‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 59 sur 182 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

est ainsi, et s’il y a quelque chose de vrai dans cette observation, on ne saurait considérer sans regret la situation précaire de cette province aujourd’hui privée des quelques régiments qu’elle possédait avant le commencement des troubles et dont la préservation pour l’avantage de la couronne, dépend plutôt de nos ennemis que de nous-mêmes. Nous n’avons que 500 hommes à Saint-Jean où se trouve le passage le plus exposé à défendre ; nous devons négliger complètement plusieurs autres endroits et l’expérience a démontré que l’on ne peut guère compter sur les Canadiens. Ceux-ci sont terrifiés ou pervertis au-delà de ce que Votre Seigneurie peut se l’imaginer et ils sont imbus des plus étranges idées qui aient pénétré dans le cerveau de quelqu’un. Quelquefois ils s’imaginent qu’ils vont être transportés à Boston et il est alors impossible de les convaincre que les quelques transports qui attendent des provisions, n’ont pas été envoyés dans cette intention ; d’autres fois on leur dit que la population de Boston lutte uniquement pour empêcher le retour des timbres, ce qui leur semble une question de pure courtoisie et une tâche louable qui ne devrait pas rencontrer d’obstacles. Quelques-uns parmi eux croient qu’ils sont vendus aux Espagnols (qu’ils ont en horreur) et que le général Carleton en a déjà reçu le paiement. En somme, je ne crois pas que jamais il ait été donné de voir des hommes en proie à une telle confusion d’ignorance, de crainte, de crédulité, de perversion et de préjugé qui, dans les circonstances, rend si difficile notre conduite à leur égard(l).

Le lieutenant-gouverneur Cramahé écrivait à son tour :

On a eu recours sans succès à tous les moyens pour amener le paysan canadien au sentiment de son devoir et rengager à prendre les armes, pour la défense de la province. Mais justice doit être rendue à la noblesse, au clergé et à la plus grande partie de la bourgeoisie qui ont donné de grandes preuves de zèle et de fidélité au service et fait de grands efforts pour faire entendre raison aux paysans infatués. Quelques troupes et un ou deux vaisseaux de guerre auraient suivant toute apparence, prévenu cette défection générale.

Quelques-uns des anciens sujets du roi se sont joints aux rebelles et il est à désirer que tous ceux qui ont de la sympathie pour la cause de ceux-ci, eussent suivi leur exemple ; notre situation n’en serait que plus sûre. Vous trouverez ci-jointe la copie d’une lettre de l’un d’eux, qui a été interceptée.

(1) 28 août 1775. D. C. H. C. (1759-1791), pp. 654-656.

l’invasion américaine de 1775

J’apprends que quelques Canadiens se trouvent avec les Bos-

tonnais sur toutes les routes (1).

Carleton se tenait toujours à Montréal, réduit à l’inaction et dans une pénible incertitude. Que pouvait-il faire sans année et entouré d’espions ? Le 18 octobre, le fort Chamblv était rendu aux ennemis par le major Stafford ; le 3 novembre, les défenseurs du fort Saint-Jean capitulaient, à leur tour, après avoir soutenu un siège de quarante-cinq jours. La route de Montréal était libre. Carleton jugea prudent d’abandonner cette ville et de se replier sur Québec avec les quelques soldats qui lui restaient. Après une descente, ou il faillit être capturé par les émissaires ennemis, il atteignit Québec le 19 novembre. Montréal avait ouvert ses portes au général Montgomery, le 11, et Arnold, qui avait suivi le cours de la rivière Chaudière, arrivait sous les murs de Québec. Montgomery devait l’y rejoindre dans les premiers jours de décembre. Québec seul restait au pouvoir des Anglais.

L’esprit de rébellion avait fait son œuvre dans les campagnes du district de Québec comme dans celles du district de Montréal. Les habitants des paroisses de l'île d’Orléans et de celles situées au sud du fleuve avaient refusé de s’enrôler ; quelques-uns même s’étaient ralliés ouvertement aux ennemis (2).

Mgr Briand venait de terminer la visite pastorale de cette partie de son diocèce. Partout où il était passé, il avait appuyé fortement sur l’obéissance due au Souverain, et recommandé aux curés d’agir de même. Us devaient refuser les sacrements à ceux qui appuyaient la rébellion. Des esprits exaltés déclamaient contre l’évêque et les prêtres, et leurs paroles fallacieuses étaient malheureusement écoutées par un trop grand nombre. Dans une longue lettre à AI. Maisonbasse, curé de Saint-Thomas, Algr Briand épanche sa douleur:

(1) 21 septembre 1775. D. C. H. C. (1759-1791), p. 654.

(2) Voir sur ce point : Journal par Messrs Frank Baby, Gai. Taschereau et Jenkin Williams dans la tournée qu’ils ont fait dans le District de Québec par ordre du Général Carleton, tant pour /’ Etablissement des milices dans chaque Paroisse que pour l’Examen des Personnes qui ont assisté ou aider les Rebels dont nous avons pris note. 1776.

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