CHAPITRE VIII
dans le moment présent. Vos serments, votre religion, vous imposent une obligation indispensable de défendre de tout votre pouvoir votre patrie et votre Roi. Fermez donc, chers Canadiens, les oreilles, et n’écoutez pas les séditieux qui cherchent à vous rendre malheureux, et à étouffer dans vos cœurs les sentiments de soumission à vos légitimes supérieurs, que l’éducation et la religion y avaient gravés. Portezvous avec joie à tout ce qui vous sera recommandé de la part d’un Gouverneur bienfaisant qui n’a d’autres vues que vos intérêts et votre bonheur. Il ne s’agit pas de porter la guerre dans les provinces éloignées : on vous demande seulement un coup de main pour repousser l’ennemi et empêcher l’invasion dont cette Province est menacée. La voix de la religion et celle de vos intérêts se trouvent ici réunies, et nous assurent de votre zèle à défendre nos frontières et nos possessions(l).
Le croirait-on, cette lettre si pondérée n’eut aucun effet. Les américains venaient de s’emparer de Ticondéroga et de Crown-Point. Carleton proclama la loi martiale (9 juin 1775) et donna l’ordre de lever la milice dans les campagnes. Les seigneurs répondirent à l’appel du gouverneur et essayèrent d’organiser quelques bataillons, mais ce fut en vain.
Dans les paroisses le long de la rivière Chambly, les habitants se rangèrent ouvertement du côté des révoltés et un chroniqueur (2) dit que “ presque tout le gouvernement des Trois-Rivières refusa de marcher, à l’exception de quelques volontaires des paroisses de la Rivière-du-Loup, Machiche et Maskinongé. Les paroisses de Nicolet, Bécancour, Gentilly et Saint-Pierre n’en voulurent pas fournir un seul, malgré les remontrances qu’on leur faisait ; tout était inutile.”
Carleton était découragé.
Le peu de troupes que nous avons dans la Province écrivait-il à Dartmouth, a été immédiatement mis sur pied et a reçu ordre de s’assembler à Saint-Jean ou à proximité de cet endroit. Les nobles du voisinage ont été invités à ressembler leurs habitants pour se défendre eux-mêmes. Les sauvages de ces endroits ont reçu aussi les mêmes ordres.
(1) Mand. des évêq. de Québec , t. II, p. 264.
(2) Journal de J.-Bte Badeaux, Invasion du Canada, p. 166.