‹ La Colombie ÉconomiqueChapitre 12 sur 174 · PRET ET NT · texte numérisé non relu

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dante, c’est-à-dire, en réalité, son gouvernement indépendant de la métropole.

Cependant, malgré les préoccupations que lui causait la guerre défensive, l'Espagne commençait às’inquiéter de la situation de ses colonies. Elle ne se laissait plus aveugler par les protestations de fidélité à Ferdinand VII et se rendait enfin compte que le vent de révolte qui avait soufflé en Europe, secouait maintenant ses possessions d'outre-mer. Klle entra alors dans l’ère des concessions ; elle déclara solennellement, « que les Américains traités Jusqu'à ce jour avec indifférence, victimes de l'ignorance et de la cupidité, se trouvaient désormais élevés à la dignité d'hommes libres et cessaient de demeurer soumis à un joug d'autant plus dur qu'ils avaient été éloignés du pouvoir central’. » Les provinces d'outre-mer, bien que d’une façon restreinte, eurent leur représentation aux Cortès. L'égalité parfaite des droits des Américains et la légitimité de leur représentation, trouvaient leur confirmation dans un décret. Une amnistie générale aux insurgés des colonies, était promise par les Cortès; bien plus, on leur faisait espérer qu’on romprait avec l’ancien système colonial. Tant et si bien, que les Américains présents à la séance, se livrèrent à une joie débordante. Elle ne fut pas de longue durée. Les progrès des idées révolu-

1. Manifeste de la Junte de Caracas à la Régence, 3 mai 1810. Documentos para la historia de la Vida publica del Libertador, 14 vol. in-4e, II, 419. Caracas. Dans la suite nous désignerons par la lettre D, le renvoi à ces documents.

tionnaires en Amérique effrayèrent les Cortès et les demandes des députés des colonies n’obtinrent plus aucun succès. Les créoles durent renoncer à leurs espérances en ce qui touchait la refonte du système colonial et la liberté du commerce.

À la fin de 1812, dans la Nouvelle-Grenade proprement dite, la cause des libéraux, maîtresse en apparence de la plus grande partie du territoire, était cependant, en réalité, fortement compromise. D'abord, certaines provinces, Rio-Hacha, Veragua, Panama, Santa-Marta, ou n'avaient jamais fait cause commune avec la Révolution, ou comme la dernière, s’en étaient retirées. Cependant Santa-Fé, chef-lieu de la province de Gundinamarca, capitale de l’ancienne vice-royauté, consciente de sa situation prépondérante, voulait rester àla tête du nouvel Etat. Aussi la Junte de Santa-Fé, le 29 juillet 1810, avait-elle prié les vingt-deux provinces du royaume d'envoyer des députés à une junte générale, dont le rôle principal était de convoquer le Congrès constituant ! Mais les jalousies et les rivalités éclaterent. Carthagène ne voulut pas laisser à Santa-Fé l’honneur de régler l'organisme du nouveau gouvernement et invita les provinces à se gouverner d’après leurs propres lois et à se réunir en congrès à Medellin, Les villes du Popayan à leur tour choisirent Cali pour y envoyer leurs représentants. C'était l'anarchie avant l’organisation, et cette division devait faciliter la tâche des

Espagnols et leur permettre d'arrêter la liberté nais-

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sante et d'en reculer l'avènement définitif de plusieurs années. Ce fut d’abord une lutte fratricide entre les congressistes ou fédéralistes avec Camilo Torrès pour chef et les centralistes dirigés par Nariño, chef de l'État dé Cundinamarca, dont Santa-Fé était la capitale. Après des alternatives de succès et de revers, la paix fut conclue entre le Congrès siégeant à Tunja et l'État de Cundinamarca, mais les provinces restaient ennemies, alors que l'Espagnol, vainqueur de la révolte de ses autres colonies, était à leurs frontières. C'est alors qu'entre en scène Simon Bolivar. Il quitte Curaçao au début de novembre 1812 et débarque à Carthagène, où Le président Torices lui confirme son grade de colonel (acquis au Vénézuéla) et le place sous les ordres du commandant en chef Labatut. À cette époque Bolivar publie un mémoire remarquable où il expose les fautes commises depuis la révolte des colonies, leur cause, et comment il faut s'organiser à l’avenir. Il excite les Grenadins à la lutte à outrance en paroles vibrantes : « La Nouvelle-Grenade, dit-il, doit à « son honneur de poursuivre ses envahisseurs jusque « dans leurs derniers retranchements. Elle doit à sa « gloire de libérer le Vénézuéla, berceau de l’indépen- « dance colombienne. Grenadins, ne restez pas insen- « sibles aux lamentations de vos frères. Courez venger « les morts et rendre la vie aux mourants, délivrez les

1. D'après Restrepo et Stevenson, dans Relation d'un séjour de vingt ans dans l'Amérique du Sud, tome I, chap. ui.

« opprimés et vous donnerez ainsi la liberté à tous!»

Donnant l'exemple, il débute par une série de victoires. Il occupe suècessivement, quelquefois sans Coup férir, Ténérife, Mompôx, El Banco, Chiriguang, Tamalamèque, Puerto-Real, Ocaña. Il culbute à San-Joséde-Cucuta le colonel espagnol Correa, et met les royalistes en fuite. Ce fut le signal d’un relèvement du patriotisme. Camilo Torrès, bien que fédéraliste, ne put s'empêcher d'admirer le jeune colonel, et les dissentiments entre le Congrès et le gouvernement de Cundinamarca s’apaisèrent. Les représentants du Cundinamarca, réunis en assemblée extraordinaire à Santa- Fé, le 16 juillet 1813, proclamèrent leur indépendance absolue de l'Espagne?. La province d'Antioquia, le 11 août suivant, se déclara de même complètement indépendante de la monarchie espagnole.

Mais les rivalités et les jalousies paralysèrent les efforts de Bolivar. Le colonel Castillo, ancien ami du Libérateur, malgré les efforts de Camilo Torrès, empêéchait l'assemblée de donner l’ordre qu’il réclamait, de marcher sur le Vénézuéla et ne lui laissait pas comprendre que le sort de la Nouvelle-Grenade était intimement lié à celui du Vénézuéla. Pourtant, le 7 mai 1813, l'autorisation si attendue du Congrès de Tunja vint enfin — ainsi que celle du Cundinamarea. Mais Carthagène sommait Bolivar de lui renvoyer les

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