CHAPITRE V
d’avoir fait annuler le chef d’accusation contre Claude Panet, qui avait tenté de soulever la population contre les sujets britanniques. Ils suppliaient le roi de leur ‘‘ donner un gouverneur imbu de principes de gouvernement autres que les principes militaires ” et terminaient en demandant l’établissement d’une Chambre d’assemblée où seuls les protestants pourraient être élus. Cette pétition était signée par vingt et un marchands de Québec parmi lesquels nous trouvons George Allsopp, William McKenzie, Edward Harrisonet George Fulton(l). Les marchands de Londres, en relation d’affaire avec ceux de Québec, appuyèrent cette pétition auprès du roi et demandèrent que la province de Québec fut placée sur le même pied que les autres colonies de Sa Majesté, en Amérique(2). La position de Murray devenait critique. Il avait contre lui, écrit-il, les petits commerçants, qui tous “ quakers, puritains, anabaptistes, athés, infidèles et même juifs, s’unirent pour protester contre tout égard témoigné aux pauvres Canadiens (3).”
Le premier avril 1766, une lettre du secrétaire d’État, S. -H. Conway, le mandait en Angleterre pour rendre compte de sa conduite (4). Murray quitta Québec, le 28 juin 1766. Les Canadiens perdaient en lui un de leurs meilleurs amis. Ce même jour, ils avaient cependant la joie de saluer l’arrivée du nouvel évêque, Mgr Briand. Murray, prévoyant qu’il ne pourrait rencontrer l’illustre prélat, lui avait laissé la lettre suivante :
Je désirerais ardemment vous serrer la main et vous féliciter sincèrement sur votre promotion, événement dont je suis d’autant plus heureux que j’ai tout fait pour y contribuer, tant par mes lettres officielles au Roi et à ses ministres, que par mes sollicitations à mes amis, et en particulier à l’archevêque de York et à mon frère, le doyen de Durham. Je recommande mes Canadiens à vos soins ; ils se sont conduits de manière à gagner pour toujours ma sincère affection. C’est avec regret que je les quitte ; mais ma présence à Londres devient nécessaire pour détruire les fausses
(1) D. C. H. C. (1759-1791) pp. 202-205.
(2) D. C. H. C. (1759-1791) pp. 205-206.
(3) Murray à lord Eglinton, 27 octobre 1764. arc. can. M. 898. liasse
(4) Arc. can. Q. 3, p. 14.
ÉTABLISSEMENT DU GOUVERNEMENT CIVIL 49
accusations de leurs ennemis et des miens. Vous pouvez compter que je ferai à Londres les plus grands efforts pour promouvoir leurs intérêts(l).
Lorsque Murray débarqua à Londres, l’agitation causée par les affaires d’Amérique battait encore son plein. L’Angleterre venait de traverser une suite de crises ministérielles qui avaient amené une confusion profonde dans le gouvernement. Le ninistère Bute, impopulaire dès le commencement, avait fait place au ministère Grenville. C’est ce ministère qui avait fait voter, le 22 mars 1765, le StampAct ou droit du timbre, obligeant les habitants des colonies à se servir du papier timbré, dans tous les documents publics. On voulait, par là, les forcer à payer leur part des frais de la dernière guerre et de l’administration générale. La révolution éclata à Boston, la maison du lieutenant-gouverneur fut incendiée, et on refusa de faire usage du papier timbré. Le ministère Rockingham, qui venait de remplacer le ministère Grenville, céda devant l’opposition énergique des colonies et les réclamations de la classe commerciale anglaise, et le StampAct fut rappelé au printemps de 1766.
Murray retrouva à Londres son fidèle secrétaire, Théophilus Cramahé, qui, depuis un an, le tenait au courant de ce qui se passait dans le bureau colonial. William, comte de Shelburne, venait d’être nommé secrétaire d’État pour le département du sud. C’est à lui que Murray adressa sa célèbre lettre du 20 août 1766. Il y décrit en termes d’une vigueur extraordinaire le caractère de ses accusateurs et revendique son honneur outragé. “ Qu’il me suffise de dire, ajoute-t-il en terminant, que je me fais gloire d’être accusé d’avoir accordé une ferme et chaleureuse protection aux sujets canadiens du roi, et d’avoir fait tout ce que je pouvais pour gagner à mon royal maître les affections de ce peuple brave et vigoureux, dont l’immigration, si jamais elle se produisait, serait une perte irréparable pour cet empire. Afin de prévenir ce malheur je m’exposerais volontiers à des
(1) Gosselin, Eg. du Can. Première partie, (1760-1775), p. 160.