CHAPITRE XV
propre à l’épiscopat, Murray ajoutait : “ Je prends la liberté de vous rappeler ce que je vous disais dans ma lettre du 22 juillet dernier, que M. Briand, le grand vicaire de ce gouvernement, a constamment agi avec une candeur, une modération, un désintéressement qui le prodament un digne et honnête homme, et que je ne connais personne de sa robe dans la province qui mérite aussi justement la faveur royale (1) M. Briand, que le gouverneur désignait ainsi à la faveur royale, était justement celui que le chapitre venait d’élire (11 septembre 1764) pour remplacer M. Montgolfîer, qui avait remis sa démission entre les mains des chanoines. Le nouvel élu, muni d’une lettre de recommandation du gouverneur, partit à son tour pour l’Angleterre.
A son arrivée à Londres, il ne tarda pas à se rendre compte que les choses ne s’arrangeraient pas aussi facilement qu’il le désirait. Lhi apostat, l’ex-jésuite Roubaud, qui avait autrefois exercé le ministère en Canada, devait lui susciter mille difficultés. De plus, les membres du cabinet craignaient de provoquer une crise ministérielle en donnant une approbation officielle au futur évêque de Québec. Mgr Briand dut attendre quatorze longs mois avant d’avoir une réponse au moins officieuse. Elle lui fut donnée par deux de ses amis, Cramahé, secrétaire de Murray, et Thomas Mills, receveur général de la province, de passage à Londres, dans le moment.
Ceux-ci l’engagèrent à se rendre en France et à se faire sacrer évêque. Ils l’assuraient que les ministres fermeraient les yeux sur sa démarche.
Il paraît, en effet, présentement, écrivait l’abbé de la Corne dans un mémoire au Saint-Siège, que la Cour d’Angleterre et le Ministère Britannique se prêteront volontiers à souffrir un évêque en Canada, mais sous les conditions suivantes : la première, qu’il ne dépendra jamais d’aucune puissance étrangère et surtout qu’il n’aura aucun rapport avec Rome, ni avec la France ; la seconde, que pour ce qui regarde et concerne son institution canonique, ils consentiront tacitement qu’il obtienne des Bulles de Rome, puisque cela est nécessaire pour qu’il ait la plénitude de la juridiction ; mais qu’une fois pourvu de toutes celles dont il aurait
(1) Murray à Shelburne, 14 septembre 1763, arc. can„ Q 1, p. 260.
LA RELIGION
besoin pour gouverner son Église, il ne conserverait plus aucune liaison de dépendance avec Rome que pour ce qui pourrait concerner l’étendue plus ou moins grande de cette même juridiction; et, encore, pour en obtenir ce simple consentement tacite, a-t-il fallu leur faire entendre qu’une fois pourvu de Bulles, et, en conséquence consacré Évêque, il tirerait son autorité de sa place et de son siège (1).
Ces conditions étaient un peu extraordinaires, mais il fallait bien les accepter ; autrement, disait l’abbé de La Corne, l'Église du Canada n’aura pas d’évêque. Le cabinet anglais comprenait que la religion catholique au Canada ne pouvait subsister sans un évêque, et cet évêque, les ministres britanniques étaient bien prêts à le reconnaître, mais il ne fallait pas ébruiter la chose.
Mgr Briand se décida à suivre le conseil de Cramahé et de Mills, et passa en France. Après un séjour d’un mois dans sa famille, à Plérin, en Bretagne, il se rendit à Paris.
Rome avait accepté les conditions posées par le gouvernement britannique. Les bulles instituant le nouvel évêque arrivèrent bientôt, et le 16 mars 1766, Mgr Briand était sacré évêque dans la chapelle du château de Suresne, petite localité de la banlieue de Paris. Le prélat consécrateur était Mgr de Termont, évêque de Blois, les deux assistants, les évêques de Rodez et de Saintes. Le surlendemain, le nouvel évêque quittait Paris. A son arrivée à Londres, il s’empressa de rendre visite à Lord Shellburne, qui l’accueillit avec bonté : “ Avant-hier, écrivait Mgr Briand à l’évêque d’Orléans, le ministre m’a dit que je pouvais partir pour le Canada, qu’on était bien disposé dans tous les bureaux à favoriser les Canadiens en tout, même sur l’article de la religion, et qu’il ne doutait point que le Conseil du Roi ne fût du même sentiment et ne l’approuvât. Je me dispose donc, ajoutait-il, à partir lundi prochain, au plus tard (2).”
(1) Ce mémoire est intitulé : Mémoire à présenter au Saint-Siège, et au nom de la part du clergé de Québec, en général, et en particulier du chapitre et des Doyens et Chanoines de la même Eglise, au sujet des affaires présentes de la Religion en Canada, et en particulier des dispositions actuelles et constantes de la Cour et du Gouvernement Britannique sur ce qui regarde et concerne l exercice extérieur et public de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine dans les nouveaux Etats du Roi de la Grande-Bretagne.
Abbé Gosselin. Eg. du C., 1ère partie (1760-1775), pp. 127-129.
(2) Gosselin. Eg. du C., 1ère partie (1760-1775), p. 159.