‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 26 sur 182 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les influences du milieu, l’atmosphère ambiante, les circonstances, surtout, avaient agi sur l’esprit de Murray. Hautain et despotique à ses heures, ce gouverneur avait un cœur sensible et généreux, un vif sentiment de l’honneur et de la justice. Il s’était pris à aimer les Canadiens qu’il avait connus braves soldats dans la lutte, qu’il voyait maintenant paysans aux mœurs douces et simples.

Homme de société, ne pouvant sympathiser avec ces commerçants dont il avait à rougir, il s’était rapproché graduellement de cette noblesse de l’ancien régime qu’il avait d’abord méprisée. Des relations agréables s’étaient établies entre lui et les principales familles bourgeoises de la ville et de la province. N’était-il pas devenu lui-même un des principaux seigneurs du pays ? Dès le lendemain de la signature du traité de paix, il avait fait l’acquisition de grandes propriétés, mises en vente par les fonctionnaires de l’ancien régime qui retournaient en France. Le 18 juillet 1763, il achetait de Catherine Parsons, veuve de Claude-Antoine Bermen de la Martinière, le fief de la Martinière qu’il revendait, le 2 août suivant, à Alexandre Fraser (l), capitaine au 84ème régiment. Alexandre Fraser s’établit à Beaumont, et prit plus tard le titre de sieur de Beaucliamps. C’est lui qui acheta, en 1782, la seigneurie de Saint-Gilles. Le 27 juillet 1763, Murray avait acheté de Marie-Julie Claverie et de Jean-Antoine Dandonneau Danseville, sieur de l’ Etendard, lieutenant d’artillerie, époux de Marie-Anne Dupéré, veuve de Pierre Claverie, ancien garde des magasins du roi, la seigneurie de la Rivière-du-Loup (en bas) et le fief de Madawaska(2). Il avait aussi acheté de Richard Murray, 6,000 âcres de terrain, sur la rive est de la Rivière-du-Loup, et, du lieutenant-colonel Æmilius Irving, l’île Rouge, dans le fleuve Saint-Laurent.

La plus belle transaction que fit Murray, ce fut, sans comtredit, l’achat de la seigneurie de Lauzon qu’il acquit, le 12 février 1765, d’Etienne Charest et de Jacques Charly. Étienne Charest, un des plus riches propriétaires de l’époque, passa en France, avec sa femme et ses onze enfants, au

(1) F. et H. D. A. c. I. f. 212.

(2) F. et H. D. A. c. III, f. 120.

ÉTABLISSEMENT DU GOUVERNEMENT CIVIL 43

printemps de 1765. Murray portait beaucoup d’intérêt à sa seigneurie de Lauzon ; il aimait à visiter ses censitaires et se montrait généreux pour eux.

Les officiers de l’armée anglaise restés au pays avaient pris contact, eux aussi, avec la noblesse et la bourgeoisie. Quelques-uns épousent des canadiennes. Les Ursulines constatent avec douleur que parmi ces dernières “il y en a jusqu’à trois qui ont abjuré publiquement à l’église la religion catholique (l).” Parmi ces officiers, il y en a qui ont des biens de famille ; ils n hésitent pas à les donner, pour l’acquisition de belles seigneuries, souvent de vastes domaines, qu ils considèrent, avec raison, comme des valeurs de premier ordre.

Conrad Gugy, suisse huguenot, au service de l’Angleterre et officier dans un des régiments qui avaient pris part au siège de Québec, achète, le 15 mai 1764, la moitié du fief de Grosbois et le fief de Grandpré. Ces deux fiefs appartenaient à Louis Boucher, sieur de Grandpré, qui demeurait à la Louisiane où il était capitaine des troupes.

Gugy se bâtit sur la petite rivière Yamachiche un beau manoir où il vécut jusqu’à sa mort arrivée en 1786(2) . C’est le neveu du gouverneur, James Murray, lieutenant au 78ième régiment, qui achète, le 16 juillet 1764, de Joseph Gaillard et de Louise Gaillard, épouse de Philippe Denys, sieur de la Ronde, la partie est de l’île d’Orléans, renfermant les paroisses de St-Jean et de Sainte-Famille. Murray revendit le tout, en 1779, à Malcolm Fraser, capitaine dans le régiment Royal-Emigrant ; enfin, en 1805, Louis Poulin achetait de Patrick Langan, procureur de Malcolm Fraser, cette même partie de l’île d’Orélans(3).

La partie ouest de la même île, comprenant les paroisses de Saint-Laurent et de Saint-Pierre, avait été vendue l’année précédente (1763) par le chanoine Ambroise Gaillard au sieur Jean Mauvide, chirurgien, qui la revendit, en 1779, à René-Amable Durocher(4).

(1) Les Ursulines de Québec depuis leur établissement jusqu à nos jours. t. III, p. 52.

(2) F. et H. D. A. c. I, f. 52.

(3) F. et H. D. A. c. II, f. 107.

(4) F. et H. D. A. c. II, f. 76.

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