‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 66 sur 182 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Canadiens arrivant à Londres sont des choses que le journal montrent très clairement comme étant toutes naturelles, et elles ne sauraient être réléguées dans l’ombre par celui qui entreprendrait d’écrire sa biographie (l).”

Certains passages de la correspondance de Haldimand viennent appuyer ces observations de M. Brymner, et nous laissent voir le fond de la pensée de ce gouverneur. Voici, par exemple, ce qu’il écrivait, le 25 octobre 1780:

Comme c’était mon devoir d’en agir ainsi, je m’appliquai à me renseigner sur l’état du pays, et j’abonde dans le sens de la majorité des conseillers législatifs en considérant les Canadiens comme le peuple de ee pays. Et je crois que, en portant des lois et en édictant des règlements pour l’application de ces lois, il faut tenir compte de ces sentiments et de la manière de voir de 60,000 hommes plutôt que de ceux de 2,000 dont les trois quarts sont des marchands qui ne sauraient vraiment être regardés comme des habitants de cette province. A ce point de vue, l’Acte de Québec fut une mesure juste et avisée, quoique, malheureusement pour l’empire britannique, elle ait été promulguée dix ans trop tard. Il faut peu de discernement pour reconnaître que si l’on avait imposé au Canada la forme de gouvernement réclamée par les anciens sujets, cette colonie serait devenue, en 1775, un des États-Unis d’Amérique. Quiconque considérera le nombre d’anciens sujets qui, en cette année, correspondirent avec les révolutionnaires et se j oignirent à ceux-ci, de même que ceux qui abandonnèrent la défense de Québec, à la suite de la proclamation de sir Guy Carleton, dans l’automne de ^ même année, et la foule d’autres qui maintenant veulent ouvertement le bien des colonies révoltés, se convaincra infailliblement du bien fondé de cette affirmation, quoique les préjugés de race ou de religion ne lui permettent pas de les déclarer.

D’un autre côté, l’Acte de Québec seul a empêché ou peut, en quelque mesure, empêcher les émissaires de la France ou des colonies rebelles de réussir dans leurs efforts auprès de la noblesse et du clergé canadiens pour induire ceux-ci à cesser de porter allégeance à la courbnne britannique. Pour cette raison, entre maintes autres, le temps n’est pas propice aux innovations, et l’on ne saurait trop graver dans l’esprit du gouvernement que l’Acte de Québec est une charte sacrée, concédée par le roi en son Parlement aux

(1) Rapport sur les Archives Canadiennes, par Douglas Brymner, 1889, p.‘XXV.

Canadiens et qui garantit à ces derniers la jouissance de leur religion, de leurs lois et de leur propriété (1).

Ce que l’on doit surtout reprocher à Haldimand, c’est son attitude envers le clergé. Il ne l’accuse pas de déloyauté, mais s’inquiète de ses dispositions qu’il trouve étranges, et lance, par-ci par-là, des insinuations malveillantes à son adresse. Voici, par exemple, ce qu’il écrit à lord Germain, dans une lettre confidentielle : “ Le clergé canadien s’est très bien comporté en 1775 et 76 ; mais, depuis l’alliance des français avec les rebelles américains, son zèle, à l’égard des intérêts britanniques a considérablement refroidi”. La cause de ce refroidissement c’est que “ les prêtres canadiens viennent de la plus basse classe du peuple, et sont aussi ignorants et aussi dénués de principes que ceux dont ils viennent (2)

Il revient sur le même sujet, l’année suivante, et se montre encore plus malveillant : “Je reconnais, dit-il, la bonne conduite du clergé canadien, lors de l’invasion de 1775, mais je ne suis pas sans savoir que depuis l’alliance de la France avec les colonies rebelles, depuis la proclamation du comte d Estaing, depuis la circulaire de M. de Lafayette adressée aux Canadiens et aux sauvages, plusieurs parmi les prêtres ont changé d opinion, et suivraient un autre système de conduite, dans le cas d’une nouvelle invasion.” Il attribue encore à 1 ignorance la raison de ce supposé état d’esprit :

Le Séminaire de Québec, dit-il, où se fait l’éducation a été fermé après la conquête, jusqu’à l’année 1766. Beaucoup de paroisses sont devenues vacantes par la mort de leurs curés, durant ce laps de temps, et l’évêque a été obligé de conférer les Ordres à des etudiants qui n’avaient été au séminaire que peu d années, et n’étaient pas qualifiées pour la prêtrise. Il faut remarquer, ajoute-t-il avec dédain, que les membres de la noblesse et de la bourgeoisie n’embrassent pas la carrière ecclésiastique, la guerre ou la traite des fourrures étant leur occupation favorite. Il suit de là, que les prêtres sont ou des natifs de France, ou des fils d’artisans, de forgerons, de charpentiers, etc. . . remplis des préjugés de leurs ancêtres ;

(1) Haldimand à Dartmouth. D. C. H. C. (1759-1791), p. 710.

(2) 14 septembre 1779, arc. can. B. 54, p. 177.

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