CHAPITRE IX
entendre un peu partout. Carleton ne paraît pas s’en être ému outre mesure. Il s’occupait, dans le moment, de l’organisation des cours de justice. La province fut divisée en deux districts judiciaires et dans chacun d’eux on établit une cour de juridiction civile appelée cour des plaidoyers communs. Ce tribunal devait juger tous les procès concernant la propriété et les droits des citoyens, suivant les règlements établis par l’Acte de Québec et les ordonnances qui seraient passées à l’avenir par le gouverneur et le Conseil. Une ordonnance établissait : “ une Cour suprême de justice et de juridiction criminelle, nommée et connue sous le nom de Cour du Banc du roi, tenue par le juge en chef ”. et des cours de Quartier de la paix à Montréal et à Québec. Une ordonnance spéciale indiquait la procédure à suivre dans les cours civiles (l). Les capitaines de milice dans les campagnes furent nommés juges de paix.
La discorde régnait au sein du Conseil. Quelques membres de ce corps législatif faisaient une guerre sourde au gouverneur qui, d’ailleurs, agissait envers eux d’une manière un peu trop autoritaire et prétendait se passer de leurs lumières. Carleton destitua de sa charge le chef des meneurs, le juge en chef, Livius, qui alla se plaindre en Angleterre et obtint gain de cause. Le gouverneur, ennuyé de tous ces agissements et blessé de ce que les autorités impériales avaient donné le commandement des troupes au général Burgoyne, offrit sa démission, laquelle fut acceptée. Carleton quitta Québec, le 30 juillet 1778.
Le général Frédérick Haldimand, qui le remplaça, a été diversement apprécié. Né en Suisse, soldat de fortune au service de l’Angleterre, Haldimand avait combattu à la bataille des plaines d’Abraham, et avait été lieutenant-gouverneur des Trois-Rivières, en 1762. Il revenait au Canada dans des circonstances difficiles. La guerre continuait avec des succès partagés de part et d’autre. La France venait de reconnaître l’indépendance des colonies américaines, et envoyait à leur secours une escadre commandée par le comte d’Estaing. La nouvelle que les Français ve-
(1) 17 Geo. III, c. 1-2-5. Rapport concernant les travaux des archives publiques pour les années 19H et 1915, (Ottawa, 1917), pp. 48-51.
liaient aider les révoltés ne tarda pas à se répandre dans les campagnes. Des émissaires, qui s’y tenaient en permanence, amenèrent aux portes de l’église dans quelques paroisses, une proclamation du comte d’Estaing, invitant les Canadiens à se joindre aux Américains et à travailler, comme eux, à conquérir leur indépendance.
Je ne demanderai pas, disait le comte d’Estaing, aux compagnons d’armes de M. le Marquis de Lévis ; à ceux qui ont partage sa gloire, qui ont admiré ses talents, son tact militaire,. qui ont chéri sa cordialité et sa franchise, caractère principal de notre noblesse, s’il est d’autres noms chez a autres peuples auprès desquels ils aiment mieux voir p acei les leurs. Les Canadiens qui ont vu tomber pour leur delense le brave Monsieur de Montcalm pourraient-ils être les ennemis de ses neveux, combattre contre leurs anciens ciels et s armer contre leurs parents? A leur nom seul, les armes leur tomberaient des mains !
Je n observerai point aux Ministres des autels que leurs enoits eyangeliques auront besoin d’une protection toute particulière de la Providence, pour que l’exemple ne diminue point la croyance ; pour que l’intérêt temporel ne l’emporte pas ; pour que les ménagements politiques des Souverains que la force leur a donnés, ne faiblissent point à proportion de ce qu ils auront moins à craindre ; qu’il est nécessaire pour la religion que ceux qui la prêchent forment un corps dans 1 Etat & qu il n y aurait point de corps plus considéré, ni qui eût plus de pouvoir de faire le bien que celui des Pretres du Canada prenant part au gouvernement, parce que leur conduite respectable leur a mérité la confiance du peuple.
Je ne ferai point remarquer à ce peuple, à tous mes compati îotes en général, cju une vaste monarchie ayant la même Religion, les mêmes mœurs ,1a même langue, où l’on trouve des parents, des anciens amis, et des frères, est une source intarissable de Commerce et de Richesse, plus facile à acquérir par une réunion avec des voisins puissants, & plus sure qu avec les étrangers d’un autre hémisphère, chez qui tout est dissemblable, que tôt ou tard, des souverains jaloux & despotes les traiteraient comme des vaincus, & plus mal sans doute que leurs ci-devant Compatriotes qui les avaient fait vaincre. Je ne ferai point sentir à tout un peuple (car tout un peuple quand il acquiert le droit de penser et d agir, connaît son intérêt,) que se lier avec les États-Unis c’est s assurer son bonheur; mais je déclarerai, comme je le déclare formellement, au nom de sa Majesté qui m’y a autorisé &