‹ La colonel RoquebruneChapitre 51 sur 130 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ÉMILIENNE, revenant à elle et parlant avec effort.

Tué!... Mais, voyons, je rêve... Ou vous voulez nous épouvanter... (Elle interroge Roquebrune du regard.) Vous l'avez tué? Ce malheureux! Pour une parole imprudente, pour un soupçon mal fondé... Et vous venez, brutalement, nous l'apprendre à Thérèse et à moi. Et vous prétendez être sûr que l'une de nous l'aimait! Eh bien, puisqu'il vous faut une coupable, jugez, condamnez. Laquelle?

Émilienne! Oh! ne me bravez pas! Jugez, par ce que j'ai déjà fait, sans hésiter, de ce dont je suis capable. Peut-être ne vous êtes-vous jamais doutée à quel point je vous aime... Eh bien! apprenez-le donc!... Plutôt que de vous savoir à un autre, j'aimerais mieux...

ÉMILIENNE

Me tuer aussi peut-être ?

ROQUEBRUxME.

Oui, si j'étais sûr...

Eh bien ! soj^ez-en donc sûr...

ROQDEBRUNE.

Malheureuse!

THÉRÈSE, se jetant entre Roquebrune et Émilienne.

Elle, ment! ce n'est pas elle! Mais je vous l'ai dit, ce n'est pas elle ! Ne lui demandez rien. A-t-elle l'air d'une criminelle? Vous voyez bien qu'elle ne pleure pas... Vous voyez bien qu'elle est calme.

Oui, calme, terriblement calme!

THÉRÈSE, avec des larmes.

C'est qu'elle est sûre d'elle et de moil Elle savait bien que je ne la laisserais pas accuser, et que je parlerais, si pénible que cela me dût être, devant vous que j'aime tant.

ROQUEBRUNE, l'épiant.

Et, s'il le fallait, devant Henri?

THÉRÈSE, ne comprenant pas.

Devant Henri?

Oui! Henri, qui est là, qui me garde contre une surprise... En sortant d'ici, tout à l'heure, il est venu me retrouver. 11 a eu confiance en moi, il m'a laissé libre d'agir à ma guise... Mais il m'attend... Je n'ai qu'un signe à lui faire, pour qu'il vienne... Faut-il l'appeler?

THÉRÈSE, avec épouvante.

Nonl Quelle preuve nouvelle serait-ce pour vous? Je suis déjà assez malheureuse!... Oh! je quitterai cette maison, je disparaîtrai... J'irai me cacher, au fond d'un couvent, pour expier le crime commis, pleurer l'innocence perdue, obtenir le pardon demandé... Oh! par pitié, à genoux, Roquebrune. Mais épargnez-moi cette dernière torture.

ÉMILIENNE, saisissant Thérèse et la relevant dans ses bras.

Non, ma bonne, ma noble Thérèse, relêve-toil (a Roquebrune.) Soyez heureux, monsieur, vous le voyez, vous avez déchiré deux cœurs au lieu d'un. ROQUEBRUNE, avec émotion.

Pardonnez-moi, Émilienne. Et vous, Thérèse, oh! je voudrais prendre toute votre peine et l'ajouter à la mienne, car c'est un désespoir pour moi

Page 1