‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 114 sur 182 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L’Église du Canada se trouvait alors dans une position critique. Son permier pasteur, Mgr de Pontbriand, était décédé quelques mois avant la capitulation de Montréal. Trois vicaires généraux : M. Briand, à Québec, M. Montgolfier à Montréal, M. Perrault, aux Trois-Rivières, avaient été chargés de l’administration des affaires ecclésaistiques de la province. Ils jouissaient d’une pleine liberté dans l’exercice de leurs fonctions et s’entendaient très bien avec les gouverneurs de leur district respectif.

A l’occasion du couronnement de George III, de son mariage, en 1761, et de la naissance du prince de Galles, en 1762, ils ordonnent des Te Deum dans toutes les églises. “ Il est juste, dit M. Briand, qu’en sujets fidèles nous prenions part la joie générale des peuples qui le reconnaissent pour souverain, et que nous unissions nos vœux à ceux qu’ils adressent au Ciel pour le bonheur de leurs Majesté (l).” Les gouverneurs gardent une attitude respectueuse envers le clergé, et comptent sur lui pour faire accepter le nouveau régime ; ils voient à ce que les Canadiens ne soient pas molestés dans la pratique de leur religion. Nul doute que l’on veut se concilier les Canadiens. Le sort du Canada, d’ailleurs, n’est pas définitivement scellé. Le pays est bien conquis, mais personne ne peut dire s’il restera à l’Angleterre. Les chefs religieux et les nobles conservent toujours l’espoir qu’il retournera à la couronne de France. Mais voici qu’au printemps de 1763, l’on apprend que le Canada est cédé définitivement a 1 Angleterre. M. Briand tout de suite annonce la chose au clergé et au peuple du gouvernement de Québec (4 juin 1763) (2).

tera En bon Entier ; En Sorte que tous les Estats et les peuples des Villes et des Campagnes, Lieux et Postes Eloignée pourront Continuer de S’assembler dans les Eglises, et de fréquenter les Sacrements, Comme Cy devant, Sans Estre Inquiétés, En Aucune Manière directement, ni Indirectement.'

Ces peuples seront Obligés par le Gouvernement Anglais à payer aux prestres qui en prendront Soin, Les Dismes, et tous les droits qu’ils avaient Coutume de payer sous le Gouvernement de Sa Majesté très Chrétienne.

Réponse : Accordé, pour le Libre Exercice de leur Religion. L’Obligation de payer la Disme aux Prêtres, dépendra de la Volonté du Roy.

D. C. H. C. (1759-1791), pp. 3 et 13.

(1) M. des Ev. de Q., t. II, p, 160.

(2) M. des Ev. de Q„ t. Il, p. 169.

LA RELIGION

os vœux, dit-il, n ont peut-être pas été exaucés dans leur étendue : le Canada avec toutes ses dépendances ayant été irrévocablement cédé à la couronne de la Grande-Bretagne ; mais rapportez-vous en, Nos Très Chers Frères, aux soins de l’adorable Providence dont la conduite est très souvent d’autant plus miséricordieuse qu’elle est moins conforme à nos désirs et flatte moins nos inclinations. N’en avons-nous pas une preuve manifeste dans la conduite que nos vainqueurs ont tenue à notre égard depuis la conquête de la colonie ?

La reddition de Québec vous laissait à la disposition d’une armée victorieuse ; vous fûtes sans doute alors alarmés, effrayés, consternés. Vos alarmes étaient fondées ; vous saviez ce qui se passait en Allemagne, et vous crûtes voir déjà fondre sur vous les mêmes malheurs. Vous ignoriez que 1 aimable et toujours attentive Prodivence vous avait préparé un gouverneur qui, par sa modération, son exacte justice, ses généreux sentiments d’humanité, sa tendre compassion pour le pauvre et le malheureux, et une rigide discipline à l’égard de ses troupes, devait faire disparaître toutes les horreurs de la guerre. Où sont en effet les vexations, les concussions, les pillages, les onéreuses contributions qui marchent ordinairement à la suite de la victoire ? Ces nobles vainqueurs ne vous parurent-ils pas, dès qu’ils furent nos maîtres, oublier qu’ils avaient été nos ennemis, pour ne s’occuper que de nos besoins et des moyens d’y subvenir ? Vous n’avez sûrement pas perdu le souvenir des mouvements que s’est donné Son Excellence l’illustre et charitable Général Murray, et des aumônes considérables qu’il a procurées pour la subsistance des pauvres. Vous n’avez pas oublié ses sages et efficaces précaucautions pour empêcher la disette dans son gouvernement.

Après de pareils traits, ne devons-nous pas être convaincus que Dieu n’a point cessé de nous aimer et qu’il ne tiendra qu’à nous de goûter sous ce nouveau gouvernement les douceurs d’une paix heureuse et durable ? Soyez exacts à remplir les devoirs de sujets fidèles et attachés à leur prince ; et vous aurez la consolation de trouver un Roi débonnaire, bienfaisant, appliqué à vous rendre heureux, et favorable à votre religion à laquelle nous vous voyons avec une joie inexprimable si fortement attachés.

Le traité de Paris contenait une clause particulière concernant la religion. Il y était dit que Sa Majesté Britannique, en acceptant de Sa Majesté Très Chrétienne le Canada, consentait d’accorder à ses habitants la liberté de la religion catholique.

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