‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 116 sur 182 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

nous sommes tristes ; il y a deux jours que nous reçûmes l’affligeant règlement de la cour qui nous refuse un évêque, comme une chose contraire aux lois de la Grande-Bretagne(l)

Quelles étaient donc ces lois de la Grande-Bretagne qui prohibaient la présence d’un évêque catholique à Québec ? C’étaient celles du célèbre statut I d’Elisabeth, chapitre premier, dont l’article 16 se lit ainsi :

Il est décrété qu’aucun prince étranger, aucun prélat et aucune personne exerçant un pouvoir spirituel ou temporel, ne pourra, par la suite, remplir où exercer en aucune façon les fonctions attachées à une juridiction ou à un pouvoir spirituel ou ecclésiastique, dans les limites de ce royaume ou dans les limites d’aucune autre possession ou contrée de Sa Majesté, attachée présentement à la couronne ou qui le sera à l’avenir, attendu que tel pouvoir ou telle juridiction est clairement aboli dans ce royaume et dans les autres possessions de Votre Altesse.

Comme on le voit, la juridiction du pape était proscrite non-seulement dans la royaume d’Angleterre, mais dans toutes les possessions britanniques. C’est ce que lord Egremont disait formellement à Murray dans la lettre citée plus haut. D’ailleurs, les instructions qui venaient d’être transmises à Murray (7 décembre 1763) confirmaient cette disposition de la loi anglaise : “ Vous ne devez, lui disait-on, admettre aucune juridiction ecclésiastique émanant du siège de Rome, ni aucune autre juridiction ecclésiastique étraugère dans la province confiée à votre gouvernement (2) ”.

Les Canadiens ne pouvaient en appeler ici aux articles de la capitulation. A la demande malenco atreuse de Vaudreuil (art. 30) : “Si, par le traité de paix, le Canada restait au pouvoir de Sa Majesté Britannique, Sa Majesté Très Chrétienne continuerait à nommer l’ Évêque de la Colonie qui serait toujours de la communion Romaine, et sous l’autorité duquel les peuples exerceraient la Religion Romaine,” Amherst avait répondu d’une manière péremptoire :

(1) D. C. H. C. (1759-1791), art. 32, p. 166.

(2) Obaservtions sur un ouvrage intitulé : Histoire du Canada, etc., par M. l’abbé Brasseur de Bourbourg, par J. -B. -A. Ferland, ptre, Québec, 1853, p. 31*

LA RELIGION

Refusé. La succession épiscopale au pays n’était donc pas garantie ni par les articles de la capitulation, ni par le traité de Paris.

Les ministres anglais étaient bien décidés de s’en tenir à la lettre stricte du traité, et l’abbé La Corne, le doyen du chapitre de Québec, qui était passé de France en Angleterre, pour s’occuper de la nomination du nouvel évêque, n’avait pu réussir à se faire introduire auprès de lord Egremont. Il avait raconté sa mésaventure à M. Gravé, et c’est sur ces entrefaites que ce dernier avait écrit les paroles citées précédemment.

Que faire F On résolut d’envoyer e 1 Angleterre des délégués qui seraient chargés de présenter au roi les suppliques que l’on f disait signer dans le moment, et dans lesquelles les Canadiens réclamaient un évêque. Ces délégués : MM. Charest, seigneur de Lauzon, et Jean Amiot, marchand de Québec, partirent pour l’Angleterre, dans l’automne de 1763. A leur arrivée à Londres, ils s’abouchèrent avec MM. de la Corne et Montgolfier, et tous quatre eurent de longues entrevues avec les ministres. Ils ne purent obtenir une réponse formelle. “ A la fin, on nous a répondu, dit l’abbé de la Corne (1), que nous pouvions aller notre train, qu’on fermerait les yeux sur l’épiscopat, et qu’on ne nous inquiéterait en aucune manière sur l’exercice de notre religion pourvu que nous nous comportions avec prudence

Murray, qui avait prévenu la cour contre M. Montgolfier > avait en vue pour l’épiscopat un candidat dont il avait su apprécier les belles qualités. Dans une lettre à lord Shelburne, où il signalait comme un abus l’intervention de l’abbé de la Corne dans la question de la nomination d’un évêque, il disait : “ Je dois en justice à la vérité de déclarer ici que M. Briand, vicaire général de ce diocèse, a agi en toutes circonstances avec une candeur, une modération, une délicatesse qui méritent les plus grands éloges, et que je m’attendais peu de trouver dans une personne de sa robe ”. . . . (2) Quelques mois plus tard, dans une lettre où il représentait le grand vicaire Montgolfier comme un personnage hautain et peu

(1) B. des R. H., vol. XV. p. 323.

(2) 22 juillet 1763, arc. can., Q 1, p. 258.

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