CHAPITRE VII
essentielle au libre exercice de la religion. Mais je suis sûr qu’il n’y aura là aucun évêque sous l’autorité du Pape parce que ce dignitaire verra que la Grande-Bretagne ne peut admettre en aucune façon dans ce pays cette autorité papale (1) Cette réponse, qui ne disait rien, n’était pas
de nature à satisfaire l’opposition. On voulait savoir quel serait le chef de l’Église du Canada ; serait-ce le Pape ou le roi ? “Le noble lord, avait repris Dunning, déclare qu’il n’y a pas de juridiction papale. Je désire qu’on me dise quelle est l’autorité qui fait l’évêque(2) ”. Wedderburn avait répondu à son tour :
La tolérance, quelle qu’elle soit, est sujette à la suprématie du roi, décrété par l’acte de la première année d’Elisabeth. Si l’on croit nécessaire de pourvoir à l’établissement d'ecclésiastiques, il est certain que ceux-ci ne peuvent tenir d’autorité du siège de Rome, sans commettre une offense directe contre l’acte. Personne ne peut s’opposer à ce que l’évêque ordonne des prêtres, donne des dispenses de mariages entre cousins germains. Si la religion catholique doit subsister, l’évêque doit ordonner des prêtres. Il ne peut y avoir de prêtres sans évêque, à moins que vous ne permettiez à des missionnaires étrangers de venir occuper les cures du Canada. Lequel est le plus politique ? que les prêtres soient formés au pays, ou que des Franciscains ou des Dominicains y arrivent avec votre connivence (3) ?
C’est tout ce que l’opposition avait pu savoir pour le moment. Mais quand on aborda cette clause en comité privé, Dunning revint à la charge plus acharné que jamais. Parlant de la tolérance dont allait jouir la religion catholique au Canada, en vertu des dispositions de cette clause cinquième, il s’écria tout à coup: “ Est-ce que toutes les classes de la société dans la province auront le droit de se prévaloir de ces dispositions nouvelles ? l’évêque lui-même ? Mais cet évêque, je serais bien aise de savoir comment il est arrivé là, quel est son pouvoir, de qui ce pouvoir procède, de l’autorité du pape ou de l’autorité du roi? (4)”. Cette fois encore,
(1) Cavendish. 12.
(2) Cavendish. 19.
(3) Cavendish. 54.
(4) Cavendish. 221.
l’acte DE QUÉBEC
Lord North évita une réponse directe : “ Quant à l’évêque, dit-il, c est mon opinion, et une opinion fondée en loi, que si uneveque catholique romain est formellement soumis à la suprématie du roi, d’après l'acte de la reine Élisabeth, il ne peut exercer aucun pouvoir dangereux (1) Ce fut tout, 1 opposition ne put obtenir davantage.
Mgr Briand demandait un jour à Carleton pourquoi on avait inséré le mot suprématie dans l’acte de Québec. Le gouverneur, avec son franc parler ordinaire, lui répondit :
Qu avez-vous à faire au bill ,J Le Roi n’usera point de ce pouvoir, et il consent bien et il prétend même que le Pape soit votre supérieur dans la foi ; mais le bill n’aurait pas passé sans ce mot. On n a point dessein de gérer votre religion, et notre roi ne s en mêlera pas autant que fait celui de France. On ne demande pas, comme vous le voyez, par le serment que \ous reconnaissiez cette suprématie. Laissez-les dire, et croyez ce que vous voudrez(2) ”.
C était là le point important ; il ne fallait pas dans le moment réveiller les vieux préjugés de la protestante Angleterre. En insérant dans le bill le mot suprématie, on laissait entendre que 1 évêque, comme les simples fidèles, serait soumis a 1 autorité du roi en matière de religion, le grand principe de la suprématie royale était officiellement reconnu. Que pouvait-on exiger de plus F
Malgré la restriction qu’elle contenait quant à l’étendue de la juridiction épiscopale, la clause cinquième n’en proclamait pas moins le libre exercice de la religion catholique en Canada.
Cette clause reconnaissait de plus le droit du clergé catholique à la perception des dîmes. Et ce droit, Thurlow et Wedderburn 1 avaient déclaré lors du débat général, ne supposait pas une législation nouvelle. On ne faisait que confirmer 1 ancien droit (3). Wedderburn avait alors démontré que ce serait une moquerie que de donner aux catholiques le libre exercice de leur religion, sans assurer en même temps
(1) Cavendish. 222.
(2) Lettre de Mgr Briand au nonce à Paris. Gosselin Eg. du Can.,