‹ La Colombie britannique;Chapitre 127 sur 298 · La Gazette du Travail, 1905, mars, pp · texte numérisé non relu

La Gazette du Travail, 1905, mars, pp

ports, surtout Victoria et la cité neuve de Vancouver, qui possède tout un quartier japonais de petites maisons en bois, alignées sur une route bordée de trottoirs en planches. Beaucoup d'entre eux viennent renforcer les Indiens pour la pèche au saumon qui les attire avec des salaires refusés par l'ouvrier blanc (p. 191). D'autres commencent à se placer comme manœuvres agricoles et jardiniers autour de Victoria (p. 203). Dans l'île Vancouver, les propriétaires de mines les emploient parce qu'ils les payent moins (gravure p. 184, pi. VII, 1). Enfin ils pénètrent dans le continent. A l'automne 1904, j'ai vu le drapeau nippon pavoiser, en l'honneur des victoires du maréchal Oyama, la modeste cabane d'un petit groupe japonais employé par la Compagnie Canadienne Pacifique dans les solitudes des Rocheuses. Dans l'ensemble, les préférences des Japonais semblent aller aux petits métiers urbains, tels que photographe, tailleur, papetier. Ils marquent moins d'ardeur au travail et d'àpreté au gain que les Chinois, mais aussi plus d'indépendance.

Les Allemands, au nombre de 5 807, ouvriers et commerçants, étaient nombreux surtout dans le district minier frontière de Rossland. La plupart paraissent venir des États-Unis.

Tel est aussi le cas des Scandinaves, dont on comptait 4 880 en 1891; entre, les Scandinaves forment des groupes dans les deux grandes villes et dans le Delta, région agricole ; enfin deux colonies agricoles et forestières dano-norvégiennes ont été installées l'une au nord de l'île Vancouver, l'autre à Bella Coola (pp. 307 et 323). On doit leur attribuer les 153 Scandinaves du district d'Alberni, les 352 de celui de Skeena.

4600 Franco-Canadiens et Français se répartissaient entre les deux villes et les districts miniers, tandis que 410 Belges se trouvaient autour de Victoria et 249 Suisses dans les villes. Le groupe le plus nombreux, celui des Franco-Canadiens, comprend des bûcherons, des ouvriers boiseurs pour mines — spécialité des Franco-Canadiens en Colombie — enfin des prospecteurs. Quelques importantes découvertes minières leur sont dues, mais il n'ont jamais montré le savoir-faire des Américains et des Anglais pour mettre leur c proposition » en actions et devenir capitalistes ; ils vendent leurs découvertes à des gens d'affaires*. Les Français, Belges et Suisses français exercent surtout des professions urbaines comme celle de cuisinier, courtier en articles de modes, couturière, pour lesquelles ils montrent une aptitude particulière.

1. Annales des Mines, 1000, t. XVII, p. 268. (Jordan, Notes sur la Colombie britannique. — Voir ici p. 356 (Sandon), p. 360 (Le Roi), p. 386 (Dease).

Viennent encore, parmi les groupes à mentionner, 1 096 Italiens, pour la plupart employés dans les mines ou sur la voie ferrée comme terrassiers. La Compagnie Canadienne Pacifique fait appel aux Italiens et aux Chinois, parce qu'ils sont moins chers; on croise sur ses lignes des trains spéciaux qui en portent des cargaisons sur les points où le travail les appelle.

Enfin un dernier groupe dépasse le millier : ce sont 1 143 Russes et Polonais, auxquels il convient d'ajouter la plupart des 543 Juifs comptés au recensement de 1901. On les trouve surtout dans deux centres miniers, Nanaimo et Burrard.

Parmi ces étrangers, étaient naturalisés plus de la moitié de» Français, des Allemands, des Scandinaves, près de la moitié des Belges, des Russes et Polonais, des Américains.

Les moins assimilés sont les Italiens et les Chinois et Japonais, immigrants temporaires qui cherchent à ramasser un petit capital pour l'emporter chez eux. Les colons leur reprochent d'enrichir leur pays avec l'argent gagné en Colombie. De plus, comme dans tous les pays de salaires élevés, les ouvriers demandent l'exclusion des étrangers, qui travaillent au-dessous du tarif syndical. Les Chinois soulèvent le mécontentement le plus vif parce que, si leur économie contraste avec la largeur de l'Américain et de l'Anglais, leur ambition est exactement la même et en fait des concurrents particulièrement redoutables. Aussi les Colombiens réclament-ils une interdiction complète de l'immigration chinoise suivant la formule des syndicats ouvriers.

Ils demandent en outre que la restriction s'étende aux Japonais; mais ici on se heurte au gouvernement impérial de Tokio, fort capable de répondre par des représailles. L'alliance anglo-japonaise a permis, para!t-il, des négociations qui auraient abouti à un arrangement officieux. D'après les propres paroles du consul japonais à Vancouver, le gouvernement de Tokio se serait engagé à donner à ses nationaux le conseil de ne point venir en Colombie. Il ne semble pas que son intervention ait fait diminuer l'immigration récente, mais croissante des Japonais. Au cours de la dernière guerre, le contraste était frappant entre la joie manifestée pour les victoires japonaises et l'opposition que les candidats aux élections menaient contre l'entrée des Japonais.

La lutte des syndicats d'ouvriers blancs contre les asiatiques s'est faite dans toutes les régions du Pacifique sous les mêmes formes, et a abouti aux mêmes résultats. C'est la Californie qui, la première, donna raison aux blancs en frappant les Chinois d'un droit d'entrée

OU Poil Tax (1879-82). Comme justification à la mesure, on allégua que les Chinois, en raison de leurs mœurs et de la difficulté qu'éprouve la police à les surveiller, occasionnent à Tadministration les frais qu'il convient de recouvrer.

Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, n'ont pas tardé à suivre l'exemple de la Californie. Sur cette matière, l'Acte fédéral de 1867 accepté par la Colombie en 1871, lors de son entrée dans l'Union, porte les dispositions suivantes :

« Dans chaque province, la Législature peut faire des lois relatives à Fagriculture dans les limites de la province, et à rimmigration dans les limites de la province; en outre, il est déclaré par le présent acte que le Parlement du Canada peut de temps à autre faire des lois relatives à l'agriculture pour toutes les provinces ou Tune d'elles, et à l'immigration pour toutes les provinces ou l'une d'elles, et que toute loi d'une Législature provinciale relative à l'agriculture ou l'immigration aura son effet dans la province tant qu'elle ne sera pas en contradiction avec un acte du Parlement du Canada *. »

Usant des droits que lui confère la première partie de cet article, le Parlement colombien imposa aux Chinois débarquant dans la Province un droit d'entrée de 50 francs en 1883. L'année suivante, il interdit l'immigration chinoise; mais le Parlement fédéral refusa d'admettre la prohibition, il consacra simplement la perception de la taxe par le premier Chinese Immigration Act (1885)*. Le droit initial ne suffisant pas, il fut porté à 500 francs par tète en 1891, puis à 2500 francs par tête en 1903 ^ De l'origine à 1903, la taxe sur les Chinois a produit environ 9 millions de francs. Un quart de ces recettes revenait à la Province; en 1902 elle en a demandé et obtenu la moitié; aujourd'hui elle en réclame les 3/4, sous prétexte qu' « elle supporte la totalité des inconvénients causés par l'immigration en question ». Cette prétention ne laisse pas d'être contradictoire avec le désir qu'exprime la Province de voir interdire l'immiâ:raiion.

Malgré l'élévation du droit d'entrée, le nombre de Chinois entre les deux recensements de 1891 et 1901 a augmenté de 67 p. 100 en Colombie, de 90 p. 100 dans la Puissance, ce qui indique qu'ils essaiment au delà des Rocheuses. Mais c'est toujours en Colombie que leur effectif s*élève le plus. Abstraction faite des Indiens, les jaunes représentaient en 1871 1/12 de la population de Colombie, en 1881 1/11, en 1891 1/10, en 1901 l/8\ Aussi ne faut-il pas

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