‹ La colonisation de l'AlgérieChapitre 15 sur 35 · I.ES COLONS · texte numérisé non relu

I.ES COLONS

de l’originalité à ce costume qu’heureusement la mode ne Tient jamais modifier. Mais ce qui distingue plus particulièrement l’Espagnol, c’est son chapeau conique, plus ou moins tronqué, orné sur le côté de gros pompons noirs et garni de velours sur ses rebords arrondis. Ce chapeau se place légèrement sur le front par-dessus un fichu de couleur noué autour de la tête.

La toilette des femmes et surtout des jeunes filles perd beaucoup de son originîjlité en Afrique, sous l’influence de la civilisation française. Ces dernières ne peuvent résister là à l’empire de la mode ; seulement elles adoptent de préférence les couleurs les plus éclatantes et surtout le jaune. On ne leur voit jamais de bonnet sur la tète, elles préfèrent à cette coiffure les foulards en sautoir; au besoin elles ravissent à leurs épaules le fichu dont , pour sortir de leur maison ou entrer dans une église, elles ne manquent jamais d’encadrer leur visage. Toute la préoccupation des jeunes filles est de bien se parer les jours de fêtes. Pendant la semaine, peu leur importe d’aller nu-pieds et en guenilles, de n’avoir sur elles d’autres ornements que leurs cheveux, pourvu que le dimanche elles aient une jolie toilette à produire. Le père de famille aimerait mieux se priver de nourriture que de ne pouvoir, sous ce rapport, satisfaire ses enfants : d’un autre côté, il n’y a pas pour eux de meilleur stimulant au travail de la semaine que la pensée des joies et des réjouissances du dimanche.

Quand tous les amis sont réunis, le père de famille prend sa guitare, et tous les jeunes gens, à lourde rôle, se mettent à danser deux par deux. Ils reculent , ils avancent à petits pas cadencés, iis pirouettent, ils élèvent les bras, et quand leurs doigts ne sont pas encore assez habiles pour sonner des castagnettes, la mère qui n’a plus de jambes pour danser sait encore agiter ses mains pour compléter l’accord et marquer la mesure. Les danseurs s’embrouillent quelqticfois, mais ils ne se trompent pas dans leurs l'cgards.

ne CHAPITRE IV.

ni dans le jeu de leur gracieuse physionomie. Les Espagnols ne dansent pas tous les jours ; mais tous les jours, après le repas du soir, l’hiver, autour dé leur foyer, l’été, sur le seuil de leur porte , ils aiment à s’entretenir en famille , à se distraire par un peu de musique. 11 suffit d’une jeune fille dans une maison pour y attirer de nombreux troubadours. L’empressement de ces derniers ne hâte pas pour cela les mariages; on sait pendant des années tenir les plus empressés en suspens, et les choses ne se déterminent qu’après un long concours. Le mariage est un triomphe , on ne peut manquer de le célébrer avec éclat.

La cérémonie toute religieuse du baptême n’entraîne pas chez les Espagnols à des fêtes moins animées : les parrains et les marraines y jouent le rôle important ; pour tous, ce sont de grandes occasions de réjouissances.

Les enterrements eux- mêmes sont souvent pour les Espagnols des jours de fêtes. Us ne mettent pas moins d’empressement à rendre aux morts les derniers devoirs qu’à venir saluer les nouveau-nés. L’usage est d’exposer le défunt sur son lit, après l’avoir revêtu de ses plus beaux habits; tous les parents et amis sont invités à venir veiller la nuit auprès de lui. Les regrets s’expriment en entrant par de vives démonstrations : on se console, si c’est une jeune fille, en s’extasiant sur la beauté de sa dernière toilette qui ne le cède en rien à celle d’une mariée : quoi qu’il en soit, la conversation ne tarde pas à quitter tout caractère lugubre. Bientôt l’on passe des rafraîchissements, les cigarettes s’allument; on parle de ses affaires; on ne songe qu’au bonheur de passer encore ensemble quelques instants d'une vie fugitive. Aussi ces veillées auprès des morts ne sont point du tout considérées comme de fatigantes corvées, et les plus jeunes y accourent souvent avec le même empressement qu’à une réunion joyeuse. Il est vrai que dans certaines circonstances ce n’est pas autre chose. Quand un enfant meurt, c’est un ange de plus qui est monté au ciel ; il faut donc s’en réjouir

LES COLONS

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