CHAPITRE YII
Thurlow, les Canadiens, parce qu’ils sont les plus anciens sujets, comme les permiers ayant droit à notre protection, je mets ensuite les colons anglais, et en dernier lieu, les marchands anglais(l).”
Wedderburn avait déjà touché ce point lors de la discussion générale sur le bill :
Je ne crois pas, avait-il déclaré, que les sujets de l’Angleterre doivent être incités en aucune façon à quitter le sol natal pour augmenter la population des colonies aux dépens de ce pays. Si des personnes se sont rendues dans ces colonies pour des fins commerciales, elles n’avaient pas l’intention de s’y établir en permanence ; et ,en ce cas, il n’est pas plus difficile de leur dire que telle “ est la loi du pays ”, qu’il ne le serait de déclarer à quelqu’un que ses affaires ont induit à s’établir à Guernesey ou dans d’autres parties de l’Amérique du Nord.
Quant aux anglais qui se sont établis là, leur nombre est peu considérable. Ils y sont retenus par les exigences du commerce ou par les fonctions qu’ils tiennent du gouvernement. Cette mesure doit avoir pour objet d’empêcher ces personnes de s’établir au Canada.
Wedderburn devait en ce moment rappeler en termes d’une vigueur extraordinaire le droit des Canadiens à conserver leurs usages et leurs coutumes:
“ Chaque nation, dit-il, est attachée à ses coutumes. Il suffit de feuilleter l’histoire du monde pour se convaincre qu’un déluge de sang a inondé le monde parce que, parmi les nations, les unes ont voulu forcer les autres à adopter des coutumes qui leur étaient antipathiques. Si vous employez la force pour changer les usages d’un peuple, si vous essayez d’implanter chez ce peuple des lois dont il n’a pu juger de la réelle efficacité, vous agissez comme ont agi autrefois les Espagnols envers leurs sujets d’Amérique... Ceux qui croient que leurs idées doivent passer avant le bien temporel des peuples ... ne voudraient pas admettre qu’ils agissent d’une manière barbare en tenant aux autres un langage comme celui-ci : Débarrassez-vous de vos préjugés, soyez sages ; acceptez ma manière de penser. Cette institution est bonne pour vous, non pas parce que vous en êtes convaincus, mais parce que la conviction que j'ai de son utilité me porte à croire qu’elle est bonne pour moi, et que, par conséquent, elle est également bonne pour vous(2) ”.
(1) Cavendish. 266.
(2) Cavendish. 272-273.
l'acte DE QUÉBEC
Ce langage, qui était celui du bon sens, fut entendu, et 1 amendement de M. Mackworth fut rejeté par 83 voix contre
Il restait à déterminer la nouvelle forme de gouvernement à établir. C’était le but des articles 12, 13, 14, 15 et 16 du bill.
D’abord on rejetait la demande d’une Chambre d’assemblée que le parti anglais réclamait depuis longtemps. Dernièrement encore, les négociants de Québec et de Montréal avaient envoyé au roi des pétitions, où ils s’exprimaient clairement sur ce point. Plusieurs marchands de Londres s’étaient joints à eux, et avaient adressé aux membres du Parlement, pendant la discussion de l’Acte de Québec, un mémoire où ils appuyaient la demande de leurs confrères du Canada. Le juge en chef Hey, Carleton et M. de Lotbinière avaient déclaré, dans leurs témoignages, que les Canadiens ne désiraient pas, pour le moment du moins, l’établissement d’une Chambre d’assemblée. Tout ce qu’ils demandaient, avait dit M. de Lotbinière, c’est que les membres de la noblesse eussent une part quelconque dans le gouvernement(l).
Dans la discussion qui s’éleva à propos de la clause douze, qui décrétait l’établissement d’un Conseil législatif , le gouverneur Johnstone exposa qu’il ne fallait pas conclure de ce que certaines chambres d’assembléeen Amérique avaient fait preuve de menées séditieuses, que toutes les chambres d’assemblée devraient être désapprouvées (2). Fox déclara qu’il ne voyait pas pourquoi il était inexpédient de convoquer une Assemblée en Canada. Les Canadiens, comme les autres peuples, désiraient la liberté politique, pourquoi ne la leur pas accorder en leur octroyant une forme de gouvernement où cette liberté serait protégée (3) ?
Lord North sortit tout à coup de la réserve où il s’était tenu pendant la discussion sur le bill et expliqua pourquoi on ne pouvait accorder une Chambre d’assemblée aux Canadiens.
(1) Cavendish. 62.
(2) Cavendish. 243.
(3) Cavendish. 246.