Bâncfort, t. XXXII, pp
anglaises de peuplement, la Colombie britannique devint autonome, à condition de payer toutes les dépenses. Elle eut un parlement élu et le gouverneur royal choisit un ministère dans la majorité de la Gkambre.
Dès lors les travaux publics sont faits par la Colombie, les concessions de terres et de mines distribuées par elle ; bref, toutes les lois qui règlent la colonisation sont proprement colombiennes.
L'entrée dans la Fédération (1871).
Une nouvelle période commence avec l'entrée de la Colombie dans la Fédération. La Fédération canadienne se forme en 1867, d'abord entre les provinces de Québec et Ontario; elle a le caractère d'une organisation de défense contre les États-Unis qui sortent de la guerre de sécession avec une forte armée et qui n'ont point perdu depuis m4 le goût de « tordre un brin la queue au lion britannique^ >. Autant que les anciennes provinces, la Colombie se sent faible vis-à-vis de ses entreprenants voisins.
En 1871, elle vote son entrée dans la Fédération, et change alors 8on nom de colonie en celui de Province, comme les autres divisions du Canada. Comme elles, à la place du gouverneur anglais, elle reçoit pour exercer sur son territoire le pouvoir exécutif, un lieutenant-gouverneur canadien, désigné par le gouvernement fédéral; comme elles aussi, elle conserve son autonomie, son Assemblée, son droit de légiférer sur tout ce qui n'est pas réservé au Parlement fédéral.
L'Acte d'Union cède au gouvernement fédéral l'administration des voies interprovinciales, des postes, des douanes et du commerce, de la navigation et des pêcheries, des monnaies et des banques, du recensement, de l'immigration, de la naturalisation, des Indiens, de la milice et de la marine; enfin le même code criminel s'applique dans toute l'union. Néanmoins l'Assemblée provinciale peut voter des lois touchant aux matières précédentes sous réserve de l'approbation par les Chambres fédérales. Comme toutes les provinces qui existaient avant l'Union, la Colombie garde la libre disposition des terres publiques et des concessions minières '.
1. Pour la formation do la Fédération, Histoire générale, publiée sous la direction de MM. Lavisse et Rambaud, Paris, t. XI, 2* éd., 1905, pp. 614-618.
2. André Sibgfriid, Le C<mada, Les deux races. Problèmes politiques contemporains, Paris» tfi06, in-18, pp. 167-177.
Après rentrée dans la Fédération, le premier événement important de rhistoire colombienne est le règlement définitif de la frontière de mer entre Canada et États-Unis. On se rappelle que le traité de 1846 laissait Tîle Vancouver à l'Angleterre et, sur le continent, donnait le 49* parallèle pour limite aux deux États; mais il n'avait tracé aucune ligne de partage entre la pointe sud de l'île Vancouver et la côte ferme. Or, dans le bras intermédiaire se trouve un archipel séparé de Vancouver par le détroit de Haro, du continent, par celui de Rosario.
En 1846, ces tles, peuplées seulement de quelques Indiens, ne paraissaient pas valoir la peine qu'on se préoccupât de leur attribution. Depuis 1843, époque où les premiers troupeaux de la colonie furent achetés au Mexique, la Compagnie de la Baie de Hudson avait mis du bétail à San Juan, la principale des îles indivises; elle y laissa son troupeau jusqu'en 1852.
On savait alors que San Juan renferme de la chaux et des pierres à b&tir; on savait aussi que les saumons, venant du large, passent par le détroit de Rosario avant de remonter le Fraser (p. 190); possédant sans conteste la rive continentale du détroit, les Américains en revendiquèrent aussi la rive insulaire. Le Territoire de Washington, qui venait de s'oi^aniser, fit envoyer des douaniers fédéraux dans rtle San Juan en 1854. Sur la plainte de la Compagnie de la Baie de Hudson, l'Angleterre protesta : l'Amérique tint bon ; de nouveau on entendit parler de guerre et Esquimalt vit en 1859, comme autrefois en 1846, une concentration de navires et de soldats anglais. Comme autrefois aussi, les deux parties convinrent de recourir à l'arbitrage. Après dix ans de tergiversations, elles prirent comme juge l'empereur d'Allemagne, proposé par le général Grant, président des États- Unis (1871). Guillaume P' rendit en 1872 une sentence défavorable à l'Angleterre, qui déclare San Juan territoire américain et fait passer la frontière de mer à l'ouest par le milieu du détroit de Haro *.
Dans les années suivantes, l'exploration de l'intérieur fut activement menée, en vue de la construction d'une voie ferrée transcontinentale, soit par les employés des entreprises de chemin de fer, soit par le service géologique fédéral. Néanmoins la construction de la voie ne put être achevée qu'en 1885 (p. 286). Au débouché occidental se créa, en pleine forêt, le port de Vancouver, qui devint en