Estadistica anual de Colombia
2, Jalhay, op. cit.
Pendant que le change montait dans ces proportions phénoménales à Bogotä et dans l’intérieur de la Colombie, il arriva, rapporte M. Aubert! que, par suite de limpossibilité de communiquer avec l’intérieur du pays, les villes principales de la côte se trouvèrent manquer de moyens financiers. Le gouverneur de Barranquilla procéda à une émission de papier-monnaie d'environ 20 millions de piastres et prit sur lui de garantir que ce papier-monnaie aurait cours forcé et qu'il serait remboursé par le gouvernement national à la fin des hostilités. Mais cette émission de papier fit monter le change d’une façon plus considérable encore dans les départements de la côte. Le commerce ne voulut pas les recevoir à moins d’une forte dépréciation sur le cours du papier national, parce qu'il craignait que le gouvernement central ne remplaçät pas ces 20 millions de billets, émis par le gouverneur, par des billets de la Banque nationale... Ce fut un deuxième change qui s’ajoutait au premier!
D’après des renseignements que M. Aubert a reeueillis sur place, au mois de janvier 1901, Le total des émissions de billets de banque aurait atteint environ
410 millions de piastres?. Nous avons vu que la loi 87
{. Georges Aubert, Les nouvelles Amériques. Paris, sans date (probablement 1900-1901).
2. M. Loraine Petre, dans l'ouvrage que nous avons déjà cité, parle d’un rapport officiel du gouvernement colombien, évaluant le chiffre du papier-monnaie émis par le gouvernement central à 600 rmillions de piastres et celui des provinces à 100 millions, soit
avait fixé le chiffre maximum du papier-monnaie à 12 millions de piastres. En quinze ans le gouvernement colombien aurait donc émis près de 100 millions de piastres, chiffre absolument déraisonnable, nullement en rapport avec la richesse publique et avec les ressources de l'État. Qui pourrait s'étonner dans ces conditions de la hausse croissante du change dans l’infortunée République, pendant cette période troublée? Nous avons vu qu'au plus fort de la guerre il avait atteint 18.900 pour 100 ; peu après, en 1903, il redescendit à 9.616; en 1904, il fut de 9.841 et en 1905 de 10.091 *. Depuis il s’est maintenu à 10.000 pour 100.
Il est évident que la monnaie fiduciaire, qui rend de précieux services quand son émission est astreinte à des règles intangibles et sa conversion en or absolument garantie, est un fléau pour un pays quand elle n’est soumise qu'au bon plaisir de gouvernements qui ‘émettent sans contrôle ou avec l'approbation de chambres trop complaisantes.
Il est intéressant de reproduire ici, venant de la plume d’un Colombien de talent, M. le général Holguin, la critique de ces émissions exagérées : « La monnaie fiduciaire rend de précieux services, écrit M. Holguin?,
lorsque son émission est limitée par la loi. Mais du
au total 700 millions ! Il ajoute d’ailleurs que peu de gens croient à l'exactitude de ce rapport.