‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 65 sur 182 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

qui m’a ordonné de le faire, que tous ses anciens sujets de l’Amérique septentrionale qui ne reconnaîtront plus la suprématie de l’Angleterre peuvent compter sur sa protection & sur son appui(l).

Haldimand dit lui-même (2) que ces paroles enflammées eurent peu d’effet dans les chaumières canadiennes. Le fait, cependant, que cette proclamation avaitpuêtrerépanduedans la province, l’intrigua fort. Il ordonna des perquisitions qui amenèrent l’arrestation d’un certain nombre de personnages, sur lesquels on avait des doutes. Les plus connus sont Hey,

(1) Proclamation du comte d’Estaing à tous les Français de l’Amérique, 28 octobre 1778, arc. can. Q. 16, p. 297. Kingsford. Historyof Canada, t, VI p. 842. Voici ce que disait, à propos de cette proclamation. Sir George-Etienne Cartier, dans son discours sur le Projet de confédération des provinces de V Amérique britannique du Nord, prononcé le 7 février 1875, à l’Assemblée législative : “ D’Estaing leur rappelait leur origine, il invoquait les noms de Lévis et de Montcalm, il cherchait même à influencer le clergé. Ce fut peine perdue : les Canadiens français comprenaient trop bien leur situation, ils savaient aussi qu’ils conserveraient intactes leurs institutions, leur langue et leur religion, par leur adhésion à la couronne britannique. Mais s’ils eussent accepté les offres de Washington, il est probable qu’il n’existerait aujourd’hui nul vestige de la puissance anglaise sur ce continent ; et qu’eux aussi y auraient vu disparaître leur nationalité. ( Ecoutez ! Ecoutez I

Ces faits historiques nous enseignent que le Franco-Canadien et l’ Anglo- Canadien devraient éprouver l’un pour l’autre le même sentiment de sympathie reconnaissante, ayant tous deux à se féliciter de ce que le Canada est encore colonie anglaise. ( Ecoutez ! Ecoutez /) Tout à l’heure j’ai eu l’occasion de mentionner le clergé canadien français au sujet de l’adresse du comte d’Estaing, eh bien ! je déclare, à son honneur, que si le Canada fait encore partie de l’empire britannique, c’est grâce à la politique conservatrice de ce corps. {Applaudissements) .

Ma joie est grande de pouvoir trouver dans ces vieux documents des preuves de l’honneur, de la loyauté et de la fidélité du peuple francocanadien ! Je suis aussi dénué de préjugés que n’importe quel membre de cette Chambre. Quand je lis ou que j’entends dire qu’il est à appréhender, sous un régime fédéral, que les Canadiens français ne soient trop puissants, que leur prépondérance dans le Bas-Canada ne soit dirigée contre la minorité anglaise et protestante, je pense qu’un coup d’œil jeté sur l’histoire de notre passé suffit pour mettre au néant de pareilles allégations. ( Ecoutez ! Ecoutez!)

C’est en 1778 que le comte d’Estaing lança sa proclamation ; elle fut répandue au Canada par les soins de Rochambeau et de Lafayette ; mais ceux qui étaient alors chefs du peuple — -le clergé et les seigneurs — jugèrent qu’il serait imprudent de s’en remettre de leurs intérêts et de leur sort à l’élément démocratique. Ils savaient que dans le fond de la démocratie est l’abîme. {Ecoutez! Ecoutez!)

Discours de Sir George-Etienne Cartier, par Joseph Tassé (Montréal, 1893), p. 419.

(2) Haldimand à Germain, 14 septembre 1779. B. 54 p, 178. Lord Sackville Germain avait succédé à lord Dartmouth, comme secrétaire des colonies, le 25 janvier 1778.

Cazeau, 1 * i \ ocat Jotard, 1 imprimeur Flcury-Mcsplctj Pierre du Calvet, le chirurgien Pierre de Sales -Laterrière. Tous, à l’exception du dernier, étaient des étrangers établis à Montréal. Ils furent jetés en prison sans aucune forme de procès. C’était une procédure un peu expéditive, mais leur culpabilité était évidente. Les documents de l’histoire, mis au jour depuis, le démontrent amplement.

“ Les circonstances, écrivait Haldimand, autorisent certainement qu’on s’assure de leurs personnes afin de les empêcher de semer la discorde qu’ils désirent propager(l) ”. Le plus intrigant de ces conspirateurs était Pierre du Calvet, et plus que tout autre, surtout par la publication à Londres, en 1 784, de son fameux réquisitoire, Appel à la justice, il a contribué a noircir la réputation de Haldimand. Or, l’ancien archiviste fédéral, M. Douglas Brymner, qui a fait une étude attentive de la correspondance de Haldimand, dit : “ Le fait paraît bien établi que tout d’abord du Calvet avait des rapports avec Montgomery et lui servait d’agent pour répandre ses proclamations dans les paroisses françaises, et cela est clairement prouvé par la lettre de Montgomery à du Calvet, datée à la Prairie, le 9 novembre 1775, laquelle fut interceptée et transmise à lord Dartmouth par Carleton, le 20 novembre (Sérié Q. 11. p. 32)(2).” “ Les documents relatifs à cet homme, qui sont volumineux, tendent à prouver que ses affirmations sur les faits qui le concernent personnellement doivent être reçus avec la plus grande réserve. . . (3)” .

C est à quoi nos premiers historiens canadiens français n ont pas apporté assez d’attention. S’inspirant des déclarations du sieur du Calvet, sans les contrôler suffisamment, ils ont certainement porté un jugement outré sur Haldimand.

M. Brymner dit encore, en parlant du journal que nous a laissé ce gouverneur : “La bonté d’Haldimand pour ses parents, sa générosité pour les jeunes officiers de son bataillon et autres personnes, l’hospitalité qu’il donnait à tous les

(1) Haldimand à lord Germain, 13 septembre 1779, arc. can. Q. 16, p. 345.

(2) Rapport sur les Archives du Canada, par Douglas Brymner, 1888, p. XX.

(3) Rapport sur les Archives du Canada, par Douglas Brymner, 1887, p. XVI.

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