CHAPITRE IX
LA SITUATION POLITIQUE DE 1775 à 1790
Loi de milice. — Cours de justice. — Haldimand remplace Carleton. — Proclamation du comte d’Estaing. — Menées séditieuses. — Haldimand et le clergé. — Traité de Paris (1783.) — Haldimand est rappelé. — Carleton (lord Dorchester) nommé gouverneur en chef — Le nouveau juge en chef, William Smith.
La paix rétablie dans la province, Carleton s’occupa aussitôt de mettre en vigueur la nouvelle constitution octroyée par l’Acte de Québec. L’organisation militaire de la province attira de suite son attention. La guerre continuait au-delà des frontières et le contre-coup s’en faisait sentir dans la province. La population était revenue aux sentiments de loyauté, mais le gouverneur restait craintif et désirait parer à toute éventualité. A la session de 1777, le Conseil législatif passa une ordonnance sur la milice (1). Cette ordonnance établissait des mesures draconiennes : elle obligeait tous les hommes de seize à soixante ans à servir dans la milice de leurs paroisses, et assujettissait les gens de la campagne à un système onéreux de corvées, qui fut mis tout de suite à exécution. On contraignait les paysans à aller d’un bout à l’autre de la province avec leurs voitures pour transporter les troupes, les vivres et les munitions ; ceux qui refusaient de marcher étaient envoyés en prison.
“ Si les Canadiens, dit un chroniqueur, ont montré de la mauvaise disposition à prendre les armes contre les Bostonnais, en 1775, ils l’ont bien payé par les mauvais traitements qu’ils ont reçus depuis (2) ”. Ces mesures rigoureuses n’étaient certainement pas de nature à ramener les mécontents au sentiment du devoir. Des murmures se faisaient
(1) 17 Geo. III, c. 8 . Rapport concernant les travaux des archives publiques, pour les années 19H-1916. (Ottawa, 1917), pp. 70-74.
(2) Journal de Sanguinet. ( Invasion du Canada, Verreau), p. 146