ACTE TROISIÈME
ROUQUIN
Oh I monsieur le comte ne me fait pas l'injure de le croire. Voyant tous ces gens entrer, j'ai suivi, et suis arrivé devant une porte sur laquelle une plaque portait ces mots : Lise Francœuil, modiste.
MOIGNEVILLR.
Pour hommes, alors.
ROUQUIN
Pensant bien qu'il y avait un mot de passe, je n'essayai pas de pénétrer, mais, sur le palier^ j'avisai un petit appentis couvert en zinc qui s'avançait jusqu'auprès de la fenêtre. Je m'y glissai, au risque de tomber dans la cour, mais bientôt, adossé au chéneau, si je ne voyais rien j'eus la satisfaction d'entendre d'abord un bourdonnement de paroles, puis une voix distincte. Et c'était justement le colonelRoquebrune qui parlait. Il annonçait l'arrivée imminente de l'Empereur, la complicité assurée de l'armée. Son discours était chaudement accueilli et même, tout près de la fenêtre, il y avait un des auditeurs qui ne cessait de répéter : moi, tout m'est égal, pourvu que le gros cochon s'en aille!... Je n'ai pas osé comprendre de qui il voulait parler.
MOIGNEVILLE.
Je vais vous le dire, monsieur Rouquin : c'était de Sa Majesté très clirétienne. Le proposa été tenu par le général Ghouart ainsi qu'il résulte du rapport que j'ai là.
Il montre son dossier.
ROUQUIN
Monsieur le comte est bien et vite informé.
MOIGNEVILLE.
J'y tâche, (il va à son bureau et repose le dossier.) Mais n'avez-vous entendu que cela?
80 LE COLONEL ROQUERRUNE
ROUQUIN
J'ai entendu aussi le colonel qui disait : le jour où il faudra nous réunir tous, en uniforme, pour marcher à la rencontre de l'Empereur, vous serez prévenus par un signal que je donnerai.
MOIGNEVILLE.
Et ce signal ?
ROUQUIN
Un bouquet blanc, placé sur le piédestal d'Henri IV, au Pont-Neuf.
MOIGNEVILLE, il prend des notes.
Et où se réunira t-on?
ROUQUIN
Barrière de Bercy, chez un nommé Durieu, marchand de bois, qui a de vastes chantiers.
MOIGNEVILLE.
Bien. Si l'on veut prendre tous ces gaillards-là dans une souricière, le moyen est tout indiqué.
ROUQUIN
Oh ! Monsieur le comte, à quoi ça servirait-il?
MOIGNEVILLE.
A exterminer toute cette engeance qui nous ferait graine de révolutionnaires!... Mais revenons à notre affaire.
ROUQUIN
Le conciliabule terminé, tous ces gens-làsont sortis, l'un après l'autre, sans avoir l'air de se connaître... Le colonelest allé, en flânant, jusqu'à la place Vendôme, il a fait le tour de la colonne, comme pour s'assurer qu'elle y était encore, puis il est