‹ La colonisation dans les comtés de Dorchester, Bellechasse, Montmagny, l'Islet, KamouraskaChapitre 20 sur 50 · CRE · texte numérisé non relu

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On s’extasie volontiers dans notre siècle devant les conquêtes faites chaque jour par l’industrie et l'électricité. Mais voici une œuvre qui commande bien autrement notre admiration et uotre respect. C’est la charité qui l’a fait sermer et éclore ; elle n’en est que plus belle et plus grande.

Conçue il y a dix ans, et exécutée dans le plus profond silence par un jeune prêtre dont le dévouement n'avait d’egal que son humihté, cette œuvre s’est traduite par la création simultanée d'un orphelinat agricole, d’un monastère et d’un hospice pour les vieillards et les infirmes.

Et qu'on n’aille pas croire qu'il s'agisse d’une construction ordinaire, sans élégance ou encore aux dimensions modestes.

Le bâtiment de l’orphelinat que nous avons eu le plaisir de visiter à plusieurs reprises, mesure 885 pieds de lonœueur, compte trois étages, se présente avec une architecture irréprochable et renferme un persounel de cent trente orphelins que le fondateur de l'institution a vêtu et nourri depuis huit ans.

Mr te La première pensée qui envahit le voyageur en contemplant cet édifice à proportions grandioses, élevé à quelques pas de la forêt, est celle-ci: ‘“ Comment, dans un pareil milieu, relativement pauvre, a-t-on pu trouver les ressources nécessaires pour ériger une institution dont le coût dépasse aujourd’hui $50,006? On vous répond, et cette réponse est la seule plausible: c’est un miracle de la Providence, et ce miracle se renouvelle tous les iours, car l’Orphelinat se maintient et s'agrandit sans que l’on paraisse éprouver le moindre embarras à trouver les moyeus indispensables pour assurer son existence.

C’est en s'adressant à la charité publique que M. le curé Broussrau est parvenu à réaliser son projet,et la charité publique, consciente de la grandeur et de l’importance de l’œuvre, n’a jamais été sourde à sa voix.

Passons maintenant au but poursuivi par l'institution qui vient d’être créée.

Celle-ci comprend le petit et le srand orphelinat.

‘* Le petit orphelinat ” est sous la direction des sœurs du Perpétuel Secours. institut que M. Broussean à créé lui-même pour les fins de son œurtre.

Il comprend les petits garçons et les petites filles.

Les bonnes sœurs s'occupent d'abord. sous la direction du chapelain qui est M. Brousseau. de l'instruction religieuse et intellectuelle de ces enfants. Les jeunes garçons travaillent ensuite à différentes heures de la journée aux travaux des champs. On leur donne des leçons d’agriculture, d’horticulture et d’arboriculture théoriques et pratiques, suivant leur âge.

Les filles reçoivent des leçons d'économie domestique, apprennent à faire la cuisine, filer, tricoter, tisser, les travaux aux jardins potagers, même à cultiver les fleurs, comme récréation. Elles apprennent en outre à tenir une laiterie, faire le beurre et toutes les choses indispensables pour faire une bonne ménagère.

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Quant au grand orphelinat que M.le curé Brousseau se propose de construire incessamment, voici son utilité. Jusqu'à ces dernières années, le petit orphelinat renvoyait les garçons à l’âge de 14 et 15 ans. On les plaçait chez de< parents, dans des familles qui, généralement, se montraient assez peu intéressées à l'avenir de ces enfants Arrivés en effet à un certain âve, ces enfants quittaient ces familles et allaient se fixer, dans les villages du Canada, ou aux États-Unis et finissaient même par devenir d'assez mauvais sujets.

‘’est pour remédier à cet état de choses que M. le curé Brousseau, toujours sur la brêche, a résolu de créer le urand orphelinat d'agriculture et de colonisation, qui complètera le petit orphelinat. Ces jeunes garçons passeront à l’âge de douze à treize ans sous la direction d’une communauté spéciale de religieux en voie de formation, dont le but sera de les diriger, de continuer leur instruction dans l’agriculture et de les grouper ensuite dans un centre de colonisation.

Pour réaliser ce projet, M. l’abbé DBrousseau, a acheté, 1l y à un an, 700 acres de terre en bois debout, a quatorze arpents de St-Damien, dans un fort joli site qui donne sur un Jac appelé le lac Vert.

Les jeunes orphelins y ont déjà défriché trente-cinq acres. L'une de nos gravures représente ce premier défrichement effectué sur l’île du Lac Vert.

On me pardonnera facilement, j'en suis sûr, d’avoir appuyé quelque peu sur l'importance de cette création, belle entre toutes, et si pleine de promesses pour l’avenir de notre jeunesse des campagnes. Dans un temps où nos hommes publics s'ingénient à chercher les moyens les plus expéditifs de faire coloniser les terres de la Couronne.— il m'a paru bon et utile de citer l'exemple de ce pauvre mais intrépide missionnaire, faisant surgir, sur la cime de nos montagnes et presqu'en pleine forêt, une institution appelée en quelque sorte à réaliser une partie du

programme patriotique poursuivi par tous les gouvernements.

Inutile d'ajouter que cette œuvre a conquis, depuis qu’elle est connue, les sympathies du gouvernement de Québec, et que l'honorable M. Turgeon, commissaire de la Colonisation et des Mines, est lui-même l’un deses plus ardents admirateurs. L'an dernier, l'honorable M. Turgeon a fait contribuer généreusement le Commissariat de la Colonisation au soutien de l’œuvre de St-Damien et et nous serions bien étonné si le même ministre dont la haute intelligence sait apprécier la grandeur et la nobiesse d’une pareille œuvre, ne lui continuait point ses larg'esses.

J’ai dit ailleurs que l’Orphelinat agricole se combinait d’un hospice pour les infirmes et les vieillards du comté de Bellechasse. Je dois ajouter que cet hospice se soutient comme l’Orphelinat, par la charité publique.

Enfin, pour terminer, St-Damien est devenu depuis quelques années, un lieu de pélérinasge Son digne curé a fait élever, attenant à l'Orphelinat, une fort jolie chapelle en l’honnezr de Ste-Anne des Montagnes, et ce sanctuaire est fréquenté chaque année, par dix ou douze mille pèlerins.

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