HENRI, ROQUEBRUNE, THÉRÈSE, LA SŒUR
LA SŒUR, écartant le rideau, pour que Thérèse soit en vue d'Henri.
Voici mademoiselle de Réval. Vous êtes seul, mon frère ?
HENRI
Oui, ma sœur, mon ami est parti...
La sœur disparaît.
THÉRÈSE
Vous l'avez éloigné, Henri ?
HENRI
Oui, Thérèse... Je tenais à vous voir hors de sa. présence. Roquebrune y a consenti à grand'peine, et m'a fait prendre l'engagement de lui répéter ce que vous m'aurez dft...
THÉRÈSE
Et cet engagement, vous le tiendrez?
HENRI, gravement.
Oui, Thérèse, j'ai juré...
THÉRÈSE
Ohl pauvre Roquebrune! (Roquebrune porte la main à sa poitrine comme s'il recevait une vive blessure.) Bien doucement alors, Henri, bien doucement, pour ne 13as lui faire trop de mal...
HENRI, avec attendrissement.
Oui, bien doucement, comme^s'il entendait votre
chère voix, comme si vos tendres regards devaient le plaindre et le consoler.
THÉRÈSE
Vous ne m'avez donc pas soupçonnée, vous^ Henri?
HENRI
Non, Thérèse. J'ai cru en vous, comme en la chasteté et la bonté... J'ai deviné que si vous vous accusiez, c'était pour sauver la coupable, et je n'ai pensé qu'à athnirer votre dévouement et à plaindre votre souffrance.
THÉRÈSE
Oh ! mon ami, souffrance bien cruelle, croyez-le, car je ne savais pas ce que vous penseriez, je voyais ce que Roquebruno endurait et je tremblais qu'Émilienne ne devînt folle... Oh! je me trompe, elle l'était. Elle a eu un instant d'égarement... Car, au fond du cœur, elle est honnête et fière... Et sans la fatalité qui a amené cette rencontre, un peu de sagesse, quelques bons conseils, assuré l'oublié, et tant de malheurs auraient été évités. Ohl cette apparition de Roquebrune, le fatal soir, lorsque je croyais tout sauvé... Gomment vous décrire mon épouvante, ma douleur... Je redoutais de vous voir intervenir... J'avais peur de voir arriver Émilienne.. Cher Henri, c'est votre conliance, votre prudence qui m'ont permis de mener à bien ma tâche et de surmonter tant de difficultés.
HENRI
Et c'est pour échapper aux conséquences de cette terrible surprise que vous vous êtes réfugiée ici?
Il fallait bien donner le change à Roquebrune,