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L ORGANISATION DE LA COLONIE

Le gouverneur et rinteiidant. — Le Conseil souverain. — La participation des habitants au gouvernement. — Les syndics. — Assemblées consultatives. — Les quatre ordres de Frontenac. — L'organisation ecclésiastique. — L'évéque et le séminaire. — Revenus de l'église canadienne. — Missionnaires et curés. — La milice. — L'instruction publique : les Jésuites, le Séminaire, les Ursulines. — Le budget de la colonie. — Recettes et dépenses. — Les subsides du roi.

Lorsque les Cent Associés déposent entre les mains du roi leur démission collective, ce n'est pas assez de dire que le gouvernement de la Nouvelle-France est à réorganiser. En réalité il est à organiser de toutes pièces. Il s'agit de doter la colonie du régime administratif, judiciaire, financier, ecclésiastique, militaire, qui est le plus propre à favoriser son développement. Il s'agit aussi, pour mettre fin à des compétitions, qui se sont exaspérées à la période précédente, de procéder à une répartition des pouvoirs qui place chacun à son rang, qui enferme chacun dans son domaine.

A ne considérer que les dates des ordonnances qui pourvoient aux créations et aux modifications nécessaires, le nouveau régime ne met pas dix ans à se constituer. Le Canada a son évêque depuis 1659 ; l'adjonction de l'intendant au gouverneur est décidée en 1663, et le premier intendant débarque en

1665 ; le Conseil souverain siège depuis 1663 ; la première levée de la milice coïncide avec le grand effort de Tracy contre les Iroquois, en 1667. Mais, dans la réalité, pour que la réorganisation soit achevée, il faut que Louis XIV mette fin, en 1672, à la mission extraordinaire qui confère à Talon une sorte de dictature, et qu'en 1674 il se décide à reprendre la colonie à la compagnie des Indes Occidentales.

Au temps de Talon, c'est le gouverneur qui est annihilé par l'intendant. Avec Frontenac le gouverneur prend sa revanche. Mais Louis XIV, qui reçoit les protestations de Duchesneau, rappelle Frontenac à l'ordre. Il lui fait écrire par Colbert que sur les trois points delà justice, de la police et des finances, il ne doit « faire autre chose que d'ayder et d'appuyer l'intendant de toute son autorité » (1). Frontenac empiète encore sur le domaine du Conseil souverain. Celalui vaut une nouvelle semonce. Il lui est interdit d'abuser de sa situation de chef et président de la haute chambre de Québec. Il laissera à ceux qui la composent « l'entière liberté de dire leur avis et décider les affaires à la pluralité des voix ». Frontenac enfin a des prétentions à lapuissance législative. Elles sont également condamnées. S'il y a nécessité de faire de nouveaux règlements de police ou de modifier les anciens règlements, le gouverneur assemblera le Conseil souverain, prendra les avis des principaux habitants et, ensuite, fera les règlements « qui seront résolus, de Tautorité dudit conseil » (2). Frontenac ne tient pas compte de ces avertissements. Il est disgracié en 1684. La leçon sera profitable. 11 n'y aura plus entre le gouverneur et l'intendant de guerre ouverte. Mais la rivalité subsiste. Il est toujours difficile d'obtenir des deux chefs de la colonie cette entente parfaite, cette collaboration loyale qui seraient si nécessaires.

Le Conseil souverain de la Nouvelle-France n'a pas toujours mis l'empressement qu'il eût fallu à obéir aux ordres de Louis XIV. Lorsque le roi a, en 1675, après la dépossession de la compagnie, à renouveler les pouvoirs du petit parlement de

(1) Colbert à Frontenac, 40 mai 1077. Arch. col. Canada, ordres du roy, 1677, fol. 22.

(2) Le roi ii Frontenac, 22 avril 1075. Arch. col. Canada, expéditions, 1674-1675, fol. 10.

Québec, il en profite pour lui infliger une diminution de prestige. Le Conseil souverain ne sera plus qu'un Conseil supérieur (1). Il garde du reste toutes ses attributions.

Si la colonie n'a pas le self government qui a tant contribué au développement des colonies anglaises voisines, il n'en faut pas conclure que les habitants soient exclus de toute participation au gouvernement de la Nouvelle-France.

Et d'abord, on peut considérer que le Conseil souverain représente la population de la Nouvelle-France ou du moins ses principales familles. Il est recruté presque exclusivement sur place parmi les notables. A côté de son pouvoir judiciaire il possède un véritable pouvoir législatif. Enfin on le voit, dans maintes circonstances, se faire auprès du roi l'interprète des sentiments, des vœux, des doléances de la colonie.

Il y a mieux ; les habitants ont des représentants directs, élus. L'élection de syndics « pour la conservation des droits de la communauté », remonte à la période des Cent Associés (2). D'Avaugour les supprime en 1661. En 1663, le Conseil souverain fait plus que de les rétablir. Il décide que les habitants de Québec s'assembleront pour élire un maire et deux échevins (3). Les voix se portent sur Jean-Baptiste Legardeur de Repentigny, le chirurgien Madry et le marchand Charron (4). Mais, quelques mois plus tard, le Conseil se déjuge. Par l'organe du procureur général d'Auteuil, il avertit les nouveaux magistrats municipaux de ne point se mettre en peine de leurs charges. La petite capitale devra se contenter d'un syndic (5). En 1664, Charron est élu syndic (6). Charron et ses successeurs prennent à cœur la défense des intérêts qui leur sont confiés. On relève, à chaque instant, dans les registres du Conseil souverain, leurs doléances et leurs représentations (7). Ils ont des

(1) Jugements et délibérations du Conseil souverain, 23 septembre 1675, t. I, p. 988.

(2i Voir p. 104.

(3) Jugements et délibérations du Conseil souverain de la Nouvelle- France, t. I, p. 5.

(4) îd., p. 15.

(5) Révocation de l'élection d'un maire et de deux échevins et ordre d'éUre un syndic, 14 novembre 1663. kl., p. 56.

(6) 3 août 1664. Id., p. 250.

\l) Id., pp. 285, 299, 305, 307.

collègues à Villemarie qui ne s'acquittent pas de leur devoir avec moins de zèle. L'un d'eux, Louis Chevalier, réunit les Montréalistes pour déterminer avec eux le mode de perception d'une taxe locale (1).

Quand le roi a repris la Nouvelle-France à la compagnie des Indes Occidentales, Frontenac imagine de faire solennellement prêter aux Canadiens le serment de fidélité. Il les divise en quatre « espèces de corps » de clergé, noblesse, justice et tiers état. Ce qui ne va pas sans quelques difficultés : les Jésuites ne voulant pas se joindre au clergé, et le corps de la noblesse ne se composant que de quatre nobles authentiques. Frontenac parvient néanmoins à vaincre tous les obstacles et toutes les mauvaises volontés. La cérémonie à laquelle prennent part plus de mille personnes réussit brillamment, à la grande admiration des sauvages présents (2).

Frontenac avait-il l'intention de perpétuer sa division ea quatre ordres et l'arrière-pensée d'obtenir, par la suite, la création d'Etats coloniaux? Cela n'est guère vraisemblable. Pas plus que Louis XIV, l'impérieux gouverneur n'était homme à souffrir un contrôle. On s'inquiète pourtant à Versailles, et Colbert ne perd pas de temps à rédiger une semonce qui vaut la peine d'être reproduite intégralement : « L'assemblée et la division que vous avez faite de tous les habitants en trois Ordres ou Etats (3) pour leur faire prêter le serment de fidélité pouvait produire un bon effet dans ce moment là ; mais il est bon que vous observiez que, comme vous devez toujours suivre, dans le gouvernement et la conduite de ce pays-là, les formes qui se pratiquent ici et que nos rois ont estimé du bien de leur service, depuis longtemps, de ne point assembler les États généraux de leur royaume, pour peut-être anéantir insensiblement cette forme ancienne, vous ne devez aussi donner que très rarement et pour mieux dire jamais cette forme au corps des habitants du dit pays ; et il faudra même, avec un peu de temps et lorsque la colonie sera encore plus forte qu'elle n'est,

(1) Paillon, Histoire de la Colonie française en Canada, t. III, pp. 361-363,

(2) Frontenac à Colbert, 2 novembre 1072. Arch. col. Canada, corr. gén., :{, i(u;H-ifn2, foi. 2:53.

(3) Colbert a lu avec dislraction : c'est quatre qu'il fallait lire.

supprimer insensiblement le syndic qui présente des requêtes au nom de tous les habitants, étant bon que chacun parle pour soi et que personne ne parle pour tous (1) ». Le résultat fut la suppression des syndics. On peut, du moins, le conclure de la disparition des registres du Conseil de leurs représentations. La suppression des syndics suffit au roi. Il n'entend pas enlever aux habitants le droit de faire connaître leur opinion. Dans toutes les affaires d'importance le gouverneur, Tinten dant, le Conseil souverain sont invités (2) à solliciter l'avis des notables ou même, au besoin, d'une assemblée plénière. En 1675, les marchands se prétendent lésés par une ordonnance fiscale de Duchesneau. Pour juger du bien fondé de leur réclamation le Conseil souverain convoque une assemblée des habitants de Qaébec et des principales côtes (3). En 1678, tout ce qui compte dans la colonie est convoqué, sur l'ordre même du roi, pour l'éclairer sur cette irritante et insoluble question du commerce de l'eau-de-vie avec les sauvages (4). En 1684, nouvelle réunion de notables par M. de la Barre. On veut avoir leur opinion sur les trois propositions de M. de MeuUes à propos de la ferme (5). En 1688, on les réunit encore avant de procéder à la rédaction de nouveaux règlements de police (6).

(1) Extrait de la lettre du ministre à M. le comte de Frontenac. Arch, col. Canada, mémoires, 1670-1676, fol. 121.

(2) Le roi à Frontenac, 22 avril 1675. Arch. col. Canada, expéditions, 1674-1675, fol. 10.

(3) 7 octobre 1675. Jugements et délibérations du Conseil souverain, t. I, p. 1006.

(4) Ordre à un certain nombre d'habitants... et que le conseil a choisis de se trouver devant le conseil pour donner leur avis sur le commerce du vin et de l'eau-de-vie avec les sauvages, 10 octobre 1678. Jugements et délibérations du Conseil souverain, t. II, pp. 247 et 253.

(5) 9 novembre 1684. Advis des principaux habitants de Québec sur les trois propositions envoyées à M. de Meulles. Arch. col. Canada, corr. gén.,6, 1682-1684, fol. 392.

(6) Sur ce qui a été remontré par le procureur général du Roy qu'il ne s'est point fait d'assemblée de police depuis quelques années et qu'il seroit à propos, attendu les nécessités présentes, d'en faire une où les principaux bourgeois et habitans de cette ville seroient entendus en leurs avis sur ce qui convient ordonner de plus avantageux pour le bien public et l'exécution des anciens règlements et même procéder à en faire de nouveaux. » 3 février 1688. Jugements et délibérations du Conseil souverain t. III, p. 512.

Il y a aussi à organiser le gouvernement ecclésiastique de la colonie. L'heure est venue de rendre les missionnaires à ce qui est leur tâche propre, la conversion des sauvages, d'instituer pour les Français du Saint-Laurent une église sur le modèle des églises de France. Les missionnaires se résignent de bonne grâce à une dépossession qui est inévitable. Ils cherchent seulement à sauvegarder leur influence. Dès qu'il est question d'un évéque, Jésuites et Sulpiciens ont leurs candidats. Un instant, il semble que les Sulpiciens l'emportent. Ils font venir en Canada M. de Queylus qui se fait reconnaître en qualité de grand vicaire de Tarchevêque de Rouen. Mais, à Paris comme à Rome, leurs concurrents sont beaucoup mieux en cour. Ils finissent par faire accepter François de Montmorency-Laval qui est leur homme. Il débarque à Québec le 16 juin 1659. Toutefois Louis XIV n'obtient pas encore du pape ce qu'il en réclame. On ne lui accorde qu'un vicaire apostolique, honoré, il est vrai, d'un titre d'évêque in partibus, celui de Pétrée (1). Pour avoir un véritable évèque de la colonie il faut négocier jusqu'en 1670, et même, sur un point important, capituler devant Clément X. Le chef spirituel de la Nouvelle-France est soumis « immédiatement » au Saint-Siège (2).

On pouvait croire que la présence d'un évéque à la tête de l'église canadienne dut modifier rapidement l'état des choses. Il n'en fut rien. Pour une raison ou pour une autre, M. de Laval ne sait grouper autour de lui iqu'une poignée de prêtres séculiers : neuf en 1667 (3), après un séjour de huit années. Si bien que les Jésuites, les Sulpiciens et les Récollets sont toujours obligés de donner leurs soins spirituels aux habitants (4). Le prélat a pourtant fondé le séminaire de Québec en 1663 {^). En 1675, il

(1) Paillon, Histoire de la Colonie française au Canada, t. IF, pp. ,'{17-338.

(2) Gossolin, Vie de Mgr Laval, t. I, p. G42.

(3) Talon, Mémoire de Vestal présent du Canada. L'ecclésiastique, 1667. Arcli. col. Canada, corr. {^dn , 2, 1663-1067, fol. 355.

(4) Ainsi dans la paroisse du Gap Santé, de 1679 à 1708, sur dix-sept desservants treize sont des Rf'jcoilets. Catien, Histoire de la paroisse du Cap Santé, pp. 49-50. — Voir O^valemcnt : Histoire de la paroisse de Boucherville. Annuaire de Viltemarie, t. I, p. 303.

(5) Érection du séminaire de Québec, 26 mars 1663. Arch. col. Canada, corr. gén., 2, 1663-1667, fol. 30.

l'unit au séminaire des Missions Étrangères de Paris (1). Ce qui a l'avantage, en attendant que Ton ait instruit et formé un nombre suffisant d'enfants du pays, d'assurer le recrutement du clergé canadien.

Il eût été rationnel que M. de Laval cherchât à organiser son diocèse sur le type d'un diocèse du royaume. Mais son rêve, qui est celui d'un jésuite, c'est d'avoir, sous ses ordres, une mihce disciplinée, et à tout moment mobilisable. Il ne veut point de curés fixés, point de curés indépendants. Les desservants des côtes et des seigneuries devront rester à perpétuité « amovibles, révocables, destituables à la volonté de l'évêque et du séminaire ». Ils n'auront pas, non plus, de ressources personnelles. Le séminaire pourvoira, au jour le jour, à leurs besoins. M. de Laval prétend qu'il se conforme ainsi à la pratique des premiers siècles. Cependant le roi n'hésite pas à approuver un règlement (2) qui, dans sa pensée, n'est que provisoire. Il sera temps d'avoir des curés inamovibles quand on aura fondé des paroisses. Et il laisse tous les revenus, qui doivent fournir à l'église canadienne son temporel, s'accumuler aux mains de l'évêque et des officiers du séminaire, le supérieur, les deux assistants, le procureur.

Ces revenus sont d'origine diverse. Il y a d'abord les dîmes, les dîmes de tout ce qui naît par le travail des hommes, de tout ce que la nature produit par elle-même. Louis XIV décide qu'elles se paieront seulement « de treize une ». Mais les dîmes ne sauraient suffire à tous les frais du culte. Heureusement que l'évêque et le séminaire sont devenus de grands propriétaires. Ils ont d'abord les deux belles seigneuries de la côte de Beaupré et celle de l'île d'Orléans, bientôt remplacée, après un échange avec François Berthelot, par celle de l'île Jésus. Le roi y vient d'ajouter deux abbayes en France, celles de Maubec et d'Estrées, plus tard il en donnera une troisième à M. de Saint- Vallier. Il fait aussi des cadeaux en argent. Sans faire état des

{i) Lettres d'union données par M. de Laval le 19 mai 1675, agréées et confirmées par lettres patentes du roi au mois d'avril 1676, enregistrées au Conseil souverain de la Nouvelle-France le 26 octobre 1676 Jugements et délibérations du Conseil souverain^ t. II, pp. 85-86. ' (2) La confirmation du roi est d'avril i^^o.Arch.col. Canada, corr. gén., 1663-1667, 2, foK 32,

gratifications extraordinaires, le séminaire a, dès le premier jour, trois mille livres de rentes (1). Elles vont s'augmenter bientôt d'un supplément annuel pour Tentretien des cures et missions. En 1675, il monte à quatre mille livres.

Le régime institué en 1663 par Tacte d'érection du séminaire de Québec pouvait parfaitement convenir à la Nouvelle-France telle que M. de Montmorency-Laval l'avait trouvée au sortir de la guerre iroquoise. Quinze ans plus tard, il n'a plus déraison d'être. La population qui a quadruplé et qui, en dehors des villes, se groupe désormais autour des manoirs seigneuriaux, se met à réclamer des curés fixes. Elle se plaint que les visites des prêtres missionnaires soient trop rares ; et le fait est que les habitants des quartiers éloignés demeurent pendant la plus grande partie de l'année privés de secours spirituels. Louis XIV, Colbert, Seignelay, les gouverneurs et les intendants reconnaissent le bien fondé de ces doléances (2). Ils pressent l'évêque de leur donner satisfaction. Mais celui-ci défend son œuvre, et l'on sait qu'il est d'humeur batailleuse. Il a un argument qui lui semble invincible. Les dîmes ne produisent pas encore assez pour l'entretien d'un clergé sédentaire. Et, afin d'être sûr qu'elles resteront longtemps encore insuffisantes, il réclame pour ses curés un salaire annuel de six cents livres.

On use, d'abord, de ménagement avec le prélat. On discute avec lui. Colbert lui cite les cas d'un grand nombre de curés du royaume qui vivent avec moins de deux cents livres (3). A la

(1) TaloUj Mémoire de Vétat présent du Canada^ 1667. Arch.col. Canada, corr. gén., 2, 1663-1667, fol. 355. — Estât présent de VÉglise et de la Colonie française dans la Nouvelle-France^ par M. l'évêque de Québec, pp. 228-230.

(2) Sur les plaintes que quelques habitants font de ce que le sieur Evesque de Qucbek a réglé le district des paroisses de sa seule autorité et ne leur donne point de curés fixes quoique les dixmes fussent suffisantes pour les entretenir, quoique tout ce qui concerne les cures et les paroisses soit du fait dudit sieur Evesque et que vous ne deviez lui donner aucun empeschement dans tout ce qui concerne son pouvoir et ses fonctions, je ne laisseray pas de faire examiner sur ce point et de lui escrire. » Le roi à Frontenac, 28 avril 1677. Arch. col. Canada, expéditions des Indes Orientales et Occidentales, 1676-1678, année 1677, fol. 19.

(3) « La maxinïe que ledit sieur Evesque advance qu'un prestre ne peut pas subsister à moins de six cens livres à quoy son grand vicaire (pii est icy ajouste encore deux cens livres ne peut pas eslre soutenue... y ayant

fin, comme il ne veut pas en démordre, il faut bien se fâcher et menacer. « Les peuples auxquels on n'administre pas les sacrements ne doivent pas être obligés à payer les dîmes » (1), écrit le ministre à Duchesneau.

Lorsque Louis XIV se fut engagé à fournir un supplément (2), il n'y eut plus moyen de prolonger la résistance. Laval fixe une quinzaine de curés (3). Mais il ne veut pas aller au delà. La bataille va recommencer.

Voici comment, en 1683, les vingt-cinq curés et missionnaires qui dépendent de Tévêque et du séminaire de Québec se partagent le territoire de la colonie (4) :

1° Montréal et sa banlieue.

2" La Chine et le Haut de Tile de Montréal.

3^ La pointe aux Trembles (avecla partie orientale de l'île de Montréal), l'île de Sainte-Thérèse.

4*^ La prairie de la Madeleine, la côte Saint-Lambert, Chambly,

5° Boucherville, laTremblaye, Longueil, le capde Varennes, le Petit-Moyne, le cap Saint-Michel.

6° Repentigny, Tilly, l'île Jésus, la côte de Saint-Sulpice.

7° Saint-Ours, Contrecœur, La Boisselière, La Vallrie.

8°Sorel, Berthier, Dautré, Saint-François, la rivière du Loup.

plus de quatre mille curés dans le Royaume qui ne jouissent pas de deux cens livres de revenu et Ton a cru par les ordonnances pourvoir avantageusement les curés en leur donnant le choix d'abandonner leur gros pour une pension de deux ou trois cens livres ». Colbert à Duchesneau, 15 mai 1678. Arch. col. Canada, expéditions des Indes Orientales et Occidentales, 1676-1678, année 1678, fol. 4.

(1) « Faites-moi savoir entre les mains de qui l'on met les 4.000 livres employés dans mes états pour les curés et prêtres du séminaire. » Le roi à Duchesneau, 2 juin 1680. Arch. col. Canada, corr. gén., 3, 1679-1681, fol. 209.

(2) La Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle-France au dix-septième siècle, t. III, p. 347.

(3) « M. l'evesque continue de faire des difficultés pour l'établissement des cures fixes ». Frontenac au ministre, 2 novembre 1681. Arch. col. Canada, corr. gén., 5, 1679-1681, fol. 266.

(4) Estât des cures et missions qu'on peut faire cette année en Canada, moyennant le supplément que Sa Majesté aura agréable de donner tant à raison du peu de valeur des dixmes que des grandes dépenses qu'un prestre est obligé de faire pour un valet et un canot nécessaire dans la pluspart des lieux. Signé De Meulles et François, evesque de Québec, 27 novembre 1683. Arch. col. Canada, mémoires, 1681-1690, fol. 51.

9° Les Trois-Rivières et Gressé.

10" Le cap de la Madeleine, la rivière Saint-Michel.

ll^'Chaniplain et Gentilly.

12^ Batiscan et Sainte-Anne (de la Perade).

13^ Lotbinière, Sainte-Croix, les Grondines, Deschambault, Portneuf.

14" Neuville, la Pointe-aux-Ecureuils et Villieu.

15° Le cap Rouge, Notre-Dame de Foy, la côte Saint-Ange.

1G° Gharlesbourg.

17° Beauport.

18° Château- Richer et l'Ange -Gardien.

19° Sainte-Anne du petit cap (de Beaupré).

20° Le cap Tourmente et la baye Saint-Paul.

21° La Sainte-Famille et Saint-François, ( dans l'île

22° Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Jean, ( d'Orléans.

23° La côte de Lauson ou pointe de Levy, Mont-à-Peine, Beaumont, La Durantaye, Bellechasse.

24° Le cap Saint-Ignace, la Bouteillerie, la rivière du Sud, l'île aux Oyes.

25° Québec avec la Canardière, la Petite rivière (rivière Saint- Charles), la côte Sainte-Geneviève.

Le total des âmes est de 9.769, le produit des dîmes est évalué à 8.100 livres. Le roi fournit un supplément de 5.300 livres (1).

Telle qu'elle est faite en 1683, la répartition des cures et des missions laisse toujours beaucoup à désirer. Un grand nombre de fidèles restent hors de portée des pasteurs. C'est ainsi que le prêtre qui réside à Sorel doit, non seulement traverser le fleuve, mais franchir six lieues pour atteindre à la Rivière du Loup, et qu'un seul missionnaire a la charge des âmes sur une côte de quinze lieues depuis le cap Saint-Ignace jusqu'à la Grande- An ce. Il y a progrès tout de même. En 1681, Laval et Duchesneau distribuaient des paroisses de trente ou quarante lieues de large (1). Autre progrès. On commence à recruter le clergé surplace. On a déjà trouvé parmi les clercs originaires

(1) Frontenac au ministre, 2 novembre 1681. Arch. col. Canada, 1679-

du pays « quelque bons sujets pour le sacerdoce (1). » Mais que cette église naissante est pauvre! Les chapelles des seigneuries présentent l'aspect le plus misérable. Dans sa première tournée à travers son futur diocèse, Saint- Vallier s'afflige de voir « ces lieux saints couverts de paille, tout délabrés, sans vaisseaux et sans ornements » (2). Pour toute la colonie quatre églises de pierre (3) : à Québec, à Villemarie et dans le comté de M. Berthelot dont la générosité ne se lasse jamais. Même la cathédrale de Québec n'est pas achevée. On en est réduit, pour continuer les travaux, à attendre, chaque année, le petit subside du roi. Si Ton a si peu d'argent pour édifier et entretenir les églises, on n'en a pour ainsi dire pas pour construire des presbytères. Presque partout, curés et missionnaires prennent pension chez l'habitant (4).

Cependant M. de Laval, soit qu'il sente réellement les atteintes de l'âge et de la maladie, soit qu'il désespère de soutenir plus longtemps la lutte qu'il a, sur tous les terrains, engagée contre le pouvoir temporel, ne va pas tarder à quitter la place. En 1680, il a déjà annoncé son intention de se retirer. En 1685, il choisit un successeur, M. de Saint- Vallier. Celui-ci passe immédiatement en Amérique (5) avec le titre de grand vicaire. Il est vrai qu'il doit attendre jusqu'en 1687 son élévation au siège de Québec. C'est à M. de Saint- Vallier que revient l'honneur d'avoir donné à l'église canadienne l'organisation qu'elle a gardée jusqu'à la fin de la domination française.

Le roi qui a besoin de tant de soldats pour ses guerres d'Europe ne laisse dans la colonie qu'un détachement des troupes de la marine (6). Cela est plus que suffisant en temps de paix.

(1) Estât présent de VÉglîse et de la Colonie française dans la Nouvelle- France, par M. l'évêque de Québec, p. 14.

(2) ïd., p. 57.

(5) M. de Saint-Vallier a laissé une intéressante relation de son premier séjour au Canada (de l'été 1685 à l'automne 1686) . C'est ÏEstat présent de VÉglise et de la Colonie française dans la Nouvelle-France, par M. l'evesque de Québec. Paris, 1688.

(6) En 1675, 27 hommes de garnison à Québec, 10 aux Trois-Rivières,

Mais il faut toujours prévoir Thypothèse d'un retour offensif de riroquois, d'une agression, par terre ou par mer, de l'Anglais. D'où la nécessité d'organiser une milice.

Louis XIV a une haute idée des vertus militaires de notre race. Il écrit à Frontenac : « Je vous dirai que, les Français étant naturellement braves, je ne vois pas qu'en aucun lieu de mon royaume j'ai eu de la peine à les faire armer, mais bien souvent à les empêcher d'être armés (1). » Ses sujets d'Amérique méritent ce bel éloge. Ils ont fait leurs preuves d'endurance héroïque pendant les vingt-cinq années du péril iroquois. Plus récemment, à l'heure de l'effort final contre les barbares, ils combattent aux côtés des réguliers de façon à conquérir leur estime. DoUier de Casson, qui témoigne d'une partialité bien excusable à l'égard de son troupeau, réclame pour les Montréalistes le prix du courage. Il nous assure que M. de Courcelles leur a fait constamment l'honneur de leur donner « la tête en allant et la queue au retour » (2). D'autre part, à en croire La Hontan, les gens des Trois-Rivières passent pour être les meilleurs soldats de la Nouvelle-France (3). Depuis l'établissement du régiment de Carignan on a de quoi encadrer solidement cette population vaillante et aguerrie.

Dès 1669, le roi écrit à M. de Courcelles « pour lui ordonner de diviser les habitants par compagnies pour leur faire faire l'exercice » (4). En même temps il s'occupe de les armer. Cela eût pu paraître superflu. Dans ce peuple de chasseurs point d'homme valide qui n'ait son fusil ou son mousquet (5). Pour être assuré néanmoins qu'à l'heure du péril rien ne fera défaut il y a un dépôt d'armes dans chaque seigneurie (6). La

10 à Montréal. Etat de la dépense que le roi veut être faite... en pays de Canada... 4 juin 1675. Arch. col. Canada, mémoires, 1670-1676, fol. 432.

(1) Extrait de la lettre du roi à M. de Frontenac, 22 avril 1675. Ajxh. col. Canada, mémoires, 1670-1676, fol. 'M2.

(2) Paillon, Histoire de la colonie française au Canada, t. III, pp. 149150.

(3) La Hontan, Voyages dana V Amérique Septentrionale, i. I, lettre IV, p. 28.

(4) Le roi à M. de Courcelles, 3 avril 1609. Arch. col. Canada, corr. gén., 3, 1668-1672, fol. 22.

(5) En 1670 : 1.8i0 fusils et 159 pistolets. Duchesneau à Colbcrt, 10 novembre 1679. Arch. col. Canada, corr. ^én., 5, 1679-1681, foL 21.

(6) Extrait de la lettre du Roi à M. de Frontenac, 2 avril 1675. Arch. col. Canada, mémoires, 1670-1676, fol. 372.

milice s'organise très vite avec, à sa tête, les seigneurs et les notables. Communément il y a une compagnie de milice par côte. Quel est l'effectif de la milice? S'agit-il de résister sur place, il sera possible de recourir à la levée en masse : elle donnera entre trois mille et quatre mille combattants (1). Mais si Ton prend l'offensive, il faut en retrancher les trois quarts. « On trouverait facilement dans le pays mille bons hommes pour faire la guerre», écrit M. de Meulles en 1684 (2). Le fait est que, cinq mois auparavant, M. de La Barre en avait emmené sept cents (3), contre les Iroquois.

Le collège de Québec a prospéré. Les Jésuites ont maintenant des élèves dont ils peuvent se faire honneur. En 1658 ils les envoient complimenter M. d'Argenson à son arrivée (4). En 1666, ils donnent un examen public de philosophie. M. Talon y assiste et ne dédaigne pas de prendre part à la controverse. Il argumente contre les meilleurs écoliers. L'un d'eux est Joliet, le futur explorateur du Mississipi (5). A partir de 1668 les Jésuites ont à subir la concurrence du petit séminaire que fonde l'évéque de Pétrée. En principe les enfants qui y entrent se destinent à la prêtrise. On garde pourtant jusqu'au bout ceux qui ne conservent pas la vocation ecclésiastique. On ne peut évidemment traiter de la même manière les séminaristes qui ne témoignent d'aucune aptitude pour le travail intellectuel. Pour ceux-là M. de Laval a l'excellente idée de créer au cap Tourmente une sorte d'école d'arts et métiers. Là on enseigne les professions mécaniques, entre autres, celles de maçon, de serrurier, de tailleur, de cordonnier, de couvreur (6).

Sous la direction d'une femme de grand cœur et de haute intelligence, Marie de l'Incarnation, les Ursulines de Québec se chargent de l'éducation des filles. Elles reçoivent, à la fois.

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(1) Mémoire de Patoulet. 25 janvier 1672, Ardu coZ. Canada, corr. gén., 3, 1668-1672, fol. 274.

(2) De Meulles au roi, 12 novembre 1684. Arch. col. Canada, corr. gén., 6, 1682-1684, fol. 393.

(3) La Barre au ministre, 5 juin 1684. Arch. col. Canada, corr. gén., 6, 1682-1684, fol. 273.

(4) Paillon, Histoire de la colonie française en Canada, t. III, p. 260.

(5) Journal des Jésuites^ 2 juillet 1666, p.. 345.

(6) Archives du séminaire de Québec, vol. in-fol. intitulé : Noms de ceux qui sont entrés au petit séminaire.

celles des Français et des sauvages. Elles les font vivre en commun. Avec les sauvagesses le succès est médiocre. Quelques-unes sans doute sont « élevées à la française ». Mais le plus grand nombre de ces « oiseaux passagers » que Ton tente d'apprivoiser s'échappe. Elles « grimpent comme des escurieux » la palissade du couvent. Il arrive aussi que leurs parents (c ont peur qu'elles ne meurent » et viennent les retirer (1). La tache est plus facile avec les Françaises. 0nleura£2£^ndà lire, à écrire et « tout ce que doit savoir une fille (2). » En 1G68, il y a au séminaire des Ursulines sept religieuses de chœur employées à l'instruction des filles des habitants (3). En réalité elles y viennent toutes, les unes après les autres, et, comme récrit Marie de l'Incarnation : « Il n'y en a pas une qui ne passe par nos mains et cela réforme toute la colonie et fait régner la religion et la piété dans toutes les familles (4). » A Montréal M. Souard tient école pour les garçons, et la sœur Bourgeois pûur.Ies-iillÊS^5) .

Est-il possible de suffire aux dépenses de la colonie avec ses propres revenus? Ces revenus on les connaît déjà. Il y a d'abord les droits que paient à l'entrée les marchandises de France : le 10 pour 100 sur les marchandises liquides, le 3 pour 100 sur les marchandises sèches. Mais leur produit est exclusivement consacré à éteindre les dettes contractées à la période précédente par la communauté des habitants. On en est réduit à vivre du quart des castors, du dixième des orignaux et de l'exploitation de la traite de Tadoussac. C'est uniquement avec les bénéfices qu'elle tire du commerce des pelleteries que la compagnie des Indes Occidentales doit faire face à l'entretien de son domaine de l'Amérique du Nord.

Ce que sont ces bénéfices on peut le déterminer exactement. La compagnie a aff"ermé tous ses droits à Aubert de la Chesnaye pour quarante-six mille cinq cents livres. Mais raisonnablement il n'est pas permis d'exiger d'elle la somme entière. Il est légi-

(1 Mario de l'Incarnation, Lettres spirituelles, 9 août 1668, GXII, p 258. (2 Jd . toc. cil.

(4) Id., 19 août 1664, CI, p. 230.

(5) Faillon, Histoire de la colonie française en Canada^ t. III, pp. 264-265.

time qu'elle garde quelque chose à distribuer à ses membres. Aussi proteste-t-elle vivement lorsque Talon dispose du revenu total de la ferme. Colbert lui donne raison. Il limite sa contribution annuelle à trente-six mille livres.

Trente-six mille livres de recettes, est-ce assez pour fournir à toutes les dépenses nécessaires ? On se rend compte facilement que non par un état de charges que nous donne Talon à la fin de l'année 1665 (1).

Le voici :

Pour appointements du gouverneur 8.000 livres.

Pour appointements du capitaine de la garnison. 2.400 — Pour appointements de quarante soldats à raison

de 300 livres chacun, cy 12.000 —

Au gouverneur de Montréal avec dix soldats. . . 4.000 —

Au gouverneur des Trois-Rivières avec dix soldats. 4.000 —

Aux RR. PP. Jésuites . « . 5.000 —

Pour la Paroisse , 1 . 000 —

Pour l'Hospital 800 —

Pour les Ursulines , 400 —

Pour le chirurgien à Québec 150 —

Pour un chirurgien aux Trois-Rivières ..... 150 —

Pour le commis du magasin 500 —

Aux cinq conseillers du Conseil souverain. . . . 1.500 —

Au secrétaire du Gonseilc 500 —

Au Procureur général 500 —

A l'exécuteur de Haute Justice 300 —

Au contrôleur du magasin 300 —

Au juge royal de Montréal 200 —

Au procureur du roy de Montréal 50 —

Au juge royal des Trois-Rivières 200 —

Au procureur du roy (des Trois-Rivières) .... 50 — Les ouvrages et réparations et despenses inopinées évaluées par estimation à 12.000 livres se pourront réduire, étant bien dispensés, à la

somme de 6.000 —

Pour l'entretènement d'un brigantin et un matelot. 6 000 —

Total 54.000 livres.

Cinquante-quatre mille livres à payer quand la colonie, en

(1) Talon. État des charges du païs de Canada, le paiement desquelles s'est toujours fait des deniers provenans du droit du quart des pelleteries, 3 novembre 1665. Arch. col. Canada, corr. gén., 2, 1663-1667, fol. 159.

280 LA COLONISATION DE LA NOU VELl-E-FR ANGE

tout, ne peut faire fond que d'un revenu de trente-six mille ! C'est, naturellement, le roi qui va combler le déficit. Sans compter qu'il lui reste à parfaire les appointements du gouverneur et à payer intégralement ceux de l'intendant : ce qui fait quatre mille livres pour le premier et douze mille pour le second (1). Sans compter les gratifications de toute sorte. Enfin il faut se rappeler que, de 1659 à 1673, Louis XIV poursuit, à ses frais, la colonisation du Canada.

En 1674, lorsque Louis XIV reprend le Canada à la compagnie des Indes, il n'y aurait rien de changé dans le régime financier de la colonie si cette date ne coïncidait pas avec la brusque suppression de ce budget extraordinaire de la colonisation dont l'intendant Talon a si brillamment tiré parti. Pour le reste, la pratique reste la même. Le roi afferme les droits de traite à Nicolas Oudiette, et lui impose exactement les mêmes charges qu'à la compagnie. Chaque année, il fixe sa redevance, et elle dépasse rarement de beaucoup le chiffre normal de 36 000 livres : 39.300 en 1679 (2), 41.351 en 1680(3), 36.761 en 1683 (4). C'est que le roi veut faire gagner de l'argent au fermier avec l'espérance qu'il avoue d'augmenter, plus tard, le prix du bail (5). En attendant, il interdit formellement à Duchesneau de disposer des deniers des fermes, pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit, sinon dans le cas d'une guerre déclarée. S'il n'obéit pas ponctuellement, on lui retiendra sur ses appointements ce qu'il aura ordonné en trop (6).

(1) Pour 1665 et pour les neuf premiers mois de 1666, le trésor royal fournit à Gourcelles 27.640 livres 15 sols 8 deniers; à Talon 25.765 livres 16 sols 8 deniers. Mémoire des fonds faits pour le paiement des officiers passés en Canada depuis le l" janvier 1665. Ai^ch. col. Canada, corr. gén., 113, dépenses générales, 1663-1739, fol. 11.

(2) État de la dépense, 25 avril 1679, Arch. col. Canada, 4, 1679-1681, fol. 82.

(3) État de la dépense que le Roi veut et ordonne être faite en Canada, 25 avril 1680. Arch. col. Canada, corr. gén., 5, 1679-1681, fol. 192.

(4) État de la dépense 1683. Arch. col. Canada, corr. gén., 6, 1682-1686, fol. 199.

(5; Instruction au sieur Duchesncau. Arch. col. Canada, expéditions, 1674-1675, enregistrement des depeschcs des lies et du Canada, fol. 43.

(6) Colbert à Duchesneau, 28 avril 1077. Arch. col, Canada, e.\i)cditions, 1677, fol. 1.

Tandis que les recettes de la Nouvelle -France demeurent stationnaires, par le fait même de son développement, ses dépenses s'accroissent. Ainsi, en 1675, les indemnités accordées auxmembres du Conseil souverain sontportéesde deux mille à deux mille huit cents livres, Tentretien des cures et des missions en demande quatre mille. Puis il faut rétribuer de nouveaux fonctionnaires, un lieutenant général pour Québec, un grand voyer (1), et, un peu plus tard, un prévôt des maréchaux avec un lieutenant et des archers (2). Le trésor du roi est mis à contribution pour une somme qui, de plus en plus, va dépasser le revenu de la ferme. En 1679, les subsides royaux s'élèvent à 47.260 livres (3).

(1) État de la dépense..., 4 juin 1673. Arch. col. Canada, mémoires, 1670-1676, fol. 432.

(2 État de la dépense..., 25 avril 1680. Arcli. col. Canada, corr. gén., 5, 1679-1681, fol. 192.

(3) En ^oici le détail : Appointements de Frontenac et solde de sa compagnie de

gardes pendant l'année commencée le 1" mars 1678. 20.748 livres. Gratifications aux officiers des troupes qui ont passé au

Canada en 1667 à raison de 300 livres chacun 1.800 —

A la supérieure des religieuses de Québec pour l'entretien

de rhôpital 1.000 —

A la même pour médicaments 2.000 —

Aux Récollets 1 200 —

Au supérieur du séminaire de Saint-Sulpice de Montréal. 1.320 —

Pour l'entretènement à Québec d'un garde-magasin,

d'un armurier et d'un canonnier 1.320 —

Appointements de Duchesneau du 1" juin 1678 au 1" juin

Pour le prêt des bardes que Frontenac fait passer en

Canada > 3 OCO —

Fonds faits pour les dépenses du Canada et des lies d'Amérique, 22 avril 1679. Arck. col. Canada, corr. gén., 113, dépenses générales, 1063-1739, fol. 14.

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