‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 57 sur 182 · L INVASION AMÉRICAINE DE · texte numérisé non relu

L INVASION AMÉRICAINE DE

Mais bien que les gentilshommes aient montré beaucoup d’empressement, ils n'ont pu gagner le peuple ni par leurs sollicitations, ni par leur exemple. Un certain nombre de nobles, comprenant principalement des jeunes gens résidant à cet endroit et dans les environs, ont formé un petit groupe de volontaires sous le commandement de M. Samuel Mackay et ont pris leurs quartiers à Saint-Jean. Les sauvages ont montré aussi peu d’empressement que les paysans canadiens.

Dans les villes et les campagnes, la consternation a été intense et générale. Chacun semblait se rendre compte de notre situation impuissante, car bien qu’il n’y ait pas d’agitation à craindre à l’intérieur, nous ne sommes préparés ni pour l’attaque, ni pour la défense. Sur tout le parcours de cette longue rivière, il ne se trouve pas six cents hommes en état de servir et nous n'avons ni bâtiments de guerre, ni place forte. L’ancienne troupe provinciale est affaiblie et dispersée, tout esprit de subordination est détruit et le peuple est empoisonné par l’hypocrisie et les mensonges mis en œuvre avec tant de succès dans les autres provinces, et que les émissaires et les amis de ceux-ci ont répandus partout ici avec beaucoup d’adresse et d’activité. Sans les quelques troupes que nous avons mises sur pied, trois cents rebelles se seraient emparé de toutes les vivres, munitions et armes dont la province peut disposer et auraient conservé le poste de Saint-Jean en toute sécurité.

Depuis quelques jours, les Canadiens et les sauvages semblent être revenus un peu à la raison. La noblesse et le clergé ont été d’un grand secours dans les circonstances actuelles ; ils ont fait preuve de beaucoup de zèle et d’ardeur pour le service de Sa Majesté, mais l’un et l’autre ont perdu beaucoup de leur influence sur le peuple. Je me propose de tenter la formation d’une milice, et, si les esprits sont bien disposés, de lever un bataillon qui sera placé sur le même pied que les autres corps de troupes en Amérique, quant au nombre et au coût de son entretien. A mon avis, ce bataillon, une fois constitué, pourrait être d’un grand secours, mais j’ai des doutes sérieux quant au succès de l’entreprise.

Cette tâche qui autrefois eut été extrêmement populaire exige aujourd’hui beaucoup de prudence et de circonspection. Les esprits ont été tellement bouleversés par la cabale et l’intrigue, comme je l’ai appris à Votre Seigneurie de temps à autre, que je me demande s’il est prudent de mettre le projet à exécution. Il semble qu’un trop grand nombre de sujets britanniques résidant en Amérique, ont cru avoir

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