LE NORD
criques coupées de déOlés. Les castors y vivent en paix, Télan, venu du nord, poursuit librement son parcours jusque-là.
Actuellement, la pénétration s'arrête au lac Dease d*où sort une des sources du Liard et sur le bord duquel se trouve la dernière réserve indienne et le dernier poste hudsonien de la série qui remonte le Stikine.
Ce fleuve est la voie d'accès. On y arrive par la mer, en débarquant i Fort Wrangel sur la bande de territoire américain qui coupe le Cassiar de l'Océan. Puis on le remonte à l'aide de vapeurs appartenant à la Compagnie de la Baie de Hudson jusqu'à l'entrée du grand canyon basaltique où cesse la navigation. Là s'élève entre des falaises noires que rayent des éboulis parsemés de sapins l'embarcadère de la Crique du Télégraphe (p. 379), comprenant, outre les établissements de la Compagnie, la poste et le télégraphe, des magasins et des hôtels. Une cinquantaine de blancs y habitent avec quelques dizaines d'Indiens qui louent leurs services aux voyageurs*.
A la Crique du Télégraphe se forme le train destiné à approvisionner les forts de la Compagnie; les mineurs en profitent, quand ils ne sont pas assez riches pour faire une caravane. Tout est chargé à dos de cheval; on traîne sur le sol les pièces trop lourdes; quant aux appareils encombrants ou délicats, on attend l'hiver et on les charge sur des traîneaux à chiens.
Au bout de 120 kilomètres, on atteint le lac Dease; les charges sont alors mises sur des bateaux plats pour passer l'eau; ensuite on reprend des animaux et des hommes pour atteindre les placers.
En frais de transport, la tonne coûte 200 francs de l'Océan à la Crique du Télégraphe, 100 francs du Stikine à Bury Creek, placer important que 11 kilomètres séparent du lac^
Dans cette région d'accès difficile, les mineurs individuels ont cédé la place à trois compagnies hydrauliques dont une a son centre à Seattle ; pendant l'hiver elles font couper du bois et le préparent dans une scierie pour achever l'installation de leurs canaux et pour avoir des poteaux ^ Des chiens traînent les billes de bois sur la neige. La sécheresse du pays, augmentée par l'été sans pluies de 1905, gênait le lavage pendant la courte saison vive; on n'a travaillé que du 8 juin au 14 juillet cette année-là. La production est encore médiocre.
Depuis que l'arbitrage de 1903 a définitivement fermé au Klondike canadien le débouché de l'Océan, on parle de tracer un chemin de fer parallèlement au fil électrique entre la Crique du Télégraphe et
1. An. Rep. Mines, B, C. for 19(Ui, pp. 47, 95, 97, 98; — Yearbook of B. C, 1903, p. 307.
le Yukon. Sur cette simple espérance^ des prospecteurs se sont répandus dans les gorges de la rivière Tooya qui vient du nord confluer avec le Stikine en amont de Telegraph Creek; Tinspecteur des mines leur a fait visite en 1904 par la piste à peine visible qui suit le Télégraphe fédéral. Il trouva sur la rivière Tooya des terrains houillers peut-être carbonifères, mais pas d'exploitation commerciale.
La route du Klondike.
On ne peut aller de TOcéan au Yukon sans passer en territoire colombien, mais on ne peut arriver au territoire colombien sans débarquer en terre américaine puisque l'Alaska bloque la côte, depuis le traité de 1825 confirmé par l'arbitrage de 1903 (p. 155). On y va soit de Vancouver et de Victoria, soit des ports américains, ce qui donne en été deux ou trois arrivées par semaine : le prix du transport est de 750 francs en première classe ; on débarque i Skagway, port tout neuf, tête du chemin de fer construit par une compagnie américaine, à travers la passe du Cheval-Blanc qui a les rampes les moins fortes ; la voie plus directe de Chilkoot, préférée par les piétons et les cavaliers dans les premiers temps, est négligée et son port Dyea n'a pas vu le boom de Skagway. Je répète ce propos que les constructeurs de chemins de fer en pays neufs aiment à déboucher sur un point où la terre n'est pas déjà tout appropriée avant eux.
De Skagway au terminus, 176 kilomètres, un train roule dans chaque sens tous les jours, excepté le dimanche. Le prix du transport s'élève pour les voyageurs à Ofr. 32 le kilomètre.
J'ai déjà décrit les deux passes et les deux crêtes qu'il faut y franchir (p. 77) ; sur le versant intérieur, la ligne longe le lac Bennett que la frontière du Yukon — suivant le 60® parallèle — coupe à 100 kilomètres environ de la mer. Dans la dépression entre les deux crêtes de la passe, on va construire un embranchement qui atteindra les mines de Windy Arm sur le lac Tagish, 31 kilomètres à Test. Déjà une ville, Conrad City, a été tracée sur la seule plage du bras au pied des montagnes ^
A présent, on suit la ligne principale jusqu'à la frontière du Yukon à Caribou Crossing ou Car Cross, au nord du lac Tagish. De là, un vapeur prend le Windy Arm, le lac Tagish, un autre bras du lac appelé Taku Inlet : par un court transbordement on atteint