ACTE QUATRIÈME
achever de dissiper ses soupçons. Il pouvait revenir, me questionner de nouveau. Aurais-je été, une seconde fois, aussi résolue que dans cet instant de crise? Ma marraine madame de Plémeur est supérieure de ce couvent. J'y ai été élevée... J'y vais tous les ans faire retraite... Nul ne pouvait s'étonner de me voir m'y enfermer, pour quelques jours. Et cela sauvait tout...
HENRI
Pour un temps. Mais quand il faudra s'expliquer, avouer le désespoir de Roquebrune sera inexprimable,
THÉRÈSE
Oh! c'était cela surtout qui m'effrayait... C'était cette explication que je voulais éluder, retarder... Et Émilienne et lui se trouvaient eu présence.... Et cet homme si bon, si noble de cœur, me paraissait formidable... Vous, Henri, qu'il aime tant, vous le préparerez, vous le ménagerez, vous amortirez la première violence de sa colère... Vous lui direz qu'il ne faut pas que tout ce que j'ai tenté, pour l'empêcher de trop souiîrir, soit inutile... Vous ferez appel à sa générosité... Je le connais, il vous entendra... Et alors, mon ami, à nous deux, nous l'entourerons de scias, d'affection, et nous arriverons peut-être à guérir sa profonde blessure.
HENRI
Il saura, Thérèse, tout ce que vous avez dit. Et si une prière peut adoucir et calmer un cœur si grand, ce sera la vôtre, car elle sera rendue doublement puissante, par votre vertu et votre dévouement.
Merci, Henri, mon cher ami... Vous êtes bon de
12G LE COLONEL ROOUEBRUNE
me parler si tendrement. J'en oublie ma peino, je me reprends à être heureuse, et c'est mal, car pendant que nous nous réjouissons d'être rendus l'un à l'autre, confiants et apaisés, Émilienne et Roquebrune continuent à souffrir...
HENRI
Vous prierez pour eux, chère enfant.
THÉRÈSE
De toute mon àmo.
HENRI
Thérèse, donnez-moi votre main que je la serre dans les miennes... Le voulez-vous?
Elle tend y travei\s la grille sa main, que Roquebrune, passé devant Henri, prend et baise avec une profonde émotion.
THÉRÈSE
Oh I Henri, une larme sur ma main... Vous pleurez, vous, un soldat?
HENRI
Oui, Thérèse, un soldat peut pleurer de reconnaissance et d'attendrissement devant vous... Il n'y a pas à en rougir, car ces larmes-là sont bonnes: elles soulagent le cœur trop plein d'amertume, et elles consolent d'avoir douté, un seul instant, de l'innocence et de la pureté.
Adieu, Henri, je vous reverrai bientôt, n'est-ce pas?
HENRI
Demain.
THÉRÈSE
Et vous aurez d'heureuses nouvelles àm'apprendre ?