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Estadistica anual de Colombia

2, Jorge Holguin, Desde cerca (Asuntos Colombianos). Paris 1908.

moment où, légalement ou illégalement, cette limite est dépassée, le papier-monnaie perd son caractère de monnaie pour devenir un objet d’agiotage, parce qu'il n’est plus en rapport avec les recettes de l’État, ni avec les importations, ni avec la richesse publique. A l’époque où les émissions atteignirent le chiffre de près de mille millions de piastres ‘, il était incontestable qu’elles n'étaient plus en harmonie avec les forces productives du pays, et le papier-monnaie devint, dès lors, une valeur d’agiotage, au cours capricieux, aux fluctuations incompréhensibles, aux hausses et baisses inexplicables, déconcertantes, qui furent la cause de grandes richesses et de plus nombreuses ruines encore. »

IL est certain que la Colombie, malgré ses précieuses richesses naturelles, l'intelligence et l’activité de ses nationaux, serait arrivée à la ruine pour peut-être ne s’en relever Jamais ou, ce qui eût été pire pour sa dignité, serait devenue la proie de quelque grande puissance avide de colonies nouvelles, si gouvernement et Congrès n'avaient pris enfin plusieurs mesures énergiques. Ce furent la loi de 1903, la suppression de la Banque nationale et la loi de 1905. Enfin, tout récemment, un projet de contrat avec une grande banque française, a été soumis par le ministre des Finances à l'approbation des Chambres. Autant que nous pouvons

1. Voilà un troisième chiffre pour le quantum de papier-monnaie émis en Colombie! Il est difficile de savoir quel est le vrai.

nous en rendre compte, par les documents que nous avons en main, ce serait le relèvement complet de la situation financière de la Colombie. Nous en reparlerons un peu plus loin.

La loi de 1903 a eu pour but le règlement du système monétaire et le rachat du papier-monnaie. En voici les points principaux :

« L'unité monétaire du pays est le dollar or de 1.672 milligrammes de poids total, dont 900 milligrammes d’or fin, c’est-à-dire, le dollar or des États- Unis. Les pièces d’or des autres pays pourront circuler librement aussi bien que les pièces en argent de 835 et 900 millièmes.

€ Les émissions futures de papier-monnaie, qu’elles émanent du gouvernement central ou des gouvernements départementaux, sont absolument prohibées, en temps de guerre comme en temps de paix.

€ Le papier-monnaie légalement émis jusqu'ici par les gouvernements national et départementaux conservera son caractère de cours forcé, mais sous les conditions suivantes : &). Dans les transactions publiques ou privées, les parties pourront à leur volonté stipuler leurs contrats payables en or ou en papier-monnaie. b) Lorsque le payement aura été mentionné en or dans le contrat, il pourra cependant être effectué en papiermonnaie, mais au cours du change du jour du payement. c) Dans les départements et provinces où

l'argent à eu cours jusqu’à présent, cette monnaie

gardera son caractère de moyen intermédiaire en relation avec lunité or, suivant le prix de l'argent au marché’. On pourra faire des contrats payables en monnaie d'argent. d) Les obligations déjà contractées ou qui pourront être contractées avec des maisons ou des personnes étrangères, devront être exécutées conformément aux prescriptions de l’article 203 du Code de commerce ?. e) Les obligations contractées en monnaïe courante, dans lesquelles on n’a pas spécifié quelle serait cette monnaie, doivent s'entendre en papiermonnaie.

€ Il est crée un nouveau conseil, sous le nom de Consejo de amortizaciôn nacional}, composé de 5 membres dont 2 nommés par le Sénat, 2 par la Chambre des députés et 1 par le pouvoir exécutif : &) L'or amassé par le conseil doit être vendu par lots de 1.000 dollars (ou pesos) aux enchères pour du papiermonnaie. b) Le papier-monnaie que le conseil amas-

1. Cette formule n’est pas claire. Elle semble dire cependant que l'argent sera pris pour sa valeur de lingot et non sa valeur théorique, indiquée sur les pièces.

2. Article 203 du Code de commerce : « Si dans les contrats dont il est fait mention dans la première partie de l’article 202, on a déclaré obligatoires les monnaies ou mesures légales du lieu où ils ont été célébrés, celles-ci seront converties, par convention des parties, ou au jugement des experts, en monnaies et mesures légales de Colombie, à l'époque de l'accomplissement. La même règle sera applicabte quand, dans les contrats célébrés dans l’État de Panama, il aura été stipulé que la livraison ou le payement doivent se faire en monnaies ou mesures étrangères. (L'article 48 de la loi de 1907 confirme cette

dootrine.) 3, Conseil d'amortissement national.

sera au moyen de la vente ci-dessus et des contributions, doit être brûlé publiquement. d) Le conseil doit fixer jour pour jour le taux du change’ basé sur les transactions effectuées dans le marché, et ce taux comptera dans les affaires judiciaires.

« Le conseil fondera d’autres conseils dans le pays pour l'échange des billets détériorés : il les achètera et

les brûlera.

« Les sources de revenus suivantes seront à la disposition du conseil pour l'amortissement du papiermonnaie : le revenu des mines d’émeraudes de Muzo et Casquez, des mines de Santa Ana, La Manta, Supia et Marmato, de la pêche des perles ; le produit de l’ex-

ploitation des forêts nationales, les droits de phare et

1. Le gouvernement:d'un pays ne doit pas et ne peut pas fixer le taux du change officiellement. Les décisions du pouvoir exécutif prétendant régler le change nous ont toujours paru aussi bizarres que celles qui voudraient dicter le cours des blés. Les lettres de change, payables en or dans le pays de leurs bénéficiaires, sont une sorte de marchandise pour le banquier, que celui-ci entend naturellement ne pas vendre à perte. L'établissement du change à un taux fixe, comme l'a fait également il y a quelques années la République Argentine, n’est autre chose qu'une sorte de cours forcé. Si le change fixé par le gouvernement pour la conversion du papier-monnaie en or ne semble pas pour le banquier correspondre à la réalité, et ne représente pas pour lui la certitude de recupérer en or la somme exprimée sur la traite qu'il a vendue, il n’acceptera pas d’être payé en papier-monnaie au change officiel, mais seulement au change réel. basé sur les transactions journalières et la situation économique du pays, le seul qui représente pour lui l'ensemble de probabilités et de quasi-certitudes dont il veut être entouré pour se dessaisir de son or. Tout ce que l’on peut admettre, c’est que le gouvernement colombien fixe officieusement le taux du change par le prix auquel il rachète le papier-monnaie, ce prix servant d'indication sur le marché.

de port, de tonnage, etc., les droits d'exportation y compris ceux du faqua. Le conseil est autorisé à affermer les mines de Muzo et Casquez pour une période de dix ans.

« Les droits de douane devront être perçus en or ou en papier-monnaie au change du jour; les revenus des propriétés nationales, telles que les mines de Muzo, etc., seront perçus en or exclusivement. Les revenus non mentionnés ci-dessus comme devant être payés en or, pourront l'être en papier, par périodes de trois mois. Pour établir le taux du change pour les périodes de trois mois, le prix du conseil national d'amortissement servira de règle, mais pour la période des trois premiers mois, les liquidations se feront à 10.000 pour 100.

« Les membres du conseil national d'amortissement seront nommés tous les quatre ans ; exceptionnellement ceux qui ont été nommés en 1903 conserveront leurs fonctions jusqu’au 30 septembre 1908.

« Le conseil national fera une nouvelle émission de billets pour remplacer ceux qui sont détériorés (et qu'il ne rachète pas pour les détruire). Pour subvenir à ces frais, il prendra dans les fonds reçus pour l’amortissement... »

La deuxième mesure importante prise par le gouvernement colombien pour essayer de conjurer la crise économique, a été la suppression de la Banque nationale. L'histoire est là pour témoigner que les essais de

banque d’État, dans la dépendance absolue du pouvoir,

n’ont jamais eu la confiance du public et ont abouti à des catastrophes et à des ruines. La Banque de Law, qui avait rendu au commerce de réels services, malgré le peu d'importance de son capital, a été perdue du jour’ où elle est devenue Banque Royale. La Caisse d'escompte, fondée en 1776 avec des capitaux privés et jouissant d’une direction indépendante, a sombré, quand l'État ayant absorbé la plus grande partie de son capital, le gouvernement en fit une banque officielle avec cours forcé de ses billets. La Convention Nationale s’est faite l'interprète du sentiment général de la France, en décidant la suppression et la liquidation de la Caisse d’escompte.

« La Révolution, a dit Courcelle-Seneuil, avait laissé la France sous le régime de la liberté des banques, et aucune disposition n’a empêché jusqu'à la fin du siècle dernier? l'émission de billets à vue ou au porteur. Quand se fut terminée la catastrophe des assignats et des mandats territoriaux, quand le gouvernement eut cessé d'émettre du papier-monnaïe, le crédit réapparut.… Dans cette courte mais difficile période des dernières années du xvru° siècle, les banques libres rendirent de grands services au commerce, sans donner lieu à aucun abus, sans provoquer aucune plainte... »

Quand fut fondée la Banque de France, malgré son

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