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ser une bure grossière de moine. Ce saint religieux s’était voue depuis plusieurs années à l’éducation des enfants, s’était attaché quelques disciples et avait fondé avec eux, aux environs de Saintes, dans le département de la Charente- Inférieure, un établissement agricole. Une dizaine de Frères de la Croix et 27 enfants l’avaient suivi en Afrique. Ces enfants, joints à tous ceux que la province de Constantine n’avait cessé d’envoyer, dès la fin de 1851 avaient élevé à 87 le nombre des orphelins de Medjez-Amar.
Toutefois, après deux années de continuels mécomptes, M. de Luc retira ses Frères , et M. l’abbé Landemann dut renoncer à son établissement. L’autorité militaire prit alors la direction de l’orphelinat. En avril 1852, un autre prêtre séculier fut envoyé à Medjez-Amar. Des difficultés de tout genre et, par-dessus tout, les fièvres dispersèrent bientôt le nombreux personnel amené par le nouveau directeur avec l’espoir d’un meilleur succès.
L’autorité militaire reprit l’administration de l’orphelinat en janvier 1853, et mit tout en œuvre pour le remettre à flot. Des avances considérables furent versées dans la caisse du directeur; desthuizzas (corvées arabes) furent successivement accordées pour ensemencer les terres et pour faire les moissons ; un poste militaire vint s’établir à Medjez-Amar et fut employé aux cultures et aux défrichements : ainsi puissamment secondée, la Direction parvint à rembourser les sommes avancées.
Les orpheUns de la province de Constantine se trouvaient alors sous la tutelle d’un capitaine et de quelques caporaux. Leurs nouveaux mentors prenaient d’eux des soins véritablement dignes d’éloges ; ils les faisaient marcher au son du tambour et les passaient en inspection plusieurs fois par jour : mais pouvaient-ils leur apprendre une autre vie que celle des camps, leur parler de choses qu’ils ne pratiquaient pas, leur inspirer des sentiments auxquels ils étaient eux-mêmes étrangers? Obligés, par ordre supérieur, de se faire maîtres d’é-
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cole, ils étaient les premiers à reconnaître tout ce qu’avait d’incomplet l’éducation qu’ils pouvaient donner à ces pauvres orphelins, et désiraient ardemment qu’on les déchargeât d’une aussi délicate mission.
L’Administration faisait de vains efforts pour attirer en cet endroit les Frères des Ecoles chrétiennes nouvellement établis en Algérie, lorsque la Providence lui envoya, du couvent suisse de Saint-Maurice, en Valais, M. le comte Bagnoud, évéque de Bethléem, supérieur général des chanoines de Saint-Augustin.
Ces prêtres réguliers se disent les héritiers privilégiés de l’évêque d’Hippone ; ils étaient désireux de reparaître sur le sol africain qui avait été leur berceau.
Un traité fut conclu avec eux : les bâtiments et les terres de l’orphelinat de Medjez-Amar leur furent concédés. Mais, dans l’ardeur de marcher sur les glorieuses traces de leur fondateur, ils se laissèrent un peu éblouir et acceptèrent les yeux fermés des conditions très-onéreuses. Un inventaire fut dressé lors de l’installation des chanoines ; le directeur militaire, à qui ce soin fut confié, devait naturellement chercher à faire ressortir l’excellence de son administration. D’un autre côté, il était assez difficile à des étrangers de bien apprécier la valeur des choses. Ils ne furent pas longtemps à s’apercevoir qu’ils étaient loin de compte, et que la succession acceptée sous bénéfice d’inventaire était une charge très-onéreuse. Ainsi, les chars et les ustensiles aratoires se trouvaient hors d’usage dès les premiers jours où l’on voulut s’en servir. Au temps de la fenaison, il fallut acheter du fourrage pour l’entretien des chevaux et des mulets. La récolte avait été évaluée à un chiffre énorme lors de l’inventaire ; quand vint la moisson la déception fut complète : on récolta à peine de quoi ensemencer les terres. Il n’y avait ni blé , ni farine, ni autres provisions dans les greniers ou dans les m.agasins de réüiblissement ; il fallut donc tout acheter, et les jardins eux-mêmes étaient incultes.
Le nouveau directeur avait appelé à son aide des religieuses, pour s’occuper plus spécialement des enfants au dessous de dix ans et s’appliquer au soin des malades. Les pernicieuses influences du climat ne tardèrent point à se manifester : toutes les précautions hygiéniques restèrent impuissantes; toutes les ressources de l’art échouèrent. Deux Frères et une Sœur furent les premières victimes : un peu après, plusieurs enfants étaient emportés par les fièvres, et un grand nombre, pendant les chaleurs de l’été, étaient atteints d’ophthalmie. L’Evêque de Bethléem donna les preuves d’un dévouement sans égal , ne reculant devant aucune fatigue et se sacrifiant pour les pauvres orphelins dont il était devenu le père. Il lutta longtemps contre la fièvre qui le minait avec la volonté la plus énergique et la plus persévérante ; mais il dut céder aux injonctions des médecins qui ne répondaient plus de ses jours, et il partit presque mourant.
Les orphelins laissés aux soins des religieux de son Ordre sont aujourd’hui au nombre de 81 ; près du quart ont déjà dépassé 18 ans; mais ils ne pourront quitter l’établissement qu’à leur majorité.
Le régime de la maison, qui est maintenant celui des autres orphelinats de l’Algérie, a été beaucoup amélioré. Toutefois l’éducation des enfants a dû évidemment souffrir des changements fréquents de direction. Les bons religieux ont eu une peine infinie à les moraliser ; il n’y avait chez eux aucune trace de sentiments élevés; l’ivraie et les ronces avaient étouffé le bon grain ; ils n’écoutaient plus que leurs mauvais penchants. Il en est encore qui demeurent sourds à leur voix ; mais au moins les bons principes ne leur sont plus étrangers, et s’ils ne sont pas tous vertueux, presque tous voudraient l’être.
Toujours est-il que l’instruction a beaucoup gagné avec les nouveaux maîtres. A leur arrivée il y en avait à peine trois qui lussent passablement ; maintenant presque tous lisent et écrivent plus ou moins bien. Us sont, du reste, comme
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dans les autres orphelinats, selon les goûts et les forces de chacun et selon les besoins de la maison, employés aux travaux de la campagne ou utilisés dans différents ateliers.
Ces résultats sont concluants et doivent d’autant plus faire apprécier les services rendus à notre colonie par les religieux de Saint-Augustin, que, n’étant pas Français , ils ne {Kiuvaient pas prendre un aussi grand ascendant que d’autres sur leurs élèves.
Faisons des vœux pour que l’Administration les aide à vaincre tous les autres obstacles. Ils ne considèrent pas l’Afrique comme une terre étrangère, puisqu’ils la tiennent comme un héritage de leur saint fondateur ; traitons-les aussi bien que des compatriotes. Ici, toute considération d’amourpropre doit être mise de côté, et parce que d’autres n’ont pas réussi à Medjez-Amar, on ne doit être que plus empressé à prodiguer des encouragements aux nouveaux venus. En définitive, ils travaillent plus dans l’intérêt de la colonie que dans le leur, et il faut à tout prix éviter le scandale d’une fâcheuse déroute essuyée par des hommes qui ont accepté avec confiance la plus pénible des tâches.
Or, les précédents administrateurs de Medjez-Amar ont joui d’assez grandes ressources sans pouvoir mettre cet établissement au niveau des autres de ce genre. Us recevaient de fréquents dons en bétail, en couvertures, en ustensiles de toute espèce. Un jardin potager de deux hectares était entretenu par les mUitaires du poste. L’autorité supérieure faisait faire aux Arabes une corvée d’une centaine de charrues pour ensemencer soixante ou quatre-vingts hectares de terre. Pourquoi, dès la première année, retirer tous ces avantages aux religieux de Saint-Augustin? Sans doute, une somme de 25,000 fr. a été allouée aux nouveaux hôtes de Medjez-Amar pour achever les constructions qu’on leur a concédées ; mais en sont-ils plus avancés, si, par défaut de solidité, elles menacent déjà de tomber en ruine? Sans doute, ces constructions
sont entourées de cinq cents hectares de terre ; mais à quoi bon si, pour les mettre en valeur, il leur faut recourir à une main-d’œuvre étrangère qui absorbe tous les subsides qu’ils reçoivent pour leurs enfants , sans les mettre en état de les nourrir? Le manque d’eau ne permettant pas de les employer aux cultures industrielles, l’éducation du bétail serait peut-être le seul moyen d’assurer la prospérité de l’établissement ; mais, pour cela, la concession de Medjez- Amar, malgré son étendue, est encore reconnue insuffisante.
Les personnes appartenant aux différentes confessions protestantes se sont aussi occupées avec zèle du soin des orphelins laissés par leurs pauvres coreligionnaires ; elles y ont pourvu par des dons volontaires jusqu’en 1849, époque où l’Administration a accordé au Consistoire d’Alger, pour les enfants protestants, des subventions semblables à celles qu’elle accordait pour les enfants placés dans les orphelinats catholiques. Eu effet, ces derniers établissements étant sous la direction de corporations religieuses, ne paraissaient pas offrir toutes les garanties désirables en ce qui concerne la liberté de conscience *.
Les protestants ont pu ainsi former un orphelinat particulier où déjà en 1852 ils élevaient 35 enfants : 17 garçons et 18 filles. L’Administration, cette même année, leur a fait pour cet établissement la concession gratuite de l’ancien camp de Dely-Ibrahim, près Alger, dont les bâtiments sont entourés de quelques hectares de terre.
Aujourd’hui , l’orphelinat protestant de Dely-Ibrahim , grâce au bienveillant intérêt que lui portent les autorités supérieures de la colonie, compte 109 enfants, dont 55 Français, 28 Allemands et 19 Suisses. Les enfants pau-
< Tableau de la situation des Établissements français en Algérie.
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vres de la coinmune, même ceux appartenant au culte catholique, sont reçus à l’école de l’orphelinat en qualité d’externes. « Touchant échange de la charité, les malheureux < sont tous de la même communion, » disait naguère l’un des pasteurs protestants dans le compte rendu présenté à une distribution solennelle des prix.
Tout en rendant justice au zèle des personnes de confessions diverses, qu’il nous soit dès lors permis de moins regretter que des orphelinats protestants n’aient pas encore été établis dans les autres provinces. D’une part , les enfants catholiques n’y sont pas exposés à perdre leur foi , en étant admis dans des écoles protestantes. De l’autre, les protestants pauvres, ne pouvant invoquer une communion différente, doivent trouver toutes les garanties désirables pour leurs enfants dans les orphelinats catholiques. Les efforts de tous peuvent donc sans crainte se concentrer sur ces derniers établissements.
Mgr Dupuch est le fondateur de la plupart des bonnes œuvres dont s’honore aujourd’hui l’Algérie. Elles se sont développées après lui, grâce aux constants efforts des différentes congrégations religieuses dont les chefs de la colonie ont fini par devenir les plus dévoués protecteurs; mais il n’en est pas moins vrai que les sœurs de Saint-Joseph , plusieurs années avant son arrivée, avaient préparé sa charitable mission, sous la direction éclairée de M. l’abbé Montéra, alors chargé des fonctions pastorales à Alger. C’est ainsi qu’on les vit tout d’abord, avant que le gouvernement ne songeât à accorder des subsides, recevoir tous les pauvres enfants trouvés qu’on leur apportait et leur procurer des nourrices. Leur maison centrale d’Alger fut le premier asile des orphelines ; elles y accueillaient toutes les jeunes filles que leur état d’abandon eût pu conduire à leur perte, et les épouses délaissées qui avaient besoin d’un abri ; elles partageaient avec les unes et les autres le pain de leur communauté. Quand elles
cédèrent la place aux sœurs de Saint-Vincent-de-Paul , les dames de charité avaient déjà pris les orphelines sous leur patronage. M“* la générale de Bar, leur présidente, remuait ciel et terre pour assurer le succès du premier orphelinat de filles. Bientôt les bâtiments du consulat de Danemark, que Mgr Dupuch avait achetés et qu’il avait fini par consacrer entièrement à cette œuvre, ne parurent plus convenables. Grâce au crédit de cette respectable dame, les orphelines furent transférées dans la maison de campagne de Mustapha- Pacha, où elles sont aujourd’hui installées. Les religieuses reçurent un traitement de 500 fr., et il leur fut accordé 15 fr. par mois pour chaque orpheline au-dessous de quinze ans, conditions qui n’ont varié depuis qu’exceptionnellement, en raison de la cherté momentanée des vivres. Du reste , le local et le matériel de l’établissement sont restés la propriété de l’Etat.
La résidence d’été de Mustapha a donné son nom à tout un côté de la banlieue d’Alger. C’est sur le coteau de Mustapha que sont rangées en amphithéâtre les plus belles maisons de plaisance ; aussi rien n’est comparable au panorama qu’offre en cet endroit la rade d’Alger, si ce n’est la magnifique baie de Naples. L’ancienne campagne de Mustapha- Pacha occupait un espace de 5 à 6 hectares ; on y arrivait par un chemin pavé qui montait en droite ligne jusqu’au haut de la montagne. Aujourd’hui la grande route de Blidah, par ses rampes bien dirigées , offre une voie beaucoup plus sûre aux chevaux et surtout aux voitures ; elle vient couper la voie romaineà l’angle de la campagne do pacha, et lui sert de limite dans toute sa partie supérieure. L’habitation de ce personnage musulman était somptueuse; elle avait deux cours intérieures pavées en marbre, avec des jets d’eau et des bassins au milieu; les doubles rangées de galeries de toutes ses façades intérieures étaient soutenues par des colonnes de marbre blanc soigneusement sculptées. Entre la porte et l’habitation principale se trouvaient les écuries et les communs; puis un
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petit palais à rez-de-chaussée"seulement, plus riche et plus élégant encore que tout le reste, espèce de Trianon où l’ombrageux seigneur du lieu venait sans doute recevoir ses hôtes.
Ce domaine, comme beaucoup d’autres , avait d’abord été transformé en caserne ; pour y agrandir les logements on avait maçonné des murs entre les colonnes de marbre de plusieurs galeries, et l’on avait recouvert quelques terrasses de baraques en planches. C’est dans cet état que cette habitation, abandonnée par la troupe, avait été cédée à l’orphelinat des filles. 11 n’était pas encore suffisant, et il a fallu y ajouter quelques constructions. On n’en a point fait pour la chapelle : deux ailes du bâtiment principal en tiennent lieu, et le marabout en dôme de l’un des angles a été converti en sanctuaire.
Les sœurs, au nombre de 27, élèvent dans cet établissement 375 jeunes filles. 18 sœurs et 250 orphelines seulement sont à la charge de l’État : 85 orphelines ne sont plus en âge d’être subventionnées, et 40 reçoivent des subventions particulières. Ces 375 orphelines, selon leur âge, sont classées en 10 divisions ; chaque division est dirigée par une sœur assistée d’une surveillante choisie parmi les orphelines les plus raisonnables et les plus instruites. Ces surveillantes sont des sous-maîtresses ; on leur fait certains avantages sur les autres orphelines : elles ont un matelas et un oreiller, tandis que les autres n’ont qu’une paillasse ; elles prennent du café à leur déjeuner, tandis que les autres ne mangent que du pain sec ; elles portent des robes brunes à carreaux, tandis que les autres sont vêtues d’une étoffe de coton plus simple encore. L’institution des surveUlantes est d’un grand soulagement pour les sœurs, et en même temps, par ses privilèges, met une grande émulation parmi les orphelines.
Deux heures de la matinée sont chaque jour réservées à l’étude, le reste du temps est employé aux travaux manuels. Le premier travail à enseigner aux filles est la couture, et,
316 CHAPITRE Vin.
d’ailleurs, les ouvrages d’aigûîlle procurent à la maison quelques ressources supplémentaires indispensables. Chaque division, selon la capacité des ouvrières qui la composent, est chargée d’une entreprise différente. Les plus petites font des sacs de grosse toile, les plus expérimentées cousent des chemises fines, d’autres confectionnent des chemises de zouaves. Le temps consacré à la couture est doublement utilisé. 11 sert d’abord de complément aux deux heures d’étude du matin ; on lui réserve les leçons de mémoire, le calcul en particulier. Puis, à certains intervalles de la journée, on chante des cantiques et on récite le chapelet. Ainsi se fait la part du bon Dieu, sans nuire aux devoirs ordinaires. Que d’avantages pour le prochain, si une telle dévotion pouvait prendre parmi les femmes du monde ! Du reste, chaque division pour certaines choses doit se suffire à elle-même, et les plus petites comme les plus grandes font, tant bien que mal, elles-mêmes leurs vêtements. Maintenant, comme ce n’est pas assez d’apprendre aux jeunes filles à coudre pour en faire de bonnes ménagères, on détache chaque semaine des divisions un certain nombre d’orphelines tour à tour, sous la direction d’autres sœurs et d’autres surveillantes chargées de différents offices. Les unes vont à la cuisine, les autres à la boulangerie, les autres à la buanderie. 11 y a dans ce dernier poste de quoi exercer l’activité des plus robustes, car c’est l’orphelinat qui blanchit tout le linge de l’hôpital civil. Rien, du reste, ne manque à la buanderie de Mustapha: d’un côté sont les chaudières, de l’autre les séchoirs, plus loin la salle du repassage où bien des sœurs viennent se confondre avec les élèves. Les sœurs, comme les élèves , doivent pourvoir à tous les soins de leur entretien : c’est la règle de Saint-Vincent, qui n’admet pas de mains mercenaires. 11 y a, de plus, dans la maison, une basse-cour complète : des vaches, des poules, des lapins, que les jeunes orphelines soignent à tour de rôle. Les vers à soie, les nopals et quelques plantations de tabac les occupent, en outre, à certaines époques de l’année. Le
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jardin de l’établissement est aussi cultivé par elles, et là, comme ailleurs, les mauvaises herbes sont arrachées avec soin et les bonnes graines fructifient.
L’élégant corps de logis où l’ancien pacha faisait ses réceptions sert d’infirmerie. Là encore les plus grandes orphelines, qui sont données comme auxiliaires aux sœurs gardemalades, ont des modèles de charité à suivre et peuvent compléter leur apprentissage.
Toutes les élèves, selon leur âge, sont donc utilement occupées ; mais que peut-on faire faire aux pauvres enfants qui sortent du berceau? il faut bien les placer hors la règle. Dans les bâtiments de la cour d’entrée, une bonne sœur tient ’ toutes les petites filles sous sa boulette ; elles folâtrent comme de jeunes agneaux autour de leur mère ; au premier signe elles se mettent en rond et dansent en bégayant quelques cantiques. Quant aux petits garçons dont les sœurs sont aussi chargées, elles ne peuvent les tenir en cage ; ils rôdent dans la cour ; ils regardent travailler les ouvriers de tous les états qui y ont leurs ateliers ; ils fouettent les bêtes qui rentrent dans leurs écuries; lorsque les pains sortent du four, ils tâchent d’en détacher quelques croûtons ; enfin, ils pleurent bien fort, lorsqu’il faut quitter les sœurs pour aller à l’orphelinat des garçons.
Les filles versent des larmes moins amères quand il s’agit de quitter l’établissement. Leurs adieux se font dans une salle de toilette, elles vont de là à l'église recevoir la bénédiction nuptiale avec l’époux que les vertus du ciel ont attiré.
Sur 1,185 jeunes filles qui depuis onze ans ont déjà passé par les mains des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, bon nombre ont été réclamées par leurs familles, soit en France, soit à l’Étranger ; mais toutes les autres , quand elles ont été en âge de s’établir, l’ont été d’une manière très-avantageuse. Leur éducation est si soignée, qu’elles sont préférées à beaucoup de jeunes filles élevées avec toutes les ressources du
monde. Les sœurs n’ont donc souvent que l’embarras du choix. C’est ainsi que 125 orphelines ont été mariées par elles à des colons propriétaires, à des employés de l’Administration et à de petits marchands. 32 sont entrées dans des communautés religieuses ; plusieurs ont pu se faire un avenir dans l’éducation et le commerce ; quelques-unes, en très-petit nombre, ont été placées comme domestiques quand aucun danger n’était à craindre.
Néanmoins , l’orphelinat des filles n’a toujours fait qu’imparfaitement le compte du Père Brumauld, supérieur de l’établissement des orphelins. Il élevait ses garçons dans les champs, et aurait voulu qu’on leur préparât des femmes élevées dans les mêmes conditions. En théorie , il est facile de concevoir des rehgieuses paysannes aussi façonnées que des fermières à la vie des champs ; mais est-il possible de fonder un grand établissement agricole avec un essaim isolé de jeunes filles? et, d’un autre côté, le concours d’un grand nombre d’ouvriers étrangers est-il conciliable avec une communauté religieuse de ce genre? Souvent en France nous voyons les femmes piocher la terre, porter la hotte, conduire les chevaux ; mais tout ce que la misère force à faire n’est pas nécessaire à enseigner. La place de la femme est au logis, et c’est à sa famille qu’elle doit ses premiers soins: l’en éloigner sans nécessité absolue, ce n’est que mettre la désorganisation dans le ménage.
En octobre 1 852, un solennel essai vint un instant fermer la bouche au Père Brumauld, et s’il ne justifia pas encore complètement les sœurs, il prouva tout au moins qu’elles savaient aussi bien élever leurs filles que les Pères leurs garçons. On allait ériger, au bout de la rue d’isly, au milieu du marché arabe, une statue en bronze au maréchal Bugeaud : pour mieux honorer la mémoire du héros, et ne rien oublier de ses titres de gloire, on eut l’idée de mettre dans le programme de la fête le mariage d’un orphelin avec une orpheline. Chacun des directeurs des deux
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établissements de Ben-Aknoun et de Mustapha fut invité à produire un époux ; le futur reçut une concession dans un nouveau village, et la future une dot de deux ou trois mille francs, reliquat des souscri ptions pour la statue. Le Père outilla et approvisionna convenablement le jeune colon ; la Sœur fournit le trousseau de la mariée. L’heureux couple faisait partout des envieux. Mais voyons la suite : le mari menait sa femme au bal, lui avait donné une domestique, s’était pour luiméme acheté un cheval et une montre. Tout allait au mieux, sauf la dot, qui pour une chose ou pour une autre, recevait tous les jours de nouvelles brèches. A la fin, la jeune femme alla trouver son ancienne supérieure et lui exprima ses inquiétudes. Celle-ci lui donna le sage conseil de tâcher de tenir les cordons de la bourse. Malheureusement il était déjà un peu tard, les habitudes de dépenses étaient prises ; si bien que ces enfants privilégiés de la colonie ne purent pas longtemps soutenir leur rang. Cependant, le nouveau concessionnaire était fils d’un ancien vétéran de l’armée; ce pauvre enfant avait été abandonné en bas âge, après avoir vu mourir son frère d’un coup de pied dans le ventre, que, dans un moment d’ivresse, lui avait donné son père. L’éducation que le jeune orphelin avait reçue à Ben-Aknoun lui avait donné assurément des mœurs plus douces que celles qu’il eût pu prendre sous le toit paternel ; il s’était même distingué par sa bonne conduite. Mais, à 21 ans, il n’avait pas encore l’expérience du monde et il était moins en état de s’y bien comporter et d’y faire ses affaires, que sa jeune femme, à 15 ans, de mener son ménage.
Les élèves de Ben-Aknoun n’ont ainsi la plupart du temps, au grand regret de leur directeur, rien de plus empressé que de dépenser en colifichets le petit pécule qu’il leur remet au sortir de sa maison ; tandis que les orphelines, qui n’emportent de l’établissement des sœurs, le plus souvent que de pauvres vêtements, trouvent bientôt moyen de faire des économies. 11 n’en est pas moins vrai que l’éducation
donnée aux jeunes filles dans un grand établissement comme celui de Mustapha , ne peut les former aussi bien à la vie des champs et même , en général, à toutes les épreuves de la vie du monde , que l’éducation la plus imparfaite de la famille. Aussi, lorsque le Père Brumauld est libre d’établir ses orphelins comme il l’entend , n’est-ce pas à l’orphelinat de Mustapha qu’il va leur chercher des femmes. Les garçons n’étant pas en état de se marier d’aussi bonne heure que les filles, il n’a pas encore beaucoup à se préoccuper de pourvoir ses pupilles ; néanmoins, il s’est déjà trouvé dans l’obligation d’y songer.
11 y a quelques années, deux orphelins lui ayant été adressés, il n’avait pas voulu les recevoir sans leurs trois autres frères. On n’avait pas osé lui présenter le plus jeune qui était en sevrage; quant aux plus grands, ils pouvaient déjà se tirer d’affaire et préféraient conserver leur liberté. Mais comme le Père avait tenu à ce que l’adoption fût complète, ces derniers avaient fini par céder à la condition imposée. L’aîné avait déjà travaillé dans les champs avec son père, paysan lorrain. Sou aptitude au travail l’avait bientôt fait distinguer de ses camarades, et le Père Brumauld l’avait chargé du soin des vignes, obligé qu’il avait été de prendre pour un autre service le frère, préposé à celte culture. Ce jeune orphelin s’était acquitté pendant plusieurs années de l’office qui lui était confié, sans qu’il y eût jamais un seul reproche à lui faire. Arrivé à l’âge de 2 1 ans, il était temps de le récompenser de sa bonne conduite. Le Père Brumauld demanda et obtint pour lui et son frère cadet une double concession laissée vacante à l’Afroun par des colons parisiens ; mais il fallait qu’il fût marié. Le jeune homme, rendu à la fiberté, était peu pressé de s’engager dans de nouveaux liens ; néanmoins, il ne résista pas longtemps à une aussi douce violence. Comme il ne savait de quel côté tourner ses pas, le Père Brumauld l’engagea à prendre avec lui un de ses camarades et à se rendre dans une ferme voisine de Ben-Aknoun, où il présumait qu’un choix pourrait
LES ORPHELINATS
être fait. En effet, le fermier avait plusieurs filles, l’alnée était aveugle, mais sa sœur cadette avait de beaux yeux. Ils se rencontrèrent bientôt avec ceux du jeune concessionnaire, qui ne tarda pas à venir rendre compte de ses impressions.
Le Père Brumauld lui offrit de l’accompagner sur les lieux.
Le lendemain, quand M. le Directeur de Ben-Aknoun parut avec son pupille, le fermier labourait dans son champ, et sa seconde fille piquait les bœufs d’une autre charrue conduite un peu plus loin par son fils. Le Père Brumauld demanda aussitôt à ce brave laboureur s’il voulait la marier à son jeune homme. Celui-ci répondit qu’il en serait trèshonoré, et qu’il ne pouvait désirer pour sa fille un meilleur parti, tant ses élèves offraient de garantie ; mais que n’ayant rien à lui donner, pas même le plus léger trousseau, il v
ne pouvait songer à l’établir. Le Père Brumauld le tira d’embarras en promettant de mettre 100 francs dans la corbeille. L’affaire de la dot étant ainsi arrangée, on appela la jeune fille. Après avoir demandé à son prétendant s’il persistait dans son désir, on l’interrogea à son tour.
Elle baissa modestement la tète : c’en était assez. Le Père Brumauld engagea alors les jeunes gens à se donner la main, puis leur dit de s’occuper de faire publier leurs bans.
Au bout d’une quinzaine de jours, ils étaient déjà unis et installés dans la concession obtenue. Toute cette concession était sur la tête du marié , et il était convenu qu’il partagerait avec son frère cadet, ou bien qu’il le dédommagerait par un équivalent quand il serait lui-même en état de s’établir. Trois ou quatre ans s’étaient à peine écoulés, que déjà, à force de travail et d’économie, les nouveaux époux avaient gagné une quinzaine de mille francs, et pouvaient, sans trop se dégarnir, acheter une autre concession à leur frère, séparé d’eux par le service militaire.
Toutefois les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, en dehors de leur grand orphelinat, ont fait un essai qui prouve qu’elles peuvent parfaitement, quand on leur en donne les
moyens, élever les jeunes filles pour la vie des champs et en faire des fermières aussi entendues que la famille du cultivateur la mieux organisée.
La plupart des colonies agricoles ont eu pour directeur des officiers du génie. Plusieurs d’entre eux ont entrepris cette difficile tâche avec un rare dévouement. Le commandant de Malglaive s’est, parmi tous les autres, distingué à Marengo. Les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, envoyées dans sa colonie, ont trouvé en lui le plus ardent coopérateur qu’elles pussent rencontrer : elles ont même été devancées dans leur zèle charitable. Il était difficile d’envoyer à dix lieues de distance, dans les hôpitaux de Blidah, de Milianah ou de Cherchell, les militaires et les colons qui tombaient malades à Marengo et dans tout le voisinage du lac Halloula. Après avoir demandé quelques sœurs de plus pour organiser une ambulance, le commandant de Malglaive se mit à construire un hôpital, et, sans attendre les crédits nécessaires, il avança une somme de 20,000 fr. Largement logées , les sœurs purent conserver avec elles les enfants des colons morts dans la localité. Le directeur plaça toutes les orphelines sous leur tutelle, et leur confia le soin des concessions laissées par les parents. Les sœurs en tirèrent parti, les firent labourer par les Arabes, et, au temps des i-écoltes, se firent aider par leurs élèves. Afin que les sœurs pussent utiliser, sans trop de dépenses de main-d’œuvre, les terres dont elles avaient la jouissance, M. de Malglaive leur prêta, de sa poche, 10,000 fr. pour acheter un troupeau ; elles devaient rembourser cette somme en trois ans. Dès la deuxième année ce troupeau avait doublé, les sœurs pouvaient s’acquitter de leur dette, tout en conservant plus de bétail que n’en ont la plupart des colons africains. Le commandant de Malglaive avait construit autour de l’hôpital toutes les écuries et les hangars nécessaires. Des pâtres indigènes venaient tous les matins chercher les bœufs et les moutons. Les colons qui manquaient de bêtes de labour, en em-
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pruntaient aux sœurs, et par reconnaissance leur cultivaient quelques coins de terres. Du reste, les sœurs pouvaient employer leurs jeunes élèves aux soins intérieurs, les charger de tenir en état les étables, de donner à manger aux bêtes, de traire les vaches, de faire le beurre et les fromages, etentin de vendre du laitaux colons quin’en avaientpas. Leurs ressources augmentant, les sœurs purent se Uvrer à quelques cultures industrielles et faire des plantations de tabac et de coton. Si elles étaient obligées de recourir, pour les gros travaux, à une main-d’œuvre étrangère, elles avaient d’un autre côté, pour une quantité de petits ouvrages, non moins dispendieux, des ressources qui ne se trouvent ordinairement que dans les familles nombreuses. Puis des mûriers plantés dans toutes les rues et sur toutes les places du nouveau centre de population grandissaient à vue d’œil, les sœurs pouvaient en faire cueillir les feuilles et élever des vers à soie. Aussi le commandant de Malglaive, afin de mieux assurer l’avenir de l’établissement des sœurs, en vinUil à demander pour elles une concession de 99 hectares dans les environs.
Les sœurs de Marengo qui, outre leur asile pour les petits enfants, ont une trentaine d’élèves externes, pourraient facilement recevoir un pareil nombre d’élèves internes. Elles ont trouvé une excellente solution au difficile problème de donner à des filles, dans une communauté rebgieuse, une éducation vraiment agricole et même une éducation de famille. Pour peu qu’elles soient secondées, les sœurs des autres colonies agricoles s’empresseraient, nous n’en doutons pas, d’imiter celles de Marengo. Il ne leur serait pas même nécessaire, pour réussir, d’avoir dans les différents villages des établissements aussi importants.
Les sœurs Trinitaires étabUes à Oran depuis le 29 septembre 1840 ont successivement organisé, dans cette ville, les mêmes œuvres qui se sont si merveilleusement développées à Alger avec les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul. Dès l’année
1841, les sœurs d’Oran avait ouvert une classe gratuite et un pensionnat. Leur maison devint bientôt l’asile des orphelines de la province. Ce n’est cependant qu’à la fln de 1854 que le gouvernement a mis à leur disposition, pour cette œuvre, une propriété domaniale, ainsi qu’il avait fait précédemment pour les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul d’Alger.
L’orphelinat des filles de la province d’Oran est maintenant établi à Misserghin, à distance convenable, toutefois, de l’orphelinat des garçons qui se trouve dans la même localité. 73 orphelines et 5 orphelins eu sevrage y sont entretenus aux mêmes conditions qu’à Mustapha, moyennant 15 fr. par mois. Huit sœurs sont attachées à l’établissement ; elles s’efforcent de donner à leurs élèves la même éducation que donnent les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul à leurs orphelines. Les jeunes filles de Misserghin, selon leur âge, sont appliquées à la couture, aux soins ordinaires du ménage, à tous les ouvrages qui sont dans les attributions des femmes de la campagne, tels que, l’élève du bétail et des oiseaux de basse-cour, la laiterie, le blanchissage, le jardinage, etc. Les sœurs Trinitaires ont la jouissance de 60 hectares de terre autour de la maison de Misserghin : déjà 20 hectares sont mis par elles en culture.
Les orphelines d’Oran trouvent à se pourvoir aussi avantageusement que celles d’Alger ; mais les sœurs sont très-difficiles et examinent longuement les titres des candidats qui se présentent.
Les sœurs de la Doctrine chrétienne sont loin d’être restées en arrière. Elles ont même acheté, il y a quelques années, aux environs de Bône, une propriété où elles ont réuni toutes les orphelines que , dès leur arrivée , elles accueillaient dans leurs maisons des principales villes de la province. Ces orphelines sont maintenant au nombre de 100. Ce nombre paraît aux sœurs de la Doctrine chrétienne le plus convenable pour un établissement de ce genre. Elles pourvoient, avec leurs jeunes élèves, sauf le labour, à tous les soins de la
LES ORPHELINATS
culture de 1 1 hectares de terres, et font des plantations de tabac et de coton, en même temps que du jardinage. Elles s’occupent aussi de l’éducation des vers à soie. Du reste, elles enseignent à leurs élèves tout ce qu’il leur est nécessaire d’apprendre pour former d’excellentes femmes de colons.
Les sœurs de la Doctrine chrétienne sont plus répandues que celles de Saint-Vincent-de-Paul dans la colonie ; indépendamment de la province de Constantine qui leur est réservée, elles partagent avec ces dernière.s l’éducation des enfants de la province d’Alger. Les sœurs de la Doctrine chrétienne, au nombre de 180, réparties dans 81 maisons, seraient donc plus qu’aucunes autres, si on leur en donnait les moyens , en état de former des établissements semblables à celui de Marengo. Elles ne pourraient manquer de réussir aussi bien , puisqu’elles se recrutent beaucoup dans les campagnes et que d’ailleurs elles ont à Alger un noviciat déjà nombreux. Une vocation spéciale doit attacher les jeunes religieuses qui sortent de ce dernier établissement aux enfants de nos colons et aux œuvres particulières à l’Algérie. Toutefois les sœurs de la Doctrine chrétienne, si empressées qu’elles soient à répondre à tous les appels charitables, n’ont encore pu faire l’essai d’une maison d’orphelines de proportion restreinte que dans la ville de Blidah.
Outre les filles de la Charité, les sœurs Trinitaires et celles de la Doctrine chrétienne, Mgr Dupuch avait encore attiré dans son diocèse les religieuses du Bon-Pasteur. Elles se sont établies à El-Biar, près d’Alger. Ces religieuses, qui ont pour but de retirer du vice les personnes qui y sont tombées, et de préserver celles qui seraient exposées à se perdre dans le monde, n’ont pas été accueillies avec tout l’empressement désirable par les anciens administrateurs de la colonie. Celte institution est restée complètement pendant plusieurs années à la seule charge de l’Evêque et des personnes charitables qui attachaient comme lui beaucoup de prix à l’amélioration
des mœurs dans notre colonie. Aujourd’hui encore, qu’elle est mieux comprise et qu’elle reçoit quelques subsides du gouvernement, il lui faut pour se soutenir que l’Œuvre de la Propagation de la Foi lui vienne chaque année en aide.
Dès 1851, les jeunes filles élevées à El-Biar étaient au nombre de 184; elles étaient divisées en trois classes : celle de Préservation en comprenait 64, celle de Saint- Louis 55, et celle des Pénitentes et Madeleines 65.
La classe de Préservation est composée de jeunes filles qui, par leur position, se trouvent exposées dans le monde, et que leurs parents, la plupart sans fortune, ne pourraient faire recevoir ailleurs. Une partie de ces enfants payent une petite pension de 10 à 15 fr. par mois; un grand nombre d’autres ne peuvent rien donner, et ce sont précisément les plus exposées à se perdre.
Dans la classe, dite de Saint-Louis, on reçoit des jeunes filles de 6 à 14 ans, pauvres, abandonnées, recueillies dans les camps, les rues et les villages, instruites au mal dès le berceau, orphelines i>our la plupart, et non susceptibles d’ôtre reçues datis un orphelinat à cause du danger qu’il y aurait à les mettre en contact avec des enfants demeurées sages. Elles arrivent ordinairement dénuées de tout, couvertes de quelques baillons, et dans un état moral et physique iléplorable.
La classe des Pénitentes renferme d’infortunées jeunes filles qui viennent librement ou qui sont amenées par leurs parents pour réparer par le repentir une vie déjà pleine de désordres, et pour se réhabiliter ainsi devant Dieu, devant la société et devant elles-mêmes.
Plusieurs sont devenues d’excellentes femmes de ménage et de bonnes mères de famille; d’autres, ne voulant plus s’exposer aux dangers du passé, ont été admises, après une épreuve plus ou moins longue, à se consacrer à Dieu sous le nom de Madeleines.
LES ORPHEUNATS.
Ces deux dernières classes, et une partie de la première, sont entièrement à la charge de la maison, à l’exception de 50 enfants pour lesquelles l’Administration paye, depuis le mois d’arril 1851, une indemnité mensuelle de 20 fr. pour les unes et de 1 5 fr. pour les autres.
L’éducation que les religieuses du Bon-Pasteur procurent à leurs élèves, ressemble beaucoup à celle que donnent les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul dans leur orphelinat de Mustapha. Le vaste jardin qui entoure leur maison d’El- Biar leur permet même d’appliquer à des cultures potagères leurs plus grandes pensionnaires. Celles qui se conduisent bien trouvent facilement à s’établir, et, quoique la source soit un peu moins pure qu’ailleurs, les colons y ont souvent recours. La vertu éprouvée, celle môme qui a eu besoin de se réhabiliter, offrent quelquefois plus de garantie que la piété à la mode du monde.
Les religieuses du Bon-Pasteur, au nombre de 38, ont maintenant plus de 200 élèves ; elles se sont attachées 1 1 Madeleines.
Depuis déjà plusieurs années un petit essaim est sorti de la maison du Bon-Pasteur d’El-Biar, pour implanter dans la province d’Oran cette utile institution.
Du reste, les sœurs Trinitaires viennent d’établir à Oran une œuvre de ce genre ; elle reçoivent dans une classe de préservation les jeunes filles de 12 à 18 ans, exposées à se perdre dans le monde.
Les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul les ont, depuis plusieurs années, devancées à Alger. Sur la terrasse de leur maison de la Miséricorde elles ont élevé de légères constructions qu’elles ont consacrées à un ouvroir. Les jeunes filles auxquelles ce refuge est ouvert, pourvoient elles-mêmes à tous leurs besoins par la petite industrie à laquelle on les applique. Leurs produits ont figuré l’année dernière à l’Exposition universelle. En attendant qu’elles soient en âge d’aller peupler nos colonies agricoles, elles font des Heurs et des
fruits artificiels qui servent à l’ornement des autels et à bien d’autres usages. Qu’il ait une destination pieuse ou profane, l’argent qui les fait vivre n’est pas, assurément, mal employé ; il donne des habitudes de travail et d’économie à des jeunes filles qui, faute d’un appui tutélaire, tomberaient peut-être dans le désordre.
Enfin, les religieuses Hospitalières des trois provinces sont en Algérie, comme en France, spécialement chargées du service des enfants trouvés. Elles les reçoivent dans des tours, leur cherchent des nourrices, leur donnent un asile après le sevrage dans les orphelinats. A cet égard, jamais la bienveillance de l’Administration ne leur a fait défaut. Les subsides accordés en France pour ses pauvres enfants avec parcimonie, ont dans la colonie répondu à tous les besoins, du jour où le charitable héritage de Mgr Dupuch a été accepté sous bénéfice d’inventaire.