CHAPITRE XIV
Au printemps de 1767, Carleton écrivait à Shellburne, que, depuis l’établissement du gouvernement civil, les comptes publics n’avaient pas été tenus assez régulièrement pour se former une idée des dépenses encourues chaque année. Il avait pu calculer tout de même que les frais éventuels, à venir jusqu’au 24 septembre 1766, soit pour une période de vingt-cinq mois, s’étaient élevés à la somme de £l 1 ,296 12 s 8d. ce qu faisait une moyenne de £5422 7s 8} ^d. annuellement. Il ne faut pas s’étonner, disait Carleton, de cette estimation relativement élevée des frais éventuels, si l’on considère qu’il nous a fallu réparer les bâtisses publiques, aider les habitants ruinés par la guerre, établir des dépôts de grain à Québec et à Montréal, refaire les fortifications, etc. . . .(1).
Ces frais éventuels, ce que nous appelons les contingents aujourd’hui, ne formaient cependant qu’un chapitre des dépenses. Il y avait, en outre, les salaires publics et les honoraires ou les gratifications d’office. D’après une liste transmise en Angleterre par Carleton, à l’automne de 1766, le montant à débourser annuellement pour le salaires était estimé à £3,968 5s lOd. (2).
(1) Carleton à la Trésorerie, 10 décembre 1767, arc. can., Q 5-1, p. 300.
(2) Voici cette liste :
Le gouverneur . ... . £ 1200
Le lieutenant gouverneur, les lords de la Trésorerie devaient décider de son salaire . . .
Le juge en chef . 600
Le procureur général . 150
Le receveur général . . 200
L’agent de la province . 200
Le secrétaire du lieutenant gouverneur à 10s par jour. 182 10 Les trois juges de la Cour des plaidoyers communs à £ 150 450
L’arpenteur général . 365
Le sous-arpenteur . . 100
Deux grands-voyers à £ 90 . 180
Capitaine du port à 5s par jour . 91 5
Le messager du Conseil . 30
Le greffier de la couronne, au lieu d'honoraires . . 100
Les salaires suivants, promis par Murray, n’avaient pas été payés.
Juge de l’Amirauté . 200
Greffier du Conseil . 100
Arc. can., Q 4, p. 157.
REVENU ET DEPENSE
Quant aux honoraires d’office, ils consistaient en certains émoluments que les fonctionnaires, dans toutes les branches de l’administration, se faisaient remettre en sus de leur salaire régulier. Souvent même, les honoraires tenaient lieu de salaire. Quelques-uns étaient payés par la couronne, mais le plus grand nombre étaient réclamés du public.
Certaines dépenses faites durant les premiers mois de l’administration nouvelle étaient restées en souffrance, et les réclamations pour les honoraires d’office et les frais éventuels non payés, au 24 décembre 1766, s’élevaient à la somme de £5478 6s lfd. Une somme de £1322 10s lld restait due sur les salaires de certains fonctionnaires, de sorte qu’à la date du 24 décembre 1766, le gouvernement était endetté envers le public pour une somme de £6810 17s fd (1).
Murray écrivait qu’il n’était pas inquiet au sujet de son propre traitement, mais que l’indigence du juge en chef et des autres fonctionnaires était alarmante et dangereuse pour le public. Il ne pouvait, disait-il, gouverner sans argent (2) . Dans le moment, la situation financière paraissait sans issue.
Le seul revenu, pour ainsi dire, était celui des droits de quint. A venir jusqu’au 30 décembre 1767, ces droits avaient rapporté la somme de £1180 19s 3d (3). C’était bien peu en comparaison des dépenses.
(1) Arc. can., Q 4, p. 171.
Voici une liste de ces salaires en souffrance :
Lieutenant-colonel Irving, commandant en chef. . £ 150 Francis Masères, procureur général .... 121 12 10
Henry Kneller, greffier de la Couronne, au lieu d’ho-
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noraires . . . 10 °
Adam Mabane, juge de la cour des plaids communs 187 17 5
John Fraser . 187 17 5
François Mounier . 187 17 5
John Collins, sous arpenteur . 107 10 1
Hertel de Rouville, grand voyer du dist. de Montréal 45 0 0
Zacharie Thompson, capitaine du port . . . . 120 0 0
Peter Mills, messager du Conseil .... 16 17 6
Arc. can., Q 4, p. 172.
(2) Murray aux lords du commerce, 3 mai 1765, arc. can., Q 2, p. 376
(3) Arc. can., Q 4, p. 162.