‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 54 sur 182 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

pétitions demandant le rappel de l’Acte de Québec furent envoyées au roi, aux membres de la Chambre des lords et de la Chambre des Communes, au mois de novembre 1774 (l).

Masères, que les mécontents avaient choisi comme leur agent à Londres, fut chargé de présenter ces pétitions, et une motion demandant l’abrogation de l’Acte de Québec fut déposée devant le parlement britannique pendant la session de 1775. Dartmouth en annonçant la chose à Carleton, lui disait : “ La tentative de susciter de nouvelles difficultés au gouvernement, au moyen des pétitions des anciens sujets résidant à Québec, a été apppuyée de toute la force de l’opposition. Le peu d’impression produite de ce fait, au parlement est bien démontré par la majorité des deux chambres qui ont voté contre la proposition à laquelle ces pétitions ont donné lieu. Et je puis vous assurer que cette tentative n’a pas reçu plus d’encouragement au dehors, et que, apparemment, le peuple anglais en général approuve les mesures prises à l’égard de l’Amérique (2) ”.

La nouvelle constitution devait entrer en vigueur le premier mai 1775. Carleton s’occupa immédiatement de la formation du nouveau Conseil. Ceux qui furent appelés à en faire partie étaient: MM. Théophilus Cramahé, lieutenantgouverneur, William Hey, juge en chef, Hugh Finlay, Thomas Dunn, James Cuthbert, Colin Drummond, Edward Harrison, John Collins, Adam Mabane, George Pownall, George Allsopp, Alexander Johnstone, Conrad Gugy, François Lévesque, Pecaudy de Contrecœur, Saint-Luc de la Corne, Roch de Saint-Ours, Charles-François de Lanaudière, Joseph Chaussegros de Léry, Picoté de Belestre, des Bergères de Rigauville. Ces huits derniers étaient canadiens français ; François Levesque professait la religion protestante.

Carleton ne put travailler longuement à l’organisation du nouveau gouvernement. Des faits d’une gravité exceptionnelle attirèrent bientôt son attention sur un autre point. Les colonies américaines venaient de se révolter et le Canada était menacé.

Le parlement britannique en abrogeant le Stcimp Act, au mois de mars 1769, avait proclamé le droit de taxer les

(2) 7 juin 1775. D. C. H. C. (1759-1791), p. 649.

l’invasion américaine de 1775

colonies. L’année suivante, Townsliend, le chancelier de 1 Echiquier, taisait voter les lownshend Acts ”, décrétant l’institution de commissaires, qui résideraient dans les colonies et seraient chargés du service de la douane américaine. Townsliend faisait voter, en même temps, de nouvelles taxes sur les produits importés des colonies, tout en abolissant celles existant déjà sur le café et le cocoa. L’agitation recommença. Elle se limita d’abord aux deux États de New- York et de Massachusetts ; le foyer de la rébellion était Boston. Les soldats de la garnison de cette ville, ayant été provoqués par quelques individus, tirèrent sur la foule, blessant et tuant plusieurs personnes. C’est ce qu’on appela le Boston Massacre. Le ministère anglais, effrayé de la tournure que prenaient les événements, ordonna le retrait des troupes britanniques et rappela, au mois d’avril 1774, les “ Townshends Acts ”, en laissant toutefois la taxe sur le thé.

C’était trop tard; un parti décidé à la résistance coûte que coûte s’était formé parmi les agitateurs. On voulait la révolution. A Boston, à New-York, et dans les États limitrophes, on s’engagea solennellement à ne point consommer de thé. La compagnie des Indes, qui avait amoncelé une grande quantité de ce produit dans ses magasins, voyant son commerce aller à la ruine, demanda la suppression de la taxe. Le gouvernement s’y opposa, et ordonna à la compagnie d’expédier son thé. Les Américains refusèrent de l’acheterr A Philadelphie et à Charleston, des navires durent reprendre la mer, sans avoir pu décharger leur cargaison . A Boston, on fit mieux ; des individus, déguisés en sauvages, jetèrent le thé à la mer. Cet acte d’insubordination provoqua une excitation extraordinaire en Angleterre. Le ministère anglais jugea que le temps de sévir était arrivé. A la session de 1774, quelques semaines avant l’adoption de l’Acte de Québec, le parlement britannique avait passé trois bills d’une extrême importance. Le premier enlevait au Massachusetts sa charte particulière, le second décrétait le blocus du port de Boston, et le troisième annonçait que les personnes impliquées dans la révolte seraient transportées et jugées en dehors du territoire des colonies. Dans le même temps, le général Gage recevait l’ordre de se rendre à Boston avec quatre régiments. Les autres États

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