‹ La Colonisation de la Nouvelle-FranceChapitre 35 sur 57 · LE GOUVERNEMENT DE LA NO UVELLE - FRANCE · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEMENT DE LA NO UVELLE - FRANCE

L'intendant subordonné au gouverneur. — Le développement de tous les services. — Petit nombre des fonctionnaires. — La garnison et la milice. — L'instruction publique. — Les nouvelles cures. — Fin de la théocratie.

Une heureuse pacification va restaurer dans le gouvernement delà colonie la discipline et l'unité de direction. Ces rivalités qui depuis si longtemps mettent aux prises le gouverneur, l'intendant, le Conseil supérieur vont prendre fin. Le Conseil supérieur renonce à jouer au parlement, se renferme dans ses attributions judiciaires. Quant à l'intendant il se laisse ramener à son rang, c'est-à-dire au second. Ce n'est pas qu'il n'y ait encore quelques brouilleries entre les puissances. Vaudreuil ne fait pas toujours bon ménage avec Begon (1). Mais la disgrâce éclatante de Dupuy qui prétend tenir tête à Beauharnais, et qui est soudain destitué et même obligé de s'embarquer, sans attendre son successeur (2), donne une leçon qu'il

(1) Vaudreuil au ministre, 13 novembre 1710 et 3 novembre 1717. Arch. col. Canada, corr. gén., 36, 1710, fol 70; et corr. gén., 36, 1717, fol. 156.

(2) Dupuy ne veut pas venir chez Beauharnais sans un ordre du roi. Beauharnais au ministre, 6 mars 1027. Arch col. Canada, corr. gén , 49, 1727, fol. 00. — Sur le conflit entre Beauharnais et Dupuy, voir Gossclin, Québec en 1720^ pp. 30-31.

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ne sera pas nécessaire de renouveler. Pendant près de vingt ans, 1729-1748, le successeur de Dupuy, Hocquart, sera pour Beauharnais et la Galissonnière le plus dévoué, le plus déférent des collaborateurs.

L'augmentation de la colonie en hommes et en richesses a-t-elle rendu nécessaire la création de nouveaux services ou, du moins, un accroissement de personnel administratif? Il est facile de dresser une liste complète des fonctionnaires que le roi entretient au Canada à la veille de la guerre de Sept ans. Dans le projet de « capitation » de d754 elle est donnée toute faite (1\ Le gouverneur général, en tant que gouverneur particulier de Québec, et les gouverneurs particuliers de Montréal et des Trois-Rivières sont assistés, tous les trois, d'un lieutenant du roi et d'un major. L'intendant a un second, le commissaire ordonnateur (2) qui réside à Montréal. Pour l'administration de la justice il y a au Conseil supérieur de Québec un premier conseiller, neuf conseillers, un procureur général, un greffier en chef, un huissier en chef; à la prévôté de la même ville, un lieutenant général, un lieutenant particulier, un procureur du roi, un greffier, un grand prévôt; à la juridiction royale de Montréal, un juge, un lieutenant particulier, un procureur du roi, un greffier ; à celle des Trois-Rivières, un juge, un procureur du roi, un greffier. Il suffit à l'amirauté d'un juge et d'un greffier. L'administration du Domaine du roi est concentrée à Québec. Elle se compose d'un directeur, d'un contrôleur, de trois visiteurs, d'un capitaine des gardes, de trois écrivains. Le contrôleur de la marine a sous ses ordres à Québec un garde des magasins, un trésorier, dix-neuf écrivains, à Montréal un garde des magasins, un trésorier, six écrivains. Le service du port de Québec est assuré par un capitaine, un lieutenant, un maître, sans compter le chef des constructions navales. Les trente compagnies de la garnison ont, chacune, un capitaine, un lieutenant, deux enseignes : soit cent vingt officiers auxquels il faut ajouter l'ingénieur en chef qui est pré-

(1) Capitation 1754. Arch. col. Canada, corr. gén., 99, 1753-1754, fol. 529.

(2) Quand il n'y a pas d'intendant le commissaire fait l'intérim. C'est ainsi que d'Aigremont remplace Dupuy. Arch. col. Canada, corr. gén , 50,

1128, passim.

posé aux fortificatioQS. Enfin le roi entretient dans la colonie un médecin et trois chirurgiens. Deux cent huit personnes à la solde du roi sur cinquante-cinq mille habitants (1). On ne peut pas dire, comme on l'a dit si souvent des possessions françaises, que le Canada soit une colonie de fonctionnaires.

La reprise des hostilités avec les Anglais, les menaces de l'invasion pendant la guerre de la succession d'Autriche, la prise de Louisbourg par Pepperel donnent l'alarme à la colonie. La mesure la plus urgente à prendre était d'augmenter le petit corps d'occupation delà Nouvelle-France. En temps de paix, il se composait de vingt-huit compagnies, qui, en défalquant les non-valeurs, n'auraient pas fourni six cents combattants (2). C'était vraiment trop peu pour couvrir un front de bataille qui allait de l'isthme acadien au cours moyen de rOhio, trop peu surtout pour tenir tête à un ennemi auquel on ne pouvait enlever le commandement de la mer, et qui, rien qu'en Amérique, nous accablait d'une supériorité numérique de vingt contre un. La Galissonnière ne cesse de réclamer des renforts (3). On lui envoie tout juste de quoi remplacer les morts et les invalides. La Jonquière est plus heureux. On lui accorde la création de deux compagnies nouvelles et que l'effectif de chaque compagnie soit porté à cinquante hommes (4).

Heureusement que, pour défendre le Canada, il y a encore à compter sur la vaillance et le patriotisme des Canadiens. Beauharnais, la Galissonnière, la Jonquière (5), portent la milice à son effectif maximum. La récapitulation de 1750 (6) donne 11.687 miliciens sur une population qui n'atteint certainement pas à soixante mille âmes. C'est, en somme, la levée en masse.!

(1) C'est le chiffre donné par le projet de capitation de 1754.

(2) Etat joint à une lettre de la Jonquière, 29 septembre 1749. Arck, col. Canada, corr. gén., 93, 1749, p. 90.

(3) La Galissonnière au ministre, 11 octobre et 3 novembre 1746. Arch,\^ col. Canada, corr. gén., 87, 174G, fol. 236 et 274. |

(4) Marquis de la Jonquière, Le chef d'escadre marquis de la Jonquière, et le Canada^ p. 172-173. ^

(5) Kt non La Galissonnière tout seul comme le prétend l'abbé Laver-! dière. Histoire du Canada, p. 14îj. Cf. G'wevà, L'œuvre militaire de La Ga-\ lissonnière au Canada, pp. G et 31.

(G) Récapitulation des riiilices du gouvernement général du Canadt pour l'année 1700. Arcli,. col. Canada, corr. gén., 97, 1750, fol. 345,

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Quand il s'agit de défendre la terre natale, on n'invoque pas au Canada l'excuse de Tàge. Dans le rôle de la compagnie de la côte Saint-Michel, sur quatre-vingts hommes, on relève sept vieillards de soixante ans et au-dessus, onze adolescents de moins de dix-huit ans (i). Les anciens règlements obligent les miliciens à s'armer eux-mêmes. Un grand nombre de pauvres habitants n'y parviennent pas. Le roi envoie dans la colonie près de dix mille fusils avec une provision de sabres, d'épées et de pistolets (2). Une reste plus qu'à exercer, qu'à entraîner h landsturm canadien. La Jonquière reçoit dans ses instructions l'ordre de faire passer dans les côtes par des officiersmajors de fréquentes revues, « en observant néanmoins de ménager leurs mouvements et leurs exercices de manière que les habitants ne soient pas détournés sans nécessité de la culture de leurs terres. » On attend beaucoup de la milice. A Versailles on la considère comme « la principale force de la colonie ». Duquesne écrit au ministre : « Je n'exagère pas, Monseigneur, lorsque je vous assure que la troupe la mieux tenue ne pourrait être mieux armée que les miliciens », et il les déclare capables de repousser à la fois les incursions sauvages et anglaises (3).

Il y a longtemps que dans les trois villes de la Nouvelle- France on a pourvu à l'instruction de la jeunesse. Le collège des Jésuites et le séminaire de Québec, le collège des Récollets aux Trois-Rivières, le séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, les deux établissements des Ursulines à Québec et aux Trois-Rivières, celui des Filles de la Congrégation de Notre- Dame de Montréal datent du siècle précédent. Le plus grand nombre de ces maîtres et de ces maîtresses a une bonne réputation et la mérite. Les Ursulines gardent les méthodes et les

(1) Rôle de la compagnie de la côte Saint-Michel dressé comme modèle par M. Fleury Deschambault, agent de la compagnie des Indes à Montréal pour Tétat de la milice de 1750. Cité par Rameau, La France aux colonies. Deuxième partie, p. 304.

(2j Mémoire du Roi pour servir d'instruction au marquis de la Jonquière... gouverneur... de la Nouvelle-France. Marquis de la Jonquière. Le chef d'escadre marquis de la Jonquière... et le Canada de 17^9 à 1752, pp. 259-260.

(3) 29 septembre 1754. Arch. col. Canada, corr. gén., 96, 1753-1764, fol. 238.

traditions qu'elles tiennent de Marie de l'Incarnation, les deux séminaires trouvent dans un personnel assez nombreux de bons régents. Quant aux Jésuites, ils font sur Kalm Fimpression la plus favorable. Il rend justice à leur goût de l'étude, à leur science, à Fagrément, à Fintérêt de leur conversation (i). Mais en dehors des villes, les écoles font absolument défaut et les habitants des campagnes, c'est-à-dire la grande majorité de la population, demeurent condamnés à Fignorance. Dès la fin du dix-septième siècle on essaie de porter remède à une situation aussi déplorable. Un laïc, M. Charron, en même temps qu'il prend la direction de l'Hôpital de Villemarie, essaie de créer des écoles dans les côtes (2). Mais Charron n'est pas riche. Il achève de se ruiner par des spéculations malheu- j reuses. Il faut que le roi se décide à venir à son aide. Un premier subside de 1.000 livres lui est accordé en 1707 (3). En 1711, malgré l'opposition de Vaudreuil et de Begon, on se décide à donner à Charron les 3.000 livres qui sont jusqu'alors consacrées à la dot de soixante filles pauvres. Le directeur de l'hôpital de Montréal fait un voyage en France, en 1719 ; il en ramène dix maîtres d'école. Mais il meurt en mer. Un des maîtres d'école prend sa place. Il semble que l'entreprise n'ait eu qu'un succès médiocre. Si l'on en croit Le Beau, on en est réduit à employer comme instituteurs dans les campagnes les jeunes libertins que Fon déporte de France (4). On réussit mieux avec les filles. Les sœurs de la congrégation de Notre- Dame de Montréal s'en cliargent. Ce ne sont point à proprement parler des religieuses; elles ne prononcent que des vœux simples; elles peuvent se retirer quand bon leur semble. A l'époque où Franquet inspecte les fortifications de la Nouvelle- France, en 1752, elles ont trente maîtresses à la ville et cinquante à la campagne. Elles obtiennent de la générosité et de la reconnaissance des habitants de quoi construire de belles écoles. Pour tout dire, Fingénieur en chef leur reproche de

il) Kahn. Voyages en Amérique. Traduction Marchand. Mémoires de la société historique de Montréal, 8" livraison, p. 68.

(2) Juchereau, Histoire de U Hôtel-Dieu^ pp. 3f)2-353.

(3) Note tirée d'un mémoire do M. Normand, par Paillon, Archives de Saint-Sulpice, ix, p. 16.

(4) Le Beau, Aventure du sieur C. Le Beau... 1728, première partie, p. 67.

pousser trop loin Finstruction des filles d'habitants, d'en faire des maniérées, des ambitieuses, et, comme nous dirions, des déclassées qui ne veulent plus entendre parler que d'un établissement à la ville (1).

La multiplication du nombre des colons, l'extension du territoire colonisé, impliquent un accroissement considérable dans l'effectif du clergé canadien. De vingt-cinq paroisses en 1683, on passe à quatre-vingt-deux en 1721 (2), à cent vingtquatre en 1756 (3). Mais un grand nombre de ces paroisses sont encore trop mal peuplées, trop pauvres pour nourrir un pasteur du produit de leurs dîmes. Celles-là, vingt-six en 1721, suivant l'usage ancien, sont desservies par voie de mission, c'est-à-dire par le prêtre qui réside dans une paroisse voisine qui est mieux établie (4). A remarquer que le séminaire de Québec ne parvient point encore à pourvoir à tous les besoins spirituels de la Nouvelle-France. L'évèque fait venir des séculiers de France (5). Il emploie aussi des réguliers, qui sont sur place, les Récollets (6). Une question qui n'est pas encore résolue, c'estla fixation des cures. M. de Pontbriantpense là-dessus comme M. de Laval et M. de Saint- Vallier. Il tient à pouvoir changer ses curés quand il lui plaît. Sur les représentations de Beauharnais et de Hocquart qui se font les interprètes des sentiments du clergé canadien, le roi ordonne à M. de la .lonquière << de se concerter avec le sieur de Pontbriant pour examiner la matière avec soin et expliquer leur avis afin que Sa

(1) Franquet, Voyages et mémoires sur le Canada, pp. 7-8 et 31.

(2) Règlement des districts des paroisses de la Nouvelle-France, 1721. Arch. coi. Amérique du Nord. Canada. Fleuve Saint-Laurent, 12, fol. 2.

(3) Mémoire à présenter à Mgr. le garde des Sceaux, ministre de la Marine, sur la suppression des suppléments... par l'abbé de TIsle-Dieu, 8 janvier 1756. -4rc/iiyes c?e Saint-Sulpice. Documents pour l'histoire de l'église du Canada, I, 1674 à 1760, 81.

(4) « Il y en a même qui sont chargés en même temps de la conduite de trois à quatre églises. » Lettre de Joseph Navières, curé de Sainte-Anne, 28 septembre 1733. L. Drapeyron, Lettres inédites du missionnaire Joseph Navières sur le Canada, 1735-1737. Revue de Géograptiie. Février 1895, pp. 81-96.

(5) Comme ce Joseph Navières dont M. Drapeyron a publié les lettres.

(6) Mémoire du roi pour servir d'instruction au sieur marquis de La Jonquière. Contre signé: Rouillé, 30 avril 1749. Marquis de la Jonquière, Le chef d'escadre marquis de la Jonquièi^e.., et le Canada^ pp. 253-267.

Majesté pût prendre un parti définitif à cet égard » (1). M. de la Jonquièreessaya-t-il sérieusement de convaincre M. de Pontbriant? Ce qu'il y a de certain c'est, que Tévêque de Québec ne se laissa pas convaincre et qu'il n'y eut pas de cures fixes au Canada pendant la domination française. L'église de la Nouvelle-France est toujours, en grande partie, à la charge du roi. En 1756, il n'y a encore que quarante-quatre paroisses qui puissent se passer de supplément [2).

Avec le progrès de la colonie, avec l'accroissement de sa population, la Nouvelle-France échappait de plus en plus à la théocratie. Certes la propagande philosophique n'a point passé l'Atlantique. Les Canadiens sont toujours des enfants dociles de l'Église catholique. Mais les Jésuites ont perdu une grande partie de leur influence, sinon sur la société, du moins sur le gouvernement, et les évéques de Québec ont, la plupart du temps, la sagesse de se renfermer dans leurs fonctions ecclésiastiques. Cela est vrai surtout après la mort de M. de Saint-Yallier. Celui-ci jusqu'au bout n'entend rien abdiquer du grand rôle que s'est attribué M. de Montmorency-Laval. A dire vrai on ne peut que l'approuver lorsque, malgré Vaudreuil, il marie les soldats (3), lorsqu'il tente d'épargner à la Nouvelle- France la honte et le péril de la colonisation pénitentiaire (4). Le coadjuteur Dosquet (5) qui prend sa place en 1728 n'est pas un homme de la même trempe. C'est un médiocre, un faible, et, ce qui afl'aiblit encore davantage son

(1) Marquis de la Jonquière, Le chef d'escadre marquis de la Jonguière... loc. cit.

(2) La rivière Oueile, Tlslet, le Gap Saint-Ignace, Saint-Thomas, Saint- Pierre, Saint-Vallier, Saint-François, Pointe-dc-Levi, Contrecœur, Saint- Denis, Ghambly, Saint-Antoine-de-Charnbly, Saint-Charles, Bouchervilie, Verchères, Longueil, la Prairie, Sainle-Claire, Saint-Laurent, rivière des Prairies, Pointe aux Trembles, La Chcsnaye, l'isle Jésus, baint-Vincentde-Paul, l'Assomption, Saint-Sulpice, La Valtrie, Berthier, Yamachiche, Sainte-Anne de Batiscan, Cap Santé, Neuville, Lorclte, Churlcsbourg, Be.'uiport, Le Château, Saint-Joachim, laSainle-Famille, Sainl-lMerre, Saint- Laurent, Saint Jean, Montréal Mémoire de l'abbé de l'Isle-Dieu, loc cit.

(3) Voir page 345.

(4) Voir page 348.

(5) Sur Mgr Dosquet, évoque de Samos m partibus, qui administra le diocèse de Québec comme coadjuteur de Mgr de Mornay, voir Gosselin, (Québec en 1730, pp. 28-30.

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autorité, il n'est point désintéressé. Il lui faut une seigneurie (i) et, pour la déserter, il se hâte de réclamer des faux-sauniers (2). Tout au plus montre-t-il un peu d'énergie lorsqu'il s'agit d'empêcher la vente de l'eau-de-vie aux sauvages. Il reprend cette arme du « cas réservé » (3) qui avait été si redoutable aux mains de ses prédécesseurs. Mais à Québec comme à Versailles le gouvernement a le sentiment de sa force et ne se fait pas scrupule d'imposer sa volonté. On le voit bien en 1732. Trois soldats ont été condamnés à mort pour rébellion. Deux frères récollets, par commisération sans doute, leur fournissent les moyens de s'évader. Grand scandale (4). Beauharnais sollicite du roi une répression sévère. Louis XV lui donne satisfaction immédiate et fait une déclaration « concernant les perquisitions autorisées dans les maisonsreligieuses où seraient réfugiés des criminels. » Et le roi prévoit le cas où séculiers et réguliers contreviendraient à ses ordres et il les défère aux juges ordinaires, aux juges laïcs. C'était une rude atteinte aux antiques privilèges des clercs. Le coadjuteur Dosquet protesta vivement. Ce fut en vain. La déclaration ne fut jamais rapportée (5). Un peu plus tard, c'est le tour des Jésuites. Ils reçoivent un sévère avertissement. On les accusait de faire, sous le nom des demoiselles Desauniers, et par les sauvages de leurs missions, un commerce frauduleux au saut Saint- Louis. Ils s'en défendaient. Le ministre leur fît expliquer par M. Hocquart « la nécessité qu'il y avait que les ordres du Roy fussent exécutés au sault Saint-Louis comme partout ailleurs et que Sa Majesté prendrait des mesures efficaces pour empêcher toute fraude (6].» Cinquante ans auparavant, les mission-

(1) Gossehn, Québec en 1730, p. 35.

(2) Voir page 343.

(3) Mandement du 26 novembre 1730. Mandements des évêques de Québec, t. I, p. 535.

(4) Beauharnais et Hocquart au ministre, 23 octobre 1730. A7'ch. col. Canada, corr. gén., 52, 173U, fol. 118. — Le coadjuteur au ministre, 23 octobre 1731. Arch. col. Canada, corr. gén., 50, 1731, fol. 204.

(5) Pour toute cette affaire lire l'intéressante brochure de Gosselin, Le Clergé canadien et la déclaration de 1732. — Mémoires de la Société royale du Canada. 2« série 1900-1901, t. VI, section I.

^6) Hocquart au ministre, 28 octobre 1741. Arck. col. Canada, corr. gén., 76, 1741, fol. 28.

naires se fussent âprement défendus. Ils eussent mis tout en œuvre pour faire disgracier Beauharnais (1). Soit qu'ils manquent de chefs énergiques, soit qu'ils comprennent que les temps sont changés, en 1741, ils s'inclinent.

Pour témoigner combien la théocratie a perdu de terrain, voici les Huguenots qui font leur rentrée. En 1741, on en compte neuf à Québec. Ce sont les commis ou les associés d'importantes maisons de Rouen, de la Rochelle, de Montauban. Cette présence des hérétiques soulève des protestations de la part du clergé catholique. Mais Beauharnais et Hocquart se portent garants de la conduite irréprochable des religionnaires (2). En 1750, l'évêque revient à la charge. 11 réclame l'expulsion des dissidents qui sont maintenant une douzaine. Cette fois, c'est Bigot qui prend leur défense. Justement, cette même année, deux riches négociants de Montauban avaient fondé des succursales à Québec. L'intendant n'a pas de peine à montrer quel tort on ferait à la colonie en donnant satisfaction à M. de Pontbrianl. L'intendant propose pourtant d'empêcher les protestants d'amener leurs femmes (3). A la même époque le plus important des armateurs qui envoient leurs navires dans le Saint-Laurent, est un juif de Bordeaux, Gradiche (4).

(1) Beauharnais ne quitte le gouvernement du Canada qu'en 1746.

(2) Beauharnais et Hocquart au ministre, 18 septembre 1741. Arch. col. Canada, corr. gén., 75, 1741, fol. 14. — Un de ces huguenots Payet ou Pages comme lit M. Marmette, associé des sieurs Rauly père et fils de Montauban, a, pen iant la guerre de Sept ans, plaidé la cause du Canada avec autant de chaleur que d'habileté. Son mémoire est un document historique de valeur. Arch. col. Canada, corr. gén., 96, 1750, fol. 298.

(3) Bigot au ministre, 3 octobre 1749. Arch. col. Canada, corr. gén., 93, 1749, fol. 257.

(4) Collection Lévis, Journal du marguis de Montcabn, 8 mai 1756, pp. 55-o6.

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