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LES FORÊTS

La France, il y a quatre cents ans, possédait 30 millions d’hectares de forêts. Aujourd’hui, son domaine forestier se réduit à 7 millions d’hectares environ, dont 400,000 hectares seulement de hautes futaies. On commence à regretter tous les grands défrichements faits sous les auspices de la civilisation, d'autant plus que, dans bien des endroits, il n’y a plus de

remède au mal, et qu’il est impossible de faire reverdir des rochers comme ceux des montagnes de Provence maintenant dépouillés de terre végétale. 11 n’est pas sans intérêt dès lors de voir quelle compensation à cet égard peut nous offrir l’Algérie. Son déboisement a commencé bien avant celui de la France; et si une chose doit étonner, c’est qu’avec les moyens employés pour l’opérer il reste encore d’aussi beaux débris. La paresse des Arabes y a contribué. Partout où des obstacles naturels se sont présentés, les forêts ont été conservées. Ainsi les hautes montagnes et les beux d’un accès difficile ont conservé des arbres séculaires. Puis certaines natures d’arbres, comme les chênes-lièges, ont plus facilement résisté aux incendies. D’ailleurs, comme dans toute l’Algérie, la population kabyle se trouve plus ou moins agglomérée dans les montagnes , la végétation a dû y être un peu préservée des grands ravages. Les Kabyles, habitant des maisons et faisant eux - mêmes des plantations , devaient craindre que tout fût livré au feu ; ils devaient, autour d’eux, chercher à arrêter le progrès des flammes. Aussi, lorsque, après la pacification du pays, des vastes plaines occupées par les tribus arabes nous avons pu faire quelques explorations dans les montagnes, nous n’avons pas tardé à y découvrir de précieuses ressources forestières. Nous sommes loin d’avoir encore pu constater tout ce que l’Algérie possède. Néanmoins, les reconnaissances faites par les différents services civils et militaires y ont déjà mis à la disposition de l’État une étendue de 1,250,757 hectares. Or, comme le domaine forestier de l’Etat, en France, n’est que de 1,092,000 hectares, il en résulte ce fait curieux et remarquable, traité assurément de chimère il y a peu d’années, que l’Etat possède en Algérie plus de forêts qu’en France.

Toutes les forêts de la province de Constantine qui avoisinent la côte, depuis la Galle jusqu’à Bougie, sont principalement garnies de chênes-lièges. On y trouve mêlés quelques pins maritimes, quelques oliviers, mais surtout une espèce

de chêne particulière à l’Algérie, dont le port est semblable à celui de notre chêne blanc et dont la feuille a de l’analogie ayec celle du châtaignier. Le nom de chêne-zéen lui a été donné par les Arabes : il atteint de fortes proportions, mais plus cependant en grosseur qu’en hauteur. La forêt de Skira, sur la frontière de Tunis, a une futaie de chênes-zéens, dont quelques-uns sont d’une dimension colossale. Celles desBeni- Salah, au sud de Bône, contient des cantons de chênes-zéens qu’un maître charpentier au port de Toulon comparait, en 1846, à ce qu’il avait vu de plus beau en Italie et en Bussie. Les Anglais tiraient jadis des bois de construction de ces contrées. En 1817, à l’époque où ils reprirent leurs communications régulières avec les côtes Barbaresques, ils proposèrent au dey d’Alger une somme annuelle de 200,000 fr. pour avoir le droit de couper du bois de construction dans les forêts de La Calle et des Beni-Salab, jusqu’à la Seybouse. Ils firent des propositions analogues au bey de Tunis, pour jouir de la même faculté dans les bois de Tabarka et des endroits voisins. Il ne parait pas que ces ouvertures aient eu des résultats. L’Angleterre dut le regretter. Le chêne-zéen, jugé supérieur au plus beau chêne anglais, eût offert de précieuses ressources en bois de construction à ses chantiers de Gibraltar, de Malte et des îles Ioniennes.

Dans la forêt de l’Edougb, près de Bône, on trouve d’assez beaux châtaigniers. Les bois qui garnissent les plaines basses du voisinage de la mer renferment principalement des frênes, des ormes, des blancs de Hollande. Le bois du Safsaf, près de Philippeville, tire son nom de cette dernière espèce d’arbre, dont il est la désignation arabe. Les saules, les peupliers, les aunes, croissent dans les bois submergés de Tonga, près de La Calle, et dans tous ceux qui bordent les rivières.

Les premières chaînes de l’Atlas sont particulièrement peuplées de chênes verts, entremêlés de genévriers, de lentisques et quelquefois de chênes à glands doux. La récolte

des glands doux est ordinairement assez abondante ; mais les Arabes n’élevant pas de cochons, les abandonnent aux sangliers. Us ne profitent pas davantage des oliviers qui garnissent les dernières pentes des montagnes : ce sont des oliviers sauvages, il faudrait les greffer, attendre plusieurs années, ce qui ne peut entrer dans les calculs de la vie nomade tant qu’elle a un libre essor.

Les forêts de la région des hauts plateaux ont encore des chênes verts ; mais ils ne sont plus l’essence dominante. Les pins d’Alep, les thuyas, y croissent avec vigueur, et même les érables en certains endroits : ainsi dans les Aurès et aux environs de Bathna. Dans cette dernière régiou, les cimes des montagnes, et même les pentes élevées, sont garnies de forêts de cèdres. Tous les vieux cèdres sont couronnés en forme de parasol ; les jeunes sujets ont les tiges eflilées comme les sapins : aussi croit-on se retrouver au milieu des Vosges, quand on parcourt les fraîches forêts de cèdres qui s’élèvent près de Bathna dans toutes les gorges de l’Atlas.

La même variété d’essences se reproduit dans les autres provinces de l’Algérie. Toutefois, les saules, les peupliers et les aunes y sont assez rares, même sur le bord des rivières, mais on rencontre souvent de beaux blancs de Hollande groupés dans des ravins et sur le bord des ruisseaux. Aux environs d’Alger on voit quelques vieux platanes. Le platane qui se trouvait en dehors de l’ancienne porte Babazoun, qui a été abattu pour dégager la façade du nouveau théâtre, avait plus de trois cents ans : il a fourni 103 quintaux de hois.

Les bois du Sahel d’Alger ne sont, en général, que des broussailles au milieu desquelles s’élèvent quelques chênesverts et des oliviers sauvages ; la plupart portent des vestiges des incendies des Arabes. Cette portion du Sahel, d’un accès facile, a été plus exposée que les autres à leurs ravages ; et, d’un autre côté, nous avons vu que les Turcs ont, tant qu’ils en ont trouvé, tiré de là leurs bois de construction, sans s’in-

quiéter d’y faire des réserves forestières et de les aménager. 11 y a cependant quelques exceptions. Le bois du Mazafran, au-dessous de Koléah, a encore l’aspect des forêts vierges de l’Amérique. Situé au milieu de marécages, les arbres y poussent avec une vigueur extrême ; on y trouve surtout des frênes. Leurs troncs séculaires sont entrelacés de vigne sauvage, dont les ceps vont se marier à leurs rameaux les plus élevés. Ce bois n’est accessible qu’aux bêtes sauvages, tant le fourré des plantes et des arbrisseaux y est épais. On conçoit, du reste, que les incendies aient respecté cette masse toujours verte entourée d’eau, où l’action du soleil d’été, loin de dessécher la végétation, ne fait que l’activer.

Les véritables bois de la province d’Alger ne commencent guère que sur les hauteurs de l’Atlas; on y trouve des chênes, des caroubiers, des oliviers, et des arbres d'essences résineuses.

La forêt d’Ak-Fordoun, à 24 kilomètres de Dellys, est garnie d’une très-belle futaie de chênes-zéens, dont quelques-uns atteignent les plus fortes dimensions et forment des massifs complets et réguliers. Les Turcs en tiraient tous les bois de charpente employés dans les grandes constructions d’Alger. Le tiers de la forêt des Beni-Menasser est une futaie de chênes dont les arbres, d’un à deux mètres de tour, offrent des ressources considérables en bois de chauffage et de charrohnage. Aux environs d’Aumale, il y a un massif de quatre à cinq mille hectares d’oliviers sauvages, qui peut contenir au moins 200,000 pieds. La forêt de l’Ourensenis est toute peuplée de thuyas et de pins d’Alep. Sur les crêtes des montagnes les thuyas deviennent quelquefois l’essence exclusive, mais dans les vallées on ne rencontre guere que des pins d’Alep. Ces pins, généralement bas et branchus dans les clairières, sont grands et bien efülés dans les massifs serrés.

Les cimes de l’Atlas, au-dessus de Blidah, sont déjà couronnées de cèdres, mais ce n’est que plus avant dans l’inté-

rieur, au milieu des hauts plateaux, que l’on trouve de grandes forêts de cèdres. Celle de Teniet-el-Haad, est magnifique, les cèdres y ont jusqu’à 5 et 6 mètres de circonférence, et de 25 à 35 mètres de hauteur. Un guéridon, de 1 mètre 50 centimètres de diamètre, en cèdre massif, offert dernièrement au gouverneur général, provenait d’un arhre coupe dans la forêt de Teniet-el-Haad, dont le tronc avait 40 mètres de haut. D’après les veines circulaires du bois, on a calculé que l’arbre devait avoir cinq cents ans.

La province d’Oran est loin d’être aussi dépouillée qu’elle en a la réputation ; elle est même beaucoup plus boisée que la province d’Alger. Sans doute, les broussailles du Sahel d’Oran sont très-clair-semées d’oliviers et de chênes-lièges. A part un bois de tamarins sur les bords de l’Oued-el-lIabra, les rivières, dans toutes les plaines voisines de la côte, n’y sont point bordées d’arbres comme dans la province de Constantine, mais toute la région des hauts plateaux au delà de Mascara, depuis Tiaret Jusqu’à Sebdou, est couverte de forêts ; celle de Daya a une futaie de 20,000 hectares, tant en chênes qu’en pins d’Alep. Les chênes à glands doux et les chênes verts forment la majeure partie des peuplements près de Daya. En s’éloignant de ce poste, le pin d’Alep et le thuya prennent de plus en plus la place des chênes, et forment des massifs qui viennent rejoindre les forêts de Sebdou à l’ouest, de Saïda et de Tbiaret à l’est. Ces masses forestières présentent des ressources considérables, non-seulement en bois de chauffage, mais encore en bois de charpente. Les Arabes n’y prennent guère que des perches de thuya, qu’ils emploient pour supporter leurs terrasses ; mais les pins d’Alep fourniraient des solives assez fortes pour des charpentes plus importantes. Un pin parfaitement sain et encore vigoureux mesure, dans ces contrées, jusqu’à 2 mètres 80 centimètres de circonférence, et 15 mètres de hauteur sous branches.

Les bois de l’Algérie sont composés, conune nous venons

de le voir, d’essences variées, le plus souvent confondues ensemble ; quelques-uns cependant présentent, sur de grandes étendues, des masses de même nature et sans mélange d’autres espèces.

Ainsi, on peut compter :

Hectares.

23 forêts de chênes-lièges, d’une superficie de 36,700

4 — de chênes verts, — — de 9,600

4 — de chênes-zéens, — — de 115,500

2 — de chênes à glands doux, — de 6,000

2 — de genévriers, — de 12,800

Jusqu’à présent, les forêts de l’Algérie, accessibles seulement aux ânes et aux mulets, n’ont guère été exploitées que par les indigènes. Depuis l’occupation française, ils n’ont pas cessé d’approvisionner nos marchés de charbon et de bois de chauffage. Dans toutes les villes qui ne sont pas trop éloignées des massifs forestiers, les charges de combustibles, en temps ordinaire, se vendent encore à des prix modérés ; mais aussitôt que la pluie retient ces braves gens dans leurs gourbis, ou que des crues d’eau leur barrent le passage, on est souvent réduit à brûler du bois de démolition. Sans autres moyens de transport que des bêtes de somme ou leurs propres épaules, il est impossible aux indigènes d’amener des pièces assez fortes pour les constructions européennes, et, jusqu’à l’invention du télégraphe électrique, il était difficile, avec les exigences de la civilisation, de faire un bon usage de leurs rondins les plus élevés. 11 a fallu, pour les constructions européennes, faire arriver en Algérie les bois du continent. Les planches de sapin, de 4 mètres de longueur, expédiées de Trieste, se vendent, dans les ports d’Afrique, 1 fr. 60 c. ; les madriers des mêmes bois, d’une épaisseur suffisante pour des solives, 1 fr. 50 c. le mètre courant, et les gros bois 60 fr. le mètre cube ; mais ces prix sont quelquefois plus que doublés quand il faut faire arriver ces bois dans quelque ville de l’intérieur. A Gonstantine, par exemple.

une planche de sapin ne coûte pas moins de 4 fr. : et cependant Constantine n’est guère plus éloigné des forêts de cèdres de Bathna que du port de Stora. Le bois de sapin employé jusqu’à présent dans presque toutes les nouvelles constructions de l’Algérie, se pourrit facilement, et l’on est déjà à se demander si, d’ici à un petit nombre d’années, il ne faudra pas renouveler toutes les charpentes des maisons. Le bois de cèdre, aussi facile à débiter, offre la même résistance, et, comme l’attestent de vieux monuments, se conserve inaltérable à travers les siècles. On conçoit, dès lors, l’intérêt qu’offrirait pour la colonisation l’exploitation régulière des forêts de l’Algérie; car, dans l’état actuel, il arrive souvent que les localités les plus voisines des forêts sont celles où les constructions deviennent le plus dispendieuses, et, il faut bien le remarquer, le bois est nécessaire non-seulement pour les charpentes, mais aussi pour la fabrication de la brique et des tuiles, pour la cuisson de la chaux et du plâtre. Il y aurait une grande économie de dépenses, nonseulement pour les colons, mais aussi pour l’État, si l’on pouvait, en Algérie, se procurer le bois à aussi bon marché qu’en France. La marine elle-même pourrait profiter de l’exploitation des nouvelles forêts, les réserves des forêts de France commençant à devenir insuffisantes pour ses besoins. Un ingénieur de la marine, qui a visité récemment les richesses forestières de l’Algérie, a reconnu, comme avant nous les Anglais, l’existence de très-beaux bois propres à toutes les constructions navales. Non-seulement le chêne-zéen, mais l’érable et beaucoup d’autres bois, peuvent être employés très- avantageusement et dispenser de recourir aux pays étrangers pour approvisionner nos arsenaux.

Ce n’est pas tout. Les forêts de l’Algérie peuvent fournir beaucoup de bois précieux pour l’ébénisterie , tels que le caroubier, le lentisque, l’olivier, le pistachier, le jujubier, le genévrier, le térébinthe, le palmier, l’arbousirr, le platane. Je noyer noir, le chêne vert, le cèdre, le cyprès et le thuya.

Quelques-uns de ces bois ont le précieux avantage d’être incorruptibles, et presque tous l’emportent de beaucoup sur l’acajou et le palissandre en richesse de tons et de veines. Faciles à travailler, ils peuvent servir à la fabrication de tous les meubles sculptés, et s’employer en feuilles comme placage.

Puisque nous avons à nos portes une si grande variété de bois, pourquoi nous mettre en peine d’en faire venir à si grands frais de pays lointains, de moins beaux et de moins bons?

En attendant que le gouvernement prenne l’initiative de l’exploitation de ses forêts de l’Algérie d’une manière sérieuse, les particuliers ne se sont guère attachés qu’à en utiliser les chênes-lièges. Déjà 12,000 hectares de ces bois ont été concédés à diverses compagnies; mais la brièveté du temps de concession, limitée d’abord à seize années lorsqu’il en faut huit pour la reproduction du liège après le démasclage de sa première récolte, a découragé la plupart des concessionnaires en présence des frais énormes qu’occasionne nécessairement une première exploitation. Le terme de 40 ans, assurant quatre récoltes pleines, a été adopté comme devant servir de base aux concessions futures. Celle de la forêt de l’Ëdough, près de Bône, a été faite à cette condition en 1849, et déjà son exploitation, dirigée avec intelligence pai’ M. Bergasse, prouve le beau parti que l’industrie peut tirer des chênes-lièges de l’Algérie. Cette exploitation prouve aussi combien quelques soins donnés aux forêts de ce pays en activent la végétation et en préparent la belle venue.

Les forêts de l’Algérie les mieux conservées sont dans un état déplorable. La plupart des arbres de haute futaie dépérissent de vétusté : si l’on pouvait les dégager, on favoriserait le développement des jeunes plants, qui quelquefois sont trèsélevés et ne tarderaient pas à fournir de très-beaux bois de charpente. Les taillis sont en général assez bien venants : un peu décipés et débarrassés des vieux arbres comme des

broussailles, ils pousseraient plus vigoureusement encore.

Il serait donc très -important que le service forestier pût apporter aux forêts de l’Algérie les mêmes soins qu’il donne à celles dont il est chargé en France. Malheureusement ce service est très-insuffisant. En France, l’Etat emploie pour ses forêts 32 conservateurs, 200 inspecteurs, 100 sous-inspecteurs et 500 gardes généraux. En Algérie, le service des forêts n’a eu jusqu’à ce jour, faute de ressources budgétaires, que 3 inspecteurs, 6 sous-inspecteurs et 23 gardes généraux.

M. le maréchal Randon, gouverneur général de l’Algérie, a eu l’initiative d’une mesure qui peut avoir d’excellents résultats pour les forêts de l’Algérie. 11 a organisé plusieurs compagnies de soldats-bûcherons, que l’on a répartis sur différents points, tant pour l’exploitation des forêts que pour les plantations utiles à faire sur certains territoires. Le reboisement de l’Algérie n’offre peut-être pas autant de difficultés que celui de la France et peut avoir des résultats beaucoup plus importants. Sans doute les plantations en Algérie exigent plus de soin qu’ailleurs : tant que les racines n’ont pas atteint une certaine profondeur, les plants risquent de se dessécher ; si l’on ne peut pratiquer des irrigations, il faut au moins rafraîchir la terre par de fréquents binages et empêcher les mauvaises herbes de l’épuiser. Mais, d’un autre côté, on trouve presque partout un sol profond. Tandis qu’en France les contrées déboisées ont à peine conservé leur terre végétale, et que souvent même les roches y sont à nu , en Algérie, comme nous l’avons déjà fait remarquer, les broussailles y ont maintenu jusque sur les plus hautes montagnes des couches plus ou moins épaisses d’humus. Puis il y a d’immenses plaines envahies par les palmiers nains. Nous avons vu que, pour être défrichées, elles exigeraient des travaux considérables qui entraîneraient inévitablement la ruine de tous les colons qui essayeraient de les mettre en culture, à moins que le gouvernement ne leur vînt en aide.

Plutôt que de se mettre en si grands frais en défonçant d’immenses étendues à un mètre de profondeur, ne serait-il pas beaucoup plus simple de peupler d’essences forestières les petites clairières qui séparent les touffes de palmiers nains? Ces plantes protégeraient d’abord les semis et elles finiraient bientôt par être étouflées dès que les branches de nouveaux arbres auraient pris le dessus. Ne laissant aux colons que les terres d’un défrichement facile, l’Etat pourrait ainsi utUiser les autres à beaucoup moins de frais. Tout le monde y gagnerait : l’Etat aurait augmenté son domaine forestier, et les particuliers n’auraient point usé leurs forces et leurs ressources pour acquérir des terres de culture à un prix plus élevé que beaucoup de terres de France.

Mais le premier soin à prendre serait d’empêcher le déboisement qui continue à faire de lamentables progrès. Pendant l’année 1853, la seule province de Constantine a vu 15,000 hectares de forêts devenir la proie des flammes, ainsi que l’ont constaté les procès-verbaux du service forestier. Tous les ans, à la fin de l’été, lorsque les herbes commencent à se dessécher et que les arbres ont perdu leur sève, les incendies recommencent régulièrement dans les trois provinces. lu'Ècho * d’Oran en signalait un en 1854 qui a dévoré 3,000 hectares dans la forêt de M’sila.

O L’institution des planteiu^ militaires, disait à cette occasion le journal VAkhhar, a été certainement une des mesures les plus utiles. Les planteurs-militaires sont chargés, sous la direction intelligente du service forestier, de reboiser le pays ; ils ont déjà exécuté des travaux sur une vaste échelle. Pour ne parler que de la province d’Oran, ils ont commencé à peupler les hauteurs du Santon et de Santa-Crux, et ensemencé 45 hectares sur la plage de Karouba, ainsi qu’une dizaine d’hectares près d’Ennaya; en tout, 82 hectares dans les environs du chef-lieu. Ils ont greffé 15,000 oliviers dans la forêt de Muley-Ismall,

1 3,000 à rOued-Chouli, 600 à Zamora ; ils ont démasclé 22,000 pieds de liège dans la forêt de d’AIn-Aflir, et commencé la délimitation, à Zamora, d’une forêt de 2,500 hectares, etc.

« C’est beaucoup, sans doute. Toutefois, ces 82 hectares plantés.

ces greffages, ces semis, ouvrage laborieux d'une année, qu’estrce en comparaison de ces 3,000 hectares que l’incendie a dévorés en un jour dans la forêt de M'sila?

« La première chose à faire, ce qui importe avant tout, c’est donc d’arrêter le déboisement du pays, c’est d’assurer la conservation des richesses forestières qui existent. Cette pensée a frappé nos trois Chambres consultatives. Celle d’Oran, dans sa session de 1853, exprimait le vœu qui suit :

« La Chambre attache la plus haute importance à la question du « reboisement; mais elle pense qu’il ne faut pas compter uniquement, a pour y parvenir, sur un reboisement fait de main d’homme, qui « serait bien lent, bien restreint, et surtout démesurément coûteux, a A son avis le moyen le plus sûr, le plus rapide et le plus écono- « mique, serait d’arrêter d’abord le déboisement, puis d’aider au re- « boisement naturel, qui tend à s’opérer sur d’immenses étendues « couvertes d’essences, qui n’attendent qu’un peu de protection pour « passer de l’état de broussailles à l’état de véritables boLs. 11 suffirait « pour cela d’interdire sévèrement sur ces points tout brûlis et tout « pacage. L’action toute-puissante que l’administration mUitaire tt possède SUT les populations indigènes pourrait, sous ce rapport, « remédier en péutie à l’insuffisance complète du personnel de l’ad- « m'nistration des forêts. »

« Là en effet se trouve Tunique remède que nous puissions opposer au mal. Depuis longtemps déjà on y avait songé, mais la question demandait à être méditée. Elle était déhcate, car il ne s’agissait de rien moins que de placer les forêts sous la responsabilité des tribus sur le territoire desquelles elles étaient situées. L’expérience a fait connaître combien ce moyen serait efficace. 11 n’est rien que les Bureaux Arabes n’aient obtenu et ne puissent obtenir en ce genre des tribus indigènes. Nous les avons chargées de la police des routes et de la sûreté des voyageure ; nous les avons rendues responsables des crimes et des délits qui se commettaient chez elles, et même de leurs querelles intestines.

« Ne sullit-il pas de vouloir, pour qu’elles répondent également des délits forestiers? Les chefs arabes, moyennant une indemnité, n’ont-ils pas entre leurs mains tous les moyens d’action pour exercer à cet égard une police active et de tous les instants, une répression vigoureuse non-seulement en ce qui regarde les incendies et les coupes de bois, mais encore en ce qui concerne le pacage des troupeaux ?

B Un homme très-compétent émettait devant nous cette idée ; Qu’on prenne la forêt la plus éloignée, la plus exposée aux déprédations de

toute sorte; qu’on l’entoure d’une simple haie sèche ; qu’un signe eitérieur quelconque avertisse les indigènes qu’il est défendu d’y pénétrer, et cette forêt sera respectée.

« Sans admettre ce qu’il peut y avoir d’exagéré dans cette assertion, nous croyons fermement que le système de la responsabilité des tribus, en matière de forêts, peut avoir les résultats les plus avantageux. Ce système nous parait susceptible d’une grande extension. Ainsi, les indigènes peuvent être employés, sous la direction du service forestier, à opérer des coupes affouagères pour leurs propres besoins, ce qui, en améliorant les forêts, ôterait tout prétexte aux dévastations. »

11 ne faut pas croire, toutefois, que dans cette affaire les Arabes, maintenant, soient les seuls à mettre en cause. Les colons européens, désespérés quelquefois de l’immense travail qu’il leur faut faire pour défricher les terres qui leur sont concédées, ne sont que trop souvent disposés à jeter leurs haches et leurs outils pour suivre l’exemple des indigènes, sans calculer qu’un vent violent peut tout d’un coup s’élever, et que le feu, après avoir nettoyé leur terrain, peut aller porter ses ravages jusqu’aux alentours des villages, y brûler les meules de blé et toutes les autres récoltes. C’est ainsi qu’en 1854, on a vu la plaine de la Mitidja illuminée d’incendies entre tous les nouveaux villages. Âu milieu de ces colonies, la responsabilité des chefs arabes serait inefficace, et le meilleur préservatif serait d’y avoir des gardes champêtres, plus occupés du territoire des communes que du service des mairies et des querelles de ménage de leurs concitoyens.

Toujours est-il que la compagnie des planteurs militaires poursuit ses utiles travaux. Elle sème, elle plante, elle fait des recepages et des débroussaillements. Ces années dernières, dans la province de Constantine, environ 6 hectares de terres ont été semés en glands, et près de 20,000 pieds de pins d’Alep ont été plantés ; 18 kilomètres de route, 50 kilomètres de sentiers muletiers, et 19 kilomètres de lignes de coupes ont été ouverts; 1,500 mètres de fossés ont été per-

cés. Récemment, dans la province d’Alger, 60 hectares ont été plantés aux environs d’Orléansville. Nous avons vu que dans la province d’Oran les planteurs n’avaient pas seulement été appliqués au reboisement ; 200 hectares environ de chénes-liéges ont été démasclés par eux ou préparés pour la reproduction du liège ; beaucoup d’oliviers ont été greffés. « Tous ces travaux sont en état prospère, est-il dit dans le tableau de la situation des établissements français en Algérie, publié en 1855 par le Ministre de la Guerre; un résultat remarquable a été obtenu. Les indigènes, qui, au début, arrachaient les greffes, font, aujourd’hui que nous les avons éclairés sur le sens des travaux de greffage, demande sur demande pour obtenir des greffeurs, que le service forestier s’est vu avec regret obligé de refuser. Le cercle de Guelma, est-il dit un peu plus loin, renferme 10,000 hectares d’oliviers réservés pour les Arabes et propres à être greffés. »

Puis le service forestier est entré dans une nouvelle voie pour l’écoulement des produits de certaines forêts. La mise en vente des coupes a été adoptée ; elles ont été enlevées à des prix que l’administration espère devoir s’accroître. Ils varient de 50 à 80 centimes le stère pour le bois de chauffage, et de 6 à 10 fr. le mètre cube pour le bois de service. L’administration a ainsi vendu 18 coupes à Bathna, 7 à Sétif, et 1 à l’Edough. « Sur d’autres points, est-il encore dit dans le tableau du Ministre de la Guerre, on n’a pas encore pu recourir à ce mode, et il a fallu accepter les exploitations partielles et individuelles. En 1854, 195 exploitations par forme de concession ont été autorisées. Une coupe annuelle de 7,000 mètres de bois de cèdre, à prendre pendant 20 ans, a été concédée dans les environs de Bathna ; elle est destinée à satisfaire aux besoins de Constantine, du littoral, et devra, en outre, fournir des produits à Alger et à Marseille.»

D’un autre côté, sept concessions de chênes-lièges, d’une étendue de 17,565 hectares, sont en pleine exploitation dans la province de Constantine; dix-sept, d’une contenance de

67,883 hectares, sont en voie d’instruction. Dans les concessions déjà exploitées, 1 ,045,000 arbres ont été démasclés. Lorsque les coupes préparatoires seront achevées, il y aura au moins 3,513,000 arbres en plein rapport. Comme chaque arbre produit 10 kilogrammes de liège, il y aura un produit total de 35,130,000 kilogrammes, qui, divisés par huit termes nécessaires pour la reproduction, donneront annuellement 4,391,250 kilogrammes. Au prix de 30 francs seulement, ces 43,912 quintaux représenteraient une valeur de 13,173,750 fr. Qu’on juge par-là de l’importance du produit du liège en Algérie, et du revenu que l’Etat retirera de ses forêts une fois qu’elles seront toutes en plein rapport. On peut, sans exagération, évaluer ce revenu à plusieurs millions par an.

Lorsqu’une seule branche des richesses forestières pourrait presque immédiatement procurer de tels revenus, on se demande comment il se fait qu’il n’y ait pas même encore une seule Conservation de forêts organisée en Algérie.

Avouons-le , ce ne sont pas les resssources budgétaires qui arrêtent M. le Ministre des Finances, ce sont les agents qui lui manquent. Dernièrement, par une circulaire, il a fait un appel au service forestier ; mais comme la plupart des forêts de l’Algérie sont situées dans le territoire militaire, les fonctionnaires civils des Eaux et Forêts ont craint d’aller faire concurrence aux officiers du Génie et d’Etat-major en mission dans ce territoire.

LES RICHESSES MINÉRALES

I^es richesses minérales de l’Algérie ne sont pas les moins importantes ; ce sont de nouvelles ressources offertes à notre industrie, qu’il faut ajouter à toutes celles que produit le sol.

Les Romains avaient autrefois exploité les carrières et les mines de Numidie et de Mauritanie, mais leurs traces avaient disparu, et les sentiers arabes ne pouvaient aider à les retrouver. Cependant, les savantes investigations de nos ingénieurs ont fini par découvrir un grand nombre de gisements précieux.

« Quand je songe, dit M. Fournel ', ingénieur en chef des mines, aux avantages immédiats qu’on peut tirer de l’exploitation des mines depuis si longtemps oubliées, quand je songe aux métamorphoses que les eaux intérieures peuvent produire dans la fertilité d’un sol comme celui de r.Algérie, je suis entraîné à admettre que c’est par le dessous que nous arriverons à la conquête définitive du dessus. Un des caractères remarquables du terrain crétacé de l’Atlantiipie, ajoute cet ingénieur, est sa richesse en substances métalliques. La Bohème exceptée, je ne crois pas qu’aucune contrée de l’Europe présente rien d’analogue.»

* Richesses minérales de l’Algérie, sa\. in-4° publié en 1849 à l’Iinpi'imerie Nationale.

LES RICHES»SS MINERALES

Mais, avant d’aller plus loin, donnons quelques notions géologiques sur la constitution du sot de l’Algérie.

On sait que le globe terrestre a subi dans son origine plusieurs transformations ; de là plusieurs terrains se sont formés successivement à sa surface. On les a distingués sous les noms généraux de terrains primitifs, de terrains de transition, de terrains secondaires, de terrains tertiaires et de terrains d’alluvion. Aux terrains prûniüfs, appelés aussi paléozoïques, appartiennent les porphyres, les granités et les roches cristallines. Les terrains de transition se trouvent placés entre les terrains primitifs et les terrains secondaires : ils se rattachent plus particulièrement aux terrains paléozoïques. Les terrains secondaires se composent de bouille, de schistes argileux, d’ardoises, de marbres, de grès. On donne à leurs couches supérieures le nom de terrain crétacé Les principaux éléments des terrains tertiaires sont les marnes et les pierres à chaux ; ces matières calcaires s’y trouvent mêlées à des couches d’argile et de sable. Ces différentes couches de terrains proviennent de révolutions intérieures qui ont précédé la création de l’homme. Depuis sa création , le déluge a opéré un grand bouleversement extérieur ; de là les terrains d’alluvion que les eaux de la pluie et des rivières ne cessent encore d’accroître et de modifier. Les bouleversements intérieurs continuent toujours aussi; mais ils ne se manifestent plus qu’accidentellement et par de rares ouvertures. Ce sont les volcans qui projettent des matières incandescentes, et qui forment des roches particulières que l’on a désignées sous le nom de roches d’origine ignée : on trouve là les laves et les pouzzolanes. Enfin il y a eu dans la suite des temps des bouleversements qui, sans produire des révolutions complètes, ont cependant opéré des soulèvements sur certaines parties du globe et dérangé la disposition de ces

> Les terrains secondaires sc subdivisent en terrains crétacé, jurassique et triasique; au-dessous sont les terrains permien, carbonirère, dévonien, silurien.

différentes couches. C’est ainsi que se sont formées de hautes montagnes composées souvent de couches inférieures.

La Providence a mis ainsi à portée de la main de l’homme beaucoup de richesses qui fussent, sans cela, demeurées enfouies; et il arrive que les parties du sol qui ont subi à l’origine le plus de bouleversements sont précisément celles qui offrent le plus de ressources à ses habitants. A côté des plus belles terres végétales, et presque à fleur du sol, ils rencontrent des métaux et tous les matériaux dont ils peuvent avoir besoin. De plus, ces bouleversements ont dû apporter nécessairement des moditications dans la région des eaux ; leurs réservoirs intérieurs se sont trouvés soulevés, et il a suffi alors de leur ouvrir une issue pour irriguer et féconder d’immenses plaines. Enfin, ces eaux ont quelquefois rencontré des gîtes métallifères qui leur ont donné les propriétés particulières que nous observons dans les sources thermales.

Peu de portions du globe ont subi autant de révolutions salutaires que l’Algérie ; elles se sont manifestées à travers toutes les ramifications de la grande chaîne de l’Atlas, dans les plateaux du Tell comme dans l’immensité du Sahara.

Les divers terrains dont nous avons parlé sont loin d’occuper des parties égales sur la surface du sol de l’Algérie. Ainsi, les terrains de transition ne se montrent guère que dans le voisinage de la mer. Nos savants ingénieurs les avaient circonscrits d’abord dans la province d’Alger, au seul massif de la Bouzaréah, dont la hauteur, près de celte ville, atteint 400 mètres. Néanmoins, quoique limités dans des massifs escarpés de la côte et isolés des vastes chaînes de montagnes de l’intérieur, les terrains de transition acquièrent un certain développement en avançant vers l’Est. On les retrouve dans les montagnes de Collo dont le point culminant atteint 1,100 mètres, au Djebel-Filfila, d’une hauteur de 700 mètres, et dans le massif de TEdough, dont le sommet s’élève à 1,000 mètres.

« Les terrains secondaires, dit M. Ville, ingénieur des mi-

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nes‘, forment, en quelque sorte, la charpente osseuse des provinces d’Alger et d’Oran ; ils sont caractérisés par la hauteur et l’aspérité des contours des chaînes de montagnes qui les constituent, l’abondance et la pureté des eaux qui les sillonnent. » Tous les terrains secondaires de ces provinces ont une grande ressemblance d’aspect et de composition minéralogique. Les grès et les calcaires apparaissent à la crête des montagnes : les versants sont recouverts d’argile. Tous ces éléments se confondent et se durcissent dans leurs profondeurs ; les grès y sont quartzeux, les calcaires y ont une texture cristalline, et les argiles deviennent schisteuses.

Dans toute la partie septentrionale de la province de Constantine , les chaînes de montagnes sont plus rapprochées que dans les autres, et les aspérités topographiques y sont beaucoup plus grandes; aussi, les terrains secondaires y jouent un rôle plus important encore que dans les autres provinces, et les gîtes minéraux y sont plus nombreux.

Les grandes vallées de l’Algérie et les plateaux du Tell appartiennent aux terrains tertiaires ; ils forment des assises horizontales qui se redressent d’une manière plus ou moins brusque contre les flancs des montagnes qui les supportent. Les roches tertiaires, comme les roches secondaires, se composent de calcaires, de grès et d’argiles : mais les calcaires y ont rarement la texture cristalline qui permet de les polir comme les marbres ; les grès y ont peu d’adhérence, maintenus seulement par les croûtes calcaires avec lesquelles ils sont combinés. Dès que, par une influence atmosphérique quelconque, ce ciment calcaire se dissout, il se réduit en sable. C’est ce qui arrive dans plusieurs plaines de la province

' Recherches sur les roches, les eaux et les gîtes minéraux d’Oran et d’Alger. Cet ouTTage est, pour ces prorinces, la contre-partie de celui public par M. Fournel sur la province de Gonstantine. Ce dernier ingénieur a fait ses evplorations avant l'entière pacifleation du pays. M. Ville, venu après, a pu faire un eiamen plus complet. Il n’a cessé de poursuivre ses savantes études; et le 17 janvier 1 856 il publiait encore une Notice minéralogique pleine d’intérêt, comme on verra par les citations que nous ferons dans le cours de ce chapitre.

d’Oran,et principalement sur le plateau de Mostaganem. Les grès y sont recouverts, à la surface du sol, d’une croûte calcaire assez friable ; dès qu’elle est enlevée, le sable mis à nu est poussé par les vents et forme des dunes semblables à celles que l’on voit sur les bords de la mer. Le même phénomène se produit sur une échelle immense dans tout le Sahara. L’argile, dans les terrains tertiaires, ne se durcit pas comme dans les terrains secondaires : elle apparaît souvent à leur surface. Toutefois, leur sol, quand il n’est pas envahi par les sables, a pour base principale des roches calcaires.

Les terrains d’alluvion, qui ont leur principale origine dans le bouleversement diluvien, recouvrent habituellement les terrains tertiaires. La plaine de la Mitidja en offre un exemple. Toute la partie de cette plaine qui borde l’Atlas est recouverte de terrains d’alluvion formés par tous les cours d’eaux qui s’échappent des gorges de la montagne. La ville de Blidah est bâtie sur un énorme dépôt d’alluvion qui s’est formé en face de la gorge de l’Oued-el-Kébir, et en a détourné le cours, dont on voit encore les anciennes berges au nord de la ville. Ces alluvions de la Mitidja ont une pente de 200 mètres sur une étendue de deux lieues. Ce n’est guère qu’au milieu de la plaine que le terrain s’aplatit, et l’on retrouve près de la mer le terrain tertiaire qu’un soulèvement intérieur a exhaussé pour former les coteaux du Sahel.

Presque toutes les grandes rivières de l’Algérie ont leur lit encaissé dans des dépôts d’alluvion. Ces alluvions sont d’autant plus considérables, que les cours d’eau sont plus importants et que les vallées qu’ils traversent sont plus rétrécies. Ainsi, les berges du Chélif sont coupées à pic sur une hauteur de 8 à 10 mètres, et sont formées de débris argilosableux détachés des montagnes et accumulés par les eaux. I^a vallée du Sahel, dans la Kabylie, présente aussi ce phénomène, mais sur une plus petite échelle.

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