‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 60 sur 182 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Monsieur, lui dit-il, mon autorité n’est pas plus respectée que la vôtre : on dit de moi, comme on dit de vous, que je suis anglais ; et ma décision ne fera pas plus d’impression que la vôtre sur ces pauvres exprits, dont l’aveuglement est digne de toute notre compassion et de nos larmes continuelles.

Je suis Anglais, en effet; vous devez l’être; ils le doivent être eux aussi, puisqu’ils en ont fait serment, et que toutes les lois naturelles, divines et humâmes le leur commandent. Mais ni moi, ni vous, ni eux ne doivent être de la religion anglaise. Voilà, les pauvres gens, ce qu’ils n’entendent pas ; ils sont tous sous la domination anglaise, pour le civil; ils sont, pour leurs âmes et leur salut, sous l’aimable loi de Jésus, de son Vicaire en terre, le Souverain Pontife, et des prêtres et des évêques répandus dans toute la terre pour conduire, nourrir, par la prédication de l’évangile et par les sacrements et défendre de l’erreur le troupeau de fidèles catholiques que Notre- Seigneur aformé par l’effusion de son sang. Voilà lareligion que nous professons, et la religion de leurs pères, qu’ils ont conservée et leur ont transmise jusqu’à ce moment, mais que leurs enfants ne conserveront pas longtemps, si déjà ils ne l’ont pas perdue; car, je juge et je soutiendrai au dépens de ma vie qu’ils sont vraiment hérétiques, dans leur conduite, au moins, qu’ils sont vraiment imbus de l’hérésie des Bostonnais presbytériens, qui nient la hiérarchie ecclésiastique !

Après ce préambule, Mgr Briand donne les instructions suivantes à M. Maisonbasse, par rapport à la conduite qu'il devra tenir dans l’administration des sacrements aux partisans de la rébellion :

Non seulement vous ne devez pas marier, mais même publier les bans de mariage, qu’on ne vous ait promis devant témoins, dont vous ferez acte, qu’cn se répent de sa conduite passée, et qu’on est prêt à obéir ; ce dont nous vous chargeons de recevoir le serment, qu’ils feront en touchant le crucifix. L’acte nous sera envoyé pour obtenir les permis de publier les bans. Voilà pour le mariage.

Quand aux autres sacrements, vous ne les donnerez point, pas même à la mort, sans rétractation et réparation publique du scandale ni à hommes, ni à fenmes ; et ceux qui mourront dans l’opiniâtreté, vous ne les enterrerez pas en terre sainte, sans notre permission, ou si vous les y enterrez, ce que nous ne vous défendons pas de faire absolument, vous n’y assisterez qu’en soutane, comme surveillant, et sans réciter aucune prière, et les corps n’entreront, point dans l’église.

l’invasion américaine de 1775

que nous vous ordonnons de toujours tenir fermée, hors les temps de l’office. Vous ne recevrez aucune rétribution de messes à dire pour les défunts rebelles. Vous n’admettrez les vivants à aucune fonction ecclésiastique , ni de parrains, ni de témoins. C’est pourquoi, il faut prier quelques-uns des voisins qui sont bons, de se charger de l’être, ou qu’on ne vous amène que de jeunes personnes, qui auront fait leur première communion, et qui ne sont pas encore gâtées. Vous ferez entendre à vos paroissiens que ce sont les lois de l’Église et que je ne puis les changer.

Je devrais même mettre toutes les église et même presque tout le diocèse, en interdit. Je suspens encore, par l’espérance que j’ai qu’on ouvrira les yeux sur les malheurs et temporels et éternels auxquels, mes indociles, mais toujours chers enfants s’exposent, et dont ils seront victimes certainement, quelque tournure que prennent les choses.

Cette discipline sévère fut appliquée dans tout le diocèse. Il fallait que le désordre signalé fut bien grand, pour que Mgr Briand se décidât à prendre des mesures aussi extraordinaires (1).

Heureusement que population de Québec comprit mieux son devoir. Toute la bourgeoisie de la ville s’enrôla dans la milice ; canadiens et anglais rivalisèrent de zèle. Carleton invita par une proclamation les déloyaux à quitter la ville et, seuls quelques marchands anglais qui s’étaient faits remarquer jusque-là par leur soi-disant patriotisme, sortirent et se réfugièrent à l’île d’Orléans (2) . Le siège de la ville commença le 6 décembre. Le 31, Montgomery et Arnold tentèrent un assaut simultané ; la lutte ne fut pas longue, mais terrible. Les assaillants furent repousés avec de fortes pertes et Montgomery resta parmi les morts. Les Canadiens de Québec avaient fait leur devoir et racheté la faute de leurs compatriotes. Le Canada était sauvé. Les Américains, après leur défaite, restèrent campés sous les murs de la ville où Carleton se renferma pour le reste de l’hiver.

La défaite des troupes américaines créa une impression pénible dans les provinces insurgées. Le Congrès adressa une nouvelle lettre aux Canadiens :

(1) Gosselin, Eg. du Can. 2ème partie. (1775-1789), pp. 37-40.

(2) M. Chapais donne le nom de quelques uns d’entre eux dans son Cours d'histoire du Canada, t, I, (1760-1791), p. 204.

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