CHAPITRE VIII
Nous voyons avec joie, disait-il, combien vous avez été touchés par les remontrances justes et équitables de vos amis et compatriotes qui n’ont d’autres vues que celles de fortifier et d’établir la cause de la liberté.
Les services que vous avez déjà rendus à cette cause commune méritent notre reconnaissance et nous sentons, l’obligation où nous sommes de vous rendre le réciproque.
Les meilleures causes sont sujettes aux événements,, les contre-temps sont inévitables, tel est le sort de l’humanité... Mais les âmes généreuses qui sont éclairées et échauffées par le feu sacré de la liberté, ne seront pas découragées par de tels échecs et surmonteront tous les obstacles qui pourront se trouver entre eux et l’objet précieux de leur» vœux(l).
Cette lettre n’eut pas l’effet qu’on attendait. Le zèle des Canadiens se refroidissait; il fallait le réchauffer. C’est dans ce but que le Congrès dépêcha au Canada trois délégués : Benjamin Franklin, Samuel Chase et Chase Carroll ; ce dernier s’adjoignit son frère, l’ex -jésuite John Carroll, le futur évêque deBaltimore. Ils devaient faire un effort suprême pour gagner le peuple à la cause de la révolution. Arrivés à Montréal, le 29 mai 1776, ils ne tardèrent pas à se rendre compte que leur mission serait vaine. Le Père Carroll visita quelques curés des environs de Montréal. Il fut reçu froidement ; lui et les délégués reprirent bientôt le chemin de New-York. De mauvaises nouvelles étaient venues à leurs oreilles. Arnold avait levé le siège de Québec, et fuyait vers les États-Unis, avec son armée en désordre. Cette fois, c’était la délivrance pour tout de bon.
Mgr Briand demanda à tous les citoyens de Québec d’assister au chant d’un Te Deuin d’actions de grâce, à la cathédrale, le 12 mai 1775.
Dans sa lettre il adressait un remerciement chaleureux au gouverneur dont “ la sagesse, disait-il, la prudence, l’activité et l’intrépidité ont enfin confondu l’opiniâtreté des ennemis du Roi et des nôtres ”. Il louait “ le zèle et le courage des officiers, la constance et la fermeté des soldats ” et des braves citoyens de Québec.
(1) Invasion du Canada. Verreau, p. 99.
l’invasion américaine de 1775
Puis portant ses regards au-delà des murs de la ville, il ajoutait : “ Fasse le ciel que ce bienfait signalé de la Providence, pour une ville que nous devons tous regarder comme le dernier boulevard qui restait à la province et à la religion de nos pères, puisse dessiller les yeux à tous ceux de nos frères que l’esprit d’erreur et de mensonge avait aveuglés ! Que le succès dont Dieu à couronné votre zèle et votre religion puisse les faire rentrer dans les sentiers de la vérité, les rendre dociles à la voix de leurs pasteurs et plus soumis aux puissances que Dieu à établies pour les gouverner (1)
Mgr Briand était douloureusement impressionné de tout ce qui s’était, passé dans les jours malheureux que la population canadienne venait de vivre. Le terrible mandement qu’il lança, dans le courant de l’été, à l’adresse “des sujets rebelles durant la guerre américaine ”, en est un écho significatif. Jamais peut-être le digne prélat ne parla avec autant de force à ses diocésains, ne leur montra avec autant de charité combien il était affligé de leur conduite. “ Je tiens ferme, écrivait-il aux Visitandines de Rennes (27 septembre 1776), et il faut se rétracter publiquement avant d’être admis aux sacrements, même à la mort. J’espère que par la miséricorde de Dieu et la sagesse du Seigneur tout ceci tournera au bien de la religion ; car, mes chers enfants que je connais presque tous, depuis trente-six ans que je suis ici — - il n’y a guère d’anciens qui me soient inconnus — ces pauvres peuples, dis-je, ont de la religion, ils sont bons, mais ils avaient été séduits. Ils le voient à présent. On s’était surtout attaché à les prévenir contre leurs curés, leur disant qu’il ne fallait pas les écouter, qu’ils n’avaient point à se mêler de la guerre, que ce n’était pas leur métier. Par ces discours, nos instructions sont devenues inutiles, d’où est venu le malheur des habitants.” Il ajoutait : “ Enfin, on peut dire que la conservation de la colonie au Roi d’Angleterre est le fruit de la fermeté du clergé et de sa fidélité ; car, quoique les peuples ne se soient pas opposés aux Bostonnais, ils ne se sont pas joints à eux, et on n’en compte pas cinq cents qui aient suivi l’armée ; encore le plus grand nombre n’étaient que des
(1) M. des Ev. de Québec, t, II, p. 268.