‹ La colonisation de la province de Québec (volume 2)Chapitre 67 sur 182 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

le pis est que le séminaire, dont la plupart des membres venus de France sont morts, a été obligé d’adopter comme professeurs, plusieurs de ces canadiens, qui n’ayant jamais eu eux-mêmes beaucoup d’éducation, ne peuvent pas en donner aux autres, de sorte que les prêtres qui vont se succéder deviendront de plus en plus ignorants et de moins en moins attachés à l’Angleterre (1) C’est là-dessus qu’il proposait de faire venir de Savoie des prêtres qui remplaceraient les disparus du Séminaire, et qu’il poussa l’intolérance jusqu’au point de renvoyer en France deux excellents prêtres sulpiciens de Paris, arrivés à Québec, au printemps de 1783. Leur seul méfait était d’être Français et probablement des agents du roi de France.

Voilà la marotte de Haldimand; il voyait un peu partout des espions, et se montrait parfois soupçonneux jusqu’à l’excès. Parmi ceux qu’il fit arrêter et emprisonner, quelquesuns furent détenus illégalement en prison pendant de longs mois. Un certain nombre le poursuivirent après leur élargissement et eurent gain de cause (2) .

Il gouverna le pays dans des circonstances fort difficiles, et les événements qui se passaient au-delà des frontières l’inquiétaient grandement. Les Français venaient d’envoyer au secours des Américains une armée de six mille hommes, sous les ordres de Rochambeau (juillet 1780). L’armée anglaise, acculée sous les murs de Yorktown, fut forcée de capituler et l’Angleterre, malgré quelques succès partiels, s’acheminait vers une défaite complète. Ces vicissitudes de la lutte avaient leur répercussion dans la province et l’audaec des conspirateurs en était accrue d’autant.

Dans son entourage même, Haldimand avait à faire face à une faction qui le harcelait sans cesse. Quelques membres du Conseil, des marchands anglais, voulaient l’introduction des lois civiles anglaises, de l’acte de YHabeas Corpus, et du procès par jury lorsqu’il s’agissait de matières commerciales. Haldimand qui ne voulait pas de l’acte de YHabeas Corpus à cause de l’état de guerre où se trouvait le pays, refusa de faire connaître les instructions qu’il avait reçues d’Angleterre

(1) Haldimand à lord Germain, 25 octobre 1780, arc. can. B. 54, p 339

(2) D. C. H. C. (1759-1791) note 4, p. 711.

5 ce sujet, et le différend alla en s accentuant. A la fin, sur des ordres sévères de lord Germain, Haldimand dut s’exécuter et donner le texte des instructions (l).

Le traité par lequel l’Angleterre reconnaissait l’indépendance des États-Unis d’Amérique fut signé à Paris, le 3 septembre 1783, et ratifié par le Congrès, le 14 janvier 1784. Le Canada perdait un immense territoire. La riche vallée de l'Oliio, toute la région des grands lacs, le lac Champlain luimême furent cédés à la république américaine. On commit une grande faute en laissant indéterminées les limites entre le Canada et le Maine. Plus tard des difficultés inextricables s’élevèrent à ce propos, et la province de Québec se vit déposséder d’une belle partie de son territoire, par suite des concessions de lord Ashburton.

La paix î établie au-dela des frontières, le Canada put respirer. Les mesures de rigueur disparurent peu cà peu. et la province jouit bientôt d’une tranquilité profonde. Haldimand put enfin s’occuper de l’administration civile. A la session de 1784, une ordonnance introduisant l’acte de YHabeas Corpus fut adoptée après de longs débats (2). Le malaise régnait toujours dans le Conseil et la question si épineuse de l’abrogation de l’Acte de Québec y revenait périodiquement. Haldimand n’était pas en faveur d’un changement dans la constitution du pays(3). Plusieurs, parmi les conseillers, se prononçaient ouvertement contre la manière de voir du gouverneur. Ils étaient soutenus par la grande majorité des Anglais établis au pays, et par plusieurs canadiens français influents. Les raisons qu’ils faisaient valoir pour un changement sont énoncées au long dans la pétition qu’ils adressèrent au roi dans l’automne de 1784, (24 novembre) où ils demandaient l’établissement d’une Chambre élective (4).

(1) D. C. H. C. (1759-1791) note 5, p. 708.

(2) Ordonnance du 29 avril 1784. Rapport concernant les travaux des archives publiques pour les années 191k et 191Ô, (Ottawa, 1917), p. 142.

(3) Haldimand à lord North, 24 octobre 1783. D. C. H C fl 7SQ

1791), pp. 726-728. ' ' V

(4) D. C. H. C. (1759-1791), pp. 739-743.

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