‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 126 sur 182 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

bres du comité, avait été inspirée par quelqu’un de son entourage (1).

Indigné des motifs que lui prêtait son coadjuteur, Mgr Hubert expliqua sa pensée dans une longue lettre à lord Dorchescer :

Monsieur le coadjuteur, disait-il, se plaint de mon opposition à l’établissement d’une Université à Québec. Je ne m’y oppose point. Seulement, j’ai représenté que dans le situation présente de la Province, les Canadiens qui en font la majeure partie, ayant beaucoup de terres à cultiver, et étant d’ailleurs fort dépourvus d’argent, ne pourraient jouir des avantages que cette institution leur offrirait. J’ai inséré qu’il serait contre les intérêts de nos compatriotes de fonder à leurs frais une université dont les bancs et les chaires seraient peut-être remplis longtemps par des étrangers. Voilà que a été mon avis. Blesse-t-il quelqu’un ? Est-il contraire à l’autorité du Gouvernement, préjudiciable aux Canadiens ? Autorise-t-il la perpétuité de l’ignorance et de la barbarie ? Je n’en crois rien. Sans attendre précisément que le Canada soit défriché jusqu’au cercle polaire, sans être protodéfenseur de l’ignorance au dix-huitième siècle, on peut présumer que quelques années ajoutées à la culture des terres de ce pays mettraient nos colons plus en état de procurer à leurs familles une éducation distinguée. S’il était impossible d’acquérir de la science hors des Universités, je pouvais, sans encourir le blâme, conseiller que l’institution en fût différée dans cette Province à un autre temps, et que l’on s’appliquât plutôt à soutenir, encourager et multiplier les lieux d’instruction déjà établis. Si cet avis paraissait mal calculé, qu’on ne le suivît pas, à la bonne heure. Je ne suis pas assez infatué de mes idées pour vouloir y assujettir les autres. Mais enfin, quelle que fût ma réponse au Président du comité, devait-elle m’attirer une satire aussi sanglante que celle qui vient d’être publiée et soumise à l’inspection du Conseil ? Supposé même que je la méritasse, avais-je lieu de l’attendre de mon Coadjuteur, c’est-à-dire de l’homme de la province le plus obligé de seconder mes vues et le plus intéressé à montrer l’exemple de la subordination à l’autorité épiscopale dont il doit hériter

(1) L’abbé Brasseur de Bourbourg, ( Histoire du Canada, de son Eglise et de ses missions), Paris, 1852. t. II, p. 5S.) prétend que la rédaction de la réponse de Mgr Hubert était le résultat d’un conseil tenu au Séminaire, sous l’inspiration du jeune secrétaire de l’évêque (Mgr Plessis), et auquel assistaient Mgr Briand et les sommités du Séminaire. Le bon abbé n’apporte, cependant, aucune preuve pour justifier son assertion.

l’instruction

après ma mort ? Ses impropères ne retombent -ils pas sur lui-même(l) ?

Mgr Briand, qui vivait retiré au Séminaire, voulut luimême, dans une lettre adressée également à lord Dorchester, exprimer la douleur que lui causait la conduite déloyale de Mgr Bailly de Messein, et tout le clergé s’unit au vieil évêque pour assurer Mgr Hubert de son entière sympathie (2).

Lord Dorchester, sans être inféodé à aucun parti, était en faveur de la création d’une université. Il écrivait à lord Grenville qu’il ne fallait pas négliger de fonder des académies élémentaires, mais que la fondation d’une université dans le Bas-Canada paraissait être le moyen le plus propre d’assurer l’étude des hautes sciences, dans les possessions anglaises du continent. Le legs que vient de faire M. Sanguinet sera, disait-il, d’un grand avantage si la cour le déclare valide(3). Il ajoutait que les écoles élémentaires pourraient être subordonnées au gouvernement, et que le prochain parlement devrait édicter des règlements soumettant ces écoles à l’administration du gouvernement, sous la direction de l’Université (4).

(1) M. des êv. de Q., t. II, p. 417.

(2) Ibidem, pp. 421-426.

(3) M. Simon Sanguinet, léguait dans son testament sa seigneurie de La- Salle pour aider à la fondation de l’Université.

(4) 10 novembre 1790, arc. can.^ Q. 49, p. 26

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