A.-O. Whbbler, The Selkirk Range, t. I, p
FORMATION DE LA COLONIE 14i
des bois ; Cheyenne est une déformation de chienne, La Ramie de La Ramée, Cœur d'Alêne est pour Court d*Haleine. Toutefois, au sud comme au nord, la nomenclature géographique comprend plus de noms indiens que de noms français.
Dans ces régions éloignées et presque désertes, les divers États laissaient opérer sous leur couvert des entreprises particulières et n'intervenaient directement qu'aux époques de crises.
Au nord, des marchands russes de fourrures avaient organisé en 1796 une compagnie à monopole qui se fit concéder l'Amérique russe, étendit son domaine le long de la côte alaskienne et fonda la Nouvelle Arkhangelsk, aujourd'hui Sitka.
Une dizaine d'années plus tard, les acheteurs américains apparurent au sud. Un marchand de fourrures, né en Allemagne et établi à New-York, John Jacob Astor, eut l'idée de fédérer les sociétés américaines en une compagnie puissante comme celles du Canada, et, comme elles, débarrassée de toute concurrence. Ce fut l'une des premières idées de trust lancées en Amérique. Astor se mit à l'œuvre ; en même temps il s'employait à obtenir, dans les États de l'Union américaine organisés à cette époque, le vote de lois qui interdisaient aux employés et traitants canadiens d'opérer au sud de la frontière.
Mais le rayon d'action des Compagnies américaines s'étendit bien loin à l'ouest des territoires habités; leurs agents pénétrèrent dans les montagnes vers le même temps où la compagnie canadienne du Nord- Ouest faisait construire ses premiers forts sur la ligne de la Paix i la côte (1805-1807). Puis, sans s'inquiéter de savoir si le territoire où ils s'installaient pouvait être revendiqué par l'Espagne ou par l'Angleterre qui s'étaient partagé le littoral par la convention de 1794, ils poussèrent jusqu'à l'Océan.
John Jacob Astor organisa la Pacific Fur Company en 1810; en 1811, il fit élever à l'estuaire du fleuve Columbia le Fort Astoria, premier établissement américain du Pacifique ^ ; il rêvait de créer là un grand port, une ville, et de s'enrichir en vendant des terrains autour d' Astoria. C'était déjà le plan de la ville-champignon à nattre d'un boom lancé par un audacieux spéculateur. Astoria ne prospéra point; sur toute la côte, d'ailleurs, les ports fluviaux ne valent rien à cause des alluvions, et les villes champignons qui ont réussi sont
1. Barcropt, t. XXVII, p. 325. — L'histoire d*Astoria est racontée par an contemporain, dans Washington Irviro, Astoria^ publié à New- York, pnis à Paris et à Londres, 1837, in-8. — Sur le même sujet, Alexander Ross, Adnentnre$ ofthefirttsettlerson the Oregon or Colambia Rioer, heing a narratioe of the Expédition fitted out hy J, J, Astor.,. London, 1849, in-8'. — Id., The Fur Hmtert of the Far West... ibid,, 1855, 2 vol. in-8*.
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celles que d'autres, mieux inspirés» ont construit plus tard sur Je golfe de Géorgie.
Au temps où fut bâtie Astoria, la Compagnie du Nord-Ouest, alors seule établie en Colombie, prétendait ne laisser à personne la région que les Espagnols n'occupaient point.
Envoyé par elle dans le sud-est colombien, Tastronome-topographe David Thompson partit des forts de la Prairie et fit trois traversées des Rocheuses, l'une probablement par la Tête- Jaune, les autres par deux nouvelles passes : Howse (1807), qui prit le nom d'un explorateur contemporain, Athabasca (1810), reconnut la grande vallée Columbia-Kootenay, y passa l'hiver 1807-1808, découvrit i l'ouest des Rocheuses un massif qu'il jugea infranchissable et lui donna le nom de l'amiral Nelson, aujourd'hui conservé par la métropole du Kootenay. Quand la Compagnie de la Baie de Hudson eut pris la succession de la Compagnie du Nord-Ouest, ces montagnes furent baptisées Selkirk en l'honneur d'un des personnages les plus influents de la Compagnie, l'Écossais Lord Selkirk. Suivant les traces des indiens Kootenay, David Thompson fit le tour des montagnes dans plusieurs explorations de 1808 à 1811 ; il descendit le fleuve Columbia jusqu'à son estuaire et y trouva le fort Astoria en construction *. Il avait reconnu la rivière qui porte son nom; après son passage, on y éleva auprès d'un village indien le Fort Kamloops.
Peu après les explorations de Thompson, la guerre éclata entre les États-Unis et l'Angleterre. Dès que la Compagnie du Nord- Ouest en eut la nouvelle, elle fit saisir le Fort Astoria, qui se rendit, ne pouvant attendre aucun secours des États-Unis. Elle le garda de 1814 à 1818. A la paix, le fort fut restitué à la Compagnie d'Astor. Le traité ne trancha pas la question de savoir à qui appartiendraient les bouches de la Columbia, parce que l'on voulait éviter les réclamations possibles de l'Espagne; mais, profitant de ce que le gouvernement madrilène tournait alors son attention et ses forces contre ses colonies révoltées, les deux Compagnies rivales continuèrent à occuper le territoire non contesté.
En 1821 , la Compagnie du Nord-Ouest fut absorbée par sa puissante concurrente anglaise, la Compagnie de la Baie de Hudson, qui étendit ainsi son domaine d'un Océan à l'autre*. Elle obtint du Par-
1. Note de la page 141. Sur Thompson, voir en outre : dans Pr, a. Tr, Roy, Soc Ca., 1889, sect II, une étude de Sir Sandford Flbm»o. ing. en chef du G. P. R.; — D^ Elliott CouBS, New Light en ike Early Uistory of the Greater North-West, New-York, 18»7, in^ (reproduit une partie du journal de D. Thompson et d'un exf^orateur contemporaia, Henry).