col. 449; messe pour demander le secours des saints, /i/., col. 460.
(2> Les réformateurs de 1262 décidèrent que cliaquo semaine s'il se trouvait un Jour libre on devrait dire une messe votive des reliques des saints.
(3) M Pro peccaUs quoque et eleemosynam facienlibus adjunximus orationes quatenus si quis vel pro suis negligenliis vel pro aliorum benefactis ofiferre voluisset, haberet convenienles intercessiones suœ voluntati. Arbitror vos melius lise omnia vel in sacramentis vestris conscripta vel in consuetudine quolidiana habere. Tamen neinobediens vesti^ae essem dileclioni scripsi quod nos in consuetudine habemus. » Peut-être faut-il voir, dans les oraisons dont il est question ici, des oraisons répondant tout à fait à celte indication qui se trouvent à la fin du De psalmorum tuu, Mlgne, t. CI, col. 495 et suiv. #
(4) Gat. no 80, 13 février 883.
n'est probablement ici question que de la cessation de la laus perennis et c'est à ce moment peut-être qu'il faut placer l'abandon de ces interminables psalmodies dont se plaignaient plus tard les chanoines du xn« siècle.
Avec le Rituel de Gâtineau (1) nous sommes très bien renseignés sur la façon dont s'accomplissaient les différentes cérémonies à Saint-Martin ; il n'est pas un salut de chanoine, ou un geste d'enfant de chœur, qui soit omis. Pour chaque jour, sont rigoureusement mentionnées les différentes fonctions que chacun a à remplir. Dans cette troupe de ôent cinquante chanoines comprenant des hommes, des jeunes gens et des enfants, ainsi que tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique, il n'en est pas un qui ne sache d'une façon précise ce qu'il aura à chanter ou à quel moment il devra remplir son service au chœur.
Les fêtes se divisaient en plusieurs catégories : de sept ou de cinq chandeliers (2) ; de treize chapes ; fêtes de saints de neuf leçons et de trois chandeliers ; de neuf leçons et d'un chandelier ; dimanches et fêtes quotidiennes (3).
Essayons de nous représenter une messe solennelle, un grand jour de fête, de double de première classe ou plutôt de sept chandeliers comme s'exprime le Rituel (4). Les prieurs, c'est-à-dire le doyen, le trésorier, le chantre, l'écolâtre,- le sous-doyen et le cellerfer, doivent être en aubes et en chapes de soie :
(l)Les rérormateursde 1262 décidèrent que dans Tannée un ordinaire du service de la Coliôgiale serait rédigé par des personnes compétentes ctioisies pour cela par le ctiapitre. Mais nous n'avons pas trouvé trace de ce travail.
(2) Il est sans doute question des chandeliers qu'on portait dans le cortège qui se rendait de la sacristie à Tautel, Vordo miisar.
(3) Les fêtes de la Purification, de l'Annonciation et de la Nativité de la Sainte Vierge ne devinrent fêtes de cinq chandeliers qu'en 1262. V Réforme,
(4) Fol. 2 r«.
le doyen s'habille dans la sacristie et reçoit sa chape des mains du prévôt da Châtillon, c'est entre les mains du prévôt de Morignan qu'il la dépose après la cérémonie ; le trésorier s'habille dans la salle du trésor ; le chantre dans la salle appelée caméra (1), le sous-doyen devant la sacristie, Técolâtre et le cellerierdans la salie du chapitre. Doivent être revêtus d'ornements pour la messe, six diacres, six sousdiacres, deux prévôts qui lisent Tépître et l'évangile, celui qui lit l'épitre portant un syon (2) au lieu du manipule, deux acolythes en chapes, sept petits clercs en tunique portant des chandeliers. Quand tous sont habillés, on se rend au chœur, le doyen et le trésorier suivis chacun de ceux qui relèvent spécialement d'eux, c'est-à-dire pour le doyen, les prévôts et les prieurs, pour le trésorier, les septimaniers, les cheveciers et l'aumônier.
A la fin de tierce quand on est arrivé au Gloria Pairi des tropes, tous ceux qui prennent part aux cérémonies de la messe viennent à lautel dans l'ordre suivant : les petits clercs, les acolythes, les sousdiacres, le premier sous-diacre étant au milieu avec le texte de l'évangile et devant lui le jeune homme qui porte le pupitre, ce dernier précédé d'un autre sous-diacre qui porte le texte de l'épître, puis viennent les diacres et enfin le prêtre. Au moment de l'entrée au chœur, on sonne le carillon, puis le prêtre, le diacre et le sous-diacre baisant l'autel de saint Pierre (3) devant lequel ils passent vont devant le tombeau où ils récitent le Confiteor, pendant qu'on chante V Introït et \e Kyrie eleison. Les autres sousdiacres préparent l'autel, les petits clers se tenant de
(1) Le vestiaire sans doute.
(2) Marlène ignore ce qu'est le syon. Lebrun également. Lat. 16806, foL 149.
(3) C'est le roaitre-autel.
part et d'autre avec leurs chandeliers. Quand les prières sont dites, le prêtre, Je diacre et te sous-diacre reviennent de l'autel en disant le psaume Deus misereatur et, dès que le Kyrie eleison est commencé, les diacres, les sous-diacres et les petits clercs font le salut à l'autel et reviennent, ceux-ci dans le chœur, et tous les autres, sauf ceux qui lisent Tépitre et l'évangile, dans la salle du chapitre où les diacres déposent leurs ornements ; pendant ce temps les acolythes encensent lautel de saint Pierre et tous les autres à la ronde. Lorsque c'est un évéque ou le doyen qui chante la messe, le Gloria in excelsis lui est offert par le chantre ; aux autres, il est offert par le souschantre. Dans toutes les fêtes où figurent des employés revêtus de chapes, l'écolâtre se tient à gauche du chœur ayant une corne d'argent à la main et il commence à réciter Rex cœlorum au modient où est entonné le Gloria in excelsis. A ce moment-là le sous-diacre se rend au pupitre pour chanter l'épître, mais avant qu'elle soit lue, le cellerier, accompagné des clercs qui tiennent des vignes de sa donation, va à l'autel de saint Pierre où il commence les prières suivantes: Christus vincit, etc., et le chantre ainsi que les autres chanoines qui sont au chœur doivent lui répondre. Après cela se lit l'épître, puis se chantent le répons, Valleluia et la séquence. Pendant qu'on lit l'épître, celui qui a porté le pupitre apporte une bourse avec des hosties, un acolythe venant derrière lui avec le vin et leau. Après les avoir déposés sur une crédence et avoir reçu la bénédiction du prêtre, ils s'en vont. Pour le chant de l'évangile, on se rend au pupitre dans Tordre suivant : deux petits clercs portant des chandeliers et encadrant un plus grand qui porte la croix; les quatre autres s'en vont au vestiaire pour quitter leur habit de chœur ; puis viennent deux acolythes avec l'encens, un autre avec
— selle pupitre, le premier sous-diacre avec le coussin et enfin le diacre avec le texte de l'évangile qu'il remet au sous-diacre auprès de la sortie du chœur. Pendant qu'on lit l'évangile, deux sous-diacres apportent le calice ; ils s'arrêtent devant l'autel de saint Pierre jusqu'à ce que l'évangile soit fini. Alors tous reviennent au chœur, sauf les acolythes dont un porte l'encensoir à l'autel de saint Brice et l'autre se déshabille. Le diacre prend alors le calice des mains de celui qui le porte, l'autre s'en va au milieu du chœur avec la patène ; quant au sous-diacre, il fait baiser le livre de l'évangile au prêtre. Pendant qu'on chante le Credo, les jeunes gens qui sont revêtus d'ornements apportent les offrandes de pain et de vin, derrière eux les plus jeunes en surplis apportent un vase de verre rempli d'eau, ce qui symbolise la tempérance. Ils viennent devant le chantre qui répartit ces offrandes entre les prieurs, lesquels vont les présenter en ordre, le chantre étant le dernier. Le resle de la messe se passe sans grande différence d'avec ce qui se fait aujourd'hui, sauf que le diacre se lave les mains comme vient de le faire le prêtre après le Per omnia sœcula sœculorurn qui précède la préface.
Les heures canoniales n'offrent pas grande particularité remarquable. Notons cependant pour les jours de fêtes plus solennelles la permanence à Saint-Martin au commencement du xin« siècle d'un vieil usage liturgique. L'antienne de Magnificat était divisée en trois parties et intercalée entre tous les versets du cantique 1). Les neuf répons de matines étaient composés de la même façon que le sont aujourd'hui les troisième, sixième et neuvième, c'est-à-dire qu'ils comprenaient le Gloria Patri et qu'on les répétait depuis le commencement. Ces usages furent modifiés en 1237 d'abord; il fut défendu d'intercaler les an-
(1) RUuel, fol. 1 v.
tiennes (1). Puis, en 1262, on régla que les antiennes de Benedictus et de Magnificat seraient chantées deux fois en entier, au commencement et à la 6n, comme cela se fait encore aujourd'hui (2). Quant aux répons, il fut réglé à cette même date que seuls les troisième, sixième et neuvième garderaient l'ancienne forme, sauf aux fêtes du temps, pour lesquelles on la conserverait. On obéissait en cela au désir de raccourcir l'office (3).
Le symbole de saint Athanase, Quicumque vuU salvus esse, faisait partie de prime les jours fériés et non fériés depuis le x® siècle, d'après une décision prise en 922 à la demande d'Adam grangier (4).
Les offices des martyrs, des confesseurs et des vierges étaient en partie composés, comme l'office du dimanche ; ce n'est qu'à partir de 1237 qu'il fut réglé que tout l'office, c'est-à dire l'invitatoire» les hymnes, les répons, les leçons, les capitules, seraient du propre des saints (5).
Le dimanche, une procession précédait la messe. Après le chant de tierce, le chantre, se plaçant à l'entrée du chœur, entonne le répons Sint lumbi. Puis la procession fait le tour du cloître. Après cela, le chantre, an milieu de la nef, chante un répons à la Sainte Triuité, puis ii saint Martin, et en chantant le cortège va dans le chœur, baisant le texte de la vie du saint qui est sur un pupitre de bois et déposant une
(t) 3« Réforme. Item inhibemus ne de csetero fiant tropi et triumphationes qui soient fleri in majoribusfestis. Lebrun, mi. dU, fol. 132, pense A tort que. par les triumphationei il ne faut entendre que les neumes.
(Tjt^ Réforme.
(3) Item quia yidetur importablle quod in tôt feslis rBpeianiur responsoria «t dicatur Gloria, in quolibet eorumdem, ut tolerabilius matutinia possit insisU statuimus quod tioc flat lantum in festis annualibus, in aliis autem diebus quibus hoc solebat fleri tantummodo tertium, sextum et nonum responsorium repetantur.
(4) Cat. no 128.
(5) 3* Réforme.
offrande avec de l'argent que le marguillier a distribué auparavant de la bourse de la fabrique. Le répons chanté, le prêtre dit Toraison à saint Martin (1).
Les fêtes dé saint Martin occupaient une place tout à fait à part, parmi les solennités de la basilique. Elles étaient au nombre de. quatre : le 11 novembre, le 13 décembre, le 11 mai et le 4 juillet.
La plus solennelle de ces fêtes était celle du 1 1 novembre (2), rappelant l'anniversaire de la mort du saint. Après l'oraison des vêpres, sans qu'on dise compiles, le chambrier sonnait matines ; alors venaient les chanoines de Saint- Venant et de Saint-Pierre-le-Puellier. Ces chapitres chantaient une première fois matines à eux deux et fournissaient chaque année à tour de rôle l'officiant (3). Les chanoines de Saint-Martin chantaient matines eux aussi à leur tour, et enfin en troisième lieu les moines de Saint-Julien s'acquittaient du même office (4). Cet usage avait pour but de rappeler l'ancienne pratique de la psalmodie ininterrompue et aussi d'honorer le saint défenseur du dogme de la Trinité qui avait eu le privilège de ressusciter trois morts.
(1) RUuel, fol. 7 r*.
(2)/d., fol. 34 r».
(3) Vers 1084, les chanoines de Saint-Venant et ceux de Saint- Plerre-lePuellier étant venus à Saint-Martin pour les maUiies de la Saint -Martin d'hiver, une contestation s'éleva entre eux au sujet de ce qulls auraient à faire ; pour les mettre d^accord, on leur parlagea l'office. Salmon (nos. de Tours n» 1286), p. 134.
(4) Les moines de Saint-Julien venaient à Saint-Martin depuis Théololon. Cf. Brevis historia Satieli Juliani TuronemiSf p. 225. Le Rituel, à l'endroit où il traite de la fête du 11, ne mentionne que deux célébrations de maUnes ; mais plus loin, lorsqu'il parie des relations de Saint-Julien avec la basilique, il dit que les moines de Saint- Julien venaient à la basilique à la Saint-Martin d*hiver pour les dernières mutines. Guibert do Gembloux raconte que rorflce de nuit était chanté trois fois en entier : la première fois par les clercs de toute la ville qui ce Jour-là seulement étaient autorisés à entrer dans le chœur; une seconde fois par l'abbé et les moines de Saint-Julien ; une troisième fois et solennellement par les chanoines de Saint-Martin. Ànalecta Bollandiana, III, loc. ctl.
Oa avait parlé à Guibert deGembloux lors de son pèlerinage à Tours d'une autre coutume plus ancienne et qui n'existait plus au temps où fut rédigé le Rituel. On aurait autrefois, paraît-il, chanté deux fois le Te Deum aux matines de la Saint-Martin, en mémoire d'un fait merveilleux qui se serait passé ce jour-là à la basilique. Un archidiacre d'un endroit qui n'est pas désigné souffrait de la lèpre et était venu à Tours. Il eut une vision dans laquelle il se voyait mêlé au chœur des clercs chantant l'office : pendant qu'il lisait la sixième leçon de la vie du saint évéque de Tours, il était subitement et complètement guéri de son mal. Le doyen de Saint-Martin, informé de cette vision, permit à l'archidiacre de participer à l'office solennel dans le chœur et de lire la sixième leçon. Pendant qu'il faisait cette lecture, la peau couverte de lèpre était tombée et il avait été rendu à la santé. Le miracle connu, tous les assistants brûlaient du désir de louer Dieu et saint Martin ; aussi, dès qu'on eut achevé le répons de la leçon, à haute voix et au son des cloches tout le monde se mit à chanter le Te Deum. De là vint que s'établit l'usage de chanter ce jour-là le Te Deum à la fin du second nocturne et à la fin du troisième.
La fête du 13 décembre, qui rappelait le retour des reliques de saint Martin dans la basilique de Tours après leur exil de Bourgogne, n'offrait aucune particularité remarquable. Le 11 mai, se célébrait la fête de la Subvention, destinée à commémorer la délivrance de Tours lorsque les Normands l'assiégeaient, par l'intercession de saint Martin ; on joignait à cela le souvenir du retour de saint Martin revenant d'Agaune en rapportant le sang des martyrs thébains. Ce jourlà, les moines de Marmoutier venaient à la basilique en chantant des psaumes et au son des cloches, pour rappeler qu'ils avaient partagé avec les chanoines les
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dangers du siège et les joies de la délivrance. Si Ton en croit les chanoines de 1180, la foule des habitants de Tours qui se précipitait sur les rives de la Loire était énorme. Depuis le fleuve jusqu'à rentrée de la basilique, le sol était recouvert d'herbes et de fleurs odoriférantes ; tout le long du chemin, on faisait brûler des parfums qui remplissaient Tair d'un nuage de fumée très agréable ; les maisons étaient décorées de tapis précieux, de voiles de soie qui se suivaient sans laisser d'espace vide. Le spectacle était si beau, disaient les chanoines, qu'on se serait cru à l'entrée du paradis. On s'en allait ainsi en procession jusqu'à la basilique et, la cérémonie faite, la foule reconduisait les moines à leurs bateaux. Le plus grand recueillement régnait à cette tête si l'on en croit la chronique. Tout le temps que durait la cérémonie, on n'aurait point osé se parler pour dire des plaisanteries, mais on n'ouvrait la bouche que pour chanter des psaumes. Quand l'abbé de Marmoutier était présent, c'était lui qui chantait la messe accompagné de ses moines : autrement c'étaient les chanoines. Moines et chanoines entremêlaient leurs chants pendant tout l'office (1). Péan Gâtineau (2) fut aussi le témoin de cet empressement des foules à la fête du 11 mai. On montait sur les toits, dit- il, pour écouter chanter les moines. Une année, un do ses cousins, qui était alors enfant» trébucha et tomba sur le pavé, mais sans se faire mal.
Cap jo vî, et plus de trois mile, L'endemain joer par (a vile.
Les gens qui étaient à côté de lui se levèrent si précipitamment qu'ils firent tomber une grosse pierre sur les moines.
(1) Rituel, fol. 29 V*, et Analeeta Bollandianaj toc. cit,
(2) Poème sur saint Martin, édition indiquée dans rintroduction.
Mm je sal bien que i) cbantoent
Au saint si agréablement
Qu'il les garda présentement
De mort, car si serre estoient
Que estre en grand poinne i poaient.
La fête du 4 juillet, appelée la Saint-Martin d'été, avait un double objet : l'ordination de saint Martin et la translation desesreliques(l). Elle se célébrait avec un certain nombre de cérémonies particulières et assez curieuses. Après l'oraison des vêpres, le chambrier en aube sonnait la cloche de matines et on ne disait pas complies. Une fois matines terminées, on préparait Tautel de saint Pierre comme pour chanter la messe ; on mettait le pain et le vin sur les crédences, l'encens dans l'encensoir. Après quoi, l'église était fermée et le chevecier de semaine, emportait les clefs. Toute la nuit on laissait brûler le luminaire complet : les septimaniers et les cheveciers établissaient des gardes à toutes les portes et au chevet, le trésorier en faisait autant pour sa maison ; de part et d'autre on fournissait le vin et tout ce qui était nécessaire pour cette nuit de veille. La raison de cet usage était une pieuse croyance du chapitre. Saint Martin, paraît-il, venait avec d'autres bienheureux célébrer les saints mystères pendant cette nuit anniversaire de son ordination.
Cette tradition était de nature à piquer la curiosité de ceux auxquels elle était rapportée. Aussi l'archevêque de Cologne, Philippe de Heinsberg, demandait-il aux chanoines de Tours de lui exposer sur quoi ils s'appuyaient pour croire une chose si extraordinaire. Ceux ci furent obligés d'avouer leur igorance : pour quelle cause, quand et par qui cette coutume avait été établie? Il régnait là-dessus une si grande variété d'opinions qu'ils n'osaient rien affirmer. Cependant, comme cet usage ne pouvait rien leur rapporter, ils pensaient (1) Muely fol. 32 r, et Analecta BoUandiana, loc. cit.
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qu'il ne pouvait avoir été établi que pour de graves raisons et tenaient la tradition du chapitre pour certaine, surtout à cause de visions dont ils racontent trois seulement.
Dans la nuit qui précédait la dédicace qu'on célèbre encore, saint Martin apparut à Hervé et lui dit qu'il avait pour agréables son zèle et l'œuvre qu'il avait accomplie et lui fit comprendre que, comme il habitait continuellement ce lieu de corps, il le visiterait souvent en esprit. Plus tard, un malade qu'on avait déposé près de l'abside de Saint- Aubin d'Angers, reçut en vision avis d'entrer dans la basilique lorsque sonnerait la troisième heure et qu'alors il recevrait ce qu'il demandait, parce qu'à cette heure le bienheureux Martin venait' trouver son confrère en épiscopat, saint Aubin, et après qu'il avait fait là sa prière, ils s'en allaient tous les deux à Tours pour sa solennité. Cet homme suivit le conseil qui lui était donné, et comme la santé lui fut rendue, il fut bien évident que ce qu'il avait dit et vu était sérieux.
Mais, tout récemment, un autre fait plus significatif avait eu lieu. La veille du 4 juillet, au soir, lorsque les portes furent fermées, après Toffice de matines, que tous les recoins furent examinés sérieusement, qu'aux portes et aux vitraux bas et rapprochés de la terre des gardiens furent établis,que les plus anciens marguilliers de la basilique se furent retirés dans la salle du chapitre pour y monter la garde comme de coutume, un certain Hildebert, surnommé Pay en, oublia son oreiller dans l'église. N'ayant rien pour adoucir la dureté du sol et ne pouvant dormir à cause de cela, il se leva et, malgré les réclamations de ses camarades qui lui reprochaient sa présomption, il entra dans l'église et alla chercher son oreiller. Comme il revenait, il trouva le passage occupé par une nombreuse procession d'évêques, magnifiquement vêtus, qui faisaient le tour de
l'autel et du tombeau. Epouvanté, il s'arrête, lorsqu'un de ceux qui faisaient partie de la procession s'en détache et l'interpelle rudement, lui reprochant d'avoir été assez téméraire pour pénétrer dans ce sanctuaire la nuit pendant laquelle, il devait bien le savoir pour l'avoir entendu dire, saint Martin venait visiter son temple en compagnie des autres citoyens de la cité céleste. Qu'il sût bien,lui disait-il, que l'usage institué pour cette fête ne l'avait pas été sans raison par les anciens. Le malheureux, pour s'excuser, montra son oreiller et interrogea celui qui lui faisait des reproches> lui demandant qui il était lui-même et quels étaient les autres qui s'en allaient deux par deux. Celui auquel il avait affaire n'était autre que saint Martin, ceux qui l'accompagnaient étaient non-seulement ses successeurs sur le siège de Tours, mais aussi d'autres évêques, et celui auprès duquel il marchait éfaiit saint Euverte d'Orléans. Après avoir averti le malheureux portier de ne plus se permettre rien de tel à l'avenir, il reprit place dans la procession.
Quant à l'intrus, il fut enlevé par les cheveux et jeté sans savoir comment au milieu de la salle du chapitre.
Au temps où les chanoines rédigeaient leur lettre, des frères vivaient encore qui avaient entendu ce récit de la bouche des auditeurs mêmes de celui auquel l'événement était arrivé.
Dans sa Chronique rimée, Péan Gàtineau raconte un autre fait attestant l'idée qu'on se faisait de la façon dont le saint tenait à ce que soit respectée la basilique pendant cette nuit solennelle. Le chantre et son clerc, étant venus une nuit trop tôt pour ouvrir l'église, trouvèrent le luminaire éteint et un bruit épouvantable se fit entendre. Depuis, jamais personne n'entra si matin dans la basilique et les chanoines établirent que la porte ne serait pas ouverte avant que le jour clair ne parût.
Si Ton en croit le même Péan Gâtineau (1), on venait beaucoup à cette fête, autant pour se divertir que pour faire œuvre pieus^e :
Et le peuples, qui ne fet ovre, Vient au mostier por messe oir, Li autre pour els rejoïr Riviennent et pour els esbattre Ca dous, ça trois, ça cinc, ça quatre.
Nous allons suivre maintenant Tordre du temps en notant toutes les particularités qui nous ont semblé les plus intéressantes.
Le premier dimanche de TAvent, la procession se fait d'une façon plus solennelle que d'ordinaire, le chantre y figure en chape de soie tenant un bâton d'or dans ses mains gantées. Au retour quelques prêtres à la porte du chœur chantent l'antienne à saint Grégoire et quand ils arrivent à ces paroles Composuit hune libellum, ils montrent le graduel en se tournant vers le chantre. C'est en quelque sorte l'inauguration officielle du graduel (2).
A Noél, après la neuvième leçon, un diacrelisait le texte du martyrologe qui annonce la naissance de Jésus- Christ. A la messe de minuit, le Gloria in excelsis se chantait en grec ; aux vêpres, après le chant du Magnijicatf les chanoines un cierge à la main allaient à la chapelle de la Sainte Vierge en chantant différentes antiennes dont une à saint Martin, et là on chantait VAlmavLvec le verset et l'oraison (3).
A la fête de saint Etienne, pour la messe, les diacres devaient être revêtus de chapes; seuls ils occupaient les stalles ce jour-là, en l'honneur du premier diacre de l'église (4).
(1) Op. cit.
(2) Rituel, fol. 10 y.
(3) /d., fol. 13 r.
Ce sont les petits clercs qui ont les honneurs à la fête de saint Jean TEvangéliste et des saints Innocents (1). Le 13 décembre, jour de la Réversion de saint Martin, le sous-chanlre a choisi parmi eux un évêque et un chantre. Le jour de la Saint- Jean, après le chant de prime, ils s'en vont à cheval à Beaumont ; rendus là, ils prennent sur leurs épaules le siège sur lequel est assis leur évêque. A la grande porte de l'église, leur chantre entonne le répons Sancta Maria et devant l'autel de la sainte Vierge VAlma avec le Gloria. Puis l'évêque revêtu d'une chape de soie donne la bénédiction aux religieuses dans le chœur. De retour à la basilique, ils prennent de nouveau le siège de leur évêque sur leurs épaules à la porte du trésor et en chantant le répons Sancte Martine, ils le conduisent devant l'autel de saint Martin, où, après avoir récité l'oraison, il donne la bénédiction au peuple. A vêpres lorsqu'on chante Magnificat, les petits clercs viennent dans le chœur avec leur évêque, ayant en main des cierges allumés, et au moment où se chante le verset Déposait, le chantre des enfants prend son bâton et alors les enfants montent dans les stalles que doivent quitter les chanoines. L'oraison dite, ils vont à l'autel du Crucijîx où ils chantent le répons Sub altare, puis l'antienne Innocentes avec le Magnificat et l'oraison, et l'évêque des enfants donne sa bénédiction. Après quoi, le chantre les emmène dans sa maison et les fait boire. Le lendemain, jour des saints Innocents, c'est l'évêque des enfants qui dit la septième leçon à matines et leur chantre qui lit la neuvième.
L'office du premier jour de l'année est très mouvementé et rappelle très nettement le caractère de drame sacré que conservait encore la liturgie de ce temps. Après none, on sonne le carrillon et l'on allume les cierges de
(l}iiat4«I,fol. Uetsulr.
Tau tel du Bon-Dieu de pi tié (1 ) . Les clercs en chape de soie viennent y chanter l'antienne O Regina virginum, puis ils s'en vont au vestiaire chercher le chantre ; pendant qu'on Tamène, deux clercs en aube et en chape, au milieu du chœur, chantent De supernis affero nuntium et les autres répondent Tamfestadies, Après cela le chantre entonne Le^emwr gaudiis, les cierges et les lampes do la couronne suspendue au milieu du chœur étant allumés. Tous reviennent alors au chœur et déposent leurs chapes, sauf le chantre et le souschantre ; deux clercs encore en chape viennent de Tau tel en chantant PsaZ/af chorus ; un autre qui tient le bâton du chantre répond Hodierna et remet le bâton au chantre ; six clercs entonnent immédiatement à trois voix : O Nojsarene. Les prêtres en chapes de soie chantent Deus in adJuioHum, le chœur dit Gloria Patriet alors viennent les psaumes comme aux vêpres ordinaires.
A matines, avant de lire la première leçon, on allume le premier cercle d'un candélabre appelé tour de David pendant que deux clercs chantent Solvetur noster circulas. Quand le verset du troisième nocturne est chanté, on allume tout le luminaire et alors les prophètes viennent au milieu du chœur des chanoines où ils chantent ensemble Lumen Pairis; un clerc seul dit In gaudio ; après quoi on lit la septième leçon. Après la neuvième leçon, les prophètes disent les prophéties et on entremêle cette lecture du chant des cantilènes.
A la procession qui précède la messe, c'est l'évêque des enfants en chape de soie qui marche le dernier, alors que ce sont trois des principaux du chapitre qui portent la croix et les chandeliers.
(1) Dans le manuscrit il y a d« pariete, Marlène a lu d^ pietaU, ce qui est plus compréhensible puisqu'il y avait dans la basilique un autel appelé du Bon-Dieu de pillé.
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Aux secondes vêpres, après le chant des psaumes, on lit les prophéties comme à matines, le chantre des enfants en chape se lève pour l'antienne de Magnificat qu'il entonne ; il chante trois fois Déposait en tenant son bâton. C'est le moment où il doit cesser ses fonctions pour le passer à celui qui a été élu le 13 décembre ; à moins qu'il n'ait été élu lui-même, il donne son bâton à l'autre et alors on chante Te Deum et Ion finit le Magnificat.
Après compiles, deux clercs montent à la stalle du trésorier et chantent Tleceslsancta dies puis le psaume Conserva Domine, et pendant ce temps ils frappent de leurs bâtons le chantre de la fête. Puis après le chant d'un certain nombre d'antiennes et d'oraisons, ils reconduisent le nouveau chantre à sa maison en frappant les murs avec leurs bâtons.
On couvrait les crucifix dès le premier dimanche de Carême et on renfermait dans le trésor les croix et les reliques (1).
Le jour des Rameaux, la procession se rendait à l'église de Saint-Pierre-du-Chardonnet devant laquelle on chantait quelques répons et oraisons ; puis on allait à une croix voisine où on lisait l'évangile et où se faisait un sermon au peuple ; ensuite on retournait à Saint-Pierre et l'on y recevait les offrandes des fidèles.
Le cortège rentrait alors à Saint-Martin où la cérémonie se déroulait comme cela se passe encore aujourd'hui (2).
Pour le Jeudi saint, il y avait un double lavement des pieds (3). La veille au soir après matines les petits clercs lavaient les pieds aux pauvres. Le lendemain après le repas, le sénéchal allait devant la maison des prieurs et frappait à la porte avec un marteau; les
(1) RUueJ, fol. 18 r.
(2) Id.y fol. 20 r. .
(3) id., fol. 22.
prieurs et les autres chanoines se réunissaient alors dans le chœur des chanoines et Ton fermait la porte de l'église. Après la lecture de Tévangile Ante diem festiy il y avait un sermon s'il se trouvait quelqu'un pour prêcher. Le sénéchal revêtu du surplis apportait alors un bâton peint et un bassin doré au cellerier, et le cellerier se mettait en devoir de laver les pieds aux prêtres et aux clercs. Quand il avait fini, commençait la distribution du vin nouveau. Le sénéchal, accompagné d'enfants de chœur portant le vin dans une coupe, allait devant le doyen en chantant à haute voix Bénédicité; la bénédiction donnée, il offrait à boire en ordre aux clianoines, puis aux jeunes gens et le sénéchal buvait lui-même.
Le lendemain et le surlendemain de Pâques avaient lieu deux processions. La première se rendait à Beaumont en passant par l'aumônerie et l'église Saint- Jacques où l'on s'arrêtait pour réciter quelques prières ; la seconde allait à Saint-Cosme.
Pour la procession de saint Marc, le chapitre se rendait à l'église Saint-Hilaire (1). Pendant ce temps d'autres communautés venaient en procession à Saint- Martin : trente moines de Marmoutier par la porte orientale sous la tour de Jean l'Enroué (2), le couvent de Saint-Julien par 1 autre porte de la même tour, les chanoines de Saint-Pierre-le-Puellier par la porte de la petite arche, le couvent de Beaumont par la porte du trésor, les chanoines de Saint- Venant par la porte du puits, les moines de l'Orme-Robert parla porte qui est auprès de l'autel du Bon-Dieu de pitié, le couvent de Saint-Cosme par la porte orientale de la tour Gibert. Quand toutes ces communautés étaient réunies, la procession de Saint-Martin venait et entrait dans
(1) Depuis 1128 d'après Monsnyer, CeUbêrrimce, p. 220, année de Térection de Saint-Hilaire en paroisse par Hildebert.
(2) C'est le nom d'une cloche.
l'église en chantant une antienne au saint patron. Après cela, chacune des communautés susdites prenait sa place dans la basilique, on chantait les litaines et on se retirait (1),
Les processions des Rogations se faisaient le lundi à Saint-Julien, le mardi à Beaumont, le mercredi à Sain t-JacquesderOrme-Robert. D'autres communautés venaient également faire leur processionàSaint-Mar tin: le lundi, c'étaient les moines de Saint-Julien, le mardi, ceux de Saint-Cosme, les uns et les autres y chantaient la messe ; le mercredi, c'étaient les religieuses de Beaumont ; l'office était célébré par les chanoines de Saint-Martin (2).
A la Pentecôte, on jetait du haut des tribunes du chœur aux enfants de la villedes oiseaux et des fleurs, pendant la messe, jusqu'à l'évangile (3).
En dehors des processions communes à toute l'Église, la basilique de Saint-Martin en avait de particulières.
La veille de la fête de saint Nicolas, après les vêpres, on faisait une procession à l'église de Saint- Nicolas; pour la fête des saints Jacques et Christophe, on se rendait à l'église de Saint- Jacques où on célébrait la messe (4).
Guibert de Gembloux parle d'une Curieuse coutume que Ton observait à la messe conventuelle. Il ne dit pas si elle s'observait tous les jours ou seulement à un certain jour et le Rituel ne la mentionne pas. Quand le célébrant chantait Dominus vobiscum ou
(1) Kitael, fol. 28 v.
(2)/d., fol. 27 vo.
(3) /d., fol. 30 v«.
(4) Un chanoine du nom de Vivien avait insUluô une procession qui devait se faire le 24 avril à roraloire Saint-Georges (cat. n« 150). Celte procession, dit Monsnyer, CeUberrimce, p. 188, dura tant que dura l'oratoire lui-méme'que détruisirent les Normands. Cependant la fondation de Vivien est postérieure à toutes les invasions connues des Normands en Touraine.
Per omnia sœcula sœctdorum, au lieu qu'on lui répondît solennellement à haute voix Et cum spiritu tuo ou Amen, comme cela se fait dans les autres églises, ces pg^roles étaient dites tout bas, de telle façon que personne ne les entendit. Il n'y avait que pour le Per omnia et les autres versets qui précédent la préface, que la réponse se faisait à haute voix. La raison de cette coutume fut expliquée à Guibert par quelqu'un qui l'avait apprise de vieillards.
Un jour qu'on célébrait la messe conventuelle dans la grande église de Chàteauneuf qui est celle de Saint- Martin, il arriva qu'à la porte éclata une grande dispute entre un certain nombre de citoyens qui s'y trouvaient. De part et d'autre on pousse des cris, on en vient aux armes. Les clercs qui servaient à 1 autel se précipitent au milieu des combattants pour rétablir la paix et empêcher l'effusion du sang. Le prêtre qui célébrait les saints mystères était arrivé à un endroit où il ne lui était plus permis de quitter l'autel. Pensant qu'il restait encore quelques clercs pour lui répondre, il chanta à haute voix Per omnia sœcula et tout ce qui précède la préface. Comme aucun mortel n'était là pour répondre, ce furent les' citoyens célestes, les saints ou les anges, qui s'en chargèrent. On raconte que lorsque la préface fut terminée, ils chantèrent le Sanctus avec tant d'éclat, que tous ceux qui étaient dehors, combattants ou messagers de paix, frappés de stupeur et comme poussés par une contrainte divine, rentrèrent dans l'église plus rapidement qu'ils n'en étaient sortis. La paix fut facilement rétablie et, pour garder le souvenir de ce miracle, il fut décidé qu'on ne répondrait au prêtre pendant la messe conventuelle qu'aux endroits où l'on avait entendu la voix des anges (1).
Les chanoines de Saint-Martin gardèrent intacte
(1) Analecta BoUandtana, III, loc, cit.
leur liturgie jusqu'à la fin du xiii* siècle. En 1281, une bulle du pape Martin IV constatait qu'il s'était introduit quelques changements dans leurs cérémonies et les autorisait à prendre s'ils le voulaient la pratique de rÉglise romaine, sauf à garder leur usage pour leurs fêtes particulières (1). L'absence de livres liturgiques pour cette époque nous empêche de savoir ce que firent alors les chanoines.
Au commencement du xii« siècle, ils s'imposèrent l'obligation de réciter en l'honneur de la Sainte Vierge l'office de neuf leçons tous les jours de fête double non empêchés. Cette décision avait été prise, est-il dit, pour obéir à un ordre d'Urbain II, qui, au concile de Clermont, avait demandé à tous les chrétiens de réciter chaque samedi l'office de la Sainte Vierge pour la croisade (2).
Le chapitre avait de touchants usages concernant la maladie de ses membres (3). Quand un chanoine était malade et demandait qu'on le visitât, le doyen ou le sous-doyen faisait sonner deux fois la cloche du chapitre et l'on se rendait en procession avec la croix, les chandeliers et l'encens à la demeure du malade ; là, on lui faisait adorer la croix et on se retirait. Mais six prêtres aumôniers devaient rester avec lui jour et nuit, lui chanter les heures jusqu'à ce qu'il soit guéri ou mort ; ils devaient également manger avec lui s'il avait de quoi, autrement le chapitre leur fournissait ce qui était nécessaire.
Quand un chanoine venait à mourir dans le cloître, aussitôt que la nouvelle leur était parvenue et à quelque heure du jour ou de la nuit que l'on se trouvât, le doyen ou le sous-doyen faisait sonner trois fois la cloche du chapitre. Tous étant réunis, on chantait le
{\)Dé[en$e, p. 41, 13 février.
(2) MoDsnyer, Celehtrrimœy p. 214.
(3) Rituel, fol. 55 et suiv.
ips^iume Beatus vir, pendant que sonnaient toutes les cloches de l'église, puis le psaume Miserere et Toraison. Pendant ce temps, six aumôniers lavaient et ensevelissaient le mort, lui mettant des gants aux mains et des souliers aux pieds. Quand le mort était ainsi prêt, la procession se rendait à sa demeure en chantant le répons Subvenite, puis, au chant des psaumes d'usage, on le portait à l'église Saint-Jean ou à Saint- Venant, où se célébraient les vêpres et les matines des morts avec neuf leçons. On laissait là le mort et les six aumôniers commençaient à célébrer l'office.
Le doyen ou le sous-doyen devait faire convoquer les communautés suivantes pour l'enterrement : dix moines de Marmoutier pour un chanoine, tout le couvent pour les six prieurs; tout le couvent de Saint- Julien, de Beaumont, de Saint-Cosme, les chanoines de Saint- Venant et de Saint-Pierre -le-Puellier, les moines de l'Orme-Robert.
On ne gardait pas le mort longtemps. S'il était décédé j)endant la nuit il était enterré après prime,autrement on le conservait jusqu'au lendemain.
Le doyen et le trésorier étaient enterrés dans le chœur des chanoines, les prieurs dans le cloître couvert, les autres dans le cloître non couvert.
Le lendemain de l'inhumation commençait le trentin pour le défunt, s'il faisait résidence; autrement, on ne célébrait pour lui que pendant sept jours. Le premier jour l'office était de neuf leçons, les autres jours de trois seulement. L'usage du trentin remontait au X® siècle et avait été déterminé dans un chapitre tenu en 922 ; on avait même décidé alors que pendant ce temps deux ou trois chanoines à tour de rôle jeûneraient au pain et à l'eau, afin de mériter au défunt le rachat de ses fautes (1). Le silence du Rituel
(1) Gat. n* 128.
de G&tineau sur cette pratique laisse penser qu'elle était abandonnée au xiir siècle.
Au sujet de la célébration de l'office des morts, un règlement intervint au milieu du xiii« siècle, dont il est difficile de préciser la portée. Il semble qu'il y soit seulement question du service anniversaire des chanoines. L'usage ancien de la basilique était qu'on chantât après prime du jour loffice et la messe des défunts; les fidèles avaient, paraît-il, une grande dévotion pour ces cérémonies et y venaient en grand nombre. La coutume s'était introduite aussi que les ouvriers cessassent leur travail au premier coup de none, c'est-à-dire vers onze heures. Le chevecier d'Orléans et son collègue (1) délégués par le Saint-Siège pour faire la visite de l'église Saint- Martin avaient réformé tout cela. Ils avaient établi qu'on devait chanter les vêpres et les matines des morts le soir entre none et vêpres et la messe le lendemain entre prime et tierce (2). Le résultat de cette réforme fut mauvais ; peu de gens assistaient à la cérémonie du soir, d'autre part les ouvriers prétendant toujours cesser leur travail au coup de none, les chefs d'entreprise se trouvaient frustrés du travail qui leur était dû, car on chantait none beaucoup plus tôt. Sur les plaintes du chapitre^ Innocent IV rétablit l'ancien ordre des choses (3).
Les aumôniers, les marguilliers et autres clercs
(1) n n'y a pas d'autre acte concernant la visite de ces deux perédnnages.
(2) 3* Réforme, Statuimus (luod In ecclesia beati Martini Turonensis nona decantata stallm vlglliœ mortuorum in cboro cum pulsatione campanaram solenniter celebrentur exceptis diebus Jcjuùiorum In quibus hœc eadvœ fleri prscipimus ante completorium. Mane autem sequenti cantata prima statfm comroendaUo flat modo supradicto, vldelicet solemniter et in cboro puIsaUs campanis qu« peracta continue presbyter cum dlacono et subdiacono mlssam ceLebraturus veniat ad altare, etc.
(3) Défense, p. 81. Baluze, U LXXVI, p. 345, 1244, septembre.
étaient enterrés au chevet de Téglise ; les bourgeois qui demeuraient entre les murs ainsi que leurs femmes et leurs enfants étaient enterrés au même endroit et ils ne pouvaient se choisir une autre place pour leur sépulture qu'avec la permission du chapitre.
Il faudrait pour avoir une idée complète des occupations religieuses des chanoines faire Ténumération de tous les services funèbres, de toutes les prières qui leur étaient imposées par suite de fondations. Certaines de ces obligations étaient temporelles, d'autres ne comportaient aucune limite de temps (1).
Jusqu'à la fin du xiii® siècle, comme nous l'avons vu précédemment, les chanoines de Saint-Martin devaient être ordonnés par l'archevêque de Tours. Quand il s'en trouvait dans les conditions requises pQur être ordonnés, le chapitre le faisait savoir à l'archevêque qui devait les ordonner sans leur faire subir d'examen. Le jour de la cérémonie, ils se rendaient à la cathédrale, à cheval, en costume de chœur, et ils devaient être appelés à l'ordination immédiatement après les chanoines de la cathédrale (2).
Quand un des hommes de Saint-Martin voulait avoir la tonsure, son prévôt le présentait dans la maison des prieurs et au chapitre. Ceci fait, les jeunes gens et les petits clercs devaient venir au chapitre et suivant leur ordre touchaient une charte de parche-
(1) Le vicomte Garnegaudus.en 895 (cat. n<»100), demande que jusqu'à ]a fin du siècle les chanoines chantent après prime le psaume Ad U levavi oculoi meo»,
La donation de Charles le Chauve, en 867 (cat. n« 66], est faite à condition que chaque Jour, après chacune des heures canoniales, les chanoines chantent un des sept psaumes de la pénitence avec trois capitules et une collecte, et cela : nostris futurisque temporibm.
En 956 (cat. n« 149), le comte Thibaud demande que chaque Jour, quand ils ne feront pas d'anniversaires, les chanoines chantent le psaume Voce mea ad Dominum clamavi, avec la collecte propre, et qu'en tout temps, quand ils n'auront pas d'offices de neuf leçons, à chaque heure, un psaume soit dit pour lui.
(2) Rituel, fol. 62. . .
min posée sur la tête du. candidat à la tonsure, à genoux devant eut. Sur cette charte, il était mentionné que si celui qui allait recevoir la tonsure revenait à l'état laïc, il retomberait dans sa première condition. Après cela l'hebdomadier lui faisait la couronne. C'értait encore une occasion pour les petits clercs d'être fouettés a6n qu'ils conservent le souvenir de cet événement.
. Il arrivait parfois que le chapitre ne pouvait obtenir satisfaction de quelque malfaiteur qui lui avait fait du tort ; il procédait alors à une pratique qui s'appelait la clameur : il y en avait une grande et une petite (1). La petite se réduisait à peu de choses. A la messe, après le Pater noster, avant de dire Pax Domini le diacre disait l'oraison : Omnipotens sempiterne Deus, qui solus respicis afflictiones hominum, etc. Pendant cela tous se tenaient sur le pavé» et le prêtre se mettait à genoux devant l'autel, tenant entre ses mains l'Eucharistie. Ensuite tous récitaient le psaume Ad te leoavi, et les petits clercs sonnaient les cloches du chœur. Le prêtre disait les capitules et la collecte Hostium nostrorum.
Lorsque la petite clameur ne sufBsait pas, on procédait à la grande et l'on interrompait tout office à haute voix ; tous les clercs quittaient leurs stalles pour se tenir à terre ; on n'encensait plus ; on n'allumait que deux cierges. A la messe le diacre et le sousdiacre lisaient l'épitre et l'évangile en surplis ; à toutes les heures on ne sonnait qu'une cloche.
Il arrivait quelquefois qu'on déposait à terre les saintes reliques. Après le chant déprime, pendant que sonnait le carillon, tous venaient dans le chœur et entonnaient les sept psaumes de la pénitence avec les litanies.
Alors les principaux dignitaires aidés par les servi-
(1) Rituel, fol. 66.
tèurs de l'église déposaient à terre devant la sÙIlè du' sous-doyen le crucifix d'argent et toutes lés châsses dans lesquelles se trouvaient des reliques et les recouvraient d'épïnes. Quant à la châsse de isaint Mar-' tin, elle restait à sa place, mais on l'entourait elle aussi d'épines; au milieu de la nef était déposé le^ crucifix de bois recouvert également d'épines et toutes les portes de l'église étaient barricadées de la même façon ; une petite porte seule était libre. A la messe, le diacre annonçait la grande clameur en récitant l'oraison In spiritu humilitatis. Le reste ne passait comme pour la petite clameur sauf qu'au lieu du psaume Ad te lecavi on récitait le psaume Quid gloriaris.
Quels effets produisaient ces cérémonies nous l'avons vu dans un précédent chapitre.
Pour terminer cette étude sur les usages religieux de la basilique de Saint-Martin, il nous semble bon de dire quelques mots de ses cloches. Il y avait un bourdon isolé dans sa tour, il s'appelait Jean l'Enroué (Johannes Raucus). Dans la tour Gibert, se trouvaient au moins trois cloches, car il est dit dans le Rituel pour les vêpres des fêtes de sept chandeliers : post in turre Gibert puisant tertiolos ad classicum. Il en était de même sans doute des tours Saint-Michel et Saint-Nicolas, car il est dit tantôt qu'on ne sonne qu'une cloche de ces deux tours, tantôt qu'on en sonne deux, tantôt qu'on sonne le carillon. On mentionne aussi la cloche du chœur qui s'appelait Irata et la cloche du chapitre.
Nous ne sommes pas entrés dans tous les détails d'organisation de toutes ces cérémonies, mais nous en avons vu assez pour nous faire une idée du côté très curieux pour nous de la vie de ces gens du xm® siècle. La grande affaire de tous ces clercs, c'est l'office ; ils passent la plus grande partie de leur journée à Té-
glise; du matin au soir pour ainsi dire; leur vie est une cérémonie perpétuelle. Pour les Bdèles, Téglise était la grande attraction ; ces continuelles sonneries de cloches venaient les distraire dans leurs travaux et ils couraient comme à un divertissement à ces grands déploiements de solennité, à ces dé61és de chanoines en costume, à ces évolutions si bien réglées qui leur offraient le plus beau des spectacles (1).
(1) Comme usage à remarquer, notons aussi que lapraUque du combat singulier est encore autorisée à Saint-Martin par le pape Gré* goirelX pour recevoir les hommes fugitifs • Baluze, t, LXXVI, p. 354. Monsnyer,Cf^6em'imr, XCIII.