‹ La Colonisation de la Nouvelle-FranceChapitre 33 sur 57 · ANT1Î · texte numérisé non relu

ANT1Î

ILIi-AUX-COUDRES

Baptêmes

Sépultures

Baptêmes

Sépultures

Baptêmes

Sépultures

(1) La Galissonnière au ministre, 24 octobre 1747. Arch. col. Ganad corr. gén., 87. 1746, fol. 264.

(2) La Galissonnière au ministre. Arch. col. Canada, Corr. gén., 9 1748, fol. 110.

(3) F.-L. Dcsaulnier, Les Vieilles familles de Yamachiche. Trois généal gies, 2 vol.' Montréal, 1899.

(4) Annuaire de Villcmarie, Histoire de la paroisse de Boucherville, t.p pp. 368 et 369.

{'ôj Abbé K.-X. Catien, Histoire de la paroisse du Cap-Santé, p. 364. ,. (6) Abbé Alexis Mailloux, Histoire de Vile- aux -Coudres,^. 17.

DU TRAITÉ d'uTRECHT A LA GUERRE DE SEPT ANS 355

Dans un pays qui est encore si mal peuplé et qui reçoit si peu i'émigrants, il ne faut rien laisser perdre de ce que fournit .'excédent des naissances. Le gouvernement colonial est amené i exercer une tutelle vigilante sur une catégorie d'enfants qui, plus que toutes les autres, est livrée sans défense à la maladie ît à la mort. Ce sont les bâtards.

La bonne conduite est toujours la règle en Canada. Si les mœurs ne sont plus tout à fait celles que les Jésuites proposaient à l'imitation de l'ancienne France, les vrais colons ne sont point en cause. Tout s'explique par la présence d'un cer- :ain nombre de gens voués au célibat prolongé, soldats, mateots, marchands forains, et surtout par l'affluence des prisonniers.

Un premier danger c'est que les filles séduites cherchent à dissimuler leur faute, et, parvenues au terme, tuent leur enfant, ou le portent aux sauvages. En 1722, on remet en vigueur une loi de Henri II (1). Celles qui cèleront leur grossesse seront punies de mort. En 1732, deux de ces malheureuses qui avaient été jusqu'au crime, sont condamnées. L'une s'enfuit, l'autre est pendue (2). Les mères criminelles sont l'exception. Le plus à redouter pour les enfants de l'amour illégitime c'est qu'ils périssent d'être trop mal nourris, trop mal soignés. Pour les sauver point d'autre remède que de les faire adopter par la colonie. Aussitôt après leur naissance, les bâtards sont, de droit, les pensionnaires du Domaine. Le procureur du roi, le procureur tiscal, ou, dans les lieux où il n'y a pas d'officiers de justice, le curé, leur choisit une nourrice à raison de quarante-cinq livres

(1) 6 février 1722. Arch. col. Canada, corr. gén., 45, 1723, fol. 296. \2) Hocquart au ministre, 10 octobre 1732. Arch. col. Canada, corr. oén , ^8, 1732, fol. 243.

le premier quartier, de trente livres les quartiers suivants (1). Cette nourriture se prolongera jusqu'à leur adolescence, jusqu'au moment où ils pourront être engagés à des habitants (2).

Il faut croire que les nourrices sont bien choisies et très consciencieuses. La mortalité des bâtards est insignifiante. Pour Tannée 1736, sur 390 enfants on ne compte que 12 ou 13 décès (3). Les pupilles de notre assistance publique gagneraient à être aussi bien soignés que les bâtards canadiens du dixhuitième siècle.

390 bâtards, 128 pour Québec, 251 pour Montréal et 11 pour les Trois-Rivières, le chiffre est fort. 11 décroit par la suite. En 1752, les bâtards ne coûtent plus que 12.153 livres (4), ce qui à 120 livres par tête, les réduit à une centaine. La proportion redevient raisonnable pour une population de cinquante mille âmes. Aussi bien peut-on se demander si, parmi les bâtards, il n'y a pas un certain nombre d'enfants légitimes que la mort de leurs parents met eux aussi à la charge du Domaine?

Le Canada continue à tenir vis-à-vis des autres colonies de TAmérique française le rôle de mère patrie. S'il n'a que peu contribué au peuplement de l'île Royale ^5) et de l'île Saint- Jean (6), il a largement participé à celui de la Louisiane.

« La Louisiane n'est presque établie que par les Canadiens »î écrit Vaudreuil en 1717 (7). Et, jusqu'à la fin de la domina-, tion française, rien ne pourra enrayer le mouvement d'immigration qui entraîne les habitants du bas Saint-Laurent vers les pays neufs de l'ouest et du sud-ouest. D'abord la Louisiane offre un débouché à ces fils de famille qui ont tant de peine t

(1) 6 février 1722. Arch. col. Canada, corr. gén., 45, 1723, fol. 296. (2( Ilocquart au ministre, 8 novembre 1740, Arch. col. Canada, corij gén., 53, 1740, foi. 400.

(3) Arch. col. Canada, corr. gén., 65, 17o6, fol. 2i8.

(4) Domaine d'Occident. Aixh. col. Canada, coir. gén., 98, 1755 fol. 470.

(5) A l'île Royale le plus grand nombre dos colons viennent de Tem Neuve et de l'Acadie.

(6) Parmi les soixante chefs de famille recensés en 1728 à l'île Sain Jean la plupart sont des Acadicns ou des Franrals de l'ancienne France deux seulement sont Canadiens. Casgrain, Une seconde Acadie, j)p. 53-B|

(7) Vaudn;uil an Conseil de marine, 14 janvier 1717. Arch. col. Ganad corr. gén., 37, 1717, fol. 23.

DU TRAITÉ d'utRECHT A LA GUERRE DE SEPT ANS 357

'aire leur chemin dans les vingt-huit compagnies du détachenent de la marine. En 1735, quatorze officiers et cadets de la îolonie demandent à servir au Mississipi (1). En fait, à laLouiiiane, une bonne moitié des emplois militaires, administratifs, udiciaires, est aux mains des Canadiens. Lors de la cession à 'Espagne en 17G8, O'Reilly fait fusiller six notables de la Nouirelle-Orléans qui ont commis le crime de ne point se résigner issez vite à ne plus être Français. Parmi les victimes il y a un ^ertel, un Villeray, un Noyan (2).

La charte octroyée à la compagnie d'Occident lui a défendu le recruter des colons au Canada (3). Mais les Canadiens sont ittirés vers la Louisiane par un attrait irrésistible. Vainement Beauharnais s'efîorce-t-il de les retenir et fait-il toutes sortes ie difficultés pour accorder des passeports à ceux qui prétenient aller aux Illinois (4). Il ne peut empêcher un certain lombre d'habitants de sortir de la colonie sous le prétexte de •aire la traite. Ces coureurs de bois sont perdus pour la Nou- .-elle-France. On les retrouve à Ouabache et à Tamarois, à saint-Louis du Missouri, aux Arkansas, auxNatchez et sur les Dords du golfe du Mexique, à la Mobile, à Biloxi, à la Nouvelle- Drléans (o).

Ne pas croire pourtant que la saignée soit dangereuse comme m temps de Frontenac. De 1720 à 1739 (6), les recensements lonnent le chiffre de ces absents dont si peu reviendront. Ce

(1) Liste des jeunes gens de famille qui demandent de l'emploi à la ^ouisiane, 10 octobre 1731. Arch. co^. Canada, corr. gén., 54, 1731, fol. 416. - Deux officiers vont à la Louisiane en 1719, 26 octobre 1719. Arch. col. Canada, corr. gén., 40, 1719, fol. 65; trois en 1731, 10 octobre 1731, corr. ,:én., 54, 1731, fol. 416 ; quatre en 1733, 1^' octobre 1733, corr. gén., 54, cl. 371.

(2) Barbé-Marbois, Histoire de la Louisiane, p. 149.

(3) Lettres patentes en forme d'édit portant établissement d'une com- )agnie de commerce sous le nom de compagnie d'Occident, à Paris, loût 1717. Arch. col. Canada, corr. gén., 38, 1717, fol. 247.

' (4) Beauharnais au ministre, 25 septembre 1727. Arch. col. Canada, corr. ,'én., 49, 1727, fol. 132.

(5) Vaudreuil au Conseil de marine, 14 janvier 1717. Arch. col. Canada, i7, 1717, fol. 23.

(6) 315 en 1720, 282 en 1721, 305 en 1722, 332 en 1723, 340 en 1724, 238 sn 1726, 118 en 1727, 214 en 1730, 101 en 1732, 430 en 1734, 276 en 1736, 540 en 1737, 320 en 1739. Arch. col. Canada, recensements, t. 11, non olioLé.

chiffre varie de cent un à quatre cent trente. En moyenne, il n'atteint pas trois cents. Moins de trois cents manquants, c'est une perte légère pour une population qui passe de vingt-quatre mille à quarante-trois mille âmes (1).

Aux Canadiens qui s'établissent au Mississipi, il faut ajouter ceux qui émigrent à Saint-Domingue et aux petites Antilles. On en signale quelques-uns qui passent à l'étranger, et point seulement chez les Anglais. Un d'Auteuil est capitaine de vaisseau au service de sa majesté^ catholique (2).

Comme toujours, c'est la petite vérole qui fait le plus de mal. L'épidémie de 1733 est demeurée dans la mémoire du peuple. Cette année-là, à l'hôpital général de Québec, oaj compte à la fois jusqu'à deux mille malades. Quand on relèvej les morts, il y en a de dix-sept à dix-huit cents (3).

Cette paix de trente années qui a donné un tel essor à l'ex-, pansion des races colonisatrices d'Europe n'a pas profité aux indigènes. Elle n'a même pas marqué un temps d'arrêt dans leur décadence. D'après un mémoire de 1737, qui est de Hocquart, cest-à-dire qui présente toutes les garanties d'exactitude, de l'Acadie aux Illinois, pour toute la Nouvelle- France, c'est à peine si les tribus alliées peuvent lever de vingtcinq mille à trente mille guerriers. On n'arrive pas à des résultats plus satisfaisants en se restreignant aux sauvages qui se sont soumis à notre tutelle, qui, sous la direction des mis- j sionnaires, se sont établis, soit au milieu des seigneuries de | la colonie proprement dite, soit dans l'ouest autour de nos j forts. Voici, tiré du môme document, un recensement détaillé | des sauvages domiciliés en état de porter les armes. Dans le t bassin du Saint-Laurent : les Hurons de Lorette, 30; les Abcnakis de Saint-François et de Bécancourt, 300 ; les Iroquois du saut Saint-Louis, les Iroquois, les Algonquins, lesNipissingue.^' du lac des Deux Montagnes, 350; les Tètes de Boule et lc> Montagnais des Trois-Uivières, 30. En Acadie, 400 Abenakis et

(1) 24.494 en 1720, 43.382 en 1739, Censuses of Canada, t. IV, pp. 12 et 60

(2) Alexandre Riiette d'Auteuil. Arch. col. Canada, Aveux et Dénombrements, t. I, fol. 990.

^3) IIocqu.irL ;iu ministre, 3 octobre 1733. Arc/i. col. Canada, corr. gén.| 60, 1733, fol. 37.

Î)U TRAITÉ d'uTRECHT A LA GUERRE DE SEPT ANS 359

500 Micmacs. Au pays d'En haut : sur FOntario, 50 Mississagués ; au Détroit 250 Hurons, 250 Pouteoutamis, 140 Outaouais; au lac Saint-Clair, 150 Sauteux ; à Michillimackinac et aux environs 200 Outaouais, 100 Sauteux, 150 Sakis, 150 Folles- Avoines, de 60 à 80 Renards (1). Ce ne sont plus que des débris de peuples.

Quinze ans plus tard, l'ingénieur militaire Franquet passe l'inspection de la colonie et il cherche à se rendre un compte exact de tout ce qu'on peut tirer, au point de vue de la défense, des six groupes d'indigènes installés sur le territoire actuel de la province de Québec. Il trouve des effectifs un peu plus forts que l'auteur du Détail de toute la colonie, 200 guerriers au saut Saint-Louis, 228 au lac des Deux-Montagnes (2). Doit-on en conclure que la dépopulation soit enrayée ? Non certes. Si la hache iroquoise n'a point été déterrée depuis la pacification de Callières, deux fléaux continuent leur œuvre de mort, la picote et l'eau-de-vie. Contre la picote rien à faire. Contre l'eau-de-vie, peu de chose. Les défenses du coadjuteur Dosquet ne portent guère. Franquet nous parle de l'ivrognerie des sauvages comme un contemporain de Frontenac (3). S'il n'y a pas décroissance numérique plus rapide, c'est que nos sauvages adoptent beaucoup de bâtards français et d'enfants anglais enlevés par les partis de guerre (4).

Les missionnaires ont-ils du moins réussi sur un autre terrain? Ont-ils civihsé leurs néophytes, les ont-ils rapprochés des colons? A la vérité, si jamais les Jésuites se sont engagés de plein gré à franciser les sauvages, pour des hommes si habiles ils n'ont pas été heureux. Sauf à Lorette, où la plupart des Hurons parlent notre langue, adoptent notre costume, cherchent à copier nos mœurs (5), partout les sauvages s'opi-

(1) Hocquart, Détail de toute la colonie. Arch. col. Canada, corr. gén., 67, 1737, fol. 95.

(2) Franquet, Voyages et mémoires sur le Canada, pp. 119 et 121.

(4) « Au saut Saint-Louis il y a parmi eux plusieurs bâtards français et beaucoup d'enfants anglais faits prisonniers en la dernière guerre et qu'ils ont adoptés. Ces enfants s'élèvent avec les façons et les inclinations sauvages. » Id., p. 107.

(5; Id., toc. cit. — « Les Hurons de Lorette sont policés. » — Dénombre-

niàtrent à ne rien apprendre de nous. Les Iroquois du Saut, qui vivent en contact perpétuel avec les habitants de Montréal, ne daignent pas parler le français. Ils ne s'abouchent avec nous que par interprète (1). En un siècle et demi on a francisé une centaine de Hurons.

Ces sauvages domiciliés sont traités en enfants gâtés. On a si peur de les indisposer, de les jeter dans les bras de l'Anglais, qu'on leur cède sur tous les points. On ne fait aucun effort sérieux pour les empêcher de porter le castor et le ginseng à la j Nouvelle-Angleterre et à la Nouvelle-York (2). ^

Tout à fait à la fin de son règne, et sans doute sous le coup des pertes cruelles subies au traité d'Utrecht, Louis XIV se rend compte de tout le temps qui a été perdu en Amérique. Mais il n'avoue pas que le mal vient de son abandon prématuré. Il s'en prend au système de colonisation. « Si toutes les terres de la Nouvelle-France fussent en roture, elles seraient mieux habituées, » écrit-il en 1714 (3).

En dehors de leur pauvreté et de leur incompétence, quels reproches peut-on adresser aux seigneurs du Canada? L'intendant Begon porte contre eux une accusation grave. Il les , accuse d'exploiter, de décourager les censitaires par des exigences illégales. Telles sont les corvées et la rente foncière qu'ils réclament pour la jouissance de la commune qui sert de pacage aux bestiaux. Ils se réservent encore les pins et les chênes. Ils réclament le onzième poisson (4). Ils n'acceptent point d'être payés en monnaie de carte (5). Ils refusent aux tenanciers des continuations de terre en bois debout. Sur ce dernier point on en finit avec la résistance des opiniâtres en les avertissant que, s'ils ne s'exécutent pas de bonne grâce, les continuations seront accordées au nom du

ment des nations sauvages qui ont rapport au gouvernement du Canada, Arch. col. Canada, corr. gén., 6G, 1736, fol. 23G.

(1) Franquet. Voyages et mémoires sur le Canada^ p. 35.

(2) Id., ])p. 174-175.

(3) Mémoire du roy, 19 mai 1714. Arch. col. Canada, dcpesches et ordres, fol. 336.

(4) Begon, 1717. Arch. col. Canada, concessions, 1670-1670, non folioté.

(5) Begon au ministre, 21 juin 1723. Arch. col. Canada, corr. gén., 37,

DU TRAITÉ d'uTRECHT A LA GUERRE DE SEPT ANS 3G1

roi (1). Sur tous les autres points les délinquants sont vivement rappelés à Tordre (2).

Les abus sont vivaces. Dix ans plus tard, Beauharnais et Hocquart renouvellent le réquisitoire de Begon. « Il est vrai, en général, que les seigneurs concèdent les terres ou paraissent les concéder gratis, mais ceux qui éludent la disposition de l'arrêt du Conseil ont soin de s'en faire payer la Valeur sans en faire mention dans les contrats ou d'en faire passer des obligations aux concessionnaires sous prétexte de sommes qui leur sont dues d'ailleurs (3). » Il resterait à infliger le châtiment suprême, à déposséder les coupables ou les négligents incorrigibles, à prononcer la réunion à la couronne. Vaudreuil et Begon hésitent à le faire. Ils se contentent de menacer. Ils se persuadent que la menace est un stimulant assez énergique (4).

Au surplus, et ceci est dans l'ordre, on est toujours plus sévère pour les petits que pour les grands. Si Ton ne se décide point à prononcer la réunion au domaine du roi des seigneuries non établies, on a moins de ménagements pour les censitaires qui, dans le délai marqué, ne tiennent pas feu et lieu. De 1727 à 1730, l'intendant Hocquart, en se conformant à l'arrêt du 16 juillet 1711, a prononcé la réunion de plus de deux cents concessions roturières au domaine des seigneurs. L'intendant a pourtant pris sur lui de donner chaque fois au censitaire, pour se mettre en règle, un délai de six mois (5).

Des insuccès de la colonisation seigneuriale on tire cette conclusion qu'il ne faut plus concéder de seigneuries. Les fiefs concédés à Langloiserie et Petit, à Soulanges et à Vaudreuil, doivent être les derniers(6). On refuse des fiefs à un grand sei-

(1) Vaudreuil et Begon au ministre, 26 octobre 1719. Ai^ch. col. Canada, corr. gén,, 40, 1719, fol. 33.

(2) Projet de mémoire du roy. Arch. col. Canada, corr. gén., 40, 1719, fol. 284.

(3) Beauharnais et Hocquart, 10 octobre 1730. Arch. col. Canada, concessions, 1670-1760. Non folioté.

(4) Vaudreuil et Begon au ministre. 26 octobre 1719. Arch. col. Canada,

(5) Hocquart, 10 octobre 1730. Ai'ch. col. Canada, concessions, 1670-1760.

(6) Le roi à Vaudreuil et Begon, 5 mai 1716. At^ch. col. Canada, depesches et ordres, fol. 216.

gneur de France, Créqui (1), à un bon serviteur de la colonie, le capitaine Desjordis, et même au tout puissant Vaudreuil (2). On n'accordera plus que des concessions en roture : trois arpents de front sur quarante arpents de profondeur, des parts de laboureurs. A-t-on réellement distribué de ces concessions-là? Point ou si peu qu'il n'en reste aucune trace, en dehors des banlieues de Québec et des Trois-Rivières, où cela a toujours été d'usage.

Aussi bien on n'est pas fixé à Québec, et encore moins à Versailles, sur la meilleure méthode à suivre en matière de colonisation. Avant de faire un règlement définitif, Begon démontre la nécessité d'avoir un nouveau papier terrier (3), c'est-à-dire un état complet des résultats antérieurement obtenus. Le directeur du Domaine se met à l'œuvre en 1723. Le papier terrier n'est pas achevé en 1745 (4).

Contre toutes les sollicitations le gouvernement de Versailles tient bon pendant plus de quinze ans. Mais à se prolonger, cette résistance perd de sa raison d'être. Quand Vaudreuil et Begon affirment en 1720 qu'ils ne croient pas qu'il y ait aucune seigneurie de l'intérieur de la colonie qui ne soit établie (5), on V peut les accuser de quelque complaisance. Mais dix ans plus tard le progrès de la population et celui du défrichement sont tels qu'il devient nécessaire d'ouvrir à la colonisation de nouveaux cantons. C'est ainsi que de 1713 à 1730 la colonie passe de 19.315 habitants à 34.118, gagnant 15.000 âmes, doublant presque. D'autres chiffres, sont d'une éloquence encore plus démonstrative. Entre 1720 et 1730 l'étendue des terres mises en valeur fait plus que doubler : en 1720, 61.357 arpents en cul-

(1) Délibération du Conseil de marine, 6 janvier 1720. Arc/i. col. Canada, coït, gén., 41, fol. 8.

(2) Vaudreuil et Begon au ministre, 2G octobre ilVJ. Arch. col. Canada, corr. gén., 40, 1719, fol. 30.

(3) Ordre de faire un papier terrier donné au directeur du domaine, 17 octobre 1722. ^rc/i. col. Canada, corr. gén., 44, 1721-1722, fol. 295.

(A) Deuxième volume de supplément remis en 1745; troisième promis pour 1740. M. Leverrier au ministre, 27 novembre 1745. Arch. col. Canada, corr. gén., 84, 1745, fol. 217.

(5) Vaudreuil el Begon au ministre, 26 octobre 1120. Arch. col. Canada, corr. gén., 42, 1720, fol. 31.

DU TRAITÉ d'uTRECHT A LA GUERRE DE SEPT ANS 363

tiire et 10.132 en prairies; en 1730, 130.791 arpents en culture, 18.102 en prairies (1). Ce sont là les bienfaits de la paix.

L'heure est venue de revenir à l'ancien système. On ne s'y résigne pas tout de suite à Versailles. Un instant, il est question de remplacer les seigneuries par de grandes concessions en roture. En 1724, Gastineau en demande une de quatre lieues de profondeur, et le ministre est disposé à accueillir favorablement sa requête (2). Mais, dans la pratique, quelle difTérence y aura-t-il entre une concession en roture de cette dimension et un fief véritable? Son propriétaire ne sera-t-ilpas obligé d'agir comme un seigneur, de la distribuer en petits lots à des habitants? En 1725, il se fait à la règle une première dérogation. On donne à d'Ailleboust d'Argenteuil Tîle de Garion et la grande seigneurie qui porte son nom sur la rive gauche de l'Ottawa. Mais la seigneurie était promise depuis 1680 (3).

A partir de 1731 on recommence à distribuer des seigneu- >v ries (4). "fc-CM^J^

Entre Québec et Montréal il ne reste plus sur le fleuve qu'un très petit nombre de devantures qui n'aient pas encore de propriétaires. Mais, sans craindre de tenter l'Iroquois, sanscraindre non plus de nuire au développement des seigneuries anciennes, il est permis de s'étendre aux deux extrémités et, en même temps, dans la région centrale, dans la colonie de Talon, de créer, tant par des augmentations de fiefs que par la concession

(1) Arch. col. Canada, recensements, t. II, non folioté.

(2) Le roi à Vaudreuil et Robert, 30 mai 1724. Arch. col. Canada, ordres et depesches, 1724, fol. 129.

(3) Mémoire des titres du fief et de la seigneurie d'Ailleboust. Aj^ch. col. Canada, concessions, 1670-1760, non folioté.

(4) Pour la distribution des seigneuries à partir de 1731, voir la « Liste des concessions données en Canada... tant en fiefs qu'en censives par M. le marquis de Beauharnais... et Hocquart... depuis 1731 jusques et compris 1734. » Arch. col. Canada, corr. gén., 61, 1734, fol. 280 ; et la c Liste des concessions accordées... depuis le 23 septembre 1736 jusqu'au 3 septembre 1751... apostillée des travaux qui y ont été faits et des habitants qui y sont établis ou qui y ont pris des terres. Pièce non datée, probablement de l'automne 1751. » Arch. col. Canada, concessions, 1670- 1760, non folioté. — Voir aussi « Extrait de concessions de terres octroyées en fief dans la province du Bas Canada » (avec un article pour chaque seigneurie). Bouchette, Topographie du Canada. Appendix.

de fiefs nouveaux, une deuxième et, çà et là, une troisième ligne d'établissements.

En amont, la marche en avant se poursuit à la fois sur le Saint-Laurent et sur l'Ottawa.

Sur la rive droite du fleuve, Ghateauguay qui fut plus de cinquante ans Tavant-poste se couvre à l'ouest par Beauharnais, au sud par la Salle : cette dernière concession entièrement dans l'intérieur des terres. Sur la rive gauche, la Nouvelle-Longueil part des limites 'de Soulanges et atteint, à la pointe du Baudet, la moitié du lac Saint-François. Sur la Grande Rivière, à droite, nigaud prolonge Vaudreuil ; à gauche, la frontière est portée beaucoup plus loin avec Argenteuil. On augmente aussi la seigneurie déjà si vaste du séminaire de Saint-Sulpice, au lac des Deux-Montagnes.

De Montréal au lac Saint-Pierre, peu de changement. En première ligne, une augmentation de Berthier avec devanture ; en seconde ligne, une augmentation de la Valtrie, une concession à Jean-Baptiste Neveu, derrière Dautré et La Noraye, une autre à Geneviève de Ramezay, derrière Berthier ; en troisième ligne, encore une seigneurie pour d'Ailleboust d'Argenteuil. Rien en face. Dans la péninsule de Richelieu, tout a été distribué du premier coup par Talon.

Autour du lac Saint-Pierre, il reste davantage de terre à distribuer. Sur la rive nord, une seigneurie nouvelle avec, comme son nom l'indique, accès à la grande route d'eau douce, c'est la Pointe du Lac ou Tonnancourt. Elle absorbe l'ancien fief de Normanville. Au second rang, Dusablé derrière le fief Bruneau, une augmentation de Gastineau, les deux seigneuries de la compagnie des forges de Saint-Maurice qui font suite à la censive royale des Trois-Rivières, Saint-Etienne qui prolonge Saint-Maurice. A la rive sud, Deguire s'adosse à Saint-François, Courval à la baie Saint-Antoine.

Du lac Saint-Pierre à Québec, rive gauche, l'augmentation de Sainte-Anne de la Pérade, Perthuis derrière Portneuf, Bourglouis derrière Neuville. En face, il y a place sur le Saint- Laurent entre Bonsecours etTilly pour le fief Desplaines. Gaspé est créé derrière Tilly, Saint-Gilles derrière Tilly et Desplaines. Mont-à-peine qui est derrière Saint-Michel, démembrement de

DU TRAITÉ d'uTRECHT A LA GUERRE DE SEPT ANS 365

la Durantaye, reçoit une augmentation. Livaudière se place derrière Vincennes, Saint-Gervais derrière Livaudière.

Pas grand'chose sur le bas Saint-Laurent : augmentation de la rivière Quelle, deux nouvelles seigneuries qui s'intercalent, Richard Rioux entre Dartigny et le Bic, Saint-Barnabe entre Rimouski et Lessard.

Le principal progrès de la colonisation n'est point sur la ligne du fleuve, mais sur deux de ses principaux affluents de la rive droite, le Richelieu, la Chaudière.

Sur le Richelieu la crainte de l'Iroquois et de l'Anglais a empêché que la colonisation dépassât le bassin de Chambly. Encore Chambly est-il, au rapport de Gatalongne, fort mal établi et presque dépeuplé en 1712. Après vingt ans de paix, Beauharnais et Hocquart se persuadent qu'il n'y a plus rien à redouter des ennemis de la colonie sur cette grande route de l'invasion. Ils entreprennent de pousser les établissements jusqu'au lac Champlain. De 1733 à 1739, grande distribution de fiefs sur la rivière et sur le lac; sur la rivière, à Sabrevois, Sabrevois de Bleury, Noyan, La Fontaine de Bellecour, Foucault, Chaussegros de Léry, Péan, Denis de la Ronde, aux Ramezay ; sur le lac à Daine, Lusignan, LaGauchetière, Saint-Vincent, Contrecœur, Boucher de la Perière, Legardeur de Beauvais, d'Ailleboust d'Argenteuil, Dagnan Douville, Rambault. En même temps l'intendant Hocquart crée une seigneurie du roi au fort Saint- Frédéric.

Mais, comme il est arrivé tant de fois à leurs prédécesseurs, Beauharnais et Hocquart n'ont pas été heureux dans le choix des seigneurs. En 1741 presque tous ont laissé leurs seigneuries dans l'état oii ils les ont reçues. Les instructions du roi sont formelles. Il faut prononcer leur déchéance. Auparavant l'intendant les convoque pour entendre leurs explications, manifestement avec l'espérance de les pouvoir agréer. Tous ces gens-là ont de bonnes excuses à faire valoir (1). Beaujeu a été appelé à Québec pour son service, Lusignan détaché à la rivière Saint-Joseph, Saint-Yincent aux Ouyatanons. Denis de la

(1) Hocquart au ministre, 10 mai 1741. Ai'ch. col. Canada, concessions,

1670-1760. non folioté.

Ronde était à Gliagouamigon à la découverte de mines de cuivre. Beaujeu, Péan, Contrecœur, LaPerière, allèguent qu'ils n'ont point trouvé de défricheurs. Tous auraient dû avouer la pauvreté d'où venait leur impuissance. C'est toujours la même chose. Il n'y a point d'autres seigneurs à choisir que des officiers ou des fonctionnaires et, sauf des exceptions extrêmement rares, officiers et fonctionnaires sont incapables d'être des seigneurs utiles. On commence par appliquer le règlement en déclarant déchus vingt de ces concessionnaires. On se hâte pourtant de promettre de nouveaux titres (1) à ceux d'entre eux qui justifieraient, dans le délai d'un an, d'avoir fait « des travaux réels et de grandes dépenses. » Sept sur vingt méritent de nouveaux titres, Beaujeu, Foucault, Noyan, les deux Sabrevois, Péan, qui sont sur la rivière Richelieu, etEstèbe qui est sur le lacChamplain. En 1743, au lac Saint-Frédéric, Hocquart obtient une seigneurie pour son propre compte (2). En 1746 (3), Péan, Beaujeu, Estèbe, Foucault, réussissent à trouver quelques censitaires. Foucault fait même bâtir un moulin, une chapelle, un presbytère. Le fermier de M. Hocquart a de très belles récoltes. Mais voici que la guerre de la succession d'Autriche s'étend à l'Amérique. En 1746, les habitants du lac Ghamplain doivent évacuer leurs habitations (4).

Tout est à recommencer en 1748. A cette date deux nouvelles concessions à Levasseur sur la rivière du Missisquoi, à Louise de Ramezay sur le Champlain. A la veille de la guerre de Sept ans, où en est- on à la rivière Richelieu et sur le lac Champlain? Le résultat (5) n'est pas brillant. En 1751, pas un habitant chez Rambault, chez Noyan, chez Sabrevois, une famille chez Levasseur, deux chez Beaujeu et chez Louise de Ramezay, sept chez Foucault, vingt-quatre chez

(1) Beauharnais cÀ Hocquart. Extrait de leur réponse au mémoire du roy, 24 septembre 1742. Aixh. col. Canada, corr. gén., 80, 1743, loi. 383.

(2) Brevet de concession reçu par M. Hocquart, îi octobre 17 i3. Arch, col. Canada, corr, gén., 79, 1743, fol. 311.

(3) 12 octobre 1744. Ajx'h. col. Canada, corr. gén., 81, 1744, fol. 12.

(4) M. Hocquart au ministre, 24 octobre 1746. Arch. col. Canada, corr. gén., 85, 1746, fol. 375.

(5) Notes en marge de la « Liste des Concessions... depuis le 23 septembre 1736 jusqu'au 31 septembre 1751 », loc. cil.

DD TRAITÉ d'uTRECHT A LA GUERRE DE SEPT ANS 367

Hocquart. L'invasion anglaise est proche. En 1759 et en 17G0, Amherst et Haviland vont descendre le Richelieu et tout détruire sur leur passage, si tant est qu'il y ait grand'chosc à détruire (1). Après la crise quereste-t-il delà tentative de colonisation de la rivière Richelieu et du Ghamplain? Rien sinon quelques titres seigneuriaux qui sont reconnus parles conquérants : sur le Richelieu, en partant du Ghamplain, Beaujeu et Léry, à gauche ; Foucault, Noyan, Bleury, à droite ; sur la Yamaska, Saint-Hyacinthe ; entre la Yamaska et la baie de Missisquoi, Saint-Armand. Les premiers colons de la rivière Richelieu et du lac Ghamplain viendront à la fin du siècle. Ge sont des loyalistes anglais (2).

On est plus heureux sur la Ghaudière. Là, le point de départ est à une petite journée de Québec, c'est-à-dire à portée de la région qui a le plus de colons à fournir. De plus le sol est exceptionnellement fertile, d où vient le nom de Nouvelle- Beauce (3). Il y eut sept concessions en tout, cinq en 1736, une en 1737, une en 1738. Dans l'ordre géographique, en remontant la rivière, depuis Lauson, c'est Saint-ÉLienne à Gugnet, Sainte-Marie à Taschereau, Saint-Joseph à Rigaud de Vaudreuil, la Gorgendière qui s'appelle plus tard Vaudreuil, puis Beaurivage, enfin vers la source, à l'ouest, le fief de la dame Aubert, à l'est celui d'Aubin de l'Isle. Trois concessionnaires de 1736, Taschereau, Rigaud et la Gorgendière, étaient tenus par leur contrat à tracer un chemin depuis le Saint- Laurent jusqu'àl'islet au Sapin (4). Ils se sontexécutés. Le succès ne se fait pas attendre. Dès 1739 il y a en Nouvelle-Beauce 779 arpents de terre mis en valeur avec 245 habitants, parmi lesquels, il est vrai, le plus grand nombre est engagé pour le défrichement et ne doit pas s'établir. En 1744, on ne relève plus

(1) Casgrain, Montcalm et Lévis^ t. II, pp. 391-393. Lutte acharnée à rile-aux-Noix en 1760.

(2) Nombreux loyahstes anglais à Beaujeu, loyahstes anglais et hollandais à Saint-Armand signalés par Bouchette. Topographie du Canada, pp. 183, 195, 196.

(3) Le nom apparaît dans le recensement de 1739. Recensement de 1739, Censuses of Canada, vol. IV, p. 60.

(4) Beauharnais et Hocquart au ministre, 2 octobre 1736. Arch. coU Canada, corr. gén., 67, 1737, fol. 3,

que de véritables habitants qui tiennent feu et lieu. Ils sont 132 (1). La guerre ne les trouble point dans leurs travaux comme leurs voisins du Richelieu et du Ghamplain. En 1751 ils sont passés à 166 (2). En 1765 le premier recensement anglais donne pour Saint-Joseph et Sainte-Marie 495 et 357 (3). La Nouvelle-Beauce n'a pas été sur le chemin de l'envahisseur. Elle n'a point reçu la visite d'Amherst et d'Haviland. Cela explique, en partie, ses progrès merveilleux. La proximité de Québec, un meilleur choix des seigneurs ont fait le reste.

Un autre succès à enregistrer, celui-ci en plein pays d'En haut. Depuis sa fondation, la colonie de Détroit, ou, pour lui donner son nom officiel, le fort Pontchartrain de Détroit n'avait fait que végéter. En 1721, 34 habitants (4) qui en 1727 tombent à 28 (5). Cela est peu si l'on considère que La Mothe- Cadillac a distribué 30 concessions. Ces concessions, du reste, n'étaient pas faites selon les règles. Elles sont annulées. Par la même occasion on restreint l'étendue de la seigneurie. On ne laisse au seigneur que les terres qu'il a mises en valeur, ou pour lesquelles il a trouvé des censitaires. Il se constitue ainsi à Détroit un domaine du roi et c'est pourquoi nous voyons les gouverneurs de la Nouvelle-France y distribuer directement des censives (6). En 1734 (7) et en 1736 (8) Beauharnais et Hocquart donnent des titres réguliers à 31 habitants. Mais la colonie ne prend vraiment son essor que dans les dernières

(1) Beauharnais et Hocquart au ministre, 12 octobre 1744. Arch. col. Canada, corr. gén., 81, 1744, fol. 12.

(2) Dont 48 chez Taschereau, 28 chez Rigaud de Vaudreuii, 99 pour La Gorgendière, 1 pour Aubert. Notes en marge de la « Liste des concessions du 23 septembre 1736 jusqu'au 3 septembre 1751 », loc. cit.

(3) Censuses of Canada, voL IV, p. 65. — Saint-Joseph, c'est la seigneurie de Vaudreuii, Sainte-Marie celle de Taschereau.

(4) Vaudreuii et Begon au Conseil de marine, 4 novembre 1721. Détroit. Arck. col. Canada, concessions, 1670-1760, non folioté.

(5) Dupuy au ministre, 28 octobre 1727. Avch. col. Canada, corr. gén., 1727, fol. 274.

(6) Vaudreuii et Begon au Conseil de marine, 14 octobre 1716. Avch. col. Canada, concessions, 1670-1760, non folioté.

(7) Terres et censives au détroit du lac Krié. Beauharnais et Hocquart au ministre, 3 juillet 1734. Arch. col. Canada, corr. gén., 61, 1734, fol. 280.

(8) Beauharnais et Hocquart au ministre, l"" septembre 1736. Détroit du lac Erié. Arch. col. Canada, concessions, 1670-1760, non folioté.

DU TRAITÉ d'uTREGHT A LA GUERRE DE SEPT ANS 3G9

années de la domination française. Frappé de la belle situation stratégique du fort Pontchartrain, la Galissonnière s'emploie à renforcer sa population. En 1749, il promet à tous ceux qui s'y établiront deux ans de farine avec les instruments nécessaires au défrichement (1). Ces promesses procurent à Détroit, cette même année, 57 habitants de plus (2). La Jonquière et Bigot offrent des conditions encore plus avantageuses (3). Ils chargent de la propagande les capitaines des côtes (4). Elle produit son effet immédiatement. En 1751, un recensement donne pour le fort Pontchartrain 440 habitants avec 33 esclaves Panis (5).

Comme sur la Chaudière une riche moisson d'hommes allait lever à Détroit. Les compagnons de la Mothe-Cadillac, les colons de la Galissonnière et de la Jonquière ont eu une postérité magnifique. Aujourd'hui elle se partage entre l'État de Michigan et la province canadienne d'Ontario. Rien que sur le territoire de la Puissance, dans les cinq comtés d'Essex, de Lambton, de Kent, de Bothwel, d'Elgin, on comptait, en 1891, 21.300 Canadiens français (6).

(1) 5 octobre 1749. Arch. col. Canada, corr. gén., 93, 1749, fol. 31.

(2) La Jonquière et Bigot au ministre. Arch. col. Canada, corr. gén., 91, 1750, fol. 3.

(3) « Le roy voulant aider les familles qui montent au Détroit pour s'y établir...

Article Premier. — 11 ne sera admis pour monter audit poste du Détroit... que des habitants terriens et de bonnes mœurs et s'ils sont mariés leurs familles monteront avec eux et il leur sera fourni aux frais du roy les voitures, vivres et voyageurs nécessaires pour les y rendre.

Art. II. — Le commandant du poste fera fournir aux frais du roy à chaque homme en état de travailler et qui s'établira sur une terre un fusil, une pioche, une hache, un soc de charrue, une faux, une faucille... une truie, six poules, un coq, six livres de poudre et douze livres de plomb, le tout gratis.

Art. III. — L'habitant marié... sera nourri par le roy ainsi que sa femme et ses enfants... pendant dix-huit mois...

Art. IV. — Les garçons qui auront pris des terres seront également nourris pendant ledit temps...

Art. V. — Ils n'auront aucune part aux libéralités du roy, ceux qui au lieu de cultiver leurs terres s'adonneront à la traite. » La Jonquière et Bigot, 2 janvier 1750. Arch. col. Canada, corr. gén., 95, 1750, fol. 8.

(4) 6 janvier 1750. Arch. col. Canada, corr. gén , 95, 1750, fol. 17.

(5) Recensement de Détroit envoyé à part. La Jonquière et Bigot, i*' octobre 1751. Arch. col. Canada, recensements^ t. II, non folioté.

' (6) Rameau de Saint-Père ; Le Recensement canadien de 1891 ; ses

Dans les dernières années de la domination française, Québec a beaucoup grandi. De 4.600 habitants en 1739 (1), la petite capitale passe à 8. 001, en 1754 (2). A part une nouvelle paroisse dans la Dame-Ville, cette « Notre-Dame des Victoires » qui fut élevée pour commémorer la défaite de Phipps, Québec n'a pas d'autres monuments que ceux que la Hontan a décrits. La ville s'est pourtant embellie. Il y a de belles maisons sur la place d'armes et dans les deux grandes rues qui y aboutissent, la rue Saint-Jean et la rue Saint-Louis. Québec est protégé du côté de la terre par une enceinte continue, bastionnée et flanquée de redoutes (3).

Montréal a 4.000 habitants en 1754. La cité de Maisonneuve n'a toujours à montrer à l'étranger que son église bâtie sur le modèle de Saint-Sulpice de Paris. On a beaucoup dépensé pour entourer la seconde ville de la Nouvelle-France d'un mauvais mur de pierres de la hauteur de quatre pieds (4).

inexactitudes et ses altérations au point de vue français. Extrait de la Revue Française, 1894, p. 38.

(1) Gensuses of Canada, vol. IV, p. 160.

(3) J. G. Bonnefons, Voyage en Canada, depuis l'an 1751^ pp. 31-35.

(4) Id., p. 65.

Page 1