A.-O. Whiblib, The Selkirk Range, t. I, pp
A chaque saison, des Canadiens, des Américains, des Anglais, parfois quelque riche amateur de l'Europe continentale organisent sur la côte ou dans l'intérieur des parties de chasse qui durent plusieurs semaines, avec des pagayeurs indiens, des tentes, des convois de provisions portées à dos d'homme ou en canot.
Sur les bords du détroit de Géorgie, on va à l'affût des oiseaux de bois et d'eau qui se plaisent dans une région où ils trouvent partout le gite. Plusieurs espèces sont permanentes, d'autres de passage. Parmi les gallinacées, les diverses variétés de faisans ont été acclimatées dans la partie méridionale, autour des villes ; celles de coqs de bruyère, de cailles sont nombreuses.
Des bandes d'échassiers et de palmipèdes, canards et oies sauvages, bécasses et bécassines, hérons, pluviers, courlis s'abattent sur les marais et dans le fond vaseux et tranquille des entrées marines les plus longues et les mieux fermées.
Sur le plateau intérieur et dans les montagnes, les lacs offrent les mêmes occasions surtout à l'époque des migrations (p. 93). On peut en outre avoir l'émotion de se mesurer avec les ours et le redoutable grizzly; on poursuit les animaux rares comme les chèvres et béliers des montagnes (p. 131).
Ce sont là d'élégants et coûteux divertissements. Les permis de chasse vont de 250 francs pour le gros gibier — et le nombre des animaux qu'on peut abattre est strictement limité, — à 25 francs par semaine pour les oiseaux'. Le moindre guide indien demande 12 fr. 50 par jour, un guide européen 15 à 20 francs. Un mois de pêche ou de chasse n'est pas considéré comme trop cher s'il revient à 2500 francs. Mais ces plaisirs n'en sont que plus recherchés par la classe riche de l'empire anglais et de l'Amérique. Quelques voyages de chasseurs généreux font espérer à la Colombie qu'elle pourra tirer de son gibier un profit que la chasse commerciale ne lui donnerait pas.
1. Bureau of Provincial Injormaiion, Bulletin n* 2//, Game in Briiish Columbia. Âppendix : Game Laws of B. C, 1898-1905, p. 32.
Règles générales.
Suivant un principe appliqué dans toutes les colonies anglaises, les terres sans maître, c'est-à-dire celles qui n'ont point de propriétaire ou qui ne sont pas comprises dans les limites des réserves indigènes, appartiennent à l'État, ou, comme dit le terme anglais, à la Couronne. On les appelle Crown Lands, terres publiques.
Dans l'Empire britannique, quand une colonie devient autonome, le gouvernement métropolitain lui passe tout le service des terres publiques avec le devoir d'en supporter les charges et le droit d'en disposer comme elle l'entend. Ainsi fut-il fait pour la Colombie après 1866. En adhérant à la Fédération, la Colombie garda la libre disposition des terres vacantes sauf sur la ceinture du chemin de fer (p. 3).
Parmi les terres publiques provinciales, qui occupent de beaucoup la superficie la plus étendue, beaucoup de bonnes parties sont aliénées. Ainsi, dans la région frontière des États-Unis, celle qui fournit actuellement la plus riche production minérale, un grand lot sur deux a été donné en prime aux concessionnaires de la voie ferrée Crows Nest et de son prolongement, c'est-à-dire à la Compagnie du Canadien Pacifîque; par des échanges avec la Province, la Compagnie s'est arrangée pour occuper les meilleures places. Elle a pris enfin la succession de la société qui avait obtenu des terres dans le sud-est de l'île Vancouver pour construire la ligne de Victoria à Nanaimo (p. 292).
Toutes ces attributions, réglées par les lois spéciales, peuvent se justifier par le fait que, sans elles, la Colombie était menacée de voir
ajourner la construction des voies ferrées, et que ces voies lui sont indispensables. Ainsi ont procédé, avant elle, les États américains du nord-ouest*; comme eux, elle a dû subir les conditions des capitalistes, mais à tel point que la Compagnie Canadienne Pacifique est de beaucoup le plus riche propriétaire de terrains utilisables.
Cette puissante société réserve, sur son bien, les forêts et les mines qu'exploitent généralement des syndicats dirigés par ses principaux actionnaires. Pour le lotissement et la vente de ses terres fonctionne une administration spéciale, que seconde un service de publicité mieux doté que celui de la Province.
La direction de ses terres envoie des agents qui partent des stations ou des ports, pénètrent dans la forêt, remontent les vallées, prennent des photographies et dressent des croquis sommaires des bois à vendre et des vallées à défricher; elle fait cadastrer et diviser les parties les meilleures et les plus accessibles en lots rectangulaires suivant la méthode que j'indiquerai plus loin. Cartes et photographies sont éditées et commentées dans des brochures par le service de publicité qui les répand pour attirer les acheteurs.
La Compagnie annonce qu'elle rabattra sur la somme à payer pour les terres la moitié du prix du parcours total accompli par les preneurs sur son réseau. Un immigrant se laisse-t-il tenter par ces ofifres alléchantes et répétées, il n'a qu'à se présenter aux Land Offices de la Compagnie installés dans de vastes magasins vitrés sur les avenues les plus fréquentées des grandes villes, il y pourra obtenir des renseignements supplémentaires, choisir sur cartes et plans cadastraux.
Informée de tous les moyens d'atteindre l'opinion, la Compagnie s'approprie ceux des sociétés américaines, les plus remarquables en cette matière (p. 292). L'une des formes de réclame les plus productives consiste à faire voyager des publicistes à ses frais dans tous les Railways Belts qui lui appartiennent. Ainsi elle a promené les journalistes de l'État de Washington dans l'île Vancouver; elle organise une excursion en Colombie britannique pour les directeurs de tous les périodiques agricoles des États-Unis < représentant, ditelle, une clientèle de 11 millions de lecteurs ». Une semblable excursion faite dans ses domaines de la Prairie en 1903 lui avait déjà fort bien réussi *.
Nul doute que les efforts de la Compagnie ne servent indirectement
i, U. s. QeoL Surveyt Professionnal Papers, n^ 5. La carte indique le Railway Belt concédé à la G** Northern Pacific.