CHAPITRE XV
Le 28 juin, il débarquait à Québec aux acclamations de la population qui “en pleurait de joie,” dit un contemporai n “ Nos pères, dit M. Chapais, comprenaient qu’un grand événement venait de s’accomplir, et qu’avec la résurrection de l’épiscopat canadien la nationalité canadieane recevait de la Providence une promesse d’avenir. La tempête n avait pu déraciner l’arbre planté par Mgr de Laval. Notre Église était sauvée, puisqu’après six ans d’interrègne elle voyait reparaître à sa tête un évêque de Québec (1) .
C’était réellement la renaissance de l’Église canadienne, et Mgr Briand en sera, à juste titre, le second fondateur. Tout était à refaire. Il fallait rebâtir la cathédrale et le palais épiscopal. Il y avait grande pénurie de prêtres ; plusieurs étaient morts, d’autres retournés en France. Sur 181 qu’ils étaient en septembre 1759, il n’en restait plus que 138, en juillet 1766. Mgr Briand se mit aussitôt à l’œuvre. Dès le mois de juin 1767, il commençait la visite de son diocèse, et cette visite si pénible, il la continua pendant les années 1771, 1772, 1773, et 1775. Il voit à tout, fonde des paroisses, s’occupe de faire rebâtir les églises incendiées, installe des curés.
Il n’oublie pas les exilés de l’Acadie, qui sont sans prêtre depuis le décès de M. Maillard, arrivé en 1762. Il leur envoie, en 1776, l’abbé Bailly de Messein, qu’il remplace, en 1770, par le père Labrosse. Il accorde, en 1772, des pouvoirs pour toute l’Acadie à un prêtre écossais, M. James McDonald. La même année, il a la joie de conférer les saints ordres à deux jeunes acadiens, les abbés Joseph-Mathurin Bourg, et Jean Bro, qu’il charge immédiatement du soin spirituel de leurs compatriotes.
Sa sollicitude s’étend jusqu’à la lointaine contrée des Illinois. Aux habitants de cette région éloignée, il envoie, en 1768, un prêtre, M. Pierre Gibault, à qui il accorde les pouvoirs de grand vicaire. Il exerce les fonctions d’un véritable évêque. Il ne craint point de se faire appeler l’évêque de Québec, et de prendre lui-même ce titre, malgré un petit groupe de protestants fanatiques qui ne veulent voir en lui qu’un fonctionnaire quelconque. Masères, le procureur-général.
(1) Chapais, C. d’H. du C. t. I (1760-1791), p. 53.
LA RELIGION
qui était à la tête de ce groupe, laisse percer dans une lettre adressée à son ami, Fowler Walker, l’agent, des marchands anglais du Canada, à Londres, l’esprit qui animait cette petite coterie.
A mon avis, écrit-il, on a agit imprudemnent en permettant aux Canadiens d’avoir un évêque. Ils avaient eux-mêmes perdu l’espérance d’en avoir un nouveau, et étaient bien résignés de s’en passer, à condition que les prêtres, restant dans la colonie, eussent la liberté de célébrer la messe et d’administrer les sacrements sans être molestés. Bien plus, j’ai entendu des gentilshommes canadiens, des catholiques reconnus comme tels, blâmer ce mode d’agir comme étant inexplicable, impolitique et tendant à perpétuer ici le culte catholique, qui, sans cela, aurait disparu rapidement, à condition toutefois que des ministres français et protestants eussent été envoyés ici, en nombre suffisant. Conserver ici le catholicisme, c’est créer des divergences profondes dans la manière de penser et, par conséquent, dans l’affection qui doit unir les anciens et les nouveaux sujets. Les raisons apportées par Cramahé pour permettre à un évêque de résider ici, m’avaient frappé à première vue, aujourd’hui, je crois qu’elles étaient plutôt spécieuses et sophistiques. Il me semble que Cramahé porte un vif intérêt à la religion romaine. C’est bien son désir qu’aucune démarche, même la moins apparente, ne soit faite pour introduire ici la religion protestante. Je suis porté à croire que si, depuis sept ans que nous possédons cette colonie, des mesures énergiques avaient été prises pour y établir le protestantisme, sans néanmoins persécuter la religion romaine, la moitié de ce pays serait maintenant acquise à la foi protestante. Je me rappelle que Cramahé, lorsqu’il travaillait en Angleterre dans le but d’obtenir la nomination d’un évêque, disait que celui-ci ne prendrait pas ce nom, qu’il ne paraîtrait pas en public, comme tei, mais qu’il serait appelé tout simplement le surintendant ou le grand vicaire. Mais l’évêque porte en réalité le costume violet et la croix d’or en public. Il se fait appeler Monseigneur V évêque par tous les Canadiens, prêtres et laïques. Dernièrement, le jour de la Fête-Dieu, il a marché sous un dais, porté par quatre des principaux citoyens de cette ville, tenant en ses mains l’hostie. Je l’ai vu moi-même. Je ne blâme pas la chose en soi. Cependant j’y trouve à redire, si l’évêque s’est engagé en Angleterre à agir autrement, comme on peut le déduire des conversations tenues par Cramahé, dans le temps. Et si réellement l’évêque s’est engagé à agir autrement, je ne puis m’empêcher de blâmer Cramahé, d’avoir parlé de