‹ La Colombie britannique;Chapitre 137 sur 298 · Rap. An., Marine et Pêcheries, 1905, p. lti · texte numérisé non relu

Rap. An., Marine et Pêcheries, 1905, p. lti

PÊCHE BT CHASSE 195

Essington donne en 1905 une description vivante à la fois de la pèche indienne et de la guerre faite à ses procédés pour le plus grand profit de rindustrie européenne. Voici son rapport qui s'applique à la rivière Babine par où les eaux du lac Babine se déversent dans le fleuve Skeena. Le narrateur y arrive dans la seconde moitié de septembre et y trouve deux barrages de claies armés de nasses et de coffres ou trappes qui arrêtent tout le sockeye au moment où il remonte vers le lac Babine, en prennent une partie et empêchent le reste d'aller frayer dans les eaux calmes du lac^

M. Waer, chargé du poste de la Baie de Hudson, à qui je suis redevable de précieux renseignemenls, nous reçut avec affabilité. Le chef George étant absent, son lieutenant était Atio.

Le i 5 nous prîmes un canot, engageâmes deux hommes et nous descendîmes la rivière jusqu'à une distance de 7 milles; là nous trouvâmes deux barrages à un demi-mille Tun de Tautre, la pèche battait son plein et nous pûmes voir des sauvages en grand nombre sur les bords.

Les barrages étaient construits de nombreux matériaux et suivant des principes scientiQques ; j'essaierai de les dépeindre.

La rivière [Babine] a deux cents pieds de largeur et de deux à quatre pieds de profondeur, le courant est rapide; il y avait des poteaux placés à intervalle de 6 ou 8 pieds dans le lit de la rivière où étaient bien enfoncés des liens inclinés et solidement Qxés sur le haut des poteaux. Puis de fortes ceintures les entrelaçant de haut en bas devant les poteaux, et une claie de branchages à écorce bien tissée était Axée au fond et dépassait de 4 pieds le niveau de Teau. Ceci formait une magniQque clôture qu'aucun poisson ne pouvait traverser.

Sur le côte d'amont du rivage étaient placées 12 grosses trappes ou coffres à poisson. En face, dans les panneaux, il y avait des trous avec glissoires pour les ouvrir et les fermer; quand les femmes sur le rivage avaient besoin de plus de poisson et que les trappes n'en contenaient pas assez, les hommes s'emparaient de leurs avirons, marchaient en ligne dans l'eau qu'ils frappaient, faisant un bruit qui avait pour résultat que les trappes s'emplissaient à chaque instant; ils fermaient les glissoires, allaient avec un canot de chaque côté de l'enclos, soulevaient avec certains appareils le second fond aûn d'enlever le poisson et ils le chargaient dans les canots avec des gaffes à crochets. Les barrages avaient réellement une apparence des plus formidables et des plus imposantes.

j'ai rencontré le chef Atio près du barrage d'aval ; c*est un vieillard, il ne connaît pas l'anglais, mais j'avais choisi un bon interprète. Je lui fis savoir que le gouvernement m'avait envoyé détruire et enlever tous les barrages et les obstacles qui empêchent le saumon de remonter à ses frayères naturelles. Le gouvernement, lui dis-je, avait sagement pris cette mesure par suite de la diminution considérable du saumon dans les rivières, le long des côtes, à cause des barrages qui existaient dans presque tous les cours d'eau du pays ; que le poisson, destiné par la Providence à se rendre dans les lacs et les cours d'eau en vue de sa propagation, était pris aux barrages avant qu'il ait déposé son frai ; je lui ûs comprendre que ces barrages devaient être enlevés immédiatement.

De temps en temps, pendant la conversation, je lui ai expliqué les lois et les règlements de pèche, et qu'il était défendu de construire des barrages, qu'il ne fallait pécher que sur le tiers de la largeur du courant au filet ou autre-

1. Bap, An., Marine et Pêcheries^ 1905, pp. 206-208. — 1 mille = 1600 m., 1 pied = jn. 30, 1 acre = 40 ares.

ment, que la fermeture de la saison devait être observée, qu*il était défendu de pécher comme par le passé, que les pécheurs ne devaient prendre du poisson que pour eux et leurs familles, et qu'ils ne devaient tuer ni détruire plus de poissons qu'il n'était nécessaire à leur usage.

Le chef mentionna quelques points dignes de remarque : il dit que les sauvages avaient eu des droits incontestables dans le passé, que s*ils devaient leur être ôtés, les personnes âgées mourraient de faim ; que la vente du saumon leur rapportait toujours iktahs, et qu'il voulait savoir jusqu'à quel point le gouvernement leur aiderait à vivre ; il pensait qu'il n'était pas juste de les empêcher de vendre leur poisson quand les fabricants de conserves pouvaient vendre le leur. Il me fallut lui promettre que je demanderais au gouvernement d'obliger les fabricants de conserves de laisser plus de poisson remonter les rivières, parce que certaines années ils en avaient manqué, et que ces fabricants détruisaient plus de frai que les sauvages; qu'autrefois le poisson rendait invisible l'eau en deçà des barrages, et qu'il était si abondant qu'une grande quantité était rejetée sur les rives; mais que, plus tard, il diminua peu à peu d'année en année. Je répondis, séance tenante, à tous ces arguments, et rejetai tous ceux qui semblaient offrir un esprit d'insubordination, en lui disant que ses gens avaient gravement enfreint la loi, et que, malgré la défense que l'inspecteur leur avait faite par lettre, ils avaient construit des barrages encore cette année ; que s'ils ne voulaient pas se soumettre et détruire ces barrages, rien ne pourrait les sauver de la punition ou de l'emprisonnement.

A la suite de cet entretien, un bon nombre de ces gens se mirent à l'eau, travaillant dans ces eaux glacées, bûchant et détruisant le barrage; après deux heures de travail, ne pouvant résister au froid plus longtemps, ils sortirent, vinrent à moi et me dirent que le gouvernement devrait les payer pour enlever ce barrage; menaces et persuasion furent inutilement employées pour leur faire continuer le travail, et pour en finir avec ces pourparlers, et terminer l'enlèvement du reste, je dus engager et payer six sauvages qui retirèrent jusqu'au dernier pieu. Le bois de la partie supérieure, qui était sec, fut apporté sur le bord pour faire du feu, le reste abandonné au courant. Quelques-uns des coffres à poissons furent tirés sur le bord; bien que nous arrivâmes à cet endroit à la fin de la saison de pêche, les barrages étaient encore en état d'opération, et ce jour-là 500 ou 600 sockeyes avaient été retirés de chacun des coffres ; ces poissons étaient en grande partie des femelles, car une quantité extraordinaire d'oeufs ont été trouvés en les préparant.

Les bords de la rivière Dabi ne sont très pittoresques à cet endroit, et nous fûmes émerveillés à la vue de cette immense étendue de saumon séché. Sur chaque bord il y avait au moins 16 maisons de 30 x 27 x 8 pieds, remplies de saumons depuis le haut jusque très bas, au point qu'il fallait se courber pour y entrer et aussi au dehors une immense quantité de séchoirs remplis. Si ces séchoirs avaient été côte à côte, ils auraient couvert plusieurs acres de terre et, bien qu'il fût impossible d'en faire un calcul exact, nous avons jugé qu'il y avait à ces deux barrages près des trois quarts d'un million de poissons, tous tués avant d'avoir déposé leur frai, et, quoique la tribu ait travaillé pendant six semaines et demie, il était surprenant de voir tant de saumon massé en si peu de temps.

Les propriétaires du barrage d'amont avaient quelque droit au poisson; cependant ils devaient beaucoup compter sur la générosité des gens du barrage d'aval pour laisser passer assez de poisson pour former leur provision.

Le 17, nous quittâmes Babine pour aller détruire des barrages dans les cours d'eau le long du lac.

Le même garde-pêche décrit la prise des saumons au moment où

ils se pressent dans l'étroit canyon de la rivière Bulkley (p. 74), cherchant tous ensemble à sauter les rapides pour gagner les frayères d'amont * :

J'ai jugé à propos de me rendre à Moricetown, 30 miUes en haut de la rivière Bulkley; nous y sommes arrivés le 5 octobre, ayant été retardés à Hazelton par une pluie torrentielle durant quelques jours jusqu'au 4. Moricetown est un village sauvage situé sur le côté ouest de la rivière Bulkley, joli cours d'eau d'une longueur de 140 milles et quasi aussi large que la rivière Babine. Un des affluents de la rivière Bulkley est à quelques milles du lac Babine, les deux autres roulent vers l'est et ont leur source au nord de la région Ootsa. Cette rivière traverse plusieurs lacs, et était autrefois un des affluents les plus poissonneux de la rivière Skeena. Je me suis convaincu de la vérité des cultivateurs de la vallée quand ils me disaient que jadis les sauvages étaient bien déterminés à ne pas laisser un seul saumon s'échapper des lacs. Nous n'avons trouvé à Moricetown qu'une demi-douzaine de sauvages, et dans les alentours une vingtaine de vieilles femmes, qui évidemment connaissaient le but de notre visite, car elles nous ont dit des injures.

En examinant le canyon, j'ai constaté qu'il avait environ 250 verges de long et que la partie la plus étroite était d'un pied. D'après les sentiers nombreux, les échafaudages et les échelles, je me suis aperçu qu'il était bordé, durant la saison de pêche, de sauvages qui accrochaient et capturaient le saumon par toute sorte d'inventions imaginables. Ils vont jusqu'à faire la pèche au fond du canyon au moyen d'une longue perche à laquelle ils ont attaché à l'un des bouts une drague qu'ils retirent quand elle est suffisamment remplie de poissons. Tout saumon sortant de cette chaudière bouillonnante et écumante va pour se reposer dans de petits remous où l'attend un artifice pour le capturer, mais, si par hasard il lui arrive d'être assez chanceux pour s'échapper de toutes ces embuscades, un sort encore plus malheureux l'attend au pied de la chute, d'une altitude de 14 pieds durant la saison de pêche, à l'eau la plus basse. En arrière de la cascade se trouve une rangée de trappes et de paniers de toutes les espèces; le saumon cherchant à sauter la chute, s'il manque son coup, tombe dans un panier : aussi il n'y a que très peu de poisson qui se rend au lac, et je ne verrais pas d'autres moyens pour remédier à ce mal dans ce malheureux endroit, où le saumon est entièrement à la merci des sauvages, que celui en vertu de la subdivision 16, clause 5, chapitre 51, et autre de l'Acte des pêcheries. En conséquence, j'ai placé un avis en avant de la chute et un autre à l'extrémité du canyon, lequel avis défend strictement la pêche de toute sorte sur parcours de 300 verges. J'aurais pu exclure la pêche à la mouche, mais il n'y a pas de touristes dans les voisinages.

Nous avons quitté Moricetown le 7 et nous sommes arrivés à Hazelton le 8. Je me permets d'attirer votre attention sur la nécessité de dépenser environ S 500 pour pétarder deux couches de roc du côté ouest du canyon, dans la rivière Bulkley. L'eau aurait alors un niveau plus uniforme, permettant aussi aux poissons de remonter et de repeupler cette magnifique rivière et ce beau lac.

Chaque année le rapport fédéral et le rapport provincial relatent des expéditions dans les vallées éloignées pour détruire les barricades et trappes des pécheurs « sauvages » et réclament Tinstallation de gardes dans ces régions.

1. Bap, An,, Marine et Pêcheries, i906, pp. 208-209. — 1 verge = m. 01, 1 piastre ou S 1 = 1 doUar.

Sur les captures» la partie que les Indiens prennent pour eux est conservée à l*ancienne mode :

Les sauvages, dit le Rapport fédéral pour 1905 (p. 210-211), prennent et sèchent le saumon, non seulement pour leur propre consommation, mais ils en amassent chaque année pour le vendre et le trafiquer, c'est parmi eux une sorte de monnaie légale. Dix saumons valent une piastre et de là tant pour une couverture. Ils le vendent sec aux emballeurs et aux mineurs, et à tous ceux qui se servent de chiens pendant Thiver dans la partie septentrionale du pays et aux marchands. Tous les garde-magasins à qui j'en ai parlé m'ont dit qu'ils en avaient plus ou moins chaque annnée. Le poste de Sabine a une commande du lac Stuart pour 9 000 saumons séchés.

Comme je Tai déjà dit, il y a 3 000 sauvages dans le district... et nous pouvons compter sûrement trois personnes par famille, savoir 1 000 familles. Je tiens de bonne source qu'il faut 1 000 saumons firais ou séchés pour nourrir une famille durant une année : donc il faut un million de poissons pour nourrir les sau; vages de ce district; à ce nombre ajoutons la quantité de saumons vendue, pour ne rien dire de celle dont on se sert pour nourrir continuellement les chiens qui sont si nombreux.

Les espèces que Tindustrie de la conserve n*accepte pas sont, ainsi qu'on Ta dit, prises et salées, par des Japonais, à destination de TExtrême-Orient, et ce mode d'exportation augmente depuis 1904, probablement en raison des achats faits par l'intendance militaire japonaise *.

Dans les prises à l'usage des Européens une partie est consommée fraîche sur place ou expédiée par wagons glaciers suivant les voies ferrées canadiennes et américaines jusqu'à l'Atlantique, mais ce n'est là qu'une faible proportion du total.

On peut dire que la pêche presque entière va aux fabriques de conserves. Récente en Colombie, cette industrie ne s'y est développée que depuis 1876. Elle se pratique aujourd'hui tout le long des côtes depuis l'Alaska, où elle fait suite aux canneries américaines, jusqu'au 49' parallèle, où lui succèdent les canneries des États-Unis Pacifiques.

Si nous comparons les quantités de caisses de bottes de saumon conservé faites sur toute la côte pacifique américaine dans une année d'abondance exceptionnelle (1901), dans l'année précédente et dans l'année suivante, nous verrons que la Colombie vient immédiatement après TAlaska et qu'en général la production diminue du nord au sud ^

1. Rap. An., Marine et Pêcheries, i90U, p. lxv; i905, pp. lvi, Lvn, 205.

2. Yearhook of B. C, 1904 p. 234. — Bien que provenant de la même source, les totaux donnés en 1900 et 1001 pour la Colombie sont légèrement inférieurs & ceux du tableau de la page 190.

Alaska (E.-U.)

Colombie britannique .

Puget Sound (E.-U.) .

FI. Columbia f » ). .

Oregon f » ). .

Willapaet Gray ( » ). .

FI. Sacramento ( » ). .

FI. Klamath ( » ). .

Totaux

Sous la forme la plus simple, la fabrique comprend quelques hangars de bois couvrant les établis où se fait la préparation du poisson, les bacs pour la cuisson, Temboitage, la mise des boites métalliques en caisses de 48 livres pour l'exportation .

Installé souvent près d'un village indien pour trouver la maind'œuvre, le gérant emploie les hommes comme pêcheurs, les femmes ou kloolchmen comme apprêteuses. Comme pour la pêche, les Chinois et Japonais viennent s'offrir en concurrence avec les indigènes. Ils gagnent de 200 à 240 francs par mois et prétendent jusqu'à 325 dans les moments de presse *. A la saison, de nombreux travailleurs affluent à l'usine qui devient pour un temps semblable à une fourmilière; la saison passée, elle tombe en sommeil, ne gardant qu'un petit nombre d'ouvriers permanents.

En 1904, les fabriques de conserves employaient dans le district sud (Fraser et détroit de Géorgie) 8 460 personnes et dans le district nord 5600*. Les deux grands centres de production ont toujours été le Fraser et le Skeena. New Westminster, à la tête du delta du Fraser, reste depuis le début la capitale de la pêche et de l'industrie des conserves en Colombie, mais les directeurs tendent à transférer leurs bureaux dans la métropole commerciale, à Vancouver City.

Le tableau suivant donne les nombres de caisses {cases) de saumon faites en Colombie britannique pendant la saison 1905 (période dépêche abondante). On l'a dressé d'après les renseignements fournis au gouvernement par l'Association des fabricants de conserves du fleuve Fraser •.

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